‹ La réforme catholique du dix-septième siècle dans le diocése de LimogesChapitre 95 sur 480 · I. La famille de François de la Fayette · texte numérisé non relu

I. La famille de François de la Fayette

Comme il est admis généralement, de nos jours, « qu'on ne peut bien comprendre le caractère et Tœuvre d'un homme, sans étudier les origines de sa famille i> ^, il nous semble à propos de donner ici, pour ce motif, un court aperçu delagénéalogiedugrand évéque de Limoges.

Le nom patronymique de la maison de la Fayette, Tune des plus anciennes et des plus illustres de l'Auvergne, était Motier. C'est en 1240 que vivait Pons Motier, le premier seigneur connu de la Fayette, terre considérable située près de Saint-Germain l'Herm (Puy-de-Dôme) 2. Pons Motier prit la croix de chevalier en 1248, et fit partie de l'expédition de saint Louis. De ses deux fils, Gilbert fut la souche de la branche aînée. Pons, le cadet, forma la branche des seigneurs de Ghampetières, dont descendait au quatorzième degré le célèbre général de la Fayette.

De père en fils, les seigneurs de la Fayette dépensèrent, sans compter, leur sang et leurs revenus, au service du roi de France, et de leur suzerain immédiat, le duc de Bourbon, comte d'Auvergne, dans la cour duquel ils furent élevés habituellement. Le représentant le plus illustre de la branche aînée de cette race chevaleresque, fut Gilbert 111 de la Fayette, qui naquit vers 1372. 11 était maréchal de France, quand il remporta, en 1421, sur les Anglais la victoire de Baugé,en Anjou, et releva momentanément par ce succès la cause du dauphin. Le 29 avril 1429, il reçut avec honneur à Orléans, Jehanne laPucelle,et la reconnut comme tchef de guerre ^.

1. « Et je dirai môme sans y insister », ajoutait M. René Bazin dans son discours de réception à l'Académie française, le 24 avril 1904.

2. On voit actuellement les ruines du château féodal de la Fayette, près d*Aixla-Fayette, localité de six à sept cents habitants. Le village de ce château était appelé € La Fayette-Vieille » en 1693. Un autre fief de même nom, situé dans le même arrondissement (Ambert), mais dans la commune de Saillans, canton de Viverols, a donné son nom à la famille Calemard de la Fayette, qui compte actuellement des représentants dans la Haute-Loire. Cette maison ancienne aussi, mais originaire d'Espagne, était établie en 1510, près de Viverols. Tardieu, Dictionnaire historique du Puy-de-Dôme, Moulins, 1881,

Il était aux côtés de Théroïncaux combats de Rouvray et de Patay, et à la cérémonie du sacre du roi, à Reims. Il resta fidèle à la mémoire de Jeanne d'Arc, et partagea sa disgrâce, pour avoir soutenu ses projets dans le conseil du roi, contre le favori la Trémoille.

Après la chute de ce dernier (4433), il fut, avec le connétable de Richement son ami, le plus influent des conseillers de Charles VIL Il assista, en 1438, aux délibérations de l'assemblée de Bourges, d'où sortit la Pragmatique Sanction. Aux États Généraux d'Orléans (1439), il se prononça énergiquement pour la continuation de la guerre et pour la réforme de l'armée, dont il fut dès lors le principal organisateur. Bien que fort âgé, il prit part à la campagne de Normandie, et contribua grandement à l'expulsion de l'ennemi du territoire.

Pendant les dernières années de sa vie, le maréchal de la Fayette remplit à la cour, dont il était « l'un des principaux ornements », les fonctions de gouverneur des enfants de France. Il mourut âgé de plus de quatre-vingt-dix ans, le 23 février 1462 et fut inhumé dans un tombeau-mausolée, qu'il s'était fait préparer dans une chapelle de l'église abbatiale de la Chaise-Dieu (Haute-Loire) ^.

Des cinq fils du maréchal, Gilbert, le troisième, continua seul la postérité. Ecuyer des rois Louis XI et Charles VIII, il jouit, à la cour des rois de France, d'un grand crédit. De son mariage avec Isabeau de Polignac, il eut quinze enfants, quatre fils et onze filles. Antoine de la Fayette, l'aîné, seigneur de Pontgibaud 2, fit preuve d'une telle bravoure dans les guerres d'Italie, que Louis XII l'institua grand maître de l'artillerie de delà les monts (vers 1500). Louis de la Fayette, l'aîné de ses fils, remporta, en 1524, comme vice-amiral, une brillante victoire navale, près de l'embouchure du Var, sur la flotte de Charles-Quint 3.

Jean de la Fayette, fils puîné du grand-maître de l'artillerie, fut le seul, à partir de 1557, à représenter la postérité mâle de la branche aînée des la Fayette. C'est le grand-père de notre prélat. Il transigeait, en février 1538, avec Louis, son frère aîné, sur la succession de leur père, et recevait, en. partage, les terres de la Fayette et de Hautefeuille ^. Il était à Bordeaux, au mois de novem-

1. Voir les notices du maréchal : Aigueperse, liioqraphip des personnages illustres d'Ativergne, Clermont, 1834, t. I, p. 255, et La grande Encyclopédie Lamirault. Paris, 1895, et Quicherat, Procès de Jeanne d'Arc.

2. Le château de Pontgibaud, situé près de la petite ville de ce nom (Puyde-Dôme), est l'une des constructions féodales les plus curieuses du centre de la France, et des mieux conservées. Le vieux donjon et l'enceinte, garnie de tours circulaires, sont de la lin du douzième siècle. Le maréchal fit réparer cette forteresse au milieu du quinzième siècle. Tardieu, Dictionn, histor., p.263.

3. François de la Fayette, fils unique de Louis, mourut sans alliance à la bataille de Saint-Quentin, en 1557. Jacqueline de la Fayette, sa sœur, épousa cette même année Guy de Daillon du Lude, et lui apporta en dot la terre et le château de Pontgibaud. Tardieu, Dictionnaire des anciennes familles d'Auvergne, p. 421.

4. La terre et le château de Hautefeuille étaient situés sur la paroisse de Flayat, près Gannat (diocèse de Clermont). Chabrol, Coutumes locales. Paris 1760, t. IV.

bre 1548, quand il fut chargé, par le connétable de Montmorency, d'aller, à la tête d'une troupe de deux mille hommes d'armes et d'archers, réprimer sévèrement, à Limoges, un soulèvement populaire. Le mois suivant, dans l'espace de dix jours, selon les ordres qu'il avait reçus, il fit descendre et mettre en pièces toutes les cloches des églises, des couvents et des lieux publics de la ville et de la cité, sans exception ^.

Pendant les guerres de religion, on vit les seigneurs de la Fayette se distinguer, chacun dans leur province, parmi les officiers les plus vaillants du parti catholique *. En qualité de commandant en chef d'un corps de troupes de l'armée royale, Jean de la Fayette fit le siège et s'empara, de la Charité-sur-Loire et de Nevers. Peu de temps après, le théâtre de la guerre se transporta, du Bourbonnais, sur les terres mêmes du seigneur de la Fayette, entre ses châteaux d'Espinasse et de Cognât.

Le 6 janvier 1568, l'armée calviniste, sous les ordres de Poncenat, voulut se rendre de Vichy, par la forêt de Randan, àGannat, et s'emparer de cette ville fortifiée qu'occupait une vaillante garnison. Dès qu'il fut parvenu sur les hauteurs, où sontsitués l'église et le presbytère de Cognât, Poncenat aperçut, sur la plaine de Lionne, des compagnies de cavalerie, que commandaient le marquis deSaint- Hérem, gouverneur d'Auvergne, Jacques d'Urfé, bailli du Forez, et Jean de la Fayette, seigneur de Cognât-Lionne. Les protestants s'étant rangés immédiatement en ordre de bataille, Poncenat attaqua, le long du ruisseau de Châlons, les troupes catholiques avec une telle impétuosité, qu'il réussit à les mettre en déroute. Plus de cent officiers catholiques restèrent sur le champ de bataille, morts ou grièvement blessés. Au nombre de ces derniers, se trouva Jean de la Fayette, qui avait combattu vaillamment à la tête de sa compagnie, pour la défense de sa foi et de son foyer. Il succomba, un mois après, des blessures mortelles reçues à Cognât 3. Les protestants perdirent, de leur côté dans la mêlée, plus d'officiers que les catholiques, et notamment Poncenat, leur chef. Incapables de poursuivre l'ennemi, qui se retirait surClern)ont,ilsallèrent saccager et brûler l'église de Cognât, et les châteaux de Lionne et d'Espinasse *.

Le 11 février 1543, Jean de la Fayette avait épousé une riche héritière dans la personne de Françoise de Montmorin, qui lui apporta en dot tous les biens des seigneurs de Nades, et notamment les terres assez considérables d'Espinasse et de Nades &. Françoise

1. Limoges resta trois ans sans cloches. Voir les détails, Annales mss. de Limoges, p. 331, etc..

. 2. Un autre Jean de la Fayette, seigneur de Champetières, gouverneur de Monistrol- sur-Loire, se signala, au début de ces guerres (1562) en combattant, aux côtés de son beau-père, Hector de Montmorin, marquis de Saint-Hérem, gouverneur d'Auvergne, contre les troupes protestantes de cette province. Borei d*Hauterive, Annuaire de la noblesse. Paris, 1847, p. 207.

3. Voir, sur ce dernier point seulement, à la BibUoth. nat. Mss. Cabinet des titres. Dossiers bleus, n. 264, p. 24.

4. Bouillet, Tablettes historiques de VAuveiyne Clermont. 1845, t. VII, p. 468 et suiv.

5. Nades est située à cinq lieues de Gannat et à deux de la rivière de la

était fille unique et héritière d'Annet de Montmorin, mort gouverneur du Bourbonnais, en 1555 ^. De ce mariage, naquirent deux fils : Pierre de la Fayette, brillant officier, mort un an après son père, sur le champ de bataille de Montcontour (15()9), et Claude de la Fayette, qui continua seul la postérité de la branche aînée de sa famille. Claude, seigneur de Hautefeuille, d'Espinasse et de Nades, fut marié par contrat du 2-2 novembre 1579, à Marie d'Alègre, fille de Gaspard d'Alègre, seigneur de Viverols et de Beauvoir, chevalier de l'ordre du roi, et gentilhomme de sa chambre ^, De cette alliance sortirent cinq fils et quatre filles, frères et sœurs de notre prélat. I. Jean II de la Fayette, qui épousa, le 10 avril 1613, Marguerite de Bourbon- Busse t, et mourut le 3 décembre 1651. II. Jacques, reçu chanoine et comte de Lyon en 1603, mort Chartreux à Paris. III. François, évêque de Limoges. IV. Gaspard, seigneur de Nades, colonel du régiment de Picardie, qui mourut, non marié, en 163Î3. V. Philippe-Emmanuel, chevalier de Malte, mort en 1651. VI. Françoise, abbesse de Saint-Georges de Bennes. VII. Louise, mariée en secondes noces à Claude de Bourbon-Busset, comte de Chaslus, mort sans enfants, en 1641 ^. VIII. Madeleine, religieuse à l'abbaye des Chazes *, puis prieure de Nouic. IX. Catherine, femme de Claude de Alantadis, seigneur de Saint-Alvard 5.

IL Education de François de la Fayette. Il est nommé, en 1610, chanoine-comte de Lyon.

François, troisième fils de Claude de la Fayette et de Marie d'Alègre, naquit Tan iWO^ au château d'Espinasse, prèsGannat, et

Sioule, dans le canton dEbreuil (Allier), autreHns du diocèse de Clermont. Le château de Nades présentait une enceinte carrée, et des tours à créneaux, qui subsistent encore, mais bien endommagés. Les La Fayette vendirent le château à la fin du dix-septième siècle. De ioiimonU L'Allier pittoresque. Moulins, 1852.

1. Les Montmorin tiraient leur origine d'un chàteau-fort de ce nom, près de Billom (Puy-de-Dôme).

2. Christophe d'Alèirre. son père, descendait au sixième degré du premier baron d'Alègre. Morinot de Tourzel, favori du duc de Berry, qui lui fit don de la terre d'Alè^nv, sur les confins de l'Auvergne et du Wlay, en 1385. Christophe était l'auttnir de la branche des seigneurs de Viverols, appelés plus tard marquis de Beauvoir. La Chesnaye-Desbois, Dictionnaire de la noblesse, v* Alègre.

3. n descendait directement de Louis de Bourbon, cincpiième fils de Charles !•% duc «Je Bourbon et comte d'Auvergne, qui mourut à Moulins le 4 décembre 145G. Un fils de Louis, Pierre de Bourbon, avait épousé Marguerite d' Alègre, qui lui avait apporté en dot la terre de Busset. Le comté de Chalus en Limousin provint à Philippe de Bourbon, père de Claude, de son mariage avec Louise de Borgia, fille unique de Charlotte d'Albret et de César Borgia. La Chesnaye- Desbois, v« Bourbon-Busset, ihid.

4. Cette abbaye de l'ordre de Saint-Benoît, fondétî au neuvième siècle» dans les gorges de l'Allier, à trois lieues de Langeac, (diocèse de Saint-Flour, avant la Révolution) était célèbre dans toute l'Auvergne, à cause de la noblesse et de la piété des moniales. Les familles nobles de Langeac et de la Fayette y eurent de nombreux représentants. Madeleine y trouva Françoise de la Fayette, sa tante, qui avait été re<;ue elle-même par GabrieUe de la FayHte, abbesse du monastère. A la même époque, la branche cadette des La Fayette y comptait deux autres religieuses, (rallia chriatiana^ t. II.

5. Le P. Anselme, Hintoirc des grands (>f'finers de la nmrnnne, t. VIL Les notes généalogiques sur la famille de La Fayette sont tirées de cette source.

mourut à Tévêché de Limoges, le 3 mai 1676 ^. Nous aimons à croire qu'un dignitaire de l'église de Clermont, Tarchiprêtre de la Limagne, qui était de droit curé de la petite paroisse d'Espiuasse-Vozelle 2, dont dépendait le château des La Fayette, versât lui-même l'eau baptismale sur la tête de l'enfant, qui devait être un jour l'un des plus dignes prélats du royaume. Aucun mémoire du temps ne nous parle des premières années de François. Mais il n'est pas douteux, qu'à cette époque de foi, où toutes les mères étaient croyantes, et présidaient à la première formation morale de leurs enfants, Marie d'Alègre ne se soit chargée elle-même de l'éducation religieuse de sa nombreuse famille.

La meilleure raison de croire qu'elle assuma cette charge, c'est, nous le savons, l'exemple de sa propre belle-fille, Marguerite de Bourbon-Busset, qui « employa avec un grand dévouement les trésors d'intelligence, de raison et de sagesse chrétienne, dont elle était pourvue, pour éclairer et fortifier les âmes de ses enfants. Elle cultiva en eux le jugement et le bon sens, (ce don caractéristique des membres connus de la famille des La Fayette au dixseptième siècle), au moyen d'une vraie et solide piété. Elle leur montra la vie telle qu'elle est, non sous l'image décevante du plaisir, mais sous l'aspect austère et doux du devoir 3. »

Telle fut pareillement la forte éducation que Marie d'Alègre sut donner à ses cinq fils. Dans un temps où un gentilhomme devait porter les armes, ou se consacrer à Dieu, le sort des fils cadets était déterminé d'avance, à moins de vocation contraire. Tandis que l'aîné des garçons, et les deux plus jeunes, furent destinés à la carrière des armes, Jacques et François de la Fayette, leurs cadets, dirigèrent leurs études vers l'état ecclésiastique. Dans les premières années du dix-septième siècle, pendant lesquelles l'éducation classique de François s'accomplit, la noblesse de France restait sur ses terres, parce que Henri IV ne retenait à la cour, qu'une infime minorité de seigneurs. D'ailleurs, Claude de la Fayette, qui n'avait auprès du roi aucune charge, sembla préférer, au séjour de Paris, la résidence habituelle au château d'Espinasse *.

Dans cette région de la Limagne, située entre Vichy et Gannat ^y

i. Mss. n. 34, p. 1.

2. La petite paroisse d'Espinasse comptait cent quarante-deux feux. Abbé Moret. Paroisses Bourbonnaises. Moulins, 1902, p. 662.

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