‹ La réforme chrétienne des études classiques [microforme]Chapitre 10 sur 49 · RIRE | 1 AR · texte numérisé non relu

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aëquérir le droit de cité parmi nous ? Dans une école, qui compte des milliers de partisans, n’enseigne-t-on pas que la politique n’a rien à démêler avec la religion et qu elle en est indépendante : que l'Eglise est une ambitieuse qui veut dominer et qu’elle empiète sur les droits de l'Etat ? N'y proclame-t-on point que l’Eglise et l'Etat doivent être séparés, que le peuple est souverain et que tous les moyens sont bons pourvu qu’ils mènent efficacement à la fin que l’on se propose ? N’avons-nous pas eu et n’avons-nous pas encore une presse entièrement vouée à la prédication de ces pernicieuses maximes ? L’Avenir, le Pays, l'ancien National, le National actuel, l'Evénement ont-ils dit et disent-ils autre chose ? Qui a rédigé et qui rédige les journaux où s’étalent pareils principes ; qui se donne la mission de les propager partout ? N'est-ce pas la génération formée à l'école des Grecs et des Romains ?

Et nos élections politiques, comment se font-ellles ? Absolument comme dans la vieille Europe, et en particulier comme dans la France, l'Espagne et l'Italie, c'est-à-dire comme dans l’ancienne Rome. Elles se préparent au milieu des orgies, avec la fraude, la violence et la corruption pour auxilliaires. On fait alors litière de tout : on se moque du pape et de ses encycliques, des évêques et de leurs mandements, des prêtres et de leurs sermons : on se rit même de Dieu qu'on outrage dans l’un des actes les plus augustes de notre sainte religion, le scrment. Or, quels sont ceux qui préparent, organisent et dirigent le fléau des luttes électorales ? Nos hommes instruits qui ont passé leur jeunesse à admirer ‘es divers rouages des républiques anciennes.

Les rouges et les libéraux ne pullulent-ils point partout au Canada et n'ont-ils point des principes et des idées que tous les hommes d'ordre regardent avec raison comme une véritable peste ? L'étendard de la révolution, tel que l’arbora la France de 89, n'est-il pas le leur et se donnent-ils grand souci de le dissimuler ? Ne s’échappent-ils point, au contraire, jusqu’à se déclarer ouvertement en faveur des causes que patronisent Gambetta, Serrano et Garibaldi, et ne forment-ils point des vœux pour leur triomphe ? Qu'on se rappelle certains articles de certains de nos jour-

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naux, et l’on avouera que rien n’est plus vrai. D’où viennent ces rouges et ces libéraux, d’où sortent-ils? Pas d’ailleurs que de l'Ecole des Grecs et des Romains.

La libre pensée a ausei parmi nous de fidèles et nombreux amants qui la cultivent avec tendresse. Elle ne craint pas d’affirmer ses prétendus droits et les réclame impérieusement. Le défunt Pays, qui vivotait encore en 1868, a constamment prêché la souveraine indépendance de la raison et n’a jamais reconnu d’autre infaillibilité que la sienne. Ce culte de la raison humaine est celui que professe M. Dessaulles dans tous ses hideux écrits, notamment dans la Grande Guerre Ecclésiastique, et M. Dessaulles, l’une des colonnes de l’Institut-Canadien, ne parle pas dans le vide. Il a des admirateurs et des disciples qui recueillent pieusement les blasphèmes que sa bouche ou sa plume laisse échapper. Comme lui, et à l’exemple des grands hommes de l'antiquité et des révolutionnaires modernes, ils n’admettent d'autre divinité que la raison humaine. Qu'on cherche un peu sérieusement à connaître ce que pense la majeure partie de la jeunesse lettrée de nos villes, et l’on se convaincra, avec autant d’effroi que de douleur, qu’elle incline fortement vers les manières de voir de M.

* Dessaulles et de nos rouges écarlates.

Le sensualisme païen n’est pas plus inconnu au Canada que la libre pensée. La fièvre de l'or et du plaisir bouillonne dans nos veines, et ses ravages sont tels qu’elle achève de consumer ce qui uous restait au cœur de franchise, de bonne foi, d’honnêteté, de patriotisme et de dévouement. Ces vertus cessent d’être les n6. tres ; ou n’en parlera bientôt plus que pour dire qu’elles furent l'apanage d’un autre âge, la gloire de nos pères. On court après les places, les positions, les charges, les honneurs ; on se coudoie, on se bouscule, on se culbute, on s’égorge même pour ravir un siége au parlement, et tout cela, non par zèle, non pour remplir de grands et nobles devoirs, non pour s’immoler au profit du bien commun, mais pour satisfaire un sot orgueil, pour singer Cicéron et vivre en Lucullus. La recherche des jouissances a tellement aplati les caractères, que partout règne une apathie re

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pour les nobles causes dont la défense ue rapporte pas de beaux profits. Nous sommes devenus si lâches que rieu ne nous émeut plus, pas même les crachats qu’on nous lance à la figure. Tout enfin devient vénal au Canada ; on peut vendre son âme dix fois par jour et plus pour gripper quelques piastres et se vautrer ensuite dans les plus infâmes jouissances. Panem et circences, du pain et des plaisirs ! C’est le cri au Canada comme en Europe, et c’est toujours l'écho du cri de la brute romaine,

Quant à la littérature et aux arts, ils n’ont pas encore pris de grands développements parmi nous. Ce qui, par ci par là, perce en ce genre est infiniment pitoyable dans son ensemble et sent la pourriture païenne. Notre jeunesse formée à l’école des Grecs et des Romains où elie s’est repue de fables, de mensonges, de peintures lascives et de srine’. ‘ échevelés, conserve un goût très. prononcé pour les lectures ir:voles et mauvaises ; lorsqu'elle est

sortie du collége, elle crmplète donc généralement son éducation

en s’abattant sur une masse * roi. immondes qu'elle dévore avec avidité. Après avoir beaucoup absorbé de cette nourriture malsaine, elle sent le besoin de digérer et se met à écrire. Elle s'instale donc dans la pres-e, et tantôt sous une forme, tantôt sous une autre, elle nous débite tout son rouleau de fadaises, d’anecdotes putrides, d'idées creuses et impossibles. Parmi tant d’écrits qui naissent chaque jour dans les bureaux de rédaction et qu'on expédie partout, après les avoir soigneusement enveloppés dans les langes d’un journal, combien y en a-t-il qui révèlent un être raisonnable et qui portent le signe du baptême ? Hélas ! il y en a très peu : la plupart sont marqués à l'effigie de la bête païenne.

Dans ces écrits, la puérilité le dispute ordinairement à la sottise, le ridicule à l’affreux, la bêtise à la brutalité, le stupide à l'ignoble. Du jugement, du vrai savoir, de la religion, peu ou point de nouvelles, comme dit Montaigne. Si les études littéraires étaient autres qu’elles ne sont ; si elles meublaient avant tout la tête d'idées saines et solides ; si enfin elles ouvraient à l'esprit un vaste horizon en lui découvrant l’immensité, la beauté et la ri-

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chesse du champ chrétien, qui demeure inexploité, croit-on de bonne foi que nous aurions à gémir sur l’indécente pauvreté littéraire qni nous déshonore ? Assurément non.

Et l’on semble s'étonner que les hommes nous manquent ! Le miracle serait que nous en eussions, lorsque nous nous y prenons comme nous faisons, pour les former. Les belles et riches natures ne manquent pourtant point au Canada, non plus que les esprits d'élite, même les génies ; ce qui fait défaut, c’est une culture qui leur soit appropriée.

Qu'arrive-t-il d'ordinaire aux esprits vigoureusement constitués ?

Les études classiques terminées, ils commencent à comprendre que leur éducation a été fausse et qu’elle ne sert de rien pour la vie réelle. Ainsi, au lieu de n'avoir cette époque si précieuse de la vie, qu’à développer les germes déposés en eux par un enseignement utile et fécond, qu’à compléter par des études spéciales toutes les connaissances déjà acquises, ils sont forcés de se condamner à oublier à peu près tout ce qu'ils ont appris jusqueà, et de refaire à neuf leur éducation, tout comme s’ils n'avaient jamais rien su. n vérité, les voilà bien avancés ! IL y a pis encore. Avec la meilleure bonne volonté du monde, ils ont une peine infinie à se débarrasser de toutes les idées fausses qu'ils ont sucées avec le lait de leur éducation première, et parfois ils n’en viennent jamais à bout. Qu'il arrive souvent d'entendre des hommes s'écrier avec indignation : « Quand j'y pense ! jusqu’à quarante, jusqu’à cinquante ans, jusqu'à ces derniers temps même, j'ai eu telles et telles idées, j'ai gardé telles et telles manières de voir ! J'avais emporté ce bagage du collége comme une sainte et précieuse relique, et voilà que je viens de constater que tout cela ne vaut rien, que c’est même mauvais |! »

Qu'on ne s'étonne donc point de rencontrer des hommes instruits professant les idées les plus singulières, les plus funestes même sur la politique, la législation, les droits de l'Eglise ; ils ont puisé ces idées au collége. La plupart de nos maisons d’éducation nous préparent encore aujourd’hui des hommes qui auront

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