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dans ses livres historiques, littéraires, philosophiques et religieux, si bien que, quand il cesse d'avoir une existence physique, son esprit continue à vivre dans ces livres et se perpétue par leur moyen. .
Or, qu'était le monde païen dont l'esprit nous éclaire aujourd’hui par l'intermédiaire des livres qu'il nous a légués? C'était la Cité du mal, instruite, inspirée, en tout régie par Satan qui s’y faisait adorer comme Dieu. Impossible de le nier, puisque c’est l'Evangile qui nous l’apprend. « Tous les royaumes de “la terre m'appartiennent, » dit Satan à Jésus-Christ, » et Jésus-Christ ne l'a point contredit là-dessus ; au contraire, il a plusieurs: fois reconnu la royauté que son ennemi exerçait de fait, en l'appelant « le prince de ce monde, » princeps hujus mundi. Et saint Paul l'appelle « le dieu de son siècle, » Deus hujus sœculi.
Il est donc certain de la certitude que donne la foi divine, que le Prince de l’abîme a possédé la société ancienne, et qu'il l’a façonnée à sa guise. Esprit d’orgueil, esprit immonde, spiritus superbiæ, spiritus immundus, il lui a communiqué ce double virus; il. l’a organisée au double profit de l’orgueil et des sens par l'émancipation de la raison, par l'émancipation de la chair, par le règne absolu de l’homme sur l’ordre religieux et sur l’ordre social. Donc, rationalisme pur ou naturalisme, sensualisme et césarisme, ou, en d’autres termes, haine de Dieu et négation de ses droits dans l’ordre intellectuel, dans l’ordre moral et dans l’ordre politique, en un mot Æévolution complète et parfaite ou Péché organisé à l’état social et religieux, tel fut le paganisme ancien, le paganisme gréco-romain.
Je le demande maintenant, est-il possible que des livres, expression d’une société diaboliquement organisée et constituée en haine de Dicu et de ses droits, puissent avoir été approuvés par l'Eglise, épouse immaculée du Christ, comme devant être la matière presque exclusive de l’enseignement à donner à ceux qu’elle engendre spirituellement dans le baptême ? Non, mille fois non ! Uela n’est pas plus possible qu'il n’est pomible que
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l'Eglise apostasie. Le Christ ne communique point avec Bélial et l'Eglise non plus : le prétendre serait un horrible blasphême.
Je pourrais m'en tenir là, car, ayant montré ce que sont les livres païens, ayant ensuite rappelé ce qu'est l'Eglise, j'ai surabondamment réfuté l’objection des adversaires. J’aborderai cependant la question historique et je démontrerai que les faits sont d'accord avec les conclusions que tire le bons sens catholique.
On prétend que l'Eglise a approuvé le système actuel d’enseignement, puis, partant de là, on s’escrime à n’en plus finir. Le point de départ étant mauvais, on ne peut que très-mal aboutir. Qu'on dise donc où et quand l'Eglise a approuvé ce système ; qu'on produise donc un seul mot authentique d'elle, si jamais elle en a prononcé quelqn’un en sa faveur. Voilà par où il faudrait nécessairement commencer. (Cette approbation de l'Eglise, dont on parle tant et avec laquelle ont fait si grand bruit, doit se trouver quelque part, si elle existe. Sielle est renfermée dans un décret du concile, qu’on cite ce décret ; pourquoi le tenir caché? Si elle repose sur un document, sur un acte émané de l'autorité pontificale, qu’on lé dise et qu’on le fasse voir. Mais les adversaires sont ici bien embarrassés et surtout fort empéchés : l'approbation, qu’ils invoquent si souvent, n’a point d'existence réelle ; ce n’est tout au plus qu'un mauvais rêve de leur imagination. Jamais concile, jamais pape n’a dit un seul mot qu’on puisse alléguer en faveur de l’enseignement classique actuel.
Soit, réplique-t-on; l'Eglise n’a pas expressément approuvé la méthode païenne; maïs ne l’a-t-elle pas au moins approuvée et ne l’approuve-t-elle pas encore par son silence ? Une méthode, comme la méthode païenne, qui est, on peut dire, en vigueur dans toute l'Eglise, que l'Eglise connaît par conséquent, qu’elle sait être suivie et qu’elle laisse suivre sans réclamations, est nonseulement approuvée, mais elle est même, de plus, voulue et imposée par elle. Si cela n’est pas, aucune coutume ne saurait jamais avoir de loi, ce que vous ne soutiendrez pas, sans doute.
L'objection, ainsi présentée dans toute sa force, se redresse
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fièrement et nous défie de pouvoir l’ébranler. Nous sommes cependant sûr d'en faire bonne justice, car il est toujours facile de renverser ce qui s'appuie sur le faux.
Remarquons d'abord qu'il y a dans l'Eglise bien des choses qui ne sont pas l'Eglise, qui ne viennent pas d’elle et qui ne sont pas approuvés par elle. A preuve, le jansénisme, par exemple. Il a été longtemps dans l’Église ; mais il n’était pas l'Eglise pour cela, il ne venait pas d’elle et n’était pas non plus approuvé par elle. Pareillement depuis Marc-Antoine de Dominis, archevêque de Spalatro, jusqu’en 1870, au concile du Vatican, le gallicanisme a été, lui aussi, dans l'Eglise ; il s’est dit et s'est même cru l'Eglise ; mais il n’était pas l'Eglise. re venait pas d'elle et n'était pas approuvé par elle. D: même que le jansénisme, il
‘était si loin de jouir de quelqu’une de ces prérogatives, qu’il a
été condamné comme hérésie.
Remarquons en second lieu que l'argument : « L'Eglise laisse faire, donc elle approuve, » ne vaut que dans eertains cas. Quand l'Eglise laisse faire parce qu’elle n’a point la liberté de réclamer, ou qu’elle juge plus prudent, vu les circonstances, de s'abstenir d'élever la voix, on se tromperait si l’on concluait de son silence à son assentiment. |
Remarquons enfin qu’il n’y x pas du tont de luisser faire quand l'Eglise réclame et proteste, sans y mettre la sanction des peines ecclésiastiques. La malice des hommes est si grande aujourd’hui, que cette sainte mère ne peut presque plus user de son pouvoir coërcitif; mais ce qu’elle défend est vraiment défendu tout de mème, et quiconque enfreint la défense pèche et souvent avec gravité.
Cela posé, je dirai que la méthode païenné d'enseignement est dans l'Eglise au même titre que l'ont été le jansénisme et le gallicanisme, c’est-à-dire comme chose condamnée, et que, loin de l’approuver, l'Eglise l'a subie, à cause du malheur des temps, mais sans jamais cesser de protester contre elle. Voilà qui endommage déjà pas mal son prétendu laisser-faire, et par suite
l'approbation tacite qu'on travaille à en faire sortir. : Oui, l'Eglise a constamment protesté, et autant qu'elle a pu, contre la méthode païenne; et, si l'engouement, produit par la Renaïssance, n'eut pas été un véritable enivrement, comme s'exprime M. Cousin, elle aurait fait entendre des réclamations bien autrement vives, et si les réclamations n’eussent pas suffi, elle aurait fait usage de son pouvoir coércitif.
Les partisans de la méthode païenne sont véritablement trop osés lorsqu'ils revendiquent pour cette méthode le bénéfice d’une approbation tacite de l'Eglise, tant sont formelles et solennelles, comm: on va le voir, les protestations que l'Eglise a fait entendre contre elle. Voici le démenti que leur donne l’histoire :
Dès le treizième siècle, les Papes Honorius ITT et Innocent IV s’élevèrent hautement, le premier par sa bulle Specula adressée spécialement à la France, le second par sa bulle Doentes, adressée aux royaumes de France, d'Angleterre, d’Ecosse, de Galles, d'Espagne et de Hongrie, contre l'invasion du paganisme romain: dans l’enseignement du droit.
Plus tard, en 1512, le Pape Léon X, dans sa bulle Æeyiminis apostolici, protesta solennellement, et avec lui les Pères du cinquième concile général de Latran, contre l'étude de la philosophie et de la poésie païenne qu'il flétrit en déclarant qu’elles étaient infectées jusque dans leurs racines : philosophiæ et poeseos radices esse infectus.
Un de ses successeurs, Paul IT, travailla énergiquement à mettre un frein à l'étude des lettres païennes que le protestant Leïibnitz dit de lui : « Il y a eu un Pape assez entêté pour former une espèce d’inquisition contre les poëtes, dans le temps que les bonnes lettres commençaient à renaître. Il croyait qu’ils voulaient rétablir le Paganisme, mais on se moqua de lui! » Se moquer du Pape, qui combat la méthode païenne d’enseignement chez ceux qui l’inaugurent et la propagent ! ce n’est certes pas agir avéc son approbation, encore moins se conformer à sa volonté suprême, Qu’en pense-ton ?
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Voulant opposer une digue au mal qui grandissait chaque jour, le Concile de Trente s'occupa fortement de l'éducation de la jeunesse, Dans son programme d'études, il mentionne bien la grammaire, de chant, le comput ecclésiastique et autres bonnes sciences, de même que l’Ecriture sainte, les livres ecclésiastiques et les homélies des saints, mais il ne dit pas un mot des auteurs païens. Que signifie ce silence à une époque où l'étude de ces auteurs était en si grande vogue dans les écoles ? Evidemment que l’auguste assemblée voulait qu’ils disparussent entièrement.
Voilà pourquoi Saint Charles Borromée, qui avait été l'âme du Concile de Trente et qui ne pouvait ignorer par conséquent la portée de ses décrets, se hâta, de retour dans son diocèse, de convoquer un synode qui formula, d’après son ordre, le canon suivant : « Que les livres des païens, ce répertoire de vaines fables et d'histoire touchant les faux dieux,- soient absolument exclus des écoles et qu’on n’en fasse plus usage dans l'instruction littéraire des enfants. »
L'enthousiasme pour les œuvres littéraires de l'antiquité était alors si grand qu’à la nouvelle de la réforme qui allait s'opérer, la jeunesse milanaise s’émut ct menaça de déserter les écoles catholiques pour prendre le chemin des universités et des wymuases protestants où régnaient Homère et Virgile. Saint Charles fut ainsi contraint de revenir de sa décision première,
Par une prudente condescendance, il dut tolérer qu'on continuât à expliquer les auteurs païens.
Le grand Pape Sixte V a aussi protesté contre l'étude de ces auteurs, en confirmant par lettres apostoliques le concile d'Aix, tenu en 1585, qui remettait en vigueur une ancienne loi de l'Eglise par le canon suivant : « Que pour se conformer à la défense portée dans le 16e canon du Concile de Carthage, les ecclésiastiques s’abstiennent d'étudier les livres des gentils. » Si l'étude de ces livres est jugée préjudiciable aux ecclésiastiques mêmes, çomment ne, le serait-elle pas pour les jeunes enfants ?
Enfin, depuis le Concile de Trente jusqu’à nos jours, l'Eglise
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n'a pas cessé un seul instant de prohiber l'étude des auteurs païens, telle qu’elle se pratique depuis la Renaissance. Ne ditelle pas, en effet, dans la septième des dix règles de l’Index, éditées par son ordre et toujours en pleine vigueur, que « les livres anciens, écrits par les païens, sont permis à raison de l'élégance et de la propriété du langage; mais que pour aucune raison cependant, on ne pourra. les lire aux enfants? »n C'est pour éviter de plus grands malheurs et pour enlever à l'esprit d'erreur tout prétexte de se plaindre que l'Eglise, dans cette septième règle, s’est un peu relâchée de sa sévérité disciplinaire touchant la lecture des livres païens. Elle a ôté pour les hommes faits, en la laissant subsister pour les jeunes élèves, la défense prononcée par le quatrième Concile de Carthage.
Pour concilier la défense du saint Concile de Trente avec l'enseignement de la belle antiquité, on a imaginé d’expurger les écrivains grecs et latins, et d’en mettre des extraits seulement entre les mains des enfants. L'Eglise, par la voix de son Chef infaillible, approuve cette manière d'agir, pourvu que l’expurgation soit parfaite. Une expurgation si désirable est encore à faire, et, tant qu'elle ne le sera pas, on désobéira à l'Eglise en matière grave si l’on met les livres païens aux mains des enfants. Qu'on se le rappelle bien, le danger des livres païens est bien plutôt dans l'esprit anti-chrétien qui y règne que dans certains détails évidemment immoraux.
Quelle conclusion avons-nous maintenant à tirer? Pas d'autre que celle-ci: C’est un fait incontestable que la méthode païenne d’enseignement est dans l'Eglise, sans être de l'Eglise ni approuvée par elle, soit expressément, soit tacitement ; que l'Eglise, loin d'approuver cette méthode d’une façon quelconque, a souvent et énergiquement protesté contre elle, et qu'elle la proscrit encore d’une manière absolue par la septième règle de l’Iudex. oi!
De là il résulte évidemment qu'il n’est pas plus permis d’être en faveur du paganisme dans l’enseignement qu'il ne l’a été
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d'être janséniste ou gallican, et que tous les beaux prétextes qu'on allègue pour suivre la méthode païenne ne suffisent point pour mettre la conscience en sûreté. (Ceux-là seuls injurient l'Eglise, lui désobéissent et se rendent coupables de faute grave qui préconisent cette méthode et s’acharnent à la mettre en pratique. T'elles sont les conséquences qui découlent inévitable. ment des faits établis.