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Ils disent donc que la méthode païenne n'est pas suivie au Canada. Alors, ce qu'il y a à taire, c'est de déterminer avec précision les caractères essentiels de cette méthode, et, cela fait, il ne restera plus qu'\ voir si elle s’identific où non avec celle qui est en viueur ici.
Qu'est-ce donc que la méthode païenne, en quoi consiste-t-elle ? Condamner les jeunes gens pendant les trois quarts du temps et plus que durent leurs études littéraires, À travailler sur lés au-
teurs païens non expurgés où non suffisamment expurgés, afin
qu'ils se familiarisent avec ces auteurs, qu'ils s'en pénètrent et qu’ils se les approprient, voilà, de l’aveu de tous, en quoi consiste la méthode païenne, Si, outre cela, les thêmes et les versions roulent sur des sujets païens; si les compositions littéraires, telles que narrations, descriptions, lettres et discours sont, pour la plupart, autant d'éxcursions dans la belle antiquité; si enfin l'his toire ancienne et l’histoire romaine de Rollin occupént une place d'honneur dans les études, la méthode païenne est aussi parfait: qu'on peut le désirer.
Examinons un peu. maintenañt, comment sont organisées les études dans la plupart de nos maisons d'éducation. Que constatons-nous, en dépit de toutes les dénégations ? Nous constatons, de manjère à n’en pouvoir douter, que la méthode païenne, telle qu’elle vient d’être décrite, y est en pleine vigueur. En effet, au sortir de l'Æpitome historie sacræ, ke jeune élève forme de suite connaissance avec lé De viris ilustribus qui n'est pas, si l’on veut, un livre païen d'origine, mais qui l’est essentiellement par l'esprit qui y règne. Il manipule et traduit ce livre pendant de longs mois, et apprend à beaucoup plus admirer Îles grands honvmes païens que les patriarches et les prophètes.
Après le De viris viennent les fables de Phèdre, le Selectæ è
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profanis, Cornélius-Népos, les églogues de Virgile, les commentaires de César, les métamorphoses d'Ovide, les fables d'Esope, les dialogues de Lucien, les Géorgiques et l’Eneïde de Virgile, la vie d'Alexandre-le-Grand par Quinte-Curce, la Cyropédie de ÆXénophon, la vie des hommes illustres par Plutarque, les annales de Tüte-Live et de Tucite, les odes, les épodes, les satires et l’art poétique d’'Horace, la guerre du Péloponèse par T'hucydide, les lettres et les disconrs de Cicéron avec des extraits de ses œuvres philosophiques, le Catilina et le Jugurtha de Sulluste, les discours de Démosthène, quelques livres de l’Illiade et de l'Odyssée du divin Homère, puis des extraits de Platon, de Qurnithien, de Sénèque et des deux Pline.
Remarquons que pour donner aux jeunes gens la simple intelligence de ces classiques grecs et romains, il est absolument nést de les initier au génie, à la religion, à l’histoire, aux | doctrines, aux habitudes et aux mœurs de ces peuples, et par conséquent de les transformer en citoyens artificiels de Rome et d'Athènes: besogne immense qui absorbe tout le temps et toute l'activité des écoliers et ne leur laisse que des moments fugitifs, exceptionnels, pour l'enseignement du christianisme,
Tous ces auteurs forment la matière, l’objet principal des études littéraires, Qu'on ne s’imagine point que les élèves ne les voient qu’à la légère ou comme en passant; uon certes, Ils appuient sur chacun en particulier, et il en est, comme le chaste Virgile, le Joyeux Horace, l'é/oquent Cicéron, le divin Homère, par exemple, avec qui ils entretiennent un commerce assidu pendant deux et même trois ans. Les études littéraires n'étant généralement que de six ans, on voit de suite que les écoliers n'ont que tout juste le temps de faire face à cette légion d'auteurs. Quand ils parviennent à disposer de quelques moments, ils courent incontinent à l’histoire de la littérature ancienne, qui n’est qu’un long dityrambe en l'honneur de tous les païens qui se sont avisés d'écrire, puis après au bon Rollin, qu'on leur vante beaucoup comme historien de la belle antiquité et qui ne leur parle que chapeau bas des hommes et des choses du paganisme ; c’est-
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à-dire qu'ils quittent le paganisme, comme d'autres quittent Dieu pour Dieu.
Et voilà ! Si ce n'est pas là la méthode païenne, je demande ce que c'est. Nous ne sommes pas au bout du rouleau pourtant. Afin d'oMliger les jeunês wens à se mieux couler dans le moule païen, on leur donne à composer tel discours où telle harangue qu’Alexandre, Philippe, Brutus, Mucius-Scévola, Coriolan, Camille, Ménénius-Agrippa, Cincinnatus, Annibal, Scipion, Fabius, Marius, Catilina, etc., etc., est supposé avoir prononcé dans telle et telle circonstance. « Il faut, leur dit le professeur, que vous
vous transformiez en celui que vous avez à faire parler, Ou-
bliez-vous pour n'être que lui ; placez-vous à son point de vue ; prenez ses idées, ses sentiments, pénétrez-vous-en et puis ça ira!!! Nous allons voir si vous avez profité de l'étude de vos auteurs et si vous possédez bien votre histoire ancienne. A genoux maintenant! Veni, Suncte Spiritus, reple tuorum corda fidelium, ete. » Je demande ce que le Saint-Esprit a à voir làdedans. On l’invoque tout de même, et ces pauvres écoliers se mettent à l'œuvre! Ils suent sang et eau et se torturent sans merci afin de parvenir à penser, à sentir et à parler comme de véritables païens. A force de répéter cet exercice, ils se faussent le jugement ; et c’est alors qu'on les proclame très-versés dans la connaissance de la belle antiquité. Nous former comme si nous devions un jour émigrer dans la lune ne serait. pas plus ridicule.
S'il est indéniable que les auteurs païens font à pur: rés tous les frais de l'éducation littéraire de la jeunesse studieuse, il l’est pareillement qu’ils ne sont pas expurgés ou qu'ils ne le sont que très-imparfaitement. Or, l’expurgation doit être complète et parfaite, car les ordres de Pie IX sont clairs et formels : ab omni labe purgati, dit-il en parlant des livres païens à mettre aux mains dés écoliers. Pour être ce que Pie IX la veut, l'expurgation ne doit pas consister dans l'unique suppression de quelques détails trop lascifs et d’une obscénité vraiment révoltante, mais, de plus, dans la suppression de tout ce qui est de nature à blesser
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la pudeur, de tout ce qui s'attaque aux autres vertus, de tout.ce qui altère ou défigure la vérité en quelqu’ordre que ce soit, car, outre le précepte du Décalogue qui défend les choses impures, il y en a neuf autres qui obligent également,
« Un livre est tout entier dans l'esprit: qui le dominé, dit le Père Ventura. Comme donc en retranchaut quelques pages 5u quelques phrases des livres chrétiens on ne parvient pas pour erla à en effacer entièrement l'esprit chrétien, de même en retranchant quelque: pages ou quelques phrases des livres païens on ne réussit guère pour cela à en faire disparaître entièrement l'esprit païen .... Nous ne nous expliquons donc pas l'illusion que se font certains chrétiens ct même certains ecclésiastiques, eu pensant qu'il suffit d'y faire quelques ratures ou de le faire passer par l'épreuve des ciseaux, pour qu’un livre païen puisse être mis sans danger entre les mains de jeunes gens. Nous ne nous expliquona donc pas que des hommes de sens et d'esprit en soient encore à comprendre que le danger des livres psïens pour les jeunes gens n’est point seulement dans certains récits ou dans certains passages trop licencieux et de nature à blesser la candeur de l'âme de l'enfant, mais qu'il est bien davantage dans leur esprit matériel, profane, temporel, animal, satanique, comme dit un apôtre : Sapientia, terrena, animalis, diabolica iJac. C. 13.)
Maintenant, sont-ils puxifiés de toute souillure, ab omni labe pur guti, comme le veut Pie IX, ces livres classiques, de la librairie Hachette, où vous trouvez encore en entier, dans toute leur crudité native, sans suppression d’une seule lettre, ces passages que les païens eux-mêmes regardaient comme fort dangereux pour les mœurs ?—On ne fait pas traduire ces passages aux élèves, réplique-t-on,—Mais qu'importe; les élèves n’ont-ils pas entre les mains les livres qui les renferment, et ne les traduisent-ils pas eu secret quand ils ne peuvent s'aider d’un travail tout fait ? D'ail. leurs, le Pape veut qu'on ne mette entre les mains des élèves que des livres entièrement expurgés, qu'on les fasse traduire en tout ou en partie; voilà qui est bieu clair.
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elite où l’on trouve énoncés, préconisés et longuement commentés ces. principes éminemment subversifs qui s’attaquent à la fanille et à l’ordre social ?
Sont-ils tels que l'exige Pie IX, ab omni labe purgati, ces
classiques où les élèves rencontrent fréquemment la glorification
du régicide, de la rébellion, du suicide, de J: haine et de la vengeance la plus brutale ?
Sont-ils «ab omni labe purgati, ces auteurs, pleins de paroles de blasphèmes, qui invoquent et célèbrent le démon sous le nom de fausses divinités, qui chantent les orgies des festins, les danses les plus infâmes, qui ridiculisent la vertu et prodiguent l'encens à
ous les vices divinisés ? &
Evidemment non, ils ne le sont pas; et, quels que soient les prétextes que l’on mette en avant pour en justifier l'usage, comme : ils contiennent toujours de mauvais germes en abondance, ils produiront toujours invariablement de funestes résultats. ‘Ce n'est jamais impunément qu’on néglige ou qu’on méprise les prescriptions de l'autorité pontificale, surtout en matière aussi impor. tante que celle-là.
Onme fera peut-être tewarquer ici qu'on a prévu le danger des études païennes et qu'on a pris des mesures pour le prévenir. On me dira que, dans nos maisons d'éducation, les élèves font en commun la prière du matin et du soir; qu'ils récitent le chapelet et assistent à la messe tous les jours; qu'ils accomplissent encore d'autres exercices de piété ; qu’ils sont obligés de se présenter au tribunal de la pénitence assez souvent êt qu'ils assistent à une ou deax leçons de catéchisme par semaine.
Je sais tout cela ct je trouve tout cela très-bien ; mais tout cela n'empêche point que la méthode d'enseignement suivie soit la méthode païenne. Or, conserver la méthode païenne, même en faisant marcher de front avec elle quelques pratiques pieuses, c'est conserver son action délétère qu'on ne parviendra jamais à paralyser suffisamment, Deux heures au plus d'exercices de piété par jour, avec une couple d'assez maigres leçons de catéchisme par semaine, font une triste figure à côté de huit à dix heures jour-
de 00 ere
# tiellement consacrées à l'étude du paganisme, D'ailleurs, que signifient des exercices de piété qui n'ont aucune connexion avec l'enseignement principal et dominant du collége ? Ils devraient être le fruit nécessaire, la conclusion pratique, le bouquet spirituel de cet enseignement, en sortir comme le parfum de la fleur, et non pas en jaillir comme des champignons et n'y apparaître que
comme des hors-d'œuvre. Aussi, les élèves ne les remplissent-ils
généralement que par routine. et il ne peut en ‘être autrement, puisque rien à peu près ne vient fortifier chez eux l'esprit de foi et de piété, empêtrés qu'ils sont perpétuellement dans le grossier matérialisme païen.
On fait encore valoir les quelques leçons de catéchisme que Von distribue par-ci, par-à. Rien ne prouve mieux combien tout
“est faux et vide dans l'éducation de la jeunesse. Tout enseignement, pour être dans l'ordre, doit être un rayonnement de la vérité relipieuse et par conséquent un perpétuel commentaire du catéchisme. En effet, s’instruire, qu'est-ce autre chose que d'étudier constamment le catéchisme, tantôt sous une forme, tantôt sous une autre? Nous sommes si loin de le comprendre, et surtout de le mettre en pratique, que nous avouons avec candeur qu'étudier le catéchisme, c’est rompre avec le cours ordinaire des idées qui nous occupent dans nos études. Si deux heures de catéchismé par semaine font tellement saillie qu’on en parle sans césse, c’est, hélas ! que l'enseignement du catéchisme contraste singulièrement avec tout le reste,
Il est donc parfaitement avéré que la plupart de nos maisons d'éducation suivent la méthode païenne d'enseignement. Je dis la plupart, car il y a d’honorables exceptions. Nous avons des eolléges ou séminaires où l'on a presque entièrement rompu, sinon tout-à-fait, avec cette méthode; nous en avons d’autres qui font chaque année de nobles et généreux efforts pour s’en débarrasser. Ces quelques colléges, loin d'avoir regret d'être entrés dans la voie où ils marchent, s’on félicitent tous lés jours et avec eux les vrais amis de notre cher Canada. Espérons que bientôt toutes nos maisons d'éducation auront ce bonheur.
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