LÉ BEAU LATIN ; SAIT-ON CE QUE C'EST
Du temps de saint Paul, il y avait à Ephèse un orfèvre, nommé Démétrius, qui fabriquait en argent des petits temples de Diane. Il vivait de cette industrie, ainsi que bon nombre d'ouvriers qu’il employait, car le temple de Diane à Ephèse était en grand renom dans toute l'Asie, et la déesse, en profonde vénération. Or, saint Paul ayant fortement parlé contre le culte des faux dieux, Démétrius convoqua ses ouvriers et leur démontra que les prédications de l’apôtre n’allaient à rien de moins qu'à la ruine de leur métier Après avoir insisté sur ce point, capital à leurs yeux, il eut soin d'ajouter qu'il importait, en outre, de prendre en mains les intérêts de la grande Diane dont la majesté menagçait de s’évanouir. 5
Au sortir de cette réunion, les ouvriers se répandirent de tous côtés dans la ville en répétant le cri : « la grande Diane d'Ephèse, » puir se portèrent vers le théâtre où ils firent irruption, suivis de tout le peuple. Grande fut alors la confusion. : Les uns criaient une chose ; les autres une autre, et personne: ne savait au juste de quoi il s'agissait. Saint Paul voulut se porter au milieu du peuple pour l’apaiser, mais on l'en dissuada. Un juif, nommé Alexandre, étant parvenu à se dégager de la foule, fit signe de la main et demanda le silence pour rendre raison de ce qui se passait. Mais, comme on reconnut qu'il était juif, on s'imagina qu'il voulait s'attaquer, lui aussi, à la grande Diane,
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et, sans vouloir rien entendre, on se mit à crier : « La grande Diane d’Ephèse ! la grande Diane d'Ephèse ! » Et ce cri se prolongea l’espace d'environ deux heures.
Il y a quelques années, une scène analogue se répétait tant en France qu'au Canada. La demande d’une réforme de l’enseignement 4 jeté l'inquiétude et le trouble dans l'âme de ceux qui faisaient profession d'enseigner les lettres païennes. Qu'’allaient-ils devenir si la réforme s’opérait ? Tous leurs brillants commentaires sur eg mille et une beautés que recèle, à leur avis, chaque vers
de Virgile ou d’Horace, chaque période de Démosthène ou de
Cicéron, n’allaient-ils point cesser d’avoir cours ? Et tous leurs trésors de lieux communs, de remarques, de sentences, d'hyperboles bien nourries sur l'inimitable perféction des anciens ne seraient-ils pas perdus pour toujours ? Qui désormais attacherait quelque pris. à ces si jolies fariboles ? 1:
Réformer l’enseigtiement, c'était donc discréditer leur savoir, les dépouiller de leur prestige, les réduire à n’être plus que de grands enfants) perdant leur. temps: à babiller avec érudition sur de forts petites choses ; c'était enfin prononcer leur déchéance. En pareille occurence, le moyen de se maintenir sensément en position, c'était de se mettre de suite à l’œuvre et de refondre leurs connaissances. : Ils s’'y:refusèrent, soit par défaut de courage; soit par incapacité; mais, tout de même, ils se dirent qu’on ne les verrait pas décheoir. Comme il n'était pas décent de réclamerau:nom;de leur amour-propre; ilsimaginèrent de mettre le, beau latin en. capse. « La réforme, telle que proposée, s'écrièrent-ils tous ensemble, c'est 'a-mort certaine du beau latin, qu’on n’étudiera plus ou:qu’on n'étudiera pas assez. Ah! le beau latin, le beau: latin! sauvons le beau latin! »
Mais, leur répliqua:t-on, à quoi sert de vous exclamer ainsi ? voyez plutôt : le simple gros bon: sens démontre la nécessité d’une réforme de l’enseignement ; il n'y a donc: pas à hésiter, il faut marcher.—;Ah! le beau latin! le beau latin! continuèrent-ils à crier ; sauvons le beau latin!
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de cela, mais de la méthode d'enseignement que l’on suit. Cette méthode est condamnée par les Pères, réprouvée par l'Eglise ; il est mille fois prouvé qu’elle nous conduit à l’abîme ; il faut done nécessairement la changer.—Abh ! le beau latin ! le beau latin! crièrent-ils encore; sauvons le beau latin !
Mais remarquez donc un peu et veuillez comprendre : on ne prétend pas bannir des colléges l'étude du latin, encore moins celle du beau latin. Au contraire, on veut, rar une modification du système actuel, faire apprendre et très-bien apprendre ce latin qui vous est si cher et que tous ignorent cependant, quoiqu'ils aient consacré sept à huit ans à l'étudier.—Ah ! le beau latin ! le beau latin! crièrent-ils toujours ; sauvons le beau latin!
La grande Diane d’Ephèse! la grande Diane d’Ephèse !
Admettons pour un moment que la réforme du système actuel d'enseignement ait pour conséquence nécessaire de nous faire parler ct écrire un latin moins pur, moins châtié, moins élégant que celui du siècle d'Auguste ; quel si grand inconvénient serait-ce en définitive? Le beau latin, si beau qu’il soit, n’est toujours que du latin après tout, c'est-à-dire une manière comme nne autre de traduire extéricurement sa pensée. Les sons harmonieux, les tournures élégantes, les phrases arrondies, les périodes cadencées, le beau style en un mot, ne sont que de jolies futilités. Rien de tout cela n'importe au fond; ce qui importe, c’est de dire, de quelque façon qu'on s’y prenne, et pourvu qu'on soit compris, des choses sensées, utiles et proficables. Il y a vingt manières de dire : « J’ai faim, donnez-moi à manger; » lu plus élégante ne dit mieux ni plus que la plus simple de toutes.
Les mots ne sont que des mots et sans valeur aucune si on les considère en eux mêiues ; ils n’e.‘istent que comme signes pour indiquer la présence des idées qui sont les modifications intime de l'âme. Les idées sont donc absolument tout, et l’on rie parle pas pour autre chose que pour échanger des idées, c'est-à-dire que pour se manifester âme à âme et parvenir à ne faire qu'un dans la forme substantielle de la même vérité. Dieu ne nous a
pas créés et mis au monde pour que nous soyons de beaux divd ‘
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seurs, mais pour que nous connaissions la vérité et que nous la prenions pour règle de conduite. Quoique le beau latin ait été parlé par Virgile, Horace et Cicéron,'il n'est pas plus précieux assurément que la langue des anges. Or, qu'on veuille bien prêter l'oreille aux paroles du grand apôtre et apprendre de lui ce que vaut la plus belle de toutes les langues chez celui qui néglige'tout le reste pour se rendre maître dans l'art de la bien manier. « Quand même je parlerais la langue des anges, dit saint Paul. si je n'opère pas dans la charité, je ne suis qu’un airuin sonnant et qu'une cymbale retentissante. »
Donc, quelle déplorable aberration, quelle étrange folie de lancer la jeunesse à la poursuite du beau latin, à travers un déluge de paroles vaines, inutiles, mensongères, scandaleuses et perverses ; de vouloir que ce soit là sa principale occupation et de l’exposer ainsi à de grands dangers! Si ce n’est-pas l’exposer à des périls sérieux, c’est au moins le condamner à croupir dans l'ignorance d’une foule de choses importantes à savoir, tant dans ses intérêts propres, spirituels et temporels, que dans l'intérêt de la société. N'est-ce pas, dirai-je en empruntant les paroles de l'illustre P, Ventura, n'est-ce pas le comble de la déraison et presque de‘l'impiété, de ne compter pour rien les grands intérêts de la religion et de la société, et de les immoler à des intérêts éphémères et plus que douteux de grammaire, de rhétorique et de poésie ?
On tient au beau latin plus qu’à ses entrailles; on y tient même plus qu’à sa part de paradis, puisqu'on dit : « Périsse la société ! périsse le vrai savoir! périssent les vrais principes ! périssent les bonnes mœurs, plutôt qu’une virgule du beau latin! Et ce beau latin, sait-on au moins ce que c’est? A la fureur avec laquelle on s’y cramponne, on dirait qu'il est parfaitement connu, goûté et savouré jusque dans ses nuances les plus délicates. Rien de moins trai cependant .: la plupart de ceux qui s’extasient sur le beau latin, qui l'aiment au point d’en rêver lorsqu'ils sommeillent et de commettre des extravagances lorsqu’ils sont éveillés, ne connaissent de beau latin que le nom.
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C'est bien le cas de dire que plus les passions sont fortes, plus elles sont aveugles. ;
Les pères de la Renaissance, dans l’incommensurable folie où les avait tous jetés leur passion pour la belle antiquité, ont trouvé dans la langue de Virgile et de Cicéron, plus de beautés de premier ordre qu’elle ue comprend de mots. Leur admiration ne connaissait d'autres bornes que celle du délire qui faisait dire à l’un : Virgile est un grand théologien, plein de mystérieux enseignements ; à un autre : Zl est très-probable que les bienheureux dans le ciel parleront latin ; à un troisième : Je donnerais ma part de paradis pour parler comme Cicéron. Ce sont ces fous, plus fous que nombre de malheureux aujourd’hui détenus dans nos asiles d’aliénés, qui ont composé la litanie d’éloges en l'honneur du latin païen ; on l'a niaisement répétée et on la répète encore:de confiance, sans s'inquiéter de savoir si elle repose ou non sur la vérité. Sur leur parole, on s’est rivé dans la tête que le latin païen est inimitable perfection. Les professeurs, tant bacheliers que licenciés et docteurs, le répètent à leurs élèves sur la foi de l’enseiynement reçu, et les élèves le croient comme parole d'Evangile, sur la foi de leurs professeurs. Ce qui fait la fortune du latin païen, c'est que tout le monde le dit beau, afin de passer pour habile, ct que pas un ne voit les beautés qu'il admire. Et en effet, il suffit qu’on s’imagine que telle pièce a été écrite par Virgile, par Horace, par Cicéron ou par quelqu'un des autres pour la trouver divinement belle ; la même pièce serait trouvée détestable, au plus médiocre, si l’on était sous l'impression qu'elle vint d’ailleurs : preuve que le culte du beau latin ne procède ni du goût, ni du jugement, ni de la raison, mais que c’est une pure manie.
Nous savons si peu ce que c’est que le beau latin, que nous en jugeons comme un aveugle-né jugerait des couleurs, S'il était donné aux anciens poëtes et aux anciens prosateurs latins de revenir à la vie et de nous voir commenter leurs œuvres, ils se tordraient de rire en nous entendant exalter jusqu'aux nues les phrases les plus vulgaires et les mots les plus simples tombés de
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leur plume, Là où ils n'auraient jamais soupçonné qu'oa pût s'arrêter un moment, ils nous verraient sottement ébahis, transformant en sublime ce qui frise le ridicule. En France, dans une maison de haut enseignement, un professeur de renom consacrait quatorze leçons à révéler toutes les beautés de ce seul vers d'Horace: Zbam forte via sacra, À
Imaginez donc! Dans quelques centaines d'années d'ici, lorsque le français sera devenu langue morte, il se trouvera que, nous aussi, nous aurons dit des choses merveilleuses sans nous en apercevoir. ‘Tous ceux, même les charretiers assez peu cultivés, qui auront eu la bonne fortune de laisser échapper cette phrase : « Je me promenais par hasard dans la rue Ste Catherine, » seront placés à côté de l’immortel Horace, dans le temple de la Gloire.
Le spirituel, Saint-Hyacinthe a très-bien fait ressortir, à propos du beau latin, tout ce qu’il y a de ridiculement faux dans les appréciations que donnent à leurs élèves les professeurs de belles-lettres et de rhétorique. Il les peint trait pour trait en parodiant leur enseignement. Pour rendre la critique plus piquante, il prend, en guise d’une ode d'Horace ou d’une pastorale de Virgile, une chanson. française, tont ce qu'il y a de plus plat en fait de chanson. Au moyen d’un superbe commentaire, tout farci de notes savantes et d'explications ingénieuses, il transforme cette très-chétive pièce en une œuvre de génie, dont il fait toucher au doigt les innombrables beautés. Il se suppose dans une classe de rhétorique ; son auteur, qu'il appelle Matanasius, pour lui donner une tournure antique, est ouvert sous ses yeux; il va parler. Silence ! à
« Messieurs, dit-il, d’un ton solennel, nous allons étudier aujourd'hui une pièce !!! qui rivalise avec ce que les grands siècles d'Auguste ct de Périclès ont produit de plus beau !!! Pour être non seulement compris, mais goûté comme il doit l'être, ce chef-d'œuvre demande de nombreuses explications de ma part, et beaucoup d'attention de la vôtre. Le nom de l'auteur suffit pour en faire l'éloge. Cet auteur, messieurs, dont on peut dire
ce qu citur
« J naître afin q qu'Ho de fra
jouer
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prit, nc il excits la comp seuleme Colin m»
un gran l’art de blime, n secret n' « L'ai poétique comme | tions so
mn. 00
pât ce qu'on disait de Virgile : Cædit: Grau nescio quid majus nasns- citur Iliade, c'est l'immortel Matanusius. Je lis; suivez-moi : ans PorME.
nsa- L'autre jour, Colin, , Malade
vers Dedans son lit
D'une grosse maladie,
Pensant mourir, Lors- Ne peut dormir.
que « Je m'arrête. Messieurs, l'habileté d'un poëte se fait con-
J . L U nous paître à la manière dont il rend d'abord son lecteur attentif, ont afin qu'il ne perde rien de ce qu'il va lui chanter. C’est ainsi acte qu'Horace commence ordinairement ses odes par quelque chose de frappant :
Descende cœlo, et dic age tibia Regina longum, Callipse, melos.
« Desceuds du ciel, Callipse, et commande-moi en reine de jouer un grand air sur ma flûte.
Cœlo tonantem credidimus Jovem Kegnare.
« Lorsque Jugiter tonnait, nous ajgns cru qu'il régnait dans
les cieux.
« Voilà une muse qui descend du ciel. Voilà Jupiter qui roule le tonnerre. Quelles idées, messieurs! quelles images ! Plus habile que le grand lyrique, qui se contente de frapper l’est prit, uotre poëte va droit au cœur du lecteur. Du premier mot il excite les sentiments les plus capables d’attacher, je veux dire la compassion et la tendresse : Colin malade. I] ne parle pas seulement au cœur, il parle encore aux yeux, à l'imagination. Colin malade ; on le voit, on le plaint. Or, si, comme l'enseigne un grand maître, biep penser, bien sentir et bien rendre, est toul’art de la poésie et de l’éloquence, ce début est évidemment sublime, mais sublime de ce naturel et de cette simplicité dont le secret n'appartient qu'au génie.
« L'autre jour. Voyez tout ce qu'il y a d’attachant et de poétique dans ces deux mots. Dans les grandes choses, messieurs, come les maladies, qui sont aux particuliers ce que les révolutions sont aux royaumes, les moindres circonstances sont inté-
Gr ht mo
a remet rene Se PSN TR à 2H
APS: 1e
ressantes. Elles ne peuvent manquer de faire un effet puissant et agréable, pourvu, comme le remarque M. de Fontenelle, qu'elles ne soient pas absolument inutiles ou prises de trop loin. Or, il est facile de voir que, parmi les circonstances, celle du temps n’est pas inutile. Aussi notre poëte l'a-t-il marqué, et cela de la manière la plus convenable. S'il eût mis à! y a quelque temps, ces expressions eussent été vagues et indéterminées. S'il eût mis le quantième, cela aurait senti le gazetier ou le voyageur. L'autre jour marque poétiquement un jour fixe que le
poëte a en vue.
Dans un lieu solitaire et sombre Je‘me promenais l’autre jour,
dit M. de la Motte dans une de ses odes anacréontiques. -« M. Boileau ne dit-il pas :
Clio vint l’autre jour Se plaindre au dieu des vers ?
« L'on voit que l'autre jour marque très bien un temps déterminé que le poëte se représente,
« Colin. Quel nom, meSicurs! À mesure que nous nous éloignons des beaux siècles de l'antiquité, notre corruption augmente. À la noble simplicité de la nature, nous faisons succéder une fausseté co':sagieuse qui se répand sur tout. L'homme ne se
entait pas assez honoré d'être homme, quoiqu'il n'y ait rien de
si grand dans l’homme, selon la profonde remarque de M. Abbadie. L’homme a voulu être marquis, comte, duc. On quitte le nom de ses pères pour se monseigneuriser ; on appelle sa femme madame, corume s’il y avait quelque chose de plus respectable que le nom d’épouse. © temporu ! o mores !
« Que nous sommes loin de ces grands Romains qui appelaient leur femme Cuia; qui ne connurent jamais le marquis Caton, le comte Scipion, le duc Brutus, ni monseispeur Micénas! Enfin uous avons porté jusques dans nos poésies pastorales, où l’innocence et la simplicité doivent toujours régner, cette marque de notre corruption et de notre orgueil. Nos bergers n'oseraient plus s'appeler Pierrot, Henriot, Colin. Il nous faut des Tircis, des Tytires, des Lygdumis.
les («( gran Plut géné que cela ; pens son ( divis( ‘et la un si « À marqi ment, maluc n’indi( qu’il el parler l'habil( faisan qu'il p tard, « De il était COMpos soit d’u où deda de s’en
Se rapp (
ssant nelle, y loin.
le du et cela uelque ninéese » VOYAque le
8 déter-
jus nous ion aug succéder me ne se t rien de {. Abbaquitte le a femme spectable
ppelatent aton, le
Enfin pù l’innoarque de oseraient s Tircis,
« Mais pour revenir au nom de (Colin, des poëtes fameux, Jehan Moliuet, Remy Belleau, Clément Marot, et plusieurs autres, s’en sont servis sans hésiter. « Le petit veau de lait dont Colin me fit maître l’autre jour dans ces prés, » dit Belleau.
« Mais, hélas! messieurs, sophiè tropos pateitai : le savoir et les bonnes mœurs sont méprisés | 6
« Quant au nom de Colin, si simple en apparence, il cache une grande illustration. Bien qu'après de longues recherches dans Plutarque, daas Laerce et dans Polybius, je n'aie pu trouver une généalogie suivie de la gens Colinea, j'ai cependant découvert que celui dont il s’agit descend de princes souverains. Mieux que cela ; un maître de la Chambre des Comptes, qui veut bien récompenser de son amitié mon modesfe savoir, m’a assuré que la maison Colin remonte en ligne droite jusqu'à Adam ; qu’elle s’est divisée en deux illustres branches : la branche de Colin- Tampon,
“et la branche de Colin-Maillard, qui jouent encore aujourd’hui
un si grand rôle dans toute l’Europe.
« Malade. C'est-à-dire qui ne se porte pas bien, ou, comme le marquent MM. de l'Académie française, qui sent quelque dérèglement, quelque altération dans sa santé. Ainsi, messieurs, Colin était malude, quoi de plus saisissant! Toutefois le mot étuit malade n'indique pas encore que sa santé fut notablement dérangée et qu’il eut besoin d’un docteur en médecine. Il était, à proprement parler, ce qu'on appelle être je ne sais comment. Remarquez l'habile gradation du poëte qui veut ménager l'intérêt, en nous faisant arriver par degrés au sentiment de profonde compassion qu’il prétend exciter dans nos âmes, comme nous le verrons plus tard.
« Dedans son lit, Colin n'était pas seulement dessus, messieurs, il était dedans. Voilà pourquoi le grand poëte s’est servi du composé dedans au lieu du simple duns. Quoique ce dernier soit d’un plus bel effet que l’autre, il y a pourtant des occasions où dedans est plus expressif ; il y en a même où il est de règle de s’en servir, par exemple lorsque le substantif auquel il doit se rapporter, précède, comme dans ces vers de Lafontaine :
Raves, navets, carottes, tout est bon, Dit le lutin, mon lot sera hors terre, Le tien vedans.
« Son lit! Quoi de plus vrai! Le lit est naturellement la place d'un malade. Témoin ces vers fameux :
Iris, ce chet-d’œuvre des cieùx, Est ax /it toute languissante.
« Lit. Ce mot, messieurs, qui ne signifie pas tout-à-fait la même chose que couchette où grabat, a lui-mêmo un grand nombre de significations. On dit un it de plumes, un lit de repos, un lit de gazon, un lit de fleurs, et lit, dans ce cas, se prend pour la chose sur laquelle on est couché. On dit un it de soie, et lit alors se prend pour les rideaux. On dit aussi un lit à colonnes, et alors lit se frend pour le bois sur lequel on met le lit de plumes, les matelas. Et tout cela, messieurs, se dit aiusi par la figure que la rhétorique appelle synecdoche. I] y a synecdoche lorsqu'on prend la partie pour le tout, quando pars sumitur pro toto. On peut dire aussi que cela a lieu en vertu de la métonymie. La métonymie est une figure qui consiste à prendre le contenant pour le contenu, continens pro contento. Ainsi, vous le voyez, quelle étonnante richesse dans ce mot it, et aveë quel à propos il est ici employé par notre grand poëte !
« D'une grosse maladie. Teï, messieurs, vous apercevrez l’habile gradation que je vous annonçais tout-à-l’heure. Grosse maladie ! Comme ce grosse est bien choisi! Ki cette maladie était petite, on ne s’en embarrasserait pas ; mais ce mot grosse intéresse tout-fait. Malade d'une grosse maladie, horresco referens. Ce pléonasme relevé par le mot grosse, émeut la compassion du lecteur, le touche, le saisit. Car, quoique malade de maladie soit un pléonasme décidé, pour me servir de l’heureuse expression de M. !Toudart de la Motte, cela ne dit pourtant pas tant que malade d'une grosse maladie. La sensibilité si adroitement excitée, et, à ce qu'il vous paraît, arrivée maintenant à son plus haut degré, va, grâce à notre grand poëte, atteindre son dernier développement.
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ait la grand lit de Cas, Se un lt ussi un quel on eurs, se he. N quan do lieu en qui conpro CONdans ce re grand
rez l’haosse Mmuamaladie ot grosse horresco t la comjalude de ‘heureuse trtant pas si adroitenant à indre son
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« Pensant mourir, Ceci vous donne la mesure de la maladie, indique son Caractère inquiétant, et vous associe À toutes les angoisses du malade. Et c’est là le chef-d'œuvre de l'art : ST vis me” flere, dolendum est primum ipsitibi. Pensant mourir ! Notre poëte aurait bien pu mettre croyant mourir ; mais croyant n'aurait signiffé que la simple croyance, et l’on sait que cette
croyance est si peu de chose, qu'elle ressemble tout-à-{ait à une
opinion légère qui n’a nul fondement; au lieu que pensant marque une croyance fondée sur la réfléxion, une croyance réfléchie. Ktre dedans son lit; malade d'une grosse maladie, penser mourir ! Vous figurez-vous quelque chose de plus pittoresque, de plus saisissant, et par conséquent, messieurs, de plus poétique et de plus beau ?
« Ne peut dormir. Ne peut, c'est-à-dire il n'est pas en son pouvoir de dormir. Personne d'entre vous, messieurs, qui ne sente que peut deu: cet endroit vaut infiniment mieux que saurait. Car, soit que c… dernier vienne de sapere, supio, où scire, scio, il n'a point la force de pouvoir. Je puis, il peut, qui vient de posse, possum, avoir la puissance, la faculté. Peut, d'ailleurs, est fort usité; nos meilleurs auteurs s’en sont servis. « Il est vrai qu’elle a été écrite avec quelque sorte de gaîté, dit M. de Balzac. mais elle peut être lue par les tristes mêmes. »
« Il est évident qu'après ne peut, il fallait mettre dormir, et non pas sommeiller. Il aurait pu sommeiller sans pouvoir dormir. S'ilavait sommeillé, il aurait pu rêver, et ce lui eût été peut-être un adoucissement. Mais lorsqu'on dort, c’est-à-dire qu'on est profondément assoupi, car c'est ce que comporte avec soi le verbe neutre dormir, on ne rêve point. Ceux qui se connaissent à la force des expressions sentiront bien la justesse de cette remarque, fondée tout à la fois sur la philologie et sur la médecine,
« Aujourd’hui, messieurs, je n'en dirai pas davantage sur cette pièce. Il faudrait un volume entier pour examiner tout l’art qui règne dans cette pièce. A vous, messieurs, aidés de
mes explications, à le méditer et à vous en nourrir : nocturnu
ss DE se
versata manu, versate diurna.' Quel excellent génie que l'auteur qui l’a composé! : Quélle rare, pour ne pas dire quelle fatale modestie, que celle du grand homnie, qui, ‘en cachant son nom, a voulu se déroberiaux hommages de la postérité! Que ne doit-on pas dire d'un poëme où il n'y a pas un seul mot qui ne mérite les plus grands éloges? Tout homme de goût préfèrera ou du moins égu'era toujours au chantre de Tibur l’auteur de ces vers immortels :
L'autre À Colin, Dedans son 16 ON D'une grosse maladie,
Pensant mourir, Ne peut dormir. ,
« Messieurs, j j'ai dit : Diri. » VE tele l di Cette spirituelle et irréprochable critique du pédantieme clas- À sique fit rire aux éclats le dix-huitième siècle, mais ; ne corrigea his pas les pédants, dit Mgr Gaume. Hélas ! la Révolution elle-même in # ue les a pas,corrigés ! à la
n'est
agré
quel
’ ve cette soins M cl sottis livres rien, ne sa penda c'est-à parvia Je | que sal du col cette q
thode
clasrrigen même