RÉSUMÉ ET CONCLUSION.—ORGANISATION CHRÉTIENNE DES ÉTUDES
Il est prouvé que la méthode païenne, inaugurée par les Reuaissants en délire et suivie jusqu'ici par amour de la routine, ne peut exercer qu'une influence très délétère sur le cœur et l’intelligence des jeunes gens. Elle laisse ignorer le christianisme, affaiblit la foi, corrompt les mœurs, dépose de funestes doctrines dans les esprits, conduit à l'impiété et à tous les maux qui en dérivent. Ont protesté contre elle, parce qu'ils ia jugeaient impropre à produire d'autres résultats, tous les plus grands penseurs de l’Europe depuis le seizième siècle.
[l est prouvé que le mal, qui ronge le monde actuel et qui le jette si fréquemment dans les convulsions de l’agonie, a pour cause principale la méthode païenne d'enseignement. En effet, le mal actuel est le paganisme gréco-romain ressuscité. Or, puisque l’éducation fait l'homme et l’homme la société, si la société a aujourd’hui reuié le christianisme pour penser, agir et vivre comme les païens de Rome et d'Athènes, c'est l'éducation, que l’homme a reçue dans sa jeunesse, qui en est la cause, car on ne récolte que ce que l’on a semé ; quæ seminaverit homo, hæc et metet. Tous les meilleurs esprits de l’époque présente sont d'accord pour reconnaître que le Protestantisme, le Gallicanisme, le Voltarianisme, le Césarisme et cet hideux Négateur universel,
s Re- 1e, ne intelaffai- ; daus ivent.
à pro- Euro-
ui le pour ffet, le , puissociété vivre p, que on ne æœc et t d’acme, le iversel,
qu'on nomme, la Révolutian,.sont les fils.légitimes du : paganisme dans l’enseignemeut.
Il est prouvé que, dès les premiers siècles du christianisme, les saints, Pères ont. fortement .blâmé l'étude exclusive des ‘auteurs -païens
Il.est prouvé que l'Eglise, depuis la -Renaissanve, n’a-cessé de protester contre cette étude et qu’elle ne cesse de la proscrire par la,septième règle de l’Index.
Il est prouvé qu’il nous est impossible d'apprendre le latin Païen, dans l'intérêt duquel on s’obstine à suivre la méthode actuelle, et que, quand même or parviendrait à l’apprendre, il.ne nous serait d'aucune utilité.
Il.est prouvé que cette méthode nous laisse ignorer Je lutin Chrétien, le seul que nous puissions et que nous devions apprendre.
E! est prouvé, d’un autre côté, que la méthode chrétienne est la méthode qu'il faut pratiquer pour former de vrais chrétiens, êt, par suite, pour régénérer le monde en dotant l'Egliseet l'Etat d'intelligences vraiment éclairées, de cœurs vraiment dévoués au bien.
Il est prouvé par la longue et constante expérience des âges de foi, et par celle que plusieurs ont renouvelée de nos jours, que cette méthode est très-facilement praticable et qu'elle détermine les effets les plus heureux,
Il est prouvé que l'élite des hommes instruits, tant dans l'E glise que dans l'Etat, même chez les Protestants, se sont hautement et fortement déclarés en faveur de la méthode chrétienne.
Il est prouvé qu’elle seule peut nous faire réapprendre le latin que nous ne savons plus et que nous ne saurons jamais sans elle.
Il est prouvé que l'Eglise veut que cette méthode soit adoptée et mise en pratique. Pie IX le déelare dans l'encyclique Znter multiplices et daus les brefs qu'il a récemment adressés à Mgr. Gaume.
Il est enfin prouvé que la réforme radicale de l'enseignement, dans le sens chrétien, est d'une suprême nécassité, br 1 l'affir-
me Pie IX, si l'on veut élever la jeunesse dans l'intégrité de Îa foi et des mœurs et dans une sincère piété. Et il est si facile de l’opérer !
D'où il faut conclure, et la conclusion est rigoureuse, que si les hommes nous manquent, c'est que l'éducation est donnée à la jeunesse d’après un système radicalement vicieux, et qu'il y a obligation stricte et pressante, sous peine de faute extrêmement grave, de renoncer à la méthode païenne pour embrasser la méthode chrétienne.
La réforme chrétienne des études est d’une suprême nécessité pour le Canada, comme pour n’importe quel pays de l’Europe. Ne remarque-t-on pas, en effet, qu’un très-crand nombre de ces principes funestes, qui dissolvent la société européenne, ont acquis le droit de cité parmi nous, qu'ils se fortifient chaque jour davantage et lèvent plus audacieusement la tête ? Qu'allonsnous donc opposer à ce torrent dévastateur ? La foi, la raison, l’histoire interrogées nous répondent que la seule digue qui puisse arrêter ce torrent dans sa marche, c’est la religion connue dans ses dogmes, dans sa morale, dans sa nécessité comme principe civilisateur et conservateur de tout ce qui fait la vie des sociétés. Or. cette connaissance de la religion, absolument nécessaire pour conjurer les maux qui nous menacent, ne s’acquiert pas par l’étude de Virgile, d'Horace ou de Cicéron. Pour l'avoir, il faut puiser aux véritables sources qui sont les Livres Saints, les écrits que nous ont légués nos Pères dans la foi.
Et qu'on ne dise pas que les élèves complèteront leurs études religieuses plus tard, lorsque leur cours classique sera terminé. C'est une sotte raison inventée pour pallier une conduite plus sotte encore. Rien dans le passé d’abord ne justifie cette espérance, Ensuite, comment espérer qu'au sortir de leurs classes,
les jeunes gens, nourris de frivolités pendant de longues années, se sentiront de suite pris d’une telle passion pour les choses sérieuses, qu'ils consacreront plusieurs heures chaque semaine, ou même chaque mois, à l'étude de la religion ? Il faudrait pour cela qu’ils fussent dans de tout autres conditions que celles ou les
a placés le système actuel d'éducation, Il faudrait d'abord qu’ils soupçonnassent au moins la nécessité de pareilles études ; ensuite, qu'ils eussent de l'estime et du goût pour elles ; enfin qu’ils sus sent où puiser pour les faire.
Or, les élèves, que la méthode païenne a formés, peuvent-ils soupçonner leur ignorance en matière de religion, lorsqu'ils ont suivi le cours complet qui se donne dans des établissements où l'on prétend ne leur rien laisser ignorer de ce qui est indispensable, et que l’on assure de pins que la religion a occupé dans leurs études la place qu'elle était en droit de revendiquer ? Peuvent-ils goûter et estimer une matière qu'ils n'ont guère vue traitée ailleurs que dans de maigres abrégés de la doctrine chrétienne, par demundes et par réponses ; quand ils sont de plus sous l'impression que tous les livres sortis de la plume des Pères de l'Ezlise, ou des docteurs catholiques, sont écrits dans un style barbare? Peuventils enfin savoir où puiser quand ils connaissent à peine les noms des grands écrivains formés par le christianisme ?
Pour différer de se conformer aux prescriptions de l’encyclique Inter multiplices, on aillègue parfois que le mal, au Canada, n’a pas encore atteint les proportions que nous lui voyons en Europe. Mais c’est une raison de plus pour ne pas perdre de temps. La bonne semence, que l’on répandra, croîtra plus facilement, rencontrant moins d'obstacles ; elle ne courra pas de danger d'être étouffée par les ronces et les épines. C’est lorsque le mal n’a pas encore jeté de profondes racines qu'on l’arrête plus efficacement dans ses progrès. Pourquoi différer et différer toujours ? N'avonsnous pas tout à perdre en temporisant et tout à gagner en nous hâtant ? L’ennemi, soycus-en sûrs, profite de nos retards et de nos lenteurs pour se fortifier. Faut-il attendre qu'il soit maître de toutes les places fortes pour le combattre ? Faut-il attendre que pas un bon principe ne reste debout pour sentir la nécesités de remettre toute la vérité en honneur ? Evidemment non.
On a beau dire, il en est dans notre pays comme partout ailleurs ; ce sont les classes instruites qui dirigent et qui forment l'opinion. La perte de la foi, la corruption des mœursne mon-
tent jamais d'en bas,’.elles descend toujours d'en haut. Si nos : classes lettrées sont croyantes et religieuses, le peuple tiendra à sa foi, à sa religion ; il respectera l'autorité ecclésiastique ; conséquemment tout ira mieux, même au point de vue purement humain, car là où la religion a le! plus d’empire, là aussi l'ordre civil est le plus stable, et le pouvoir peut agir avec plus d'émpire et d'efficacité. Aujourd'hui que la religion a encore de l’ascen dapt sur un certain nombre d’esprits ; qu’elle exerce encore une ombre de:son ancien prestige ; que: ceux même qui n’ont plus la’: foi sont en quelque: sorte forcés de la respectèr éxtérieurement, il faut en profiter pour la réintégrer dans tous ses droits. L'im-' piété, de timide et:craintive qu'elle était d’abord pour ne pas trop : offusquer devient bientôt audacieuse, exigeante et tyrannique.
Et puis, dans un pays comme le nôtre, où règne le parlementarisme, vù nous sommes: exposés à tout moment à avoir pour législateurs ceux qui hier encore étaient sur les‘bancs du collége,
ne devrions-nous pas donner, par tous les moyens" possibles, une
éducation profondément religieuse, foncièrement catholique ‘aux élèves qui:nous sont confiés ? A l'heure qu'il est, c’est le cri d’a-
larme que laissent échapper tous les‘hommes de ‘biér qui ‘ s’occu- :
peut:un peu d’affaires publiques :« Nos homnmies poiitiques sont,
pour:la :plupart, sans principes “bien arrêtés, sans convictions, :
d’une ignorance phénoménale en fait de connaissances religieuses: Ils nous:poussent, sans s’en apercevoir, à l’abîme;:à la ‘révolutions » :
A toutes ces'considérations, il faut èn ajouter un autre c'une : très-grande ‘importance ‘pouf: nous. : Par le seul fait ue rious
vivons au mitieu des sectés protéstantes, ‘notre ‘éducation, plus qu'ailleurs: encore, doit être en tout matrquée'au coin'de ‘la reli-
gion.r Nous avons, eu égard:à notre’situation, un: besbin jour- ! nalier de bien connaître notre ‘sainte religion ‘daris ‘ses ‘dogmes, : dans son:histoire;:dans sa motale: Seules,:à lheure’ qu’il est,
les intelligences ‘fortes et robustes dans lu foi, peuvent ‘être à l'a-
bri: desratteintes du ‘subtil poison de l'erreüt'qüise glisse partout ‘" seules elles-peuvent déjouer los uses de 'l'enrieniti"évitér ses piér”
ges, reconnaître ses perfides caresses, le combattre enfin avec avantage, s’il en vient à demander une lutte corps-à-corps. A-t-on compté le nombre considérable de journaux protestants qui sont en circulation dans le pays, qui chaque jour attaquent nos croyantes directement ou indirectement, et qui malheureusement sont lus par une foule de jeunes catholiques ? Les moins fanatiques en apparence né sont-ils pas encore extrêmement dangereux, par cela même qu'ils démolissent sans avoir l'air d'y toucher ?
À quoi cependant aboutit notre système actuel d'éducation ? Il nous laisse presque sans défense aux mains de l’hérésie : nous connaissons au parfait la stupide et fangeuse idolâtrie des Grecs et des Romains, ét nous n'avons pas la science religieuse nécessaire pour fairé face aux dangers du présent. Aussi, comme la foi s'affaiblit rapidement parmi nous ! Elle ne jette plus de profondes racines dans le sol ; elle s'éteint ; elle se meurt ; bientôt, si l’on ne se hâte de la raviver par une éducation vraiment chrétienne, elle aura cessé d’être.
Voyons encore les terribles conséquences de l’affaiblissement de ce principé de vie. En perdant l'antique foi si vivace de nos pères, nous noûs faisons peu à peu à l'image de nos maîtres ; nous devenons égoïstes, cupides, intéressés, : passionnés pour le bieti-êtré matériel, auquel nous pouvons sacrifier tout ce qu'il y a de plus noble et de plus saint sur la terre. Ah ! que les temps sont chänigés pour le Canada par suite de l’action continue de tant d’influences délétères que rien à peu près ne neutralise ! S'ils revenaient au moïide, noûs reconnaîtraient-ils pour leurs enfants, pour des fils de martyrs, avec toutes nos pensées basses et matérielles, avèc notre insouciauce, notre couardise, notre insigne lâcheté, ceux qui ont tant combattu, versé tant de sueurs, de larmes et de sang pour nous laisser intact le dépôt de la foi? Ne l'oublions pas : tout ce que nous avons de vie et de force comme peuplé, nous vient de la religion : d'elle nous sommes nés ; par elle ét avec elle noûs avons grandi ; c'est encore elle qui nous fera goûter les joies de l'ôgé mûr, si nous savons fa traiter comme il convient.
Pour ramener la foi parmi nous, la rendre vivace comme aux beaux jours de notre histoire, il faut nous adresser aux nouvelles générations, faire péuétrer chez elles, au moyen de l'enseigne ment chrétien, les vrais principes, les maximes dictées par la sagesse éternelle, la vérité tout entière ; les passionner pour le bienet leur montrer où réside la véritable grandeur, en leur faisant connaître la vie des saints, des héros du christianisme, en comparaison desquels les héros païens ne sont pas même des pigmées ; les former en un mot pour la société telle que la veut CELUI qui est venu régénérer le monde au prix du plus pur de son sang,
Eucore une fois, il ne faut pas se le dissimuler, la question d'enseignement est une question de vie ou de mort pour nous ; de sa solution dépend tout notre avenir. Malheur, mille fois malheur à ceux qui le compromettraient par légèreté, par insouciance ou par orgueil. Il est temps, plus temps que jamais d'ouvrir les yeux, de reconnaître le danger et de prendre les moyens de le prévenir. La noble terre du Canada menace de devenir un marché de traficants, un bazar d'industrie. Hâtons-nous, car Jésus peut-être prendra le fouet de l'indignation et du mépris pour donner la chasse aux agioteurs et renverser leurs tables par une de ses secousses qu'on appelle révolutions.
Il est bon d'enregistrer ici un récent aveu de l’imoiété révolutionnaire : il vient ajouter à ce que j'ai dit de l'immense importance de l'éducation profondément religieuse. M. Challemel- Lecour, combattant tout dernièrement, dans use séance de l'assemblée nationale, le projet de former des universités catholiques, disait: « On veut, dans ces universités catholiques, préparer dans les futurs médecins, avocats, magistrats... .des auxiliaires de l'esprit catholique. Oui, sortis de là, ces hommes se répandront dans la société, et ils mettront au service de l'Eglise tous les moyens d'action que leur fourniront leurs professions. Ils ne se contenteront plus d'être des croyants, ils seront des apôtres... Le Syllabus sera inculqué à la jeunesse, et ces universités catholiques deviendront des pépinières d'où sortiront des hommes convaincus qu'il faut détruire les principes (de 89) qui, achetés au
prix de tant de sang, sont devenus le fondement même de notre société.
Il est donc clair comme le jour que les bons professeurs ne snffisent pas et que la grande question de la réforme des études n'est pas une question de personnes, mais une question de méthodes Que les professeurs soient pieux et habiles autant qu'il est possible de le désirer, ni leur art, ni leurs excellentes intentions ne changeront la nature des choses : tant qu'ils jetteront la jeunesse daus le moule du paganisme, ils formeront des générations païennes. Penser le contraire est une erreur.
Une réflexion se présente ici naturellement : tôt ou tard l'éducation dans notre pays passera des mains du clergé dans celles des laïques, si on continuc à la donner d'après le système païen. L'illusion n’est guère possible: ce qui a eu lieu en France depuis 89 aura lieu ici pour les mêmes raisons. Tout nous donne à penser et à croire que non seulement la chose est possible, mais qu’elle se réalisera dans un avenir assez prochain. Et, en effet, on ne tardera à dire tout haut que pour enseigner du latin et du grec, purement et simplement, pour commenter et faire goûter les classiques anciens, les laïques sont aussi habiles que les ecclésiastiques ; qu'il n’est pas besoin de porter la soutane pour faire des cours de littérature profane. Qu'’aura-t-on à répondre à un pareil argument, si la méthode d'enseignement reste ce qu’elle est ? Rien absolument.
Si donc le clergé veut rester maître de l'éducation, qu'il la donûe chrétienne comme lui seul peut et doit la donner. On n'aura plus de raisons à faire valoir contre lui. En outre, les hommes d'Etat, qu'il aura formés, seront tellement convaincus, par une conséquence inévitable des principes qu’une éducation toute chrétienne aura déposés en eux, de la nécessité de son action sur l’enseignement, qu’ils regarderont comme une profanation et un sacrilése de changer cet ordre de choses.
Aujourd’hui surtout qu’on ne songe pas encore à trop contrôler l'action du clergé sur l’enseignement, qu’il fait en cette matière à peu près comme il veut et comme il l'entend, qu'il se hâte de
prendre ses mesures pour demeurer toujours maître de la, position. Par là, il exercera la plus heureuse et la plus salutaire influence ; il formera un peuple fort et puissant, destiné à jouer un grand rôle sur le continent d'Amérique, car, d'après l’ordre de Ja Providence, le sceptre et l'empire appartiennent aux nations catholiques.
Maintenant, comment opérer la réforme chrétienne pour répoudre le plus parfaitement possible aux intentions du Souverain- Pontife, ét par suite pour en retirer les plus magnifiques résultats ? De l'avis de personnes très-compétentes, voici ce qu'il fau. drait faire.
Dans les maisons d'éducation, où l'étude du latin commence dès les plus Vasses classes, les auteurs chrétiens devraient-être étudiés seuls, jusqu'à la quatrième inc 'usivement, car ils doivent-être les premiers dans les mains de la j jeunesse, dit Pie IX. Le simple bon sens veut qu’il en soit ainsi, car, pour être étudiés avec profit et sanë danger, les classiques païens exigent que l'esprit soit müri par des connaissances fortes et solides. Condorcet lui-même, dont on ne saurait récuser le témoignage comme suspect, n'hésite pas à à le réconnaître,
« Puisqu' il faut tout dire, ajoute-t-il après avoir parlé de l'éducation de la jeunesse, puisque tous les préjugés doivent aujourd’hui disparaître, l'étude longue, approfondie des langues des anciens, étude qui nécessiterait la lecture des livres qu’ils nous ont laissés, serait peut-être plus nuisible qu'utile. Nous cherchons dans l'éducation à faire connaître des vérités, et ces livres sont remplis d'erreurs. Nous cherchons à former la raison, et ces livres peuvent l'égarer. Nous sommes si éloignés des anciens, nous les avons tellement dévancés dans la route de la vérité, qu'il faut avoir sa raison déjà tout armée, pour que ces précieuses dépouilles puissent l'enréchir sans la corrompre.….… Qu'est-ce, en effet, que des modèles qu’on ne peut imiter sans examiner sans cesse ce que Î2 différence des mœurs, des langues, des religions, des idées oblige d'y changer ?... Prononcez maintenant, si c'est
aux premières années de lu jeunesse, que les auteurs anciens doivent être donnés pour modèles. »
Après la quatrième, l'étude des classiques païens pent être commencée, mais elle doit se faire simultanément avec celle des classiques chrétiens auxquels on donnera toujours la plus large place. Si on la prend au sérieux, comme on y est obligé, il n’est guère possible que l'introduction de l'élément chrétien dans les études puisse avoir lieu d’une autre manière,
On ne mettra plus entre les mains des jeunes élèves que des extraits des livres païens, et ces extraits seront exempts de toute souillure : on ne s’y heurtera à aucune obscénité, à aucun mauvais principe. De plus, on les expliquera chrétiennement, c'està-dire que le devoir du professeur sera de faire remarquer à l'é lève l’infériorité intellectuelle des peuples païens ; la bonté de Dieu qui n'a jamais abandonné sa créature, quelque dégradée qu'elle fut, et qui lui a laissé assez de vérités, débris de son riche patrimoine, pour qu'elle pût le reconnaître ct s'élever jusqu’à lui ; la profondeur de l’abîme où le christianisme a tiré le monde, et dans lequel le christianisme seul l'empêche dé retomber.
En suivant cette ligne de conduite, il ne pourra qu'éviter avec lé plus grand soin la faute capitale dont on s’est jusqu'ici rendu coupabie dans l’éducation, celle d'exprimer aux jeunes générations une admiration sans bornes pour les hommes et les choses du paganisme, admiration qui a conduit certaines célébrités du siècle de Louis XIV jusqu'à dire, en parlant des romains : «L'antiquité a eu des vertus dont notre siècle n'est point capable. Ce n’est pas à nous à faire les Camille, ni les Caton ; nous ne som-
mes pas de la force de ces gens-là... . Il n'y a plus de Rome ni de Romains. Il faut alle: les chercher sous des ruines et dans les tombeaux : IL FAUT ADORER LEURS RELIQUES. ADORONS CES GRANDS MORTS...….Ce serait une satisfaction sans pareille de savoir les choses qui se disaient ertre Scipion et Lélius, Atticüs et Cicéron, et les autres honnêtes gens de chaque siècle. . . LA LIE MÊME D'UN TEL PEUPLE ÉTAIT PRÉCIEUSE. Je le dis com-
me jé lé pense, ils ne faisaient pas un geste, oi ne poussaient pas
un mouvement au dehors, qui fut indigne de la souveraineté du monde. J{s riuient même avec une sorte de dignité .…...C'EST UNE ESPECE DE SACRILÉGE DE NE PAS ASSEZ ESTIMER LES AN- CIENS, »
Cette stupide apothéose de l'antiquité païenne, jointe au mépris des siècles chrétiens, a poussé le monde moderne à l’apostasie Saturé de paganismne, il a répudié le Christ et son Eglise pour adorer Satan sous la forme séduisante de tous les vices. ‘Si uous continuons d'enseigner comme ont enseigné nos pères, nous obtiendrons toujours les mêmes résultats, car les mêmes causes produisent invariablement les mêmes effets.
Après avoir opéré de sérieuses réformes en ce qui concerne ‘étude des modèles littéraires, il faut aussi réformer l'enseignement de l’histoire ; il a même besoin d’être entièrement modifié. L'histoire est une des parties les plus importantes des études, si elle n’est pas la plus importante de toutes, et je regrette d'avoir à dire, c’est d'ordinaire ce qui est le plus mal enseigné. Souvent même les élèves sont quasi laissés à eux seuls pour cette étude ; lorsqu'on leur donne une direction, elle est si vague qu’elle n’équivaut a rien du tout.
Pour apprendre l’histoire, il faut l’étudier ailleurs que dans ces maigres abrégés qui ont pris place parmi les livres classiques. On n'ÿ trouve ni âme, ni vie, pas même le vrai squelette de l'histoire. Dieu qui est Je centre d'où tout s'échappe et auquel tout doit se rapporter, en est absent, aussi bien que la religion et l’Eglise. Si on les mentionne, ce n’est qu'incidemment. Ces abrégés d'histoire, qui semblent composés tout exprès pour dégoûter d’un genre d’études fort attrayant par lui-même, ne sont guère autre chose qu'une insipide nomenclature de guerres, de batailles et de traités de paix, de faits divers et de découvertes avec indication de dates, puis enregistrement de noms d'hommes, de villes et de pays. Lorsque, par hazard, on y rencontre un mot d'appréciation, il porte généralement à faux, surtout s'ila trait aux affaires religieuses. Les quelques jeunes gens, qui désirent compléter leurs études historiques, au sortir du collège, prennent
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le premier eours d'histoire qui leur tombe sous la main, et il n'est par rare qu'ils y puisent des idées les plus fausses, comme les jugements les plus erronés, n'étant pas prémunis contre le danger par l'acquisition des connaissances qui devraient les guider en pareille matière.
Pour bien possèder l’histoire, il ne suffit donc pas de savoir ce qui s'est passé chez les différents peuples du monde, tant ancien que moderne ; il ne suffit pas non plus de pouvoir donner exactement les dates de tous les faits qu'ont enrégistrés les annales de l'humanité. Connaître uniquement cela, c'est non pas savoir l'histoire, mais porter un lourd bagage de chiffres et de faits divers: rien de plus. L'histoire, comme tout ce qui mérite d'oceuper l'esprit de l'homme, doit porter le sceau du divin, en être tout imprégnée, et faire resplendir, de la mani: re qui lui est vropre, le bon, le vrai et le beau.
Qu'est-ce donc que l’histoire véritable, l'histoire qu’il importe souverainement de faire connaître à la jeunesse chrétienne ? C’est la mise en scène des rapports miséricordieux que l'Eternel entretient avec l’homme, sa créature. pour la sanctifier, ou, en d'autres termes, c'est la biographie du genre humain déchu et se régézérant sous l'action divine. Les histoires particulières ne sont que des fragments de cette grande histoire, et si on les détache complètement, elles ne sont plus que des membres privés de vie et sans utilité, se corrompant même et finissant par répandre la-pestilence. D'après la définition qui vient d'être donnée et qui est la seule vraie, l'histoire doit rendre visible à celui qui l'étudie, les efforts que Dieu fait dans le temps pour sauver tous les hommes et conduire chacun d'eux à l’éternelle béatitude par le moyen de son Fils unique, immolé de toute éternité, et par l'intermédiaire de son Eglise ; lui montrer, en lui racontant la vie admirables des héros du christianisme, comment, pour se sanctifier et arriver à la pleine possession de Dieu, il doit mettre en pratique, dans la condition où il se trouve placé, les préceptes et les conseils de la religion révélée.
Lorsqu'on la prend ainsi telle qu’elle est, on ne peut, en étus
diant l’histoire que se perfectionner daus la connaissance du souverain Bien, et des adorables perfections, de sa sagesse et de sa miséricorde en particulier, puis .se porter chaque jour vers lui par des élans de plus en plus vigoureux. L’éternelle Providence, comine le dit si bien un écrivain catholique de notre temps, n'a d’autres préoccupations que de conduire le plus d'hommes possible dans les bras libérateurs de l’'Homme-Dieu, et l’histoire n’est que le récit de ses divines industries.
Des âmes à purifier, à arracher des griffes de Satan, à embellir dans les eaux de la tribulation, à confirmer dans la pratique du bien, à revêtir de la beauté de Dieu même, à sauver en un mot, voilà ce qui rend compte de tous les événements de l’histoire, guerres et fléaux, victoires et défaites, puissance et faiblesse des peuples, grandeur et décadence des empires, prospérité et chûte des royaumes ; voilà ce qui explique la marche si accidentée de l'humanité à travers les siècles, depuis qu’elle est sortie de l’Eden couverte de peaux de bêtes, la blanche robe de l'innocence, dont Dieu l'avait revêtue dans son amour, ayant été criminellement laissée aux mains du tentateur.
Comme l’histoire chrétiennement étudiée nous révèle bien l’infinie sagesse de Dieu, et comme elle démontre bien que ses voies sont admirables ! Quel plaisir à le surprendre en flagrant délit de miséricorde, pour ainsi dire ! Quelle jouissance élevée et délicate que celle de saisir, à travers le temps, autant que notre faible esprit peut le faire, quelques-uns de ces secrets qu’il nous laisse quelquefois découvrir, et qui nous permettent de voir avec quelle sollicitude il travaille à réunir autour de lui une famille iunombrable d'enfants autrefois égarés ! Quoi de plus ravissant que de cotempler les phases de cette lutte entre sa bonté qui veut nous sauver et nos déplorables libertés qui ne veulent pas se laisser vaincre |
Oui, toute l’histoire est dans cette lutte, et qui ne sait pas le voir ne saura jamais l’histoire. Il faudra, dit l'écrivain dont j'empruntais tout-à-l'heure les paroles, il faudra qu’il invente de fausses explications, qu'il groupe les faits artificiellement, et,
qua
con ign( rem que
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comme il ne connait pas le principe vital de l’histoire, lequel en relie toutes les parties comme le sang réunit en quelque manière les parties du corps, l’histoire sera, quoiqu'il fasse, divisée par lui en tronçons qui auront une certaine vie remuante, mais qui ue pourront jamais s’assembler et faire un être vivant.
Après ces considérations, il est facile de voir que l’histoire qu’il importe surtout d'étudier est l’histoire du peuple de Dieu, histoire qui est celle de l'Eglise catholique prédite et figurée, puis l’histoire de l'Eglise catholique elle-même. C'est dans cette étude que les jeunes gens apprendront quelle est la vraie politique et comment elle se marie à la religion ; que la paix, comme la prospérité et le bonheur des Etats, repose sur l'amour, le respect et l’obéissance que l’on témoigne au Pontife qui occupe la chaire de saint Pierre.
On m'objectera peut être qu’il n’y a pas de place dans un cours classique pour l'étude de l’histoire, telle que je la propose : elle absorberait trop de temps. C’est une erreur. Les précieux travaux, qui ont été faits sur l’histoire en ces dernières années, ne nous laissent pas d'autre embarras que celui de choisir entre des ouvrages très-bien faits et renfcrmés dans un cadre assez restreint pour être classiques. L'histoire du peuple de Dieu, par Vervrost devrait être le manuel des écoliers, aussi bien que l’histoire des Papes, par Chantrel, ou la petite histoire de l'Eglise, par l'abbé Daras.
Il est évident que pour étudier l’histoire de l'Eglise avec profit il faut d’abord commencer par apprendre ce qu'est l'Eglise. C'est pourquoi il importe d’obliger tous les élèves à étudier un traité de l'Eglise catholique, aussi clair, aussi substantiel, aussi complet que possible, quoique succint. C’est une honte et un grand malheur en même temps que des catholiques, et des catholiques ayant la réputation d’être instruits, meurent sans n'avoir guère connu de l'Eglise autre chose que le nom. Dans leur déplorable ignorance, ils assimilent l'Epouse du Christ à ces associations purement humaines, dont les règlements particuliers n'ont de force que daus les limites voulues par l'Etat. A leurs yeux, le pouvoir
civil a seul le droit de s'immiscer dans les choses extérieures et temporelles, quant à l’autorité de l'Eglise, ils la relèguent dans les nuages, parce qu’elle est spirituelle.
C’est l'ignorance, dans laquelle on laisse croupir la jeunesse chrétienne relativement à la divine constitution de l'Eglise, à ses caractères et à ses droits, qui est la principale cause de tant de lamentables erreurs qui ont cours dans le monde actuel ; c’est elle qui fait regarder le Syllabus comme une pièce curieuse, une vieillerie exhumée de la poussière des siècles barbares, comme son odieuse tentative d’usurpation de pouvoirs ; c’est elle encore qui jette l'autorité civile dans de si nombreux écarts et de si criminels empiètements sur les droits imprescriptibles de l'Eglise, et qui ravit à cette dernière le plein exercice de ces droits. Qu'on s'applique, pendant qu’on a le précieux avantage de façonner à sa guise l’esprit et le cœur des jeunes gens, qu’on s'applique à leur faire connaître l'Eglise, leur mère dans l’ordre de la grâce, avec autant de soin qu'on en met à leur expliquer le mécanisme et les divers rouages des gouvernements anciens et modernes. En ac complissant ce grand devoir avec conscience, on aura bientôt doté notre pays de législateurs et de magistrats qui mettront leur gloire à agir dans l’ordre, c’est-à-dire comme lieutenants de la puissance ecclésiastique. Tout alors s’affermira, se consolidera, et nous prendrons notre essor vers les magnifiques destinées que Dieu prépare aux nations vraiment catholiques.
Si nous manquons d'hommes aujourd’hui, c’est que l’éducation qui peut seule les faire, est essentiellement vicieuse. Hâtonsnous donc de la réformer puisque tant de voix autorisées nous y sollicitent, entr’autres celle du Pontife infaillible. C’est par l’éducation que le mal règne actuellement partout ; c'est par l’éducation qu'il sera détruit et que le bien se soumettra de nouveau les esprits et les cœurs, car L'ÉDUCATION, C’EST L'EMPIRE.
Lure.