‹ La Réforme Dans Le Comté De MantesChapitre 15 sur 30 · RENTE · texte numérisé non relu

RENTE

fut l'établissement des capucins au cœur même de la paroisse protestante et pour bien marquer les intentions on voulut les placer le plus près possible du Prêche. Les Réformés protestèrent, ils écrivirent à Marie de Médicis qui leur donna gain de cause. Cassan ! cite à cet effet une lettre du journal manuscrit des pêres capucins de Limay.

« Le samedy, veille de Quasimodo, comme nous estions tous avec le révérend père Léonard à diner chez M. Fleurette, chanoine; M. Camus, greffier du bailliage du présidial, nous vint faire lecture d'une lettre de cachet de la royne-mère, pour lors régente, adressante à Messieurs de la justice, où Sa Majesté leur commandoit de nous défendre de sa part, de bastir un couvent aulieu désigné à Limay, sur ce‘que Sa Majesté avoit esté avertie de ceux de la religion prétendue qui s’opposoient à nostre establissement; que la place qu’on nous vouloit donner estoit si proche, qu’il y pourroit arriver souvent de la remeur de sédition entre les catholiques et les prétendus réformés, les uns allants aux Capucins et les autres au presche. »

Malgré l’ordre formel de la reine, les capucins passérent outre et leur couvent fut bâti dans le voisinage immédiat du prêche. On arguera plus tard de cette proximité du temple pour le faire démolir.

Déjà sous le règne de Henri IV de fréquentes missions catholiques furent envoyées de Rouen à Limay. On commença par des essais de persuasion, en attendant l'heure prochaine de la persécution, puis celle de la suppression violente. Les taquineries systématiques précédèrent la force abusive. En 1605, le frère Pierre Lalenne, avait dans une prédication, proféré

| Cassan, ouv. cité, p. 178.

en pleine chaire contre le ministre Chorin et contre sa femme, les outrages les plus sanglants. La violence de ses expressions prouve que c'était un digne émule des prédicateurs de la Ligue; aucun mot grossier ne le gênait.

Il y eut aussi une conférence à Limay au mois de juillet 1610. Elle eut lieu entre Beaulieu, ministre au Plessis-Marly et François de Harlay de Campvalon, abbé de Saint-Victor et depuis archevêque de Rouen. Le sujet de la conférence fut l'établissement du sacrement de l’eucharistie. Beaulieu arriva à Limay le 8 juillet et disputa deux jours après avec l’abbé de Saint- Victor. Nous ne connaissons pas le résultat de cette conférence, mais il doit être négatif, comme cela arriva presque toujours.

Quelques années plus tard une autre conférence eut encore lieu à Mantes en 1619 entre le ministre de Limay, Chorin et le père François Véron de la Compagnie de Jésus. Le père Véron était curé de Charenton et s'était acquis nne sorte de réputation par ses controverses contre les protestants. Il avait l'habitude d'assister au prêche pour mieux combattre les minisires. Il a publié cette dispute. La discussion qui eut un certain éclat eut lieu chez le lieutenant-général Le Couturier. Chorin argumenta pendant deux jours sur la question de la Cêne. D’après Chévremont, cité par Grave ?, le père Véron aurait convaincu Chorin, « de n'avoir aucun texte en forme expresse dans la Bible » sur la question de la Cène, ni même aucun dont on > put tirer aucune conséquence favorable pour la pro- » fession de foi réformée et pour donner assurance de » la vérité dela Réformation, de la part de Dieu et non

1 Grave, ouv. cité, p. 413.

2 Jbid., ouv. cité, p. 413.

» des hommes qui sont fautifs. » 11 suffit d’avoir Ju les Evangiles pour se rendre compte de ce qu’il y a de fondé dans cette assertion par laquelle on peut juger de la valeur de la suivante. « Chorin prit la fuite et laissa la victoire au père Véron. »

Isaac Chorin qui était le gendre de Beaulieu, dont il a été question plus haut, devint plus tard pasteur à Sedan où il a publié en 1623 une « Réfutation de la nouvelle méthode ou art qu'’enseignent et professent les jésuites de cour et quelques modernes docteurs de la religion romaine pour disputer contre ceux dela religion réformée ! ». Il était bien qualifié pour éditer cet ouvrage.

D'ailleurs il n’était pas toujours possible de répondre par écrit public aûx attaques du clergé. Cela pouvait coûter cher au téméraire qui l’osait et c'est ce qui arriva à Benjamin Tricotel. Il eut étant ministre à Avernes en 1633, au sujet de la conversion d'une demoiselle de Monbine, un pourparler avec le curé Gabs Ferrand qui en a rendu compte (Paris 1633 in 8e)?. Nous ignorons ce que fut cet entretien, mais ce que nous savons c'est que, en 1664, Tricotel étant alors pasteur à Calais fut provoqué ‘publiquement par un nommé Amblat et lui fit une « Réponse» publiée à Leyde en 1664. Au lieu de répliquer, Amblat déféra TFricotel aux tribunaux qui condamnèrent l'écrit du ministre à être brûlé par la main du bourreau comme contenant plusieurs choses injurieuses à la religion cathoïique *. . ;

En 1621 il y eut un Synode à Limay. Il y a à ce sujet une longue délibération à l’hôtel-de-ville de Mantes

! France protestante, &. III, p. 452.

2? Ibid., IX, p. 421.

3 Haag, ouv. cité, t. III, p. 421.

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que nous nous contenterons de résumer !. Le 5 mai de cette année 1621, sur les 5 à 6 heures du soir Maitre Nicolas Lemasson, avocat au Parlement et maire de la ville, en compagnie de messieurs Cailly et Faroul, eschevins, était allé en forme de promenade dans le village de Limay : ils apercurent plusieurs personnes de «nouveau arrivées » et qui leur étaient totalement inconnues. Ils apprirent que ces inconnus, fort nombreux, étaient des gens faisant profession de la religion prétendue réformée et ils en

conclurent «qu’ils auroient esté desputez de divers

lieux pour venir et assister à quelque assemblée en conséquance de sinode ou consistoire selon que le bruict bien qu'incertain auroit esté auparavant. » La «forme de promenade » à Limay n’était donc pas fortuite ; elle avait été décidée auparavant. Ayant appris ce qu'ils voulaient savoir les 3 échevins revinrent à Mantes et le maire était à peine rentré chez lui qu’il recut la visite de Toussaint Deschamps « maistre étaimyer» l’un des rares protestants de Mantes et probablement l’un des bourgeois les pius considérables de la ville puisqu'il était maitre de la corporation des potiers d’étain. Deschamps venait informer le maire que le ministre Chorin avait, dans la même journée, informé le lieutenant général du baillage, M: Jehan Le Couturier, de l’arrivée des délégués protestants. Le lendemain dès sept heures du matin, Lemasson était déjà en conférence avec les échevins Gervais, Bonnineau et Faroul, quand «quatre parlicullyers dont le noms et conditions leur étaient inconnus, se présentérent en la compagnie d’un sieur

de La Casequaudière » ils venaient à leur tour infor-

- 1 M. Grave a fait à ce sujet un article dans le « Petit Mantais » en 1895. L

rie

mer le maire de la tenue du Synode et le prier qu'il ne lui fut porté ni trouble ni empêchement. Lemasson leur demanda s'ils avaient une permission du roi et sur la réponse qu'ils firent qu’ils n’en avaient pas besoin puisque l’édit de Nantes reconnaissait aux protestants le droit de s'assembler pour tenir leurs consistoires, colloques et synodes sans la permission du roi !, le maire les informa qu’il en conférerait avec le Procureur du roi. L’humeur vétilleuse de la municipalité se révéla alors. Elle décida dese rendre à Limay pour interpeller le ministre et tout le Synode et là si . les délégués protestants ne pouvaient montrer une permission du roi, on enverrait « auprès de Monsieur le Grand Maître de l'artillerie de France, marquis de Rosny et gouverneur de Mantes pour laviser de ce - qui se passait à Limay et savoir de lui ce qu'on devait faire en cette occurence. Puis on prierait les protestants de suspendre leurs délibérations. « Les pasteurs répondirent que puisqu'ils restaient dans les termes de l’Edit », ils ne cesseraient pointde délibérer ni de traiter leurs affaires, ne pouvant retarder qu’à grands frais, qu’au surplus ils ne voyaient aucun inconvénient, d'envoyer aucunes personnes notables devers le Sieur Grand Maître. On envoya à Sully qui était à Paris M° Robert Louytre, receveur de la ville et après une nouvelle course à Limay, on obtint du Synode qu'il cessât de délibérer, mais pour 24 heures seulement. Passé ce temps, si aucune réponse ne venait de Sully, la conférence reprendrait ses travaux et traiterait ce pourquoi elle était convoquée. Sully fit une réponse assez évasive, que mentionne le registre des délibérations et dans laquelle il n’est nullement question de Synode et de la permission nécessaire ou

! Article 34 des articles particuliers.

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