MOBILISATION
Considérations généiiles.
630. La mobilisation est la crise violente par laquelle le pied de paix se transforme en pied de guerre. En cet instant, il faut quadrupler les forces entretenues, doubler les forces actives et les pourvoir immédiatement de tout. Si quelque chose leur manque, leur puissance s'amoindrit. Le succàs dépend en grande partie de la manière dont s'eifectue la mobilisation. Elle a une influence énorme sur la rapidité et la solidité des concentrations si essentielles aujourd'hui. Jadis on se complétait, on s'organisait en marchant.' A notre époque, il faut partir complet et organisé, car, à la descente du train, on peut être appelé à combattre.
Une des conditions de la guerre moderne est la rapidité des premières concentrations. Pour arriver vite à la frontière, il faut partir tôt. Donc l'avantage est à qui diminuera le temps des préparatifs, saus nuire au bon outillage des troupes.
Ce problème est plus délicat que difficile à résoudre. Il n'exige pas une grande science, mais il demande un ordre extrême et une méthode rigoureuse. Toute la mobilisation repose sur ces deux points, la régularité et la prévoyance.
On sait, pour l'avoir vu naguère, quelle confusion, quelles souffrances, quelle dilapidation de forces,
quels malheurs entraîne l'oubli de ces principes si simples et si sages.
Malheur à ceux qui, confiants dans leur force» TiTent dans l'insouciance, négligent les précautions et ne s'inquiètent pas de l'avenir. — « Rien ne sert de courir, il faut partir à temps. »
Ceux qui croient qu'on se tire d'affaire sans avoir rien prévu, sont-ils enfin désabusés? Pcnsent-ils encore que, en France, il suffit de frapper la terre pour en faire surgir des armées ?
Tous les yeux sont tristement dessillés aujourd'hui.
On voit trop clairement qu'il est insensé de rester inactif en attendant l'heure du péril, persuadé que la volonté seule suffira pour y parer, que l'énergie suppléera à la prévoyance. Cest le pire de tous les systèmes. C'est particulièrement celui dç l'ignorance paresseuse. On ne saurait assez réagir contre ces doctrines pernicieuses. Jamais on ne se repent d'avoir été prévoyant. Lorsqu'il s'agit d'intérêts aussi graves, de l'honneur et de l'intégrité d'une nation, la négligence est un crime. Là il faut pousser les prévisions jusqu'aux dernières minuties. L'excès en ce genre est une vertu, et c'est là que s'applique particulièrement cet aphorisme prudent : — « Il vaut mieux craindre sans sujet que de s'exposer sans précautions. »
Dans les événements de la guerre, on peut parfois parer à une éventualité subite ; mais dans la préparation de la guerre, dans son organisation, dans la réunion des moyens, l'imprévoyance aboutit fatalement à la déroute. L'intelligence, l'énergie, le dévouement* le génie même, ne sauraient la conjurer.
La mobilisation est donc à la fois l'opération la plus délicate et la plus importante de la guerre. Elle est d'autant plus compliquée qu'elle doit se faire à Tiui-
proviste, sans avis préparatoire. Elle doit commencer à s'exécuter à rheure même où l'ordre est reçu. Par conséquent, il faut être sans cesse en mesure de l'effectuer, avoir tout prévu, et donné des instructions que chacun ait pu méditer à loisir.
631 . La mobilisation des forces actives se compose de quatre parties :
La préparation de la mobilisation \
La rédaction des projets de mobilisation | temps de paix.
La révision ou le contrôle de ces projets /
L'exécution de la mobilisation | temps degnerre.
11 ne s'agit, bien entendu, dans la mobilisation que de mettre les troupes sur le pied de guerre, pourvues de tout et prêtes à marcher, mais non de les faire mouvoir. Les mouvements appartiennent à la concentration et sont du domaine de la stratégie; il ne saurait en être question ici.
Préparation d« la mobilisation.