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La préparation de la mobilisation, comprend

1* La désignation des hommes qui porteront les corps actifs au pied de guerre;

2* La réunion des armes et équipements nécessaires à cette augmentation d'effectif ;

3* La réunion des effets de tous genres ;

4* La réunion du matériel de diverses sortes ;

S^" La désignation des chevaux nécessaires k l'effectif de guerre ;

6* La désignation des moyens de transports auxiliaires dont on pourrait avoir k disposer.

Tout doit être prêt pour une époque inconnue, mais toujours possible. Cependant il faut ménager les inté* rets du Trésor, en ce qui concerne tout ce qui peut s'appeler ou se requérir au dernier moment ; comme les hommes, les chevaux, les voitures auxiliaires, les bœufs, les grains, etc.

A regard de ce qui demande un certain temps de fabrication, comme les armes, les munitions, les

voitures réglementaires, les effets, outils, biscuits, etc.; il ne s'agit pas de faire de dangereuses économies. La dépense est impérieuse, et on ne doit point s'en abstenir.

Du reste, elle n'est grave que pour le premier établissement complet des approvisionnements en matériel de tout genre. L'entretien, le remplacement et les perfectionqements, une fois le système monté, coûteraient relativement assez peu. On verra, ailleurs (chap. 49), comment cette première grosse dépense pourrait s'effectuer sans être onéreuse au Trésor.

PésignatioD det hommei ponr la mobOifitioB.

633. Les circonscriptions de corps d'armée sont calculées de manière à être égales sous le rapport du recrutement, déduction faite des malingres on infirmes. Les statistiques permettent d'établir, pour chaque circonscription, une moyenne qui différera bien peu de la vérité. Si, par exception, il se prodaisait, une année, des différences notables il serait toujours facile d'équilibrer la situation. On opérerait un léger versement d'hommes d'une circonscription a une autre, mais seulement pour les bataillons chai^gés de la garde du territoire, ce qui n'aurait nul inconvénîent.

L'opération rapide, la mobilisation des forces tives qui ne réclame que le tiers des hommes de la réserve, s'effectuera toujours sans difficulté comme nombre.

634. Los corps d'armée étant tous égaux et composés de la même manière, la mobilisation peut être préparée dans chaque circonscription, sans s'inquiéter des régiments qui y tiennent garnison, attendu que

si l'un part, il sera remplacé par un autre semblable, ayant des besoins identiques.

Les régiments d'infanterie sont an nombre de 444

(Artillerie 56 \

Les corps montés {Cavalerie 70 { 144

(Train 18 )

Les dépôts territoriaux s'élèvent à 76. Chacun d'eux, en moyenne, devra pQurvoir aux besoins de 2 corps montés et de 2 corps à pied; plus à ceux de quelques petits détachements, des ambulances et des services administratifs.

Cette répartition, entre les dépôts, n'est pas absolue; elle dépendra du groupement de la population et des emplacements des troupes.

Districts de mobilitstios.

635. On établira, pour chaque point de garnison, un district territorial formé d'un certain nombre de communes, présentant le nombre d'hommes instruits, nécessaire au corps qui l'occupe, pour le compléter à l'effectif de guerre.

S'il existe, au même point, des corps d'armes différentes, les districts chevaucheront les uns sur les autres.

Ainsi, deux districts d'infanterie pourront constituer en même temps un district de cavalerie ou d'artillerie, ou les trois à la fois.

Développons cette idée par des exemples :

Un régiment d'infanterie d'après les données de l'article 144, possède, en paix, 1710 hommes; en guerre , il lui en faut 3,434. On doit donc lui en verser 1724. Mais les 1710 ne sont pas présents. Il y a des hommes aux hôpitaux, en prévention, en désertion, etc., soit 8 p. 100, ou 137 hommes. Il a ainsi besoin de 1861 hommes. Si l'on ne désignait

que ce nombre, il y aurait au dernier moment des manquants , des malades, des blessés, qui produiraient un incomplet. La prévoyance commande de les évaluer à 15 p. 100, ou 280. Cela oblige à tenir prêts 2,140 hommes pour un régiment d'infanterie. Le district de mobilisation, qui sera déterminé autour de ce point de garnison, devra comprendre un nombre de communes tel, qu'il 8*y trouve 2,140 réservistes instruits, appartenant à l'infanterie.

Un régiment d'artillerie divisionnaire a, en paix, 546 hommes que les non-valeurs réduisent à 502. L'effectif de guerre est de 851, soit un supplément de 340, augmenté de 15 p. 100, ou 401 réservistes à appeler. Le district de mobilisation, autour d*une garnison d'artillerie divisionnaire, comprendra un nombre de communes tel, qu'il s'y trouve 401 réservistes instruits, appartenant à l'artillerie.

Un régiment d'artillerie de réserve de corps d'armée, dont l'effectif de paix est de 870 hommes, se réduit par les non-valeurs à 800. Il est nécessaire, pour former son pied de guerre à 1358 hommes, d'appeler 558 réservistes, augmentés de 15 p. 100» ou 642 hommes.

Le régiment de cavalerie a, en paix, 472 hommes, que les non-valeurs réduisentà 434. L'effectif de guerre étant de 680, il faut appeler 246 réservistes, augmentés de 15 p. 100, ou 283.

L'escadron du train a, sur le pied de paix, 900 hommes que les malades réduisent à 828. L'effectif de guerre étant de 1722, il y a à appeler 894 réservistes» augmentés de 15 p. 100, ou 1028.

Une ambulance possède habituellement 276 hom* mes; diminuée des non-valeurs, elle n'en a plus que 254. Pour son effectif de guerre de 387 hommes, il

faut appeler 133 hommes, augmentés de 15 p. 100, ou 153.

Nombre dliomnief à appeler par eorpi d'armée.

636. D'après ces données, la mobilisation d'un corps d'armée réclame, immédiatement, l'appel de :

17,120 hommes, poar 8 régiments d'infanterie. 1,444 — pour 3 régiments d'artillerie. 849 — pour 3 régiments de cavalerie. 1,028 — ponr 1 escadron du train. 153 — pour l'ambulance.

344 — « services divers.

Total, 20,958

On a vu (tableau F, page 181) que le corps d'armée comprend en guerre 35,091 hommes, et en paix 18,333 (tableau G, page 182). Si l'on compte sur une diminution totale de 8 p. 100, ce qui est exagéré, il ne reste disponibles à l'effectif de paix que 16,758. Pour atteindre le pied de guerre, il faudrait 18,224 hommes. On les choisira sur les 20,958 réservistes appelés.

D'après Tarticle 462, il existe dans la réserve 468|400 hommes ayant été incorporés, ce qui donne une moyenne de 26,022 pour chaque corps d'armée. Il n'en faut que 18,224 pour former l'effectif de guerre, et 20,958 sont appelés pour parer aux éventualités. Les ressources sont donc parfaitement suffisantes.

Gâteries à appeler.

637. Diaprés les contrôles des réservistes instruits, fournis par les dépôts territoriaux, le conseil de mobilisation du corps d'armée détermine le district qui fournira à chaque régiment. Il se composera, bien entendu, de toutes les communes les plus rapprochées du point oii le corps de troupes est stationné.

Chaque dépôt territorial désigne les hommes qui

doivent faire partie de la mobilisation. Us ne peuvent être rappelés qu'avec leur grade ou classe. On a donc soin de former le contingent de mobilisation de manière qu'il n'en résulte aucune gène pour les corps ; à cet effet, on ne leur enverra que la proportion convenable de sous-offioiers , de caporaux et d'hommes de V* classe. Les contrôles matricules de la réserve permettent de faire exactement ce travail.

Forces de rimptacimeDU

638. La première liste de mobilisation ne comprend que les hommes très-valides et instruits complètement. Comme principe général, on prend d'abord ceux des dernières classes, en observant les conditions indiquées ci-dessus, et en suivant l'ordre do tableau de tirage au sort établi par le conseil de révi* sion et modifié depuis, dans des cas accidentels, par le conseil supérieur du dépôt territorial.

La deuxième liste, c'est-à-dire le contingent de remplacement, pour réparer les pertes des armées actives» est formée d*abord de tous les hommes instruits de la première partie de la réserve, qui n'ont pas été compris dans le contingent de mobilisation, plus d'une certaine quantité d^'hommes de la deuxième portion de la réserve, en commençant par les dernières classes et en prenant les plus valides.

La troisième liste, c'est-à<-dire les forces destinées à la garde de l'intérieuri comprend tout ce qui ne fait pas partie des deux premières.

Changenêot d'inacripUoD.

639. Les changements d'inscription d'une liste à une autre pour raison de famille, maladie ou inaptitude physique, ne sont accordés que par le conseil du

dépôt, sur la proposition des commandants de compagnie et de bataillon.

La radiation d'un homme de la réserve, pour cause de maladie ou infirmité, est prononcée par le conseil du dépôt, après visite de l'homme en sa présence.

Certains employés des postes, des télégraphes, des chemins de fer, des contributions, de Tinstruction publique, peuvent être dispensés, dans des conditions déterminées, de la mobilisation immédiate. Selon le cas, ils sont alors placés dans le contingent de remplacement (2* liste), ou dans celui de la garde du territoire (3® liste).

Ces dispenses doivent être demandées, chaque année, à répoque du tirage au sort. Elles sont soumises au conseil du dépôt, qui statue.

Une fois le contingent de mobilisation arrêté, aucune demande de changement ne peut être acceptée*

Bésenristes résidant à l'étranger.

640. Les soldats de la réserve, autorisés à résider à l'étranger, sont compris dans le contingent de mobilisation ou de remplacement, suivant la distance à laquelle ils se trouvent. En cas de guerre, on leur envoie un ordre de rejoindre. Ils sont tenus, même sans ordre, de revenir en France et de se présenter à un dépôt territorial quelconque, sous peine d'être poursuivis comme déserteurs à l'étranger en temps de guerre.

Toiae des contrAlM et ordres de roote.

64 i« Les contingents établis pour chaque catégorie varient sans cesse par suite des changements de situation des soldats. Les dépôts territoriaux doivent constamment opérer les mutations nécessaires pour

que chaque catégorie comprenne réellement ce qu'elle doit comporter, et qu'il n*y ait pas de mécompte.

Les dépôts établiront leur situation de répartition des hommes tous les mois. Us en feront tous les trois mois un extrait à l'appui du projet dei mobilisation (art. 656) qui sera transmis soit en partie, soit en totalité, aux généraux, aux chefs de corps, aux maires* à la gendarmerie» aux officiers de la réserve.

Les contrôles- sont établis sur des registres, dont les feuilles mobiles ont une partie pouvant se détacher. Lorsqu'on y inscrit un homme sur la portion permanente, on place le résumé des indications qui le concernent, sur la partie séparable qui porte imprimé un ordre de route, indiquant l'endroit où le réserviste doit se rendre et la nature du corps , sans numéro, qu'il doit rejoindre.

Ces ordres de route sont déposés -tous les trois mois aux mairies , de manière qu'ils puissent être remis immédiatement aux intéressés, en cas de besoin.

Pendant que s'opère la mobilisation des forces actives, les dépôts territoriaux expédient aux maires des communes les ordres de route pour la réunion des bataillons d'hommes de remplacement, et de ceux destinés à la garde du territoire. Ces derniers ne sont convoqués qu'au fur et à mesure des ordres du ministère.

Dm appels temporaires aoDuels.

642. Les dépôts territoriaux établiront de même les contrôles des appels annuels temporaires, tels qu'ils sont indiqués article 465.

Aucune dispense, hors le cas de maladie, ne sera accordée. Les officiers de réserve en feront la demande au commandant du dépôt territorial, et le conseil statuera.

Les soldats, ainsi exemptés» seront remplacés par d'autres. Les ordres de route seront déposés aux mairies, comme il a été dit à l'article précédent ; l'état nominatif sera envoyé à la gendarmerie et aux commissaires de police.

La date de la mise en route ne sera pas indiquée ; l'ordre d'appel se donnera par le télégraphe et la poste. II sera exécutoire dans les vingt-quatre heures, de façon à procéder pour ces appels temporaires comme s'il s'agissait d'une mobilisation, et à obtenir ainsi une répétition annuelle de la mobilisation pour habituer tout le monde au mécanisme de ce système.

RéanioD des armes et équipements pour les forces actires.

643. Chaque dépôt territorial sait exactement combien d'hommes seront appelés pour la mpbilisation, et combien seront réellement incorporés. Il connaît, en outre, la quantité d'hommes à équiper et à armer dans les forces de remplacement et dans la garde du territoire. Ses approvisionnements seront calculés en conséquence.

Les armes et l'équipement des non-valeurs des troupes actives seront versés au dépôt territorial ; par conséquent, la quantité nécessaire à la mobilisation sera exactement la différence du pied de guerre au pied de paix. Pour parer aux éventualités, il conviendra d'augmenter ce chiffre d'environ un dixième.

Supposons un dépôt chargé de pourvoir à 2 régiments d'infanterie, 1 d'artillerie de réserve et 1 de cavalerie. Il lui faudra pour la mobilisation :

Fusils dinfanterie. . . . • • 3,448 plus 1/iO 345 Total 3,793 Moti8quetoiwjP^^\f^J®î; jg Z S - M9

Sabres poor la cavalerie. • . Î08 — 21 — 229

Grands équipemeoto 4,144 — 41» — 4,S59

Les armes et munitions correspondantes seront fournies aux dépôts territoriaux par le service de Tartillerie.

Les équipements seront demandés à Tindustrie privée.

On les déposera dans des magasins gérés et surveillés par le personnel des dépôts. On les multi-» pliera autant qu'il sera nécessaire pour que les trou» pes aient toujours auprès d'elles ce dont elles peuvent avoir besoin ; mais elles n'auront la charge ni de leur garde ni de leur entretien.

Ces magasins ne seront pas trop nombreux, pour restreindre les transports à un moment où Ton doit éviter d'encombrer les lignes, et néanmoins les trou* pes doivent être mises en possession, en quelques jours au plus, de ce qui leur revient.

Réanion dis armes et équipementi peor U rfsenc.

644. En admettant que chaque dépôt territorial ait à peu près la même quantité d'hommes à pourvoir, ce nombre s^élèverait en moyenne à 6,380 fantassins et 1843 hommes des corps montés. U faut donc que le dépôt possède pour eux : 6,380 fusils, 1843 mousquetons et 8,223 équipements.

Pour la mobilisation des forces actives, la moyenne par dépôt comporte 3,267 fusils, 601 mousquetons et 3,058 équipements.

Les ressources totales, existant à chaque dépôt, B*élèveront donc, au minimum, à 0,647 fusils, 2,534 mousquetons, 376 sabres et 12,181 équipements*

Béunion des effets de tous genres.

645. Les réservistes ne possèdent qu'une vareuse de laine, un pantalon de toile et un bonnet de travail.

En arrivant au corps, en cas de mobilisation» il faut mettre immédiatement à leur disposition le complément des effets de tous genres, sauf la tunique, qu'on retirera aux hommes de Tarmée active.

D'après les chiffres indiqués en l'article précédent, chaque dépôt devra toujours être pourvu d'environ 12,000 effets de chaque sorte, habillement, coiffure, chaussures, tentes-abris; de 24,000 chemises, pantalons de toile, etc., et de 6,000 marmites de campagne.

Le nombre des objets en service dans les troupes entretenues en paix, s^élève en moyenne, par dépôt, à 4,762. Pour ceux d'entre eux qui peuvent durer trois ans, le renouvellement annuel sera de 1587. Si la réserve du dépôt est de 12,000, elle se trouvera renouvelée au bout de sept ans et demi, en mettant toujours en consommation les objets les plus anciens. Ce délai n'est pas trop considérable et ne peut préjudicier aux effets.

Lors des appels temporaires, les dépôts fourniront aux appelés les objets nécessaires, savoir : une capote, une paire de bottes, une cravate, un sac, une tente-abri, les ustensiles de campement; mais on ne donnera à ces hommes ni chapeau, ni tunique, ni pantalon de drap, ni linge.

A leur départ du corps, on leur retirera les objets prêtés, et on les remettra en magasin, après nettoiement et réparation s'il y a lieu.

Il est superflu d'énumérer tous les effets et d'en donner le chiffre ; ce qui précède suffît pour expliquer le mécanisme du système et montrer la possibilité de son fonctionnement.

Ce que nous venons de dire des effets d'habillement, d'équipement, de linge et chaussure, s'applique naturellement à tout ce qui concerne le harnachement,

Selles et harnafs divers. Ils existeront dans les magmsin'^ des dépôts territoriaux prêts à être livrés.

Ces dépôts auront, en outre, le nombre d'effets Dr* cessaire aux réserves divisionnaires et aux besoîss des hommes de remplacement, dont l'organisatior suivra cette mobilisation ; puis enfin ce qui est nécessaire à la quatrième catégorie, c'est-à-dire à la garddu territoire.

Mode d'achat.

646. La réunion du matériel suivra des règles analogues. Il comprend les voitures, les outils et agrès divers, les cantines d'ambulance, les approvisionnements de couvertures, brancards, grandes tentes, etc.. les fers, les clous, etc.

Il peut s'obtenir exclusivement de l'indastrie privée. Les résultats de la construction directe par l'État n'ont pas été tellement satisfaisants qu'il y ait lieu de persévérer dans cette voie. Les voitures sont lourdes, peu solides, et reviennent à un prix élevé. On est fondé à croire que des entrepreneurs civils feraient ao moins aussi bien et à meilleur compte. On peut astreindre la fabrication à la surveillance d'officiers ou de gardes; lui imposer des conditions de réception par une commission; la soumettre à des épreuves rigoureuses pour avoir toute garantie.

11 faut éviter les fournisseurs généraux et avoir \e plus grand nombre possible de fabricants en divers lieux. Soit qu'on traite de gré à gré, soit qu'il y ail adjudication, il ne faut pas donner de trop gros lots. Gbaque dépôt territorial, ou commandement d'artillerie, agira pour son compte et devra tâcher de trouver sur place ses fournisseurs.

Les cautionnements de garantie des fournisseurs seront extrêmement élevés et progressifs; d'une part.

pour empêcher de trop grandes entreprises funestes h l'armée; de Tautre, pour être sûr de l'exécution rigoureuse des conventions.

La dernière guerre a montré tout ce qu'on pouvait attendre de l'industrie. S'il y a eu des vols et des sophistications coupables, ce n'est pas une preuve que l'industrie est mauvaise; cela montre seulement qu'elle a besoin d'être surveillée.

Quand elle est soumise à un contrôle sévère, elle fait bien : témoin la fabrication des armes et des projectiles, la construction des bâtiments militaires, la confection des draps, etc.

Il est essentiel seulement de donner des prix rémunérateurs. Le bon marché extrême n'est pas une économie, et les adjudications ont parfois cet inconvénient que le soumissionnaire accepte des conditions qu'il ne peut pas remplir sans perte ; alors il se rattrape sur la qualité.

En limitant l'étendue des marchés, en les confiant aux conseils des dépôts, sous la surveillance du commandement, on pourrait développer, sous beaucoup de rapports, les marchés de gré à gré.

On n'oubliera pas surtout qu'il faut que le fournisseur ait un sérieux bénéfice, pour qu'il livre de bonne marchandise. Si élevé que soit le prix du marché, il sera toujours moins onéreux que la confection par l'État.

647. On conserve encore aujourd'hui, dans les magasins et arsenaux, un matériel démodé^ vieux et inutile, dont une partie a fait la campagne de 1823. Les frais de garde et d'entretien des bâtiments sont en pure perte, puisque tout ce matériel n'est bon à rien. Il faut promptement transformer ce qui en est susceptible et vendre le reste. On peu( trouver dans cet

ancien matériel des éléments de reconstruction utiles, pour refaire rapidement des voitures de transport, » Ton veut, pour le moment, ne pas s'astreindre à ao« rigoureuse uniformité. La question d'économie Tezigi*. et peu à peu, au fur ei à mesure des remplacements, l'uniformité se rétablira.

648. Ces principes ne sont pas nouveaux. Us sont appliqués dans l'armée pour certaines choses ; et, par une inconséquence étrange, on les repousse et on les déclare impossibles, quand il s'agit d'autres objet». Actuellement, les dépôts des corps de troupes achè* tent, comme il leur convient, à l'industrie, les sacs, le linge, les guêtres de cuir, les boutons, et, en partie, les souliers. Rien n'empêche de généraliser cette méthode qui a de grands avantages, et est surtout éco* nomique. On tomberait dans une erreur grave, si Ton pensait qu'il y a profit, par exemple, à payer à un maître cordonnier de régiment des souliers soixante* quinze centimes ou un franc de moins qu'à l'industrie. C'est le contraire qui est vrai, et, malgré son prix moins élevé, le soulier fait au corps est infiniment plus cher que celui livré par le commerce.

11 existe dans l'armée environ 5,102 ouvriers bottiers ou cordonniers, y compris les maîtres. Or, chaque soldat coûtant par an 720 fr., c'est une dépense de 3,673,440 fr., qui doit s'ajouter au prix de vente des chaussures, pour établir leur véritable prix de revient à l'État. Chaque homme ne consomme en moyenne que deux paires et demie de chaussures par an ; ce qui, pour 410,000 hommes entretenus, représente 1,025,000 paires.

Les frais d^entretien des ouvriers cordonniers s'élèvent ainsi à 3 fr. 65 c, par paire de chaussure, ce qui est exorbitant.

Quand le maître ouvrier livre une paire de souliers à 6 fr. 25 c, elle coûte en réalité, au Trésor, 9 fr. 80 c. Quand le commerce fournit une paire de souliers à 7 fr; 75 c, c'est le prix réel pour le Trésor.

L'État aurait donc tout avantage à payer au commerce 1 fr. 50 c. ou 2 fr. de plus qu'aux maîtres ouvriers, pour avoir de bonne marchandise, et il gagnerait encore i fr« 50 c. par paire, en supprimant les compagnies hors rang.

RéptrtUioB du matériel.

649. On a vécu jusqu'à présent sur la donnée spécieuse qu'il fallait concentrer ses approvisionnements de matériel dans les places frontières, devant servir de bases d'opérations.

A cause du réseau de chemins de fer, qui en part dans toutes les directions, on a été conduit faussement à prétendre que Paris était la base d'opération générale et le centre des approvisionnements.

Alors on a créé les docks des Invalides et du campement. On a réuni là un matériel d'ambulance et d'effets de tous genres; on a concentré la masse principale des voitures au parc de construction de Vernon.

Puis, quand la guerre a éclaté, tout ce matériel est resté là. Les troupes ont été privées de presque tout; la correspondance des généraux avec le major général, dans les vingt-cinq premiers jours de la campagne de 1870, ne renferme que des plaintes. Tout manquait, et cependant beaucoup de choses existaient; seulement elles n'étaient pas là où il l'eût fallu.

Il est nécessaire de bien envisager toujours cette crise violente qui se nomme la mobilisation, et de songer que rien de ce qui la concerne ne doit être laissé au hasard ou à l'appréciation.

On se souvient, par exemple, qae Tordre fut doiuir aux troupes de Paris et de Lyon de prendre leurs voitures dans ces deux places; mais les corps n'avaient pas de chevaux pour les traîner ; ils devaient partir k soir ou dans la nuit; ils n'allèrent point chercher leurs voitures. On les avait mis dans l'impossibilité de le faire.

En ces sortes de choses, il ne suffit pas de donner des ordres, il faut que l'exécution en soit possible. Or, il est dérisoire de dire à un corps de troupes de Paris. Vous partirez ce soir à cinq heures par le chemin de fer; avant ce moment, vous irez chercher vos voitures régimentaires à Satory. Je n'ai, il est vrai, ni chevaux ni harnais à vous donner; mais je vous ouvre un crédit; achetez-en. Est-ce là un système praticable? Peut-on improviser, en une demi-journée, des attelages, alors qu'on n'y a nullement songé à l'avance?

Alléguera-t*on qu'en mettant les dépôts de matériel dans les places frontières» on évitait le transport au moment des concentrations ? Ce ne serait vrai qu'en partie, puisque la principale masse était à Paris et à Vernon. En admettant que réellement ont eût disposé le matériel sur la frontière, le système n'est pas moins vicieux.

Les troupes mobilisées doivent prendre leur matériel en certaines villes, mais l'intérêt stratégique oblige parfois à les diriger autre part ou à les arrêter en route. Les voilà sans matériel et leurs opérations sont paralysées.

La rapidité des concentrations, à notre époque, exige impérieusement que les troupes aient absolument tout avec elles, voyagent avec, et qu'à chaque moment, en tout lieu, elles soient en mesure de s'arrêter, de changer de direction ou de combattre avec la plénitude de leurs moyens d'action.

650. Les articles précédents ont montré comment l'armement elles effets divers, pouvaient être constamment réunis à proximité des troupes et à leur disposition immédiate.

Le matériel, obtenu par les moyens que nous avons indiqués, sera disposé de la même manière. Des magasins, gérés par des gardes d'artillerie, renfermeront les munitions de guerre en quantité suffisante, pour chaque corps à sa garnison; chaque réserve divisionnaire au quartier général de la division ; chaque réserve de corps d'armée au point où réside son chef.

Il en sera de même des voitures. Nous en avons le nombre (art. 237).

Ainsi, dans chaque centre de division, il y aura 51 voitures. Dans chaque centre de corps d'armée, 307.

Ce ne sont pas là des quantités difficiles à loger.

Au quartier général du corps d'armée, on trouvera encore le matériel de réparation des chemins de fer prêt à être chargé, ainsi que le matériel du service télégraphique et de l'équipage de ponts.

Une seule exception au système général est commandée par les obligations de l'instruction. De petits détachements de sapeurs, de télégraphiers, de pontonniers, ne pourraient avoir les moyens de s'instruire, et il faut de toute nécessité les grouper. En temps de paix, le personnel de ces services rentrera dans les deux régiments d'ingénieurs-pontonniers , sauf les détachements périodiquement relevés qu'il serait utile de conserver.

Cette dérogation est, assurément, regrettable ; mais il n'est pas possible d'y parer. Du reste, elle ne saurait avoir une grande influence. Ces petits groupes d'hom^ mes peuvent être rapidement dirigés sur les corps

d'armée, même en mouvement, et, à leur arrivée, ils trouveront leur matériel que leurs corps d'armée auront emmené*

Les outils et agrès destinés aux réserves dividionnaires et de corps d'armée, seront placés dans les magasins de l'artillerie auprès des voitures qui doivent les transporter.

Tout le matériel de réserve de chaque fraction d'ambulance existera dans l'hôpital qui constitue son centre, toujours prêt à être chargé au premier ordre et au complet.

L'attirail du service des approvisionnnements en vivres, sera incessamment maintenu en parfait état, dans les divisions comme dans les corps d'armée et prêt à faire mouvement. S'il n'existe pas de manuten* tion dans le lieu, les objets seront déposés dans les magasins de Tartillerie, à proximité des voitures chargées de leur transport.

Réunion des vivres.

651 . Dans tout endroit oii il y aura des troupes, on entretiendra un dépôt de 36 jours de biscuit. Il sera consommé à raison de 1 jour sur 10 en temps ordinaire, ou bien dans les routes ou camps d'instruction. Il sera incessamment renouvelé de manière à être tou* jours au complet et en bon état.

Les places fortes conservées auront un approvisionnement de réserve de 6 mois. Il sera consommé dans les camps à l'époqae des appels temporaires de manière à assurer son renouvellement.

On y joindra la même quantité de viande salée ou conservée, de légumes secs, de sucre, de café et 10 jours d'eau-de-vie, de telle sorte que pour un mouvement partiel inopiné, un envoi subit au camp ou une

mobilisation générale, on puisse toujours donner immédiatement aux troupes la quantité de vivres que Tordre de mouvement prescrira.

Des marchés aléatoires seront passés, de manière qu'ils puissent être mis à exécution dès que le soumissionnaire en aura reçu avis. Cela est surtout nécessaire en ce qui concerne les fourrages » dont la conservation est difficile et qu'il est inutile d'accumuler.

Réunion des cbenoi.

652. Les besoins en chevaux et mulets sont connus; chaque dépôt territorial sait ce qu'il a à fournir et à qui il doit les livrer.

Dans l'exemple que nous avons choisi, 2 régiments d'infanterie, 1 régiment d'artillerie de réserve et 1 régiment de cavalerie, le dépôt territorial aurait à trouver :

Pour 2 réffîmenU d'infanterie. 14 chev. de selle, 34 mnlets.

— l'artillerie 128 — — S64 ch. de trait.

— la cavalerie 162 — — — —

Quelques dépôts territoriaux seront un peu plus chargés, s'ils ont à fournir aux escadrons du train ou à des divisions de cavalerie. Ils auront, en outre, à faire face aux services accessoires.

Quoi qu'il en soit, la difficulté ne sera jamais énorme. Si l'on se reporte au tableau C, page 178, on voit que le nombre total des animaux nécessaire pour porter l'effectif de paix au pied de guerre est de 61 ,499. Il en résulte que chacun des 76 dépôts territoriaux n'aurait en moyenne à fournir que 810 animaux, nombre qui n'est pas excessif.

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