CHAPITRE XLIV
rNSTRUCTION PRATIQUE DES TROUPES.
Vices de riDstruetion.
T80. L'instruction est la partie de notre organisation qui réclame le plus d'améliorations, sous les deux rapports théorique et pratique. Ce n'est pas que les bons principes nous soient inconnus. Ils ont tous été mis en lumière en France, et, par un fatal aveuglement, nous dédaignons d'appliquer ce que nos meilleurs hommes de guerre ont enseigné.
La réforme n'a presque point à porter sur les bases de la science militaire, mais essentiellement sur le mode d*instruction qui est vicieux au dernier point et produit de tristes résultats.
Perles de temps.
781 . Non-seulement les procédés sont mauvais/ mais les pertes de temps sont énormes. Dans Tinfanterie, les hommes sont de garde un jour sur trois au moins, à cause de la multiplicité des postes. C'est une année perdue sur trois.
On ne manœuvre pas le samedi, jour consacré à la propreté. On ne fait rien le dimanche à cause de l'inspection. Ce sont 104 jours perdus pour TinstructioD dans une année. Ajoutons-y le temps des inspections, les mauvais jours où Ton ne peut sortir, et Ton arrive facilement à 130 ou 140 jours inutilisés. C'eât plus du tiers, c'est-à-dire encore deux tiers d'année sur
trois, sans profit aucun. La perte totale est ainsi de plus de la moitié du temps de service.
Déduisons aussi les corvées, qui enlèvent les hommes aux exercices, les permissions, les séjours à Thôpital, et Ton verra combien sont peu nombreuses les séances d'instruction de chaque homme. Elles atteignent à peine en moyenne i50 par année. Chaque séance est de trois heures; on Técourte le plus possible, en y comprenant le temps d'aller et de revenir. Eu somme, le soldat n'a réellement pas plus de 450 heures d'instruction d^ns l'année.
Et quelle instruction I Une espèce de routine non raisonnée. On fait comme on a vu faire. Ceux qui instruisent y apportent autant de négligence et dVnnui que ceux qui sont exercées.
C'est une sorte d'anémie, de marasme; on setratne, on ne marche pas, on court encore moins.
Temps perdu, temps mal employé, tel est l'état actuel. Aussi, l'instruction des soldats est tout à fait incomplète. On en conclut qu'il faut longtemps pour faire un soldat. C'est une erreur capitale.
Temps il consacrer à nDstroctioo.
782. Après la discipline ce qui constitue le soldat, c'est son instruction dans toutes les parties du métier. et, en général, elle est proportionnelle au temps qu'on y consacre.
Nous l'avons déjà indiqué (art. 15): la journée entière du soldat doit être employée comme dans toute autre profession. Ue 4 heures et demie du malin à 5 heures du soir en été, de 6 heures du matin à 4 heures du soir en hiver, on obtiendrait 12 heures et demie de travail dans la belle saison et 10 heures dans la mauvaîse.
Dans le premier cas il faut admettre :
Une demi-heure au réveil pour les travaux de propreté des chambres et des hommes.
Une heure pour le repas du matin et un temps de liberté accordé aux soldats pourtours réparations. Les corvées se feront pendant ce temps, ainsi que les distributions d'effets.
Il reste, en été, à employer 8 heures à Tinstruction pratique et 3 heures à l'instruction théorique. En hiver, il y aurait 4 heures et demie à 5 heures d'instruction pratique et 3 heures et demie à 4 heures d'instruction théorique.
Aucune cause accidentelle» telle que, inspections, revues périodiques, ne peut dispenser de l'instruction.
Le dimanche seulement , les exercices se termineront à 3 heures de l'après-midi.
Dans cet ordre d'idées nous trouvons :
p^AiA (157 jours à 8 hearesd'instraction pratique. 1,256) j .«a , E»^^*- I 26âimanche8 àGheares . . . . . 156) *'**^ '>•
n„k- ^ H56 joarsà4heare8 eidemie 702) -oa
En hiver. | ^ diinanches à 3 heures 78 } ^^
ToUl 2,192 h.
Exercices k eoarert.
783. Il nefaut pas invoquer le mauvais temps, comme 6n le fait aujourd'hui, pour y trouver une occasion de ne pas travailler. On examine l'état du ciel avec Tattention de l'astronome. Les nimbus s'amoncèlent, le vent est à l'ouest, il pleuvra sans doute; contre-ordre pour la manœuvre, satisfaction générale. Mais si la pluie cesse, il ne vient à personne l'idée de prendre les armes dans l'après-midi ou de monter à cheval pour compenser le temps perdu le matin. La routine est telle que, l'heure de la manœuvre passée, c'est fini pour la journée, à part de bien rares exceptions.
— su —
Pour utiliser tous les moments il est nécessaire d*avoir dans les casernements des liangars couverts , des gymnases, des manèges, de larges corridors» o& Ton puisse faire les écoles de détail par tous les temps et en toute saison. Un tir couvert devra Clément être ménagé dans les quartiers d'inianterie. Une longueur de 50 mètres suffit.
Les chambres, d^géesdes lits, comme nous Tavons indiqué, art. 719, peuvent être utilisées pour certains exercices, comme le pointage au chevalet» Tescrime à la baïonnette, e te . . • •
On prétendra vainement que cela dégrade un peu les planchers. On les réparera^ c'est une fort petite dépense en échange d'un grand avantage.
BédoctioD da seniee des postes.
784. On abuse des factionnaires, on en met partout de la manière la plus inutile souvent. On tue les hommes par Toisiveté écœurante du corps de garde. On supprimera donc la plus grande partie des postes.
Pourquoi des sentinelles d'honneur à la porte des préfets, des évéques, des présidents de Cours, aux ministères, aux administrations, aux mairies, etc.» etc.?
Pourquoi des factionnaires aux monuments publics, aux fontaines, aux lavoirs 7
Tout cela est du domaine de la police municipale.
Pourquoi des postes à toutes les entrées des villes, déjà occupées par les préposés de l'octroi ? C'est une mesure sans utilité, même dans les places de guerre.
Ainsi, pour tous les services civils, suppression ab* solue des postes et factionnaires, sauf pour les prisons» et encore devra-t-on, autant que possible, les bire garder par les forces urbaines.
Les drapeaux ou élendards seront déposés au quaivtier, dans la salle du rapport, et non chez le chef de corps. Cela supprimera le poste du drapeau.
Les officiers généraux auront droit à un factionnaire quand cela sera reconnu nécessaire au camp ou en campagne. Jamais ils ne devront en avoir deux. Habituellement des plantons leur sufBront.
Au lieu de postes de sûreté, dans les villes, il y aura des fractions de Iroupes 'de piquet dans les casernes. Elles se relèveront à diverses heures, de manière qu'elles puissent faire leur instruction. On les occupera dans Tintérieur des cours ou des chambres.
H restera obligatoirement à fournir les postes de police des quartiers, des prisons, des poudrières et de quelques établissements militaires.
Le service de ces postes devra être organisé tout autrement qu'à présent. On les relèvera au réveil et à midi en hiver, trois fois le jour en été. La dernière fraction passera la nuit. De cette façon le service des postes ne nuira pas à l'instruction (Voir art. SI 3).
Comparaison da temps consacré à rinstruciion.
785. Le service des postes, dans ces conditions, ne prendrait pas un jour sur huit à chaque homme ; soit 45 jours par année. La journée ne serait pas perdue, mais il y aurait, dans certains cas, deux heures inutilisées pour Tinstruction pratique, soit 90 heures par an. L'art. 782 montrait que chaque soldat pouvait disposer de 2,192 heures. Il resterait 2,102 heures de travail réel. Or, nous avons vu (art 781), que Ton n*en utilisait à présent que 450. C'est presque cinq fois moins. 11 ressort déjà de ces simples calculs la possibilité d'apprendre au soldat, en un an, ce qu^on met cinq années à lui enseigner aujourd'hui. Nous
prétendons même qu'il sera beaucoup mieux instruit, et nous l'expliquerons plus loin.
Établissons seulement pour le moment que de Ion-» gués années ne sont pas indispensables pour former un soldat, de quelque arme que ce soit. C'est une question d'emploi du temps et pas autre chose.
Beaucoup d'officiers prétendent quMl faut trois, quatre ou cinq ans pour former un soldat avec les errements actuels, et ils ne réfléchissent pas que durant ces cinq années l'homme aura à peine utilisé, pour son instruction, 2,250 heures. Qu'on les lui fasse employer intelligemment en une année, il sera parfaitement dressé, et peut-être mieux.
Nécessité de faire traniller beaacoop les soldats.
786. Mais, dira-t-on, les hommes seront surchargés de travail. Nous croyons qu'il n'excédera pas leurs forces, et, de plus, que ce sera un bien dans l'intérêt général, comme dans leur intérêt particulier.
Considérons, d'une part, les élèves de l'École militaire. Durant nombre de mois on leur fait faire, dans la même journée, de l'équitation, du gymnase, quatre heures d'artillerie, deux heures de bataillon. Ce sont des jeunes gens de i 7 à 20 ans. Ils ont, en outre, un travail de tête assez considérable, et cependant on ne voit pas que ce régime leur soit mauvais.
D'un autre côté, le soldat en campagne est astreint à une étape chaque jour. II reste de six à dix heures pesamment chargé. Viennent ensuite toutes les corvées du bivouac et le pénible service des avant-postes. Il résiste à ce labeur des mois entiers, et ce que nous demandons est infiniment moins dur.
Il est de l'intérêt des hommes d'être tràs-occupés* C'est bon pour leur santé et meilleur encore pour leur
moralité. Moins ils auront de temps à eux, moins ils feront de sottises. L'oisiveté engendre les vices, c'est un vieil adage. Il faut fatiguer le corps pour atténuer la vivacité des passions.
Le service militaire ne doit point être un temps de paresse, mais une école de travail. 11 importe d'empêcher les soldats de prendre goût à la vie désœuvrée. Destinés à rentrer dans l'existence normale de la société, c'est-à-dire à reprendre des occupations, il est mauvais que leur condition civile leur semble plus pénible que leur situation au régiment. Le contraire doU exister.
11 faut que la vie militaire soit rude et fatigante, afin qu'en la quittant l'homme retourne avec plaisir au travail et y trouve un adoucissement. Il est essentiel qu'il désire revenir à l'existence ordinaire , qu'il la considère comme préférable à la condition militaire, et qu'il retourne au village améh*oré, rompu à la fatigue et satisfait de son sort.
C'est là le côté particulièrement moral d'une vie très-remplie. On semble s'être gravement trompé en demandant sans cesse que le soldat prenne goût à son métier. Cela se comprenait à l'époque des mercenaires, des reitres ou des condottieri. Alors, des gens déshérités de la famille embrassaient la profession des armes pour toute leur vie, et traînaient leur existence bohémienne sur les routes ou en campagne. C'était une caste à part qui n'avait plus rien de commun avec la société ordinaire et qu'on appelait les gens de guerre. Ensuite, on a connu les vieux soldats, le» vé* térans qui, séduits par la prime et l'oisiveté, se rengageaient continuellement pour arriver à une chétive retraite. Nous proscrivons avec raison les vieux soldats. Donc y le militaire aujourd'hui ne doit pas prendre
le goût du métier. Ce serait funeste au pays. L^officier est dans des conditions toutes différentes. 11 demeure toute sa vie au service. Il faut qu'il aime son état. Le soldat ne fait que remplir momentanément un devoir. Le passage au service doit être pour l'homme un temps d'épreuve. Il faut qu'il souhaite Tabr^r, et fasae de grands efforts pour le quitter le plus promptement possible. Son intérêt est donc de travailler beaucoup^ de se livrer avec zèle à son métier, d'arriver vite à le bien connaître, et cet intérêt privé est d'accord avecrin* térèt général de l'armée, qui veut des soldats bien et rapidement instruits, comme avec l'intérêt de la société, qui demande des hommes honnêtes, disdpliiiés et travailleurs.
En occupant constamment les soldats, en les tenant souvent au camp, on les empêchera de prendre les habitudes des villes. Loin de se dégoûter du village, ils aspireront à le revoir.
786 bù. Le travail moralise, c'est un précepte incontestable. Son application rigoureuse et intelligente aura des effets excellents. Compris ainsi, le servioe militaire obligatoire pour] tous est appelé à avoir la meilleure influence sur la population.
Tous les jeunes gens y puiseront des idées d'ordre, de discipline, de respect de l'autorité, de soumission aux lois, de propreté, de dignité personnelle, de goût pour le travail, d'esprit de conduite, d'affection pour la vie de famille; c'egt-à-<lire de tona les sentiments qui constituent essentiellement le bon citoyen.
Loin de vouloir, par un sentimentalisme mal entendu, adoucir la condition du soldat, les plus haotee considérations morales et sociales se réunissent pour la réclamer rude et austère ; les raisons militaires ne
l'exigent pas moins. La vie actuelle des soldats est trop douce et ne les prépare nullement aux fatigues de la guerre ; la législation romaine ne l'entendait pas ainsi.
Alors le soldat était astreint en paix à des marches plus longues qu'en guerre, et on lui faisait porter des poids bien plus lourds. Il était si surmené en temps de paix, qu'il trouvait un allégement à vivre en campagne. C'est le contraire aujourd'hui, et la raison comme l'expérience condamnent également notre manière d'agir.
L'emplà du tonps doit être modiM.
787. IMais, nous dit-on, les hommes sont très-occupés actuellement. On n*a le temps de rien faire de plus que ce qui existe. Les soldats n'ont pas un moment à eux, surtout dans les corps montés.
Je réponds qu'il y a là une erreur de fait et nue mauvaise répartition de Vemploi du temps. On multiplie les revues, les théories dans les chambres; on coupe la journée de telle sorte, qu^il y a une heure ou une demi-heure perdue entre deux occupations; on n*a pas le temps d'en commencer nne autre. On flftne en attendant.
A quoi servent ces soins méticuleux pour disposer artistement, sur un mouchoir, tous les effets d'un homme? Quelle utilité trouve-tnDn à ces pansages interminables oîi les cavaliers se rebutent à frotter indéfiniment des animaux depuis longtemps propres? Tout le monde sait que cela ne sert à rien, et cependant on continue toujours. Cela est bon, prétend-on, pour tenir les hommes au quartier. Voilà un motif contre lequel on ne saurait trop 8*élever. Ne peut-on trouver des occupations profitables, au lieu de tra-^
Tailler dans le vide? Pense-t-on que le soldat soit dupe, et qu'il ne voie pas Tabsurdité de la besogne qu'il lui faut accomplir? Cela n'est pas un système. C'est l'abrutissement, au lieu du perfectionnement par le travail.
Tout ce qui est inutile est nuisible. Il vaut mieux ne rien faire; laisser les hommes se reposer plutôt que de les astreindre à des occupations sans but et sans profit.
Les manœuvres ou exercices, à heure fixe pour tous, sont une des plus funestes habitudes que nous ayons. Rien n'écœure davantage, rien ne stérilise plus l'instruction pratique. On va sur le terrain à la même heure; on se disperse en classes ou en pelotons, et sur tout le champ de manœuvre, ou exécute la même leçon; on ne peut pas faire autre chose.
L'ensemble est énervé de cette monotonie ; les soldats aussi bien que les officiers. Chacun bâille et consuite sa montre. C'est un ennui mortel qui attiédit tout le monde. Personne n*a de goût à la besogne. Ce n'est plus une école d'instruction ; c*est une corvée, un supplice. On rentre enfin, et c'est fini pour la journée ; on a exécuté à peu près, pour éviter les punitions; on n'a montré ni goût, ni zèle, ni dévouement. On ravale le métier à ses rudiments les plus vulgaires; on use le temps, mais on ne fait rien pour donner un peu d'attrait au service, varier les occupations, y attacher un but ou un intérêt.
Grâce à ce système qui se caractérise par deux mots^, routine et insouciance, les officiers savent peu leur métier ; les soldats encore bien moins, et on les rend à leur famille, paresseux, débauchés et mauvais citoyens.
De la responsabilité de rinstroction.
788. Ces déplorables résultats tiennent à l'excès de centralisation des chefs de corps; au défaut do surveillance des officiers généraux; au manque de sanction de l'instruction.
Le chef de corps veut diriger toute l'instruction, par la raison qu'il est responsable. Il interprète le règlement à sa façon, ou le modifie selon son caprice; personne n'est là pour l'en empêcher. Les généraux n'ont aujourd'hui qu'une autorité administrative et ne s'occupent pas des détails de l'inslruclion. Dans les divisions actives, on fournit un tableau de travail au général, mais on ne l'observe pas. Il est fictif, et on en applique un autre. Si un officier général veut faire prévaloir ses idées, ou soutenir la cause du règlement, le chef de corps se regimbe; il prétend qu'on empiète sur ses attributions, qu'on lui ôte son initiative et qu'il est seul juge de. ces questions, puisqu'il est responsable.
Tout cela est faux ou au moins spécieux. A tous les degrés de la hiérarchie, chacun est responsable des hommes placés sous ses ordres, et cependant chacun est tenu d'obéir. Y a-t-il donc là une contradiction? Assurément non, parce que chacun n'est responsable que devant son chef direct et immédiat. Alors rien ne s'oppose à la subordination.
Aujourd'hui, on peut dire avec quelque raison : les généraux n'ont sous leurs ordres que des troupes de passage dont ils s'occupent peu ou point; ils n'en sont pas responsables.
Le chef de corps se trouve, vis-à-vis du ministre, sans intermédiaire et responsable de son régiment ; alors il est fondé à repousser l'immixtion du général.
Admettons le nouveau système. Les généraux sont liés à leur corps d'année, leur dirisioui leur brigade, comme le colonel i son régiment, et responsables, comme lui, de Tinstruction de l'unité qui leur est confiée. Ce ne sera plus un colonel que blâmera le ministre si un régiment va mal; les reprocbes s'adresseront au commandant du corps d'armée.
La responsabilité établie au-dessus du chef de corps existera également au-dessous de lui. Le chef de bataillon sera responsable de son bataillon, le capitaine de sa compagnie ou de sa batterie.
Aujourd'hui, nous ne voyons qu'un officier responsable, le chef de corps. Nous demandons, en nous appuyant sur la raison, Texpérience et le règlement, que chacun, à tous les degrés de la hiérarchie, ait sa part de responsabilité et d'initiative.
Di nnitiaUra dans riattndin.
789. La responsabilité entraine forcément l'initiative. Elle est la compensation de la charge, l'avantage à c6té de l'inconvénient. Il n'y a point de responsabilité possible sans initiative, et réciproquement. Cette double combinaison est ce qui grandit l'homme, surexcite son zèle, élève son intelligence et produit son dévouement au métier* Sans initiative, il n*est plus qu'un automate. Ses facultés sont paralysées. C'est la mort morale.
Là encore, nous rencontrons une apparente contradiction entre l'initiative et l'obéissance. Elle peut se manifester si chacun ne reste pas dans les limites de ses attributions. L'obéissance est absolue, l'initiative n'est que relative. Par conséquent, la première prime toujours la seconde, et peut, dans certains cas, I' uulcr complètement.
NoQS rayons déjà dit, le chef ne doit jamais inteiv Tenir directement dans les détails. Selon qa'il est plus ou moins hant placé, il donne des ordres ou des instructions plus ou moins générales, plus ou moins précises. Les mailles de ce réseau sont d'autant plus serrées que le grade s'abaisse. Ce canevas, émané du supérieur, doit être ponctuellement suivi par l'inférieur; mais les détails d'application le regardent. Son chef lui a donné les lignes principales, a tracé les limites dans lesquelles il doit se mouvoir; mais il n'a pas dû étoufiTer son action propre. Le commandement, compris de la sorte, concilie parfaitement l'obéissance avec l'initiative, et c'est ainsi que nous voudrions le voir exercer. C'est particulièrement nécessaire pour l'instruction.
Di foiplai da tonps.
790. Les chefs de bataillon et les capitaines deviendront responsables de l'instruction de leur troupe. Le chef de corps leur prescrira la marche à suivre, la projgression à observer, les diven exercices à exécuter; ensuite, les capitaines jouiront d'une certaine liberté d'application*
A part les manœuvres d^ensemble, les compagnies, batteries ou escadrons travailleront séparément.
On s'efforcœa toujours de donner aux exercices un but de guerre, pour y attacher quelque intérêt et les rendre vraiment profitables.
On aura soin de les varier le plus possible, pour éviter la monotonie, et d'alterner rinslmction sur le terrain avec Tinstruction théorique dans les chambres (chap. 46).
Sans prétendre établir un programme nécessairement variable, selon les lieux et les saisons, on peut
donner une idée du système désirable. Prenons un bataillon sortant de son quartier. Il se rend au terrain d'exercice; son chef lui fait exécuter quelques mouvements, puis il laisse liberté de manœuvre à ses capitaines. Suivons l'une de ces compagnies.
Conduite dans un coin du polygone, elle place quel* ques factionnaires, dépose les sacs» forme les faisceaux et, une heure durant, creuse une tranchéeabri. Réunie en armes, elle se remet en marche; exécute en route des mouvements de l'école de peloton ou de maniement d'armes. Elle travaille aux diverses allures et toujours correctement. Une place, un terrain inculte se présente, la compagnie dresse ses tentes et fait une étude de bivouac. On habitue les hommes à s'installer rapidement et à lever le camp avec une grande promptitude. Après ce repos matériel, qui n'est pas perdu pour l'instruction, retour au quartier pour la soupe du matin.
A onze heures, appel en armes, sac au dos, tout le monde présent; aussitôt après, départ pour l'instruction. La même compagnie, dont nous avons indiqué les occupations du matin, se livre à l'escrime à la baïonnette, fait une séance d'école à la chambre, se rend à la cible, revient faire une séance d'école dans les chambres, et termine sa journée par le gymnase. Chaque compagnie aura des occupations différentes^ pour que les mêmes lieux, terrains ou routes, ne se trouvent pas encombrés. Voici, par exemple, la répartition du travail d'un bataillon pour une journée (tableau P, page 526).
Il montre quelle est notre idée au sujet de l'instruction, et combien il est facile de la diversifier.
791 . Le lableau Q(page 527) donne le mèmeexempl^* pour un régiment de cavalerie. Un seul court pansaçr.
au plus, s^effectuera par jour. Il variera d'heure, suivant le travail de chaque escadron ; dans la plupart des cas, on se contentera de bouchonner en rentrant. De temps à autre, on fera un pansage plus sérieux le matin ou le soir, peu importe. Le seul but utile est de maintenir les chevaux propres. Le pansage est une opération accessoire, tandis qu'aujourd'hui c'est la grosse affaire dans un corps de cavalerie et c'est une grave erreur. Le temps consacré aux pansages est perdu pour l'instruction des hommes et nuisible aux animaux. Les soins excessifs qu'on prend d'eux les rendent très-impressionnables aux inflences climatériques, et surexcitent fort inutilement leur système nerveux. Qu'on se reporte au temps de guerre, et l'on voit les pansages se réduire à fort peu de chose. Les chevaux ne s'en portent que mieux. Pourquoi donc faire en paix ce qui ne se pratique pas en campagne?
Un régiment de cavalerie n'est pas un établissement d'élevage ou d'engraissement; c'est un corps de troupes qui doit travailler, s'exercer, s'instruire, se servir des chevaux, au lieu de passer son temps à les soigner. II ne faut pas perdre de vue que les soldats doivent être des cavaliers et non des palefreniers. C'est ce qu'on oublie trop aujourd'hui.
En principe, il n'y aura jamais de promenade de chevaux, et les chevaux feront cinq à six heures de travail par jour.
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Manière de donner l'inslruetion.
792. Sans entrer dans trop de détails, nous avons voulu montrer, par les deux tableaux précédents, comment on peut varier l'instruction et combiner les écoles élémentaires avec les manœuvres d'ensemble, aussi bien que les études théoriques avec lesétudes pratiques ; les premières préparant et éclairant les secondes.
Les officiers de compagnie, batterie ou escadron, assisteront par moitié aux écoles de détail ; ils seront tous présents aux écoles d'ensemble.
Les aspirants, au contraire, seront sans cesse présents aux détails comme à l'ensemble.
L'instruction pratique sera donnée non-seulement avec soin, mais avec sollicitude. On s'efforcera de bien expliquer tout aux soldats, de leur faire comprendre le but et l'utilité de ce qu'on leur enseigne. On s'assurera toujours qu'ils ont bien compris. On fera recommencer les mouvements individuellement, puis par groupe de trois ; puis de six ; puis de douze ; puis par rang. On entourera de soins spéciaux les moins intelligents, de manière à leur permettre de suivre les autres.
Sur le terrain, l'officier professera sans cesse, de manière que les hommes connaissent les motifs des choses qu'on leur prescrit, et les fassent avec intelligence, au lieu de les exécuter mécaniquement. C'est une œuvre de patience et de dévouement ; mais c'est sur elle que repose la valeur des troupes.
On ne verra donc plus, comme à présent, les officiers abandonner aux sous-officiers les classes élémentaires ; se promener d'un air ennuyé sur le terrain de manœuvre, en demandant sans cesse à leur montre si cette corvée assommante ne va pas bientôt finir.
II faut que les officiers prennent intérêt à Tinstructîon^ et on y arrivera d'une part, par la responsabilité combinée avec l'initiative; de l'autre, par des concours de compagnie, escadron ou batterie.
Des eoDcours de compagoie.
793. Deux fois par an, il y aura concours des unités devant le conseil de brigade. Un troisiène concours annuel aura lieu devant le conseil de division.
I^ concours portera : 1^ sur la tenue, le service, la discipline; 2^ sur l'instruction pratique ; 3^ sur le tir; 4^ sur l'instruction théorique.
Les unités seront classées entre elles, sous ces quatre points de vue. Il y aura, en outre, un cinquième concours, dit d'excellence, pour établir les rangs de mérite des unités sous tous les rapports à la fois.
Les prix se composeront d'une gratification accordée aux soldats, ou de rations de vin, ou d'un petit banquet. La mise à l'ordre s'ensuivra forcément, et les compagnies, objets des prix, porteront, sous les armes, un petit fanion dont la couleur indiquera le succès remporté par elles.
Les capitaines qui auront obtenu un certain nombre de premiers prix seront, de droit, au tableau d'avancement, s'ils sont dans la première moitié de leur grade.
C'est toujours l'jipplication du principe de l'accord entre l'intérêt particulier et l'intérêt général. Il faut qu'il y ait avantage à bien faire pour tuer l'indifférence et l'insouciance, les deux plus grands fléaux de l'armée.
Dans les camps oh une division sera réunie en entier, des concours auront lieu entre les compagnies
— Modes dilTérents régîmeots qui auront obtenu des prix dans leurs corps.
On agira de même dans les corps d'armée rassemblés sur un même point.
Les concours de tir continueront, comme par le passé, dans Tinfanterie. On les développera même. On décernera des prix au plus méritants. La même chose aura lieu dans la cavalerie ; mais au point de vue de réquitation. Dans Tartillerie, on décernera les deux sortes de prix ; de tir pour les servants, d'équitation pour les conducteurs.
Rigidilé dans rmstnieUoD.
794. L'instruction est un travail sérieux pour tous. On ne peut se contenter d'à peu près. La forme sera rigide et on ne s'en écartera jamais sous les armes. Le laisser-aller, la tolérance, sont ce qu'il y a de plus nuisible.
A chaque prise d'armes, les officiers passeront une rapide inspection, pour s'assurer que la tenue est irréprochable.
En dehors des repos, ils ne toléreront ni conversation, ni mouvements incorrects, ni perte de distance. Les colonnes de route, marches, reconnaissances, bivouacs, seront exécutés comme les mouvements de récole de peloton ou de bataillon. On s'efforcera d'habituer les hommes à marcher sans cesse à rangs serrés, en ordre, à leur position exacte, toutes les fois qu'ils sont en troupe, même en corvée.
On sait combien ces exigences tendent à se relâcher en guerre et à conduire au désordre. Il ne faut donc aucune espèce de tolérance en paix, et on ne saurait trop y veiller.
Nous voyons aujourd'hui des postes qui montent ou
descendent la garde, des corvées, s'en aller par les rues, sans cohésion, espacés^ ne marchant point au pas, causanti riant, et même fumant. Tout cela doit être sévèrement interdit.
Dans les marches, les reconnaissances, les jpetites opérations, on observera les mêmes principes, car c'est un exercice. Â chaque instant, le chef fera changer la formation, rompre ou doubler, porter les armes d'une manière ou d'autre. Chacun doit être prêt à exécuter le commandement comme au terrain de manœuvre. Cette tension continue est fatigante ; on aura soin de faire des pauses fréquentes, toutes les demi-heures, par exemple ; mais on sera inexorable sous les armes, à proscrire ou à réprimer le laisser-aller.
Progression de riostraetioa
795. Les jeunes soldats arriveront au corps du l"au 15 novembre (art. 505). C'est à cette époque que commencera la reprise de l'instruction de détail pour toutes les troupes : Ëcole du soldat, du cavalier, du canonnier; pointage au chevalet dans les chambres; tir à la cible dans le tir couvert.
La cavalerie et Tartillerie ont des manèges couverts pour le mauvais temps; on ajoutera à tous les quartiers de vastes hangars, permettant l'école de peloton, à pied ou à cheval, et abritant des batteries.
C'est une grosse faute que de perdre tout l'hiver, si long surtout dans le Nord. On fait l'exercice, au plus fort de l'hiver, à l'école militaire ; il n'y a pas de raison pour agir autrement à l'égard des trouped.
Dans un délai de deux à trois mois d'hiver au plus, c'est-à-dire vers le 15 février ou le l** mars, les jeunes soldats des trois armes doivent avoir terminé com-
plétement leurs études élémentaires et être en état de figurer dans un peloton ou une section.
î* sérié. — lAstractiMi secondaire.
796. Le retour de la belle saison donnera un grand développement à l'instruction pratique. Les écoles de peloton, des tirailleurs, de bataillon, d'escadron et de batterie, seront poussées activement, en mfime temps que le tir à aussi grande distance que possible. Les troupes d'infanterie et d'artillerie seront quotidiennement astreintes à une ou deux heures de travail de fortification de campagne, tranchée - abri , travaux de sape, établissement d'épaulements, coustruction de batteries.
En même temps, on exercera toutes les fractions aux petites opérations de la guerre, partie essentielle de l'instruction. Elles seront exécutées par des compagnies, batteries ou escadrons isolés.
Cette seconde série, qui peut s'appeler l'instroction pratique secondaire, sera menée de telle sorte qu'elle soit achevée en trois mois au plus; c'est-à-dire du 15 mai au 15 juin, selon les régions.
3* série. — lostractioD sopérienre.
797. A cette époque, au plus tard, toutes les troupes seront bivouaquées soit dans les polygones, soit dans les terrains de manœuvre, soit dans les camps de brigade, de division ou de corps d*armée. Alors commencera la troisième série, ou l'instruction pratique supérieure.
Elle comprendra : les évolutions de régiment, de batteries ou de ligne ; les manœuvres combinées des diverses armes; les petites opérations de la guerre exécutées par un régiment, une brigade ou une divi^
Bion; l'exécution du tir aux très-grandes distances; les formations de combat; la fortification rapide des positions; enfin les grandes manœuvres de guerre là où ce sera possible.
Cette troisième série d'instruction sera terminée à la fin d'août au plus tard. Pendant qu'elle se poursuivra, on utilisera tous les moments pour parfaire ou repasser l'instruction de détail. On s'attachera surtout à rompre les hommes de toutes armes, au tir, au terrain, aux petites opérations.
Durant cette période, les officiers généraux passeront leur inspection sans interrompre l'instruction, bien entendu. Les commissions d^instruction fonctionneront pour délivrer les certificats de capacité, et tout sera réglé de manière à renvoyer, par anticipation, la classe, le 25 août. Aussitôt on se préparera à recevoir la réserve et à l'instruire (Voir chap. 45).
Des camps.
798. Les camps, à l'inverse de celui de Chàlons, ne se composeront que de vastes terrains sans aucun établissement ni construction quelconque. Tout le monde, sauf l'ambulance, sera sous la petite tente. On lèvera le camp presque tous les jours. Lors des manœuvres, on se considérera toujours comme en guerre, et chaque matin on s'en ira comme on part pour une étape. Le travail fait, le commandant du camp enverra préparer le bivouaCj et il se prendra absolument comme en campagne, avec un service d'avant-postes très-rigoureux.
Pour agir de la sorte, il est seulement nécessaire d'avoir de l'eau en plusieurs points du terrain sur lequel on opère.
Quant aux vivres, bois, fourrages, etc... le service
des approvisionnements y pourvoira et s'habituera à son métier, dans ces déplacements continuels. On fera des évacuations de malades et des convois de ravitaillement à la place voisine. Chacun s*accoutamera à ces opérations réitérées. On les effectuera avec toutes les précautions de la guerre; on les fera contrarier par des détachements. On s'efforcera de placer les troupes dans les conditions les plus analogues possibles à l'état de guerre.
On procédera beaucoup par ordres inopinés, de manière àtenir sans cesse les troupes en éveil. A un moment quelconque du jour ou de la nuit, on fera faire un mouvement à tout ou partie des troupes. On essaiera des reconnaissances, des surprises, des formations de combat.
Au début, on annoncera les opérations, on indiquera les précautions à prendre, les dispositions à adopter; on procédera lentement, méthodiquement; on redressera les fautes et les erreurs. Ensuite, on opérera à l'improviste et avec rapidité.
799. Telle est l'idée générale que nous nous formons de ces camps. Ils devront être une école sérieuse de travail et d'instruction, et non un lieu destiné à de brillantes fantasias.
On emploiera le temps à des exercices véritablement pratiques, à des études raisonnées, à des expériences comparées; on s'y livrera à la recherche des progrès utiles.
On interdira absolument les petits jardins, les gourbis, les monuments que l'oisiveté ou Tadulation ont tant imposés aux troupes, au détriment de leur dignité et de leur instruction.
Les soldats seront occupés tout le jour à des tra-
vaux sérieux, afin de n*avoir pas même }e temps de songer à ces amusements d'autrefois.
Tous les jours les soldats seront astreints à deu]f ou trois heures de travaux de campagne. Ils élèveront ainsi des ouvrages soit temporaires, soit durables, dans des endroits bien choisis, et, peu à peu, on organisera, à peu de frais, de vastes et solidjes camps retranchés (Voir chap. 49). Le travail de campagne ne sera jamais rétribué.
On y joindra quotidiennement de grandes marches, coupées par des formations de combat; on exigera la plus grande régularité dans tous ce^ mouvements et une précision extrême. Les heures seront toujours notées de manière à juger des progrès de l'instruction.
On prolongera, parfois beaucoup, les exercices et les marches, pour habituer tout le monde à la fatigue et à prendre le bfvouac de nuit.
Les camps seront des lieux de travail et d*austérite. On y régularisera l'instruction des troupes; on y étudiera la science de la guerre ; on y essaiera les procédés ou engins nouveaux. On sera sans cesse sur pied et occupé des choses du métier.
De plus, on interdira absolument la présence des cafés, bateleurs, théâtres, filles publiques, cabarets, par la raison que le camp est une école de guerre, pour former des officiers et des soldats; des chefs qui sachent commander et des hommes habitués à obéir.
Il est contraire à la raison, comme à la dignité de l'armée, d'en faire une sorte de lieu de plaisance, où l'on s'efforce d'accumuler les distractions. Qu'a-t-on vu jadis 7 Tantôt des messes militaires, spectacle de curiosité où la dévotion n'avait nulle part, mais qui at«
tirait les femmes ; tantôt des courses de chevaux dont les officiers s'occupaient, au lieu de dresser leurs hommes; tantôt encore des retraites aux flambeaux; toujours des cafés chantants et des lupanars ouverts.
Et, comme si tout cela n*était pas déjà trop, on pervertissait encore le soldat en lui donnant, gratis, deux représentations théâtrales par semaine.
Tous ces abus, hélas! ont contribué largement à DOS malheurs. Chaque année, on exaltait cette parodie navrante de la guerre; on vantait Tadmirable instruction des troupes, leurs habiles manœuvres, leur superbe tenue. L*encens s*exhalait des boacbea salariées; les étrangers s*en allaient, disait-on, pleins d'enthousiasme de ce qu'ils avaient vu. Cela était vrai. Us se retiraient satisfaits d'avoir constaté notre ignorance, notre vanité, notre ridicule infatuation, notre corruption en haut comme en bas, notre faiblesse, enfin. C'était là ce qui les réjouissait tant. Et notre orgueil se plaisait à voir, dans leur contentement, an tribut d'admiration pour nous.
Ces déplorables temps sont passés. Tâchons qu'ils ne reviennent plus.
Terraios nécessaires.
800. Les terrains destinés aux camps seront principalement ceux compris dans le périmètre des camps retranchés (chap. 49). Les autres, de moindre étendue, se composeront d'espaces appartenant à l'État, et de terrains loués pour la durée des manœuvres, afin de pouvoir les étendre et les varier.
Les camps retranchés comprendront 3 à 4,000 hectares; les camps d'instruction, pour des corps d*armée, seront suffisamment dotés avec 2,500 hectares, et ceux de division avec 1500.
On peut approximativement compter :
8 camps retranchés ou 32,000 hectares.
6 camps de corps d'armée on. . . i 5,000 » 6 camps de division ou 9,000 »
ToUl. • . . 56,000 »
Ces terres seront généralement médiocres, et, en moyenne, l'hectare n'excédera probablement pas 600 francs, soit une dépense, de première mise, de 33 millions.
Ces terres louées sous certaines conditions, pour ne pas gêner l'instruction, rapporteraient néanmoins un revenu important au Trésor.
En combinant mieux la répartition des troupes» les points occupés en France ne devraient pas excéder 7 par corps d'armée, ou 1 19 pour toute l'armée (l'Algérie non comprise).
Les 20 camps indiqués plus haut serviraient naturellement. 11 resterait à trouver 100 terrains de manœuvre environ . Ils devraient comprendre 37 polygones à canon, d'une superficie de 400 hectares, 34 terrains de brigade à 150 hectares, et 29 terrains de régiment à 70 hectares.
L'ensemble de ces terrains atteindrait 22,000 hectares environ, situés près des villes; le prix d'achat serait d'au moins 1000 fr., soit 22 millions, ou, pour les deux catégories, 55,600|000 fr.
L'État en possède déjà un certain nombre, et, par conséquent, la dépense ne s'élèverait guère à plus delà moitié des deux sommes indiquées, soit 27,800,000 fr.
Locatioo da droit de pircoars.
801. Il est difficile d'évaluer la dépense à faire pour la location de terrains de parcours pour les grandes manœuvres.
En n'en usant qu'après renlèvement des récoltes, le dommage causé est presque insignifiant, et le prix de la location momentanée sera fort peu de chose.
L'étendue à affermer variera selon le pays. II semble que 12|000 hectares, en moyenne, suffiraient par chacun des 20 camps principaux, soit 200,000 hectares à louer annuellement pour le temps des manœuvres.
Le prix ne dépasserait sans doute pas 5 fr. par hectare, ce qui entraînerait une dépense annuelle de 1 million environ par an.