Il faut changer complètement de système. Les
officiers de chaque unité seront chargés de Tinstruction élémentaire de leur troupe, aussi bien théoriquement que pratiquement.
Les écoles auront lieu dans foutes les chambres aux heures des repos (Voir les tableaux P et Q, pages 526 et 527). Par l'emploi des hamacs (art. 719) et TaugmentatioQ du nombre des tables et des bancs (art. 717), tout le monde peut être assis et travailler commodément. Un tableau noir, placé dans chaque chambre, des ardoises, de petits livres élémentaires, sont un matériel suffisant.
Les aspirants, dans chaque unité, sont chargés de l'instruction primaire. Les sous-officiers et caporaux sont tous moniteurs. Il y a là de quoi faire des classes variées suivant le degré d'instruction des hommes.
Ce travail ne sera jamais interrompu dans les déta* chements et encore moins dans les postes. Il est absurde de laisser les soldats de garde absolument inoccupés pendant 24 heures. Les hommes de service emporteront les livres élémentaires. 11 y aura une ou plusieurs ardoises dans chaque poste. Le chef fera travailler ses subordonnés. De temps à autre, ils prendront les armes et s'exerceront pratiquement, mais surtout, on les occupera à lire, à écrire, à compter.
814. Outre l'instruction primaire, on fera dans les chambres des théories sur le tir avec le pointage au chevalet, sur les règlements, le sertice des postes, les marqués de respect.
On y ajoutera des explications simples et fréquentes sur ce qui doit se faire en reconnaissance, au bivouac, en marche, en manœuvre, en position.
On combinera ces instructions de manière qu'elles précèdent Tapplication pratique.
Les officiers donneront eux-mêmes fréquemment
ces leçons théoriques, afin qu'elles soient simples, claires et à la portée des soldats. Us feront également, de temps à autre, de petites conférences aux hommes sur leurs devoirs comme citoyens et comme soldats, sur la discipline, la politesse, la propreté, etc.
Hs chercheront à développer les bons sentiments de camaraderie, d'honnêteté, de dévouement, de patriotisme. Ils trouveront, dans la vie de tous les jours^ des actes méritoires et des fautes dont ils se serviront comme texte ou comme exemple.
Ils parleront aux soldats des choses de la guerre, de la manière dont ils doivent se conduire, de ce qu'ils ont à faire en cas d'émeute, d*incendie, d'inon* dation.
Ils éclaireront de tout leur pouvoir Tesprit de leurs hommes. Ils les prémuniront contre les surprises, ils les défendront contre les suggestions mauvaises.
C'est là une tâche éminemment élevée qui incombe aux officiers. Ils ne doivent point y faillir. Il ne faut ni une grande science, ni une grande habileté de parole pour ces causeries.
Tout officier peut et doit le faire, afin de se mettre en communication spirituelle avec ses hommes et acquérir sur eux un très fort ascendant moral.
J'esquisse cette partie si intéressante de rinstruction élémentaire, que je me propose de traiter plus tard avec tous les développements qu'elle comporte.
Il y a, dans cette instruction primaire, un très-graad élément de moralisation pour le soldat et d'influence pour l'officier. Il est essentiel de ne pas le négliger.
Dm coan particolien.
815. Les soldats déjà instruits ou qui feront des progrès seront admis à des cours particuliers plus éle*
vés. On les y préparera à devenir caporaux ou à se présenter aux écoles de sous-officiers (art. 822).
Il y aura pareillement des cours élémentaires de comptabilité, pour les caporaux et les sous-officiers. Puis, des cours de grammaire, de géographie, de topographie et de fortification appliquées, d'histoire, d*art militaire, etc., pour les sous-officiers.
Tous les lieutenants et les aspirants seront tenus de faire ces cours, soit pour deux compagnies, soit par demi-bataillon 5 soit par bataillon. Les capitaines et les chefs de bataillon veilleront, sous leur responsabilité personnelle , à Texécution de ces prescriptions.
Ils n'oublieront pas que tous les grades s'obtiennent par des épreuves théoriques et pratiques, et qu'il faut mettre tout le monde en mesure de les subir.
Des réeompenstt.
816. Pour exciter l'émulation et le zèle, les hommes qui travailleront bien auront seuls des permissions. Ceux qui montreront de la négligence seront consignés au quartier et astreints à l'école du soir.
Des concours seront institués entre les compagnies, les escadrons, les batteries, puis entre les corps d'une même garnison ou d'une même division. De petits prix, des marques honorifiques seront accordés aux plus méritants.
Des eommitsions dHnstniclioo.
817. Le conseil de régiment agit comme conseil d'instruction pour les questions générales. Aux époques des concours, le général de brigade le préside toujours et décerne les récompenses.
Le conseil d'instruction se divise en deux ou trois commissions d'instruction. Elles examinent tous les
soldats qui, ayant accompli un an de service au moins, demandent à être libérés par anticipation.
Les commissions leur font subir, selon le cas, les épreuves théoriques et pratiques indiquées cbap. 27, et prononcent sur le départ ou le maintien au corps de l'impétrant.
Les commissions font leur rapport au conseil d'instruction qui, en raison des prescriptions des généraux, détermine le nombre d'hommes à renvoyer.
iDitnittioD d«s aspimU.
818. Les aspirants sont tenus de suivre des cours théoriques et pratiques de manœuvre, d'équitation, de tir, d'administration, de règlement, d'art militaire, de fortification, de topographie, do procédure militaire, etc....
Ces cours leur sont faits dans une salle ou sur le terrain par des lieutenants et des capitaines. Chaque officier est obligé de professer un cours quand il en reçoit l'ordre. Ses notes trimestrielles diront toujours comment il s'en est acquitté.
Les professeurs ne manqueront donc pas. Les officiers supérieurs surveilleront avec soin cet enseignement, pour qu'il soit sérieux, profitable et pratique.
Les leçons théoriques seront toujours appliquées sur le terrain, en tout ce qui concerne la fortification, la topographie, l'équitation, le tir.
Les aspirants seront forcés de fournir, à certaines époques, des travaux graphiques écrits ou dessinés et de subir certaines épreuves sur le terrain , telles que le piquetage d'un morceau d*ouvrage, d'un épaulement, d'une batterie, un croquis topographique, une séance de manœuvre ou de manège, Texécution du tir du fusil ou du canon, selon les armos.
Les généraux de brigade assisteront à ces épreuves, car il ne suffit pas de donner Tinstruction, il faut encore s'assurer qu'elle est acquise.
lostroction des officiers.
819. La nécessité d'instruire leurs subordonnés et l'obligation de subir des épreuves pour obtenir de l'avancement, forceront les officiers à travailler. Ils le feront librement et ne seront pas astreints à des cours. Us auront toujours la faculté, s'ils le veulent, d'assister à ceux faits aux aspirants de leur corps ou à ceux d'une arme différente. Leur intérêt leur impose le devoir de s'occuper sérieusement de leur métier, et ce que nous avons dit, dans les chap. 27, 43 et 44, montre les moyens de les y contraindre au besoin.
CoDrérences.
820. Des conférences continuelles seront instituées pour les officiers. Les unes comprendront les lieutenants sous la présidence d'un chef de bataillon. Les autres réuniront les capitaines sous la présidence du lieutenant-colonel ou du chef de corps dans la cava* lerie.
On y fera discuter toutes les questions relatives aux opérations diverses de la guerre.
Les rapports seront conservés aux corps. Un double sera transmis dans les divisions, ou on les classera. On enverra les plus remarquables au corps d'armée où l'on désignera les officiers qui doivent recevoir des félicitations ou des prix. Ces récompenses seront toujours mentionnées sur les livrets des officiers.
Les officiers supérieurs dans leurs bataillons ou batteriers, feront de temps à autre des conférences à leurs officiers sur leurs devoirs, leur service, Tart élémen-
taire de la guerre, la mobilisation, le tir, les manœuvres, etc.
Il serait à désirer que les généraux de brigade agis* sent de même à l'égard de tous les officiers supérieurs sous leurs ordres.
Il est un grand devoir, assez méconnu ordinairement, celui de former ses inférieurs. Chaque officier doit être convaincu qu'il ne lui suffit pas de commander à ses subordonnés, mais qu'il est obligé de les instruire et de préparer des hommes capables pour l'avenir.
En conséquence, tout chef est forcément un professeur. Il a charge de l'instruction de tous ceux qui lui obéissent. C'est une mission élevée, indispensable, car de son accomplissement intelligent dépend la valeur de l'armée.