‹ La réforme de l'arméeChapitre 133 sur 142 · ÉLÈVES · texte numérisé non relu

ÉLÈVES

tLkns

venant

TOXAJU

de l'armée.

civils.

L'école de médecine se recrute tout autrement au moyen de docteurs en médecine. C'est une organisation essentiellement différente des autres, comme recrutement.

Des diversM écoles.

829. La nécessité d'une école pour chaque arme parait évidente. Jusqu'à présent on a tiré les officiers de cavalerie et d'infanterie de l'école de Saint-Gyr. Autrefois ce même établissement fournissait aussi à l'artillerie. On n'a pas oublié que jusqu'en 1802, il a existé une école d'artillerie à Chàlons. Ce que nous proposons n'est que le retour à d'anciens errements qu'on a eu le tort d'abandonner. Il y a quelques avantages à l'unité de provenance des officiers, au point de vue de l'homogénéité des idées dans les diverses armes. Mais les inconvénients sont très-grands. En donnant une éducation générale à tous les élèves, on est obligé de négliger la spécialité. Voilà pourquoi on a conservé l'école d'instruction de cavalerie, où vont se perfectionner les officiers élevés à Saint-Gyr. Il faut ainsi 4ans pour faire un officier, et c'estbeaucoup trop.

D'un autre côté, le nombre des élèves des trois écoles d'infanterie, de cavalerie et d'artillerie serait de 648 par année, et, par conséquent, de 1206 en admettant un séjour de deux ans.

La réunion des trois écoles en une seule comprenant trois sections serait à la rigueur possible. Elle présenterait toutefois des difficultés matérielles d'exécution, et la discipline laisserait sans doute à désirer dans une pareille agglomération de jeunes têtes.

La division des trois branches nous semble préférable:

Saint-Gyr resterait affecté à l'école d'infanterie ;

Saumur, — à l'école de cavalerie ;

Le Yal-de-Gràce^ — à Técole de médecine ; Yincennes recevrait l'école d'artillerie; LyoQ, — l'école d'administration.

De l'École poljtedmiqiie.

830. Je viens de dire qu'une école d'artillerie était nécessaire. L'École polytechnique ne saurait atteindre ce but. C'est la première école de France, peut-être la première du monde. Je n'en sors pas et par conséquent je me trouve à l'aise pour lui rendre un hommage désintéressé. Je reconnais hautement sa valeur hors ligne, mais elle n'est pas, et ne peut pas être une école militaire. C'est par une de ces inconséquences familières à la nature française qu'elle en porte le titre. La majeure partie des élèves de l'École polytechnique entre dans les services civils. Une notable portion, du reste, ne vient dans Tarmée que parce qu'elle n'a pu obtenir par son classement les services civils.

Cette école n'a rien de militaire, ni la vocation, ni l'enseignement. On a mis à sa tète un général ; des officiers y font le service de semaine ; l'apparence est militaire, le fond ne l'est pas. Mettons d'accord le fait et le nom, et disons: L'École polytechnique est essentiellement une école civile. A ce titre elle doit relever du ministre de l'instruction publique et non du ministre de la guerre. Eile doit être dirigée par un membre de l'Académie des sciences, et non commandée par un général.

Cette modification rationnelle opérée, nous demandons à lui prend^*e pour les troupes quelques-uns de ses sujets. Il est incontestable qu'il y a là une pépinière d'esprits distingués qui peuvent être très-utiies à l'armée. Les officiers qui proviennent de l'École po* lylechnique ont les défauts de leurs qualités, mais le

bon, chez eux, excède de beaucoup le mauvais. Ce qui les caractérise^ c'est une capacité sérieuse et un esprit d'exclusivisme fâcheux. Spécialisés dans leur instruction, spécialisés dans leur carrière, ils ont une tendance marquée au particularisme. Le génie et l'artillerie constituent des tribus distinctes dans l'armée. Elles aiment à s'isoler ; elles se complaisent dans de vaines prérogatives ; elles font preuve souvent d'un entêtement qu'on pourrait prendre pour de Tétroitesse d'esprit et qui résulte de l'excès de la spécialité.

Ce qu'on ne saurait nier en revanche, c'est que les officiers de ces deux armes possèdent une instruction étendue; une intelligence supérieure capable d'embrasser les sujets les plus divers; une grande aptitude à traiter toutes les questions» et une faculté peu commune d'^assimilation. Lorsque ces esprits éminents peuvent échapper à la spécialité, nous les voyons rayonner d'une manière éclatante. La généralisation est le correctif de leurs défauts et se prête merveilleusement à leurs qualités. — Les faits nous le prouvent. Les officiers échappés au génie ou à l'artillerie, et devenus officiers d'infanterie, ont presque tous eu une remarquable carrière. Lamoricière, Bosquet, Cavaignac sont les principales figures de cette illustre catégorie ; mais combien d'autres ont été éminents sans atteindre àc ette hauteur!

Mous croyons donc qu'il est avantageux pourTÉcoIe polytechnique, autant que pour l'armée, de lui ôter le privilège peu fructueux de recruter l'artillerie et le génie, et de lui donner en échange la faculté de fournir à toutes les carrières militaires, comme elle fournit à toutes les carrières civiles.

Pour faire un bon officier d'artillerie, il n*est pas nécessaire de passer par TÉcole polytechnique. Nous

en avons la preuve lous les jours. Cela n'est même pas utile pour édifier des bâtiments militaires ou des fortifications. Des architectes ou ingénieurs civils construisent aussi bien au moins que les officiers du génie.

Une école militaire d*artillerie donnera des officiers suffisamment aptes à tous les services d'armement, de tir, de construction du matériel ou des établissements. Ils auront de plus une vocation militaire qui manque souvent aux élèves de TÉcole polytechnique.

L'école d'artillerie fournira donc la majorité des officiers d'artillerie.

L'École polytechnique donnera un certain nombre d'officiers à toutes les armes, et ce sera au profit du niveau de l'instruction générale.

Les élèves de l'École polytechnique en sortiront comme aspirants et recevront leur instruction militaire à l'école supérieure de guerre (art. 835).

CoBsthotioo âM écoles militaires.

831. Les élèves des écoles militaires seront pour les 2/3 des sous-officiers (art. 828). L'autre tiers sera promu au grade de caporal au bout de trois mois, sauf incapacité constatée, et après trois autres mois au grade de sous-officier. — Ils en porteront le titre et les insignes, et en recevront la solde ainsi que les prestations. Elles suffiront à pourvoir à leur entretien et à leur nourriture.

Les écoles seront menées comme un corps de troupes, en supprimant tous les parasites qui s'y trouvent actuellement. Les officiers et aspirants appelés à y faire le service ne pourront y demeurer plus de trois ans. C'est là un principe essentiel à faire prévaloir. Per->

sonne ne peut rester plus de 3 ans éloigné d'un corps de troupes. Sans cela, on s*acoquine aux positions sédentaires ; on perd les habitudes de la vie active et l'esprit militaire. Or ce n'est point des officiers qui ont perdu le goût du métier, qui peuvent l'inspirer aux jeunes gens entrant dans la carrière. — Il est indispensable de renouveler fréquemment le personnel des écoles pour le maintenir à hauteur du progrès et des idées.

Des profesMnn*

832. On emploiera le plus possible des professeurs civils, et ou choisira les plus éminents au lieu d'encombrer les écoles d'officiers professeurs qui en savent à peine autant que leurs élèves, ou de professeurs civils au rabais que les élèves méprisent.

Sans doute quelques cours réclament impérieusement des officiers : l'artillerie, la fortification, Tart militaire ; mais la géographie, la mécanique, la descriptive Ja topographie, etc., seront infiniment mieux enseignées par des professeurs civils que par des officiers.

Pour les cours militaires on exigera des garanties tout autres qu'à présent. On voit, par exemple, se succéder dans nos écoles des professeurs d'art militaire qui n'ont jamais fait la guerre. Ce seul fait ne frappet-il pas leur enseignement de stérilité ? On aura donc soin de les choisir parmi des hommes expérimentés qui pourront parler à leurs élèves de ce qu'ils ont vu, qui connaîtront les nécessités de la guerre et régleront leur enseignement en conséquence. Enfin, comme nous l'avons dit plus haut, ils ne pourront rester plus de trois ans dans leur situation de professeur. Ainsi disparaîtra cette routine déplorable qui encrasse depuis si longtemps nos écoles. L'enseignement se mo*

diBera avec le temps, les idées, les améliorations. Il vivra au lieu de végéter.

De rmslrocUoii.

833. L'instruction sera dirigée dans un sens sérieux et pratique. On y apportera comme pour celle des troupes un esprit de suite et une forte volonté. On exigera des preuves réelles des élèves pour s*as8urer que l'enseignement leur a profité ; on renverra impitoyablement à son corps quiconque ne satisfera pas aux épreuves.

L'instruction théorique embrassera particulièrement les sciences exactes, mathématiques, physiques, fortification de campagne, balistique, topographie, géographie, langues étrangères. On insistera beaucoup moins sur la partie littéraire, sans la négliger toutefois.

Les théories relatives à la fortification, à la balistique, à la topographie, seront toujours appliquées sur le terrain. On exigera d'une manière formelle que les élèves possèdent parfaitement l'application de ce qu'on leur a enseigné ; qu'ils sachent très-bien piqueter et profiler un ouvrage, construire un épaulement, tirer le canon et le fusil, exécuter un croquis topographique, etc. Cet aperçu suflit pour le moment à indiquer comment je comprends Tinstruction des écoles. L'établissement des programmes détaillés m'entraînerait trop loin. J'en parlerai dans un autre ouvrage.

BégiiiM JDtérMur.

833 bis. On cherchera à rapprocher autant que possible les élèves de la vie militaire. Ils seront soumis à des exercices pratiques analogues, maniement du fusil, du sabre et du canon, équitation, gymnase, na* tation, manœuvres, petites opérations. On emploiera

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à leur égard les procédés que nous avons indiqués, chap. 44.

Leur existence sera rude et austère. On proscrira tous les amusements efféminés, qui se sont introduits depuis quelques années dans nos écoles et qui ont encore contribué à notre décadence.

On cherchera par tous les moyens à inspirer des goûts sérieux aux élèves, des idées généreuses» et à tremper vigoureusement leur caractère, par une vie de labeur et de privations. Les élèves seront casernes complètement et ne sortiront que très-rarement, tous les trois mois par exemple.

Au bout de deux ans ils seront nommés aspirants 8*ils satisfont aux épreuves ; s'ils les subissent mal, ils rentreront dans leurs corps avec leur grade de sergent.

Dépenses des écoles.

834. Les élèves provenant de Tarmée ne sont pas un accroissement de charge pour l'État ; ils comptent à leurs corps, et leur solde est comprise au budget général de leur arme.

Le tiers venant des candidats civils constitue une dépense supplémentaire. Elle s'applique chaque année à 1 74 individus, qui recevront la solde de sousofficiers, soit par an :

Solde 88,914 fr.

Masse individuelle, j P^S^^^i^alVre: iî',?»

Habillement 16,276

Eqaipemoit • 1,850

ToUl. . . . 125,832

Les sous-ofBciers d'artillerie et de cavalerie ont

droit à un cheval que nous avons compté à l'effectif

général, comme achat et comme entretien. Si on les

supprime aux corps et qu'on les place dans les écoles, la dépense ne change pas.

Cela donnerait 288 chevaux pour l'école d'artillerie et 144 pour l'école de cavalerie. — En ajoutant 100 chevaux à la première et 90 à la seconde, on pourvoirait largement à leurs besoins. C'est donc 190 chevaux déplus à entretenir et à renouveler tous les 5 ans.

Achat, i/5daprix del,SOO fr 57,000 lir.

Noiurritiire, à 1 fr. 40 la ration 97,090

! Ecole d'infanterie. . • . 8,000

Ecole d'artillerie 6,000

Ecole de cavalerie . • . . 4,000

Ecole d'administration. . 2,000

Ecole de médecine.. . . 1,000

L'entretien des élèves au point de vue des livres, papiers, plumes, instruments, peut s'évaluer à 25 fr. par an. Ce qui donnerait pour les 5 écoles : 34,800 fr.

Le traitement des professeurs est en moyenne de 6,000 ; celui des professeurs adjoints de 4,000. Il en faut neuf de chaque catégorie dans les trois premières écoles et cinq seulement dans les deux autres. C'est en tout 37 professeurs et 37 adjoints. D'où résulte une dépense de 370,000 fr.

Chauffage et éclairage, frais divers : 50,000 fr.

La dépense totale des cinq écoles s'élèverait ainsi à 755,722 fr.

Écala sop4ri<an de goerre.

835. L'^école supérieure de guerre est destinée à servir d'école d'application et d'instruction pour les élèves les plus distingués des trois écoles militaires et à fournir une partie des officiers au service d'étatmajor.

Le nombre des élèves, tous aspirants, bien entendu.

fierait de 1 40 par année, ce qui donnerait un personnel de 280, divisé en 3 sections.

Chacun conserverait la spécialité de son arme afin de ne pas laisser une arme seule accaparer les places.

Nombre des élères.

836. Sur les 1 40 aspirants à admettre chaque année, 90 proviendraient des écoles militaires et 50 sortiraient de l'École polytechnique.

Ces aspirants se répartiraient proportionnellement au nombre des élèves des écoles, mais en forçant cependant un peu plus celle de l'artillerie qui a plus d'instruction et surtout plus besoin d'officiers distingués.

D'après cela, une division de l'école supérieure se composerait de :

Infanterie. .

Artillerie. • Cavalerie. •

56 aspirants venant de l'école;d'infanteue.

25 aspirants venant de

Véeolo d'artillerie.

9 aspirants venant de

Técole de cavalerie.

25 venant de l'École polytechnique.

M id.

id.

TOTAL

Conditions à la sortie.

837. Les aspirants-élèves, après deux ans de cours, recevraient le grade de lieutenant dans leur arme, sauf une vingtaine environ qui, ne satisfaisant pas suffisamment aux épreuves, retourneraient dans leurs corps sans avancement. Cette mesure doit être appliquée avec une grande sévérité pour maintenir le zèle et forcer au travail.

Entre les 120 aspirants nommés lieutenants s'établirait un concours sans distinction d'arme, pour le service d'état-major. Les trente premiers du concours seraient brevetés.

Organisation de l'éeole.

838. L'école supérieure réunirait jusqu'à un certain point, les trois écoles d'application actuelles, d'étatmajor, d'artillerie-génie et de cavalerie.

Cette école devrait être située à proximité de Paris, pour avoir d'excellents professeurs et dans une ville où il y ait une nombreuse garnison de troupes de toutes armes.

Versailles, qui peut abriter un corps d^armée, et offre de beaux locaux, paraîtrait un point fort convenable sous tous les rapports, bien qu'il n'y existe pas de fortifications.

Les élèves seraient traités comme les aspirants des corps de troupes, logés isolément ou par deux dans des chambres, tenus de coucher à l'école et d'y manger. Leur solde serait la même que celle des aspirants.

Inatroetion.

839. En principe, les élèves d'une section seraient les instructeurs des autres, chacun en ce qui concernerait sa spécialité.

Dans cet enseignement mutuel, il faudrait arriver à échanger les connaissances acquises, à tel point que l'école supérieure pût manœuvrer indifféremment comme bataillon d'infanterie, comme régiment de cavalerie ou d'artillerie.

Les cours seraient communs à tous les élèves, mais on insisterait plus pour les uns que pour les autres sur certains sujets. Ils devraient tous connaître ce qu'on apprend à l'école d'état^major et à l'école de Metz. Sans abandonner des études théoriques sérieuses, on se livrerait à beaucoup d'applications effectives : manœuvres sur le terrain, travaux de fortifications, travaux d'attaque et de défense des places, construction

de batteries, armement, études pratiques de construction de bâtiment, levé des plans, construction des cartes, topographie, reconnaissances, tracés de bi« vouac, etc....

Il faudrait absolument faire de ces aspirants des hommes très-pratiques, connaissant parfaitement leur métier et, en même temps, très-érudits dans toutes les branches de leur profession.*

Professears.

840. Les professeurs seront choisis parmi les savants les plus éminents de Paris. On évitera, autant que possible, de confier ces fonctions à des officiers.

Pour les cours militaires on aura soin de choisir les officiers les plus remarquables du service d'état-major pour les professer. Ils ne resteront que trois ans au plus à l'école, ainsi que tous les officiers chargés du service.

Les professeurs civils recevraient 10,000 fr. par an et les professeurs-adjoints 5 h 6,000. Il en faudrait environ 12 titulaires et 15 adjoints.

Dépenses.

841 . La solde des aspirants est comptée au titre de leur corps ainsi que leur habillement et leur couchage. Elle serait perçue au titre de l'école au lieu do l'être au corps, et cela ne constitue pas une dépense supplémentaire.

La masse d'entretien de l'école serait de 10,000 francs.

Les frais d'entretien des élèves au point de vue des papiers, des crayons, couleurs, instruments, etc...., seraient de 50 fr. par tête environ, ou de 14,000 fr. par an .

Les aspirants d'artillerie et de cavalerie sont comp«

tés comme ayant un cheval à leur corps. Comme ils n'y sont pas, le cheval y est inutile et le même nombre peut être entretenu à l'école sans dépense nouvelle. Cela représente 118 chevaux.

Ce chiffre est tout à fait insuffisant, il en faudrait en tout 350 environ, soit 232 à acheter et à entretenir.

Achat, 1/5 da prix de i«500 fr 69,600 fr.

Noarritnre à 1 fr. 40 la ration 118,552

Chauffage et éclairage 10,000

Traitement des professeurs. 210,000

Le total de la dépense de Técole supérieure s'élèverait ainsi à 432,152 fr.

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