INSTITUT MILITAIRE
842. L*ignorance est depuis longtemps une des plaies de Tarmée française. Elle a toujours été en s'aggravant à mesure que la guerre est devenue plus dîfficilei plus compliquée, plus mécanique.
La profession des armes fut d'abord un métier. Elle devint ensuite un art. C'est maintenant une science positive. Pour la pratiquer, il faut la connaître et la posséder à fond. Nous savons, à présent, ce qu'il en coûte d'être incapable.
Tous nos efforts dans cette œuvre tendent à développer l'instruction théorique et pratique, à mettre le travail en honneur, parce qu'on ne sait rien sans l'avoir appris, et que, pour apprendre, il n'y a d'autre moyen que le travail.
J'entends bien des voix intéressées qui se récrient. Eh quoi ! veut-on donc faire de nous des savants? Non, qu'elles se rassurent, car elles ignorent même ce que c'est qu'un savant. On a pris l'habitude, dans l'armée.
de donner le nom de Bavant à quiconque écrit correc^ tement^ met l'orthographe, lit quelques ouvrages et s'occupe de son métier. On va plus loin, on prétend que rinstruction nuit et énerve l'homme de guerre. L'action, l'action quand même» est le cri de tous les ignorants.
Qu'ils réfléchissent donc que l'action seule est bien loin de suffire. Pour l'homme de guerre, il faut l'action intelligente, et elle ne peut l'être que par l'instruction.
Point de confusion ni d'exagération. L'instruction doit être l'apanage de tous, mais la science, cette grande et utile chose, restera toujours le partage d'un petit nombre. Cela suffit; mais cela est indispensable. Il faut nécessairement des hommes très-forts et trèsinstruits dans une armée.
843. Pour vulgariser les connaissances, les étendre, faire progresser la science, on doit surexciter le travail et, par conséquent, lui donner une sanction. Cette sanction sera principalement honorifique, car c'est la distinction que prise le plus l'homme de mérite.
Ces différents résultats me semblent pouvoir être acquis par la création d'un institut ou académie militaire, destinée à remplacer avantageusement les comités actuels.
Nous avons déjà dit combien cette organisation entretenait l'esprit de particularisme dans l'armée, et se prétait peu au progrès.
La routine y dominait entièrement, on aimait à ne rien changer, à conserver les traditions ; on y voilait précieusement les arcanes de l'arme, on s'effrayait des innovations.
Cette organisation défectueuse n'a produit aucun
bien et semble ne pouvoir en produire. Elle parait appelée à disparaître et à céder la place à une institution plus éclairée et plus efficace.
844. Pour donner un avis, il faut savoir, connaître, étudier, examiner, juger. Il faut ensuite être capable de discuter, de soutenir une opinion, de réfuter les doctrines spécieuses, etc.
Ces diverses qualités sont le propre des hommes instruits seulement. Nous devons donc chercher une réunion d'hommes éminents, versés dans tous les détails de la science militaire et appartenant à toutes les spécialités de l'armée.
Cette assemblée comprendra des sections diverses» mais sera unique, parce que les questions militaires intéressent toute l'armée. Chacun doit pouvoir apporter son tribut de lumière à la discussion. Certaines fractions ne sauraient avoir le privilège d'élaborer dans le mystère des projets plus ou moins bons, qui influent sur le rôle des armées et les destinées du pays.
Un institut, composé de diverses sections, atteindra
le but cherché. Il sera Tambition et la récompense
des hommes les plus distingués de l'armée. L'institut
militaire élira lui-môme ses membres. Il n'y a que ce
moyen de lui assurer un bon recrutement et une grande considération,
AUribalions de rinstitot miliUtre.
845. L'institut militaire est un corps purement scientifique. Il ne doit pas s'écarter de ce domaine. Il n'a aucune décision à prendre, aucun rôle actif à jouer. Son but est le progrès de l'étude de la science des armes, puis sa vulgarisation dans Tarmée, par des concours et des publications.
Toutes les fois qu'il le juge à propos, le ministre consulte l'institut. Celui-ci examine, discute et formule son avis, en indiquant le nombre des voix pour et contre. Il remplace, sous ce rapport, les différents comités, mais avec une autorité morale infiniment plus grande.
Bien que consultative, il est évident que l'opinion de cette réunion éclairée aurait un grand poids dans les décisions à intervenir* Il n'est pas admissible que lorsqu'un avis aurait été émis à une majorité imposante, après une discussion sérieuse, l'institut pût se déjuger quelques années après, lorsqu'un nouveau ministre le consulterait sur un projet inverse.
II y aurait là une garantie de lumières, de capacité, d'études, dMndépendance, que les comités ne peuvent pas avoir.
Composition de Tioslitut militaire.
846. Pour être membre de l'institut, on devrait avoir fait ses preuves, posséder une expérience suffisante du métier, et un caractère assez mûr pour n'être pas séduit par les engouements irréfléchis. Il ne faut pas non plus qu'il n'y ait que des hommes parvenus au terme de leur carrière, aimant le repos et hostiles à tout changement. Les deux éléments progressiste et conservateur doivent s'y rencontrer, afin de se garder à la fois de l'immobilisme et de la fougue des innovations.
Ces conditions seront remplies en admettant que les officiers généraux et supérieurs seuls pourront faire partie de l'institut. Le nombre des membres en activité sera de 60.
Réptrtilion en sections.