SERVICE DES APPROVISIONNEMENTS
220. Les nécessités de la guerre imposent beaucoup d'initiative aux troupes ; il est avantageux de leur laisser faire tout ce qu'elles peuvent accomplir par ellesmêmes pour s'approvisionner par des traités avec le commerce et l'industrie. Le service des approvisionnements ne doit venir à leur aide que pour constituer des réserves ou suppléer à ce qu'il n'est pas possible aux corps d'exécuter.
L'intérêt est le mobile le plus actif en fait d'approvisionnements. Souvent on a vu les troupes trouver de quoi satisfaire leurs besoins, là oh Tadministration déclarait ne pouvoir rien se procurer.
Le principe de l'appel au commerce parait en tout supérieur à la confection directe par l'État. Cela n'est pas contestable comme économie ; mais encore, avec des précautions convenablement prises, la qualité sera supérieure. L'expérience est faite. Des choses aussi délicates que les projectiles ou les armes sont fabriquées par l'industrie sous la surveillance de l'État. On peut donc étendre ce système à presque tout, si ce n'est à tout, et en obtenir d'excellents résultats.
Il ne s'agit pas ici de restaurer des munitionnaires généraux, ni de créer des compagnies générales puissantes, faisant la loi à l'Etat, englobant tout, et consti-
tuant un véritable danger. En décentralisant, au contraire, en ne faisant que des adjudications partielles, en fomentant la concurrence , on évite les inconvénients et on conserve les avantages de ce système.
L'Etat, cessant d'être le fournisseur des troupes, supprime la situation fausse des administrateurs chargés de défendre à la fois les intérêts de l'Etat et ceux de l'armée. Ces deux intérêts se trouvent d'accord, et l'antagonisme ne s'établit plus qu'entre les troupes et le fournisseur. L'administrateur prend dans ce cas un rôle tout diflTérent. Il est le protecteur des troupes contre le fournisseur : il n'est plus qu'un mandataire ou un expert. II trouve les agents des fournitures» traite avec eux d'après les ordres du commandement ; stipule au nom des troupes, et veille à l'exécution stricte des conventions. Il n'est qu'un intermédiaire , un courtier au service des troupes et l'adversaire naturel du fournisseur.
221. En temps de paix» l'État cesserait d'avoir^ sauf quelques exceptions, des manutentions, des moulins, etc., des magasins de fourrage et de chauffage. Les soumissionnaires des fournitures auraient leurs magasins à eux , et seraient tenus d'y entretenir des réserves déterminées ; les troupes iraient directement aux fournisseurs et se feraient donner ce qui leur revient, en échange de leurs bons. Les administrateurs passent les marchés, tiennent la comptabilité et veillent à ce que les magasins soient pourvus. Il n'est pas nécessaire que les administrateurs soient partout. Dans les petites garnisons, les troupes seules sont en face du fournisseur, qui règle toutes ses affaires avec an administrateur assez éloigné. Les choses ainsi organisées, les commissaires aux approvisionnements ont fort peu d'occupations en paix.
En ce qui concerne les effets d'habillement, d'équi«pement , de linge et chaussure , de harnachement et ferrage, de campement^ etc., les troupes les tirent di* rectement du dépôt territorial le plus voisin. Il n*y a rien à faire encore, sous ce rapport, pour les commissaires aux approvisionnements.
222. En campagne, il en est autrement. On appliquera autant que possible le système des entreprises particulières et non générales ; on ne donnera à un seul entrepreneur ni toute une armée à servir, ni toutes les denrées à fournir. II est essentiel de bien se rendre compte de la quantité de troupes que peut approvisionner un entrepreneur, tant pour que le service soil bien accompli que pour assurer au fournisseur un gain convenable. Le corps d*armée au plus, la division au moins, paraissent réaliser ces conditions.
Si les entreprises sont installées, les commissaires doivent les surveiller sans cesse, leur indiquer les lieux et emplacements qu'elles doivent occuper, la manière de préparer leurs denrées i et présider aux distribua tions, pour les rendre rapides et exactes.
Si les entreprises n'existent pas ou faillissent, les commissaires des approvisionnements sont chargés des recherches et marchés nécessaires pour y suppléer, qu'ils agissent pour une période ou pour un jour seulement.
Les armées doivent vivre sur le pays au jour le jour, et ne pas traîner de convois avec elles : cela est possible avec des agents actifs , ayant des avances d'argent, et payant à l'instant. II ne s'agit pas de former comme à présent des magasins administratifs , dont il faut quand même consommer les denrées. La troupe doit toujours être en présence du vendeur et libre de refuser, si la chose est mauvaise.
Principes d'administration.
223. Le commandement se préoccupera sans cesse de pourvoir ses troupes, et il lui appartient, dans la limite des allocations fixées, de prendre toutes les décisions. Il aura à sa disposition des fonctionnaires aptes, habiles, pour le renseigner, et exécuter ses ordres dans tous les détails, écritures, paiements, livraisons, etc.
Il importe de ne pas s'égarer ici dans les sopbismes qui ont jusqu'à présent obscurci cette question. L'administration, en tant que direction, ne peut pas se séparer du commandement. Commander et administrer sont une seule et même chose. Le chef militaire est le seul apte à juger ce qu'il convient de faire, dans quelle mesure, dans quelles conditions. Il est intéressé plus que personne à ce que ses intentions soient ponctuellement remplies. Il doit donc savoir comment on agit pour s'y conformer; c'est la surveillance. Ainsi en administration, la direction et la surveillance sont de Tessence même du commandement et appartiennent au chef militaire. Ce chef ne saurait entrer dans les détails de recherche, de marchés, de livraison, de manutention, distributions, comptabilité, etc. Des agents spéciaux sont chargés de la partie executive de l'administration, qui comprend : l'exécution, la gestion parfois, et la justification ou comptabilité. Reste en dernier lieu le contrôle , qui s'opère en dehors de celui qui a ordonné, comme de celui qui a exécuté. Voilà sommairement les vrais principes pratiques et rationnels d'administration.
Personnel nécessaire.