CHAPITRE XXVIIL
EMPLACEMENTS ET MOUVEMENTS k l'iNTÉRIEUR. CsDtoimement de rarméa à Vintérienr.
384. L'armée n'ayant qu'une seule organisation, celle de la guerre, sera seulement cantonnée ou cam*
pée à l'intérieur de la France. Chacune de ses fractions aura près d'elle tout le matériel ainsi que les éléments en hommes et en chevaux nécessaires pour passer presque instantanément sur le pied de guerre sans aucun changement organique.
Les unités, corps d'armée, divisions et brigades resteront perpétuellement constituées en paix, comme les régiments» bataillons ou compagnies; de telle façon que la mobilisation ne nécessite aucune organisation et se borne seulement à un renforcement de l'effectif des hommes et des chevaux.
385. Ces conditions sont indispensables pour une rapide mobilisation, comme pour la bonne conduite des troupes par des chefs qui les connaissent et en soient connus. Elles n'entraînent pas Tobligation de maintenir sans cesse la même fraction de troupes dans le même district. Les inconvénients des forces locales sont trop généralement reconnus pour que nous y insistions. II est bien évident que l'armée doit être nationale et non provinciale ou locale. Les changements de garnison sont utiles et doivent être conservés.
Division du pays en eiitonscriptiont.
386. Pour les opérer sans difficulté, en temps normal, sans rompre les unités dont nous croyons l'existence indispensable, il suffit de diviser la France en dix-sept circonscriptions ( plus une pour l'Algérie), variables comme étendue, mais pouvant recevoir chacune un corps d'armée. Dans cette répartition, il faut surtout tenir compte du chiffre de la population apte au service, afin d'assurer à chaque corps des ressources suffisantes en hommes au moment de la mobilisation (art. 635). Cela fait, un quelconque des corps d'armée peut être envoyé en remplacer un autre, sans qu'il y
ait le moindre trouble dans la répartition générale des forces.
La circonscription de chaque corps d'armée peut être facilement partagée de la même manière en deux portions, de telle façon que les deux divisions du même corps puissent permuter entre elles, au bout de deux années de séjour. Tous les quatre ans, les corps d'armée changeraient de résidence.
Cette disposition n'empêcherait nullement de faire permuter les brigades d'une division tous les ans et les régiments d*une brigade tous les six mois, de manière à compenser pour les troupes les avantages ou inconvénients des camps ou garnisons, quand cela serait jugé nécessaire.
Répartition des corps d'armée en France.
387. La répartition des corps d*armée pourrait être la suivante :
Pans et environs |
Lyon et environs |
Rennes (qoartier général).
3 corps d'armée.
1 division de cavalerie.
2 corps d'armée.
' division de cavalerie.
Ronen —
Douai »
LaFëre —
Chàlons —
Nancy —
Langres »
Besançon —
Avignon —
Bourges —
Toulouse ^
Bordeaux —
L'Algérie
corps.
corps.
division de cavalerie.
corps.
division de cavalerie.
division anziliaire indigène.
388. Cette répartition place : 1^ en face des frontières italiennes, deux corps à Lyon et un à Avignon
(total 3) avec une division de réserve de cavalerie, le tout donnant sur le pied de guerre 108,000 hommes réels ;
V En face des frontières de l'Espagne, à Toulouse et à BordeauZi deux corps présentant un effectif de guerre de 70,000 hommes ; 3^ En face des frontières du Nord-Est et Est : 8 corps à Rouen, Douai, la Père, Chàlonsi Nancy, Langres, Besançon et Bourges, avec deux divisions de cavalerie, formant un total de guerre de 287,500 hommes, ou deux armées de 143,750 hommes chacune. Elles seraient soutenues à petite distance par l'armée de Paris, renforcée du corps de Rennes, qui porterait son effectif à 143,500 hommes, et par Tarmée de Lyon, grossie du corps d'Avignon, soit .108,000 hommes. On pourrait presque immédiatement porter sur notre frontière nord-est un ensemble de 539,000 hommes, comprenant 15 corps d'armée et 4 divisions de réserve de cavalerie. Un peu plus tard viendraient s'y joindre les 2 corps de Toulouse et Bordeaux, avec celui de l'Algérie, donnant un renfort de 105,000 hommes, et portant le total des forces à 644,000 hommes, non compris les officiers et fonctionnaires au nombre de 16,000 environ. Ce serait une force de 600,000 hommes réellement disponible, dont la principale masse se trouverait placée dans la région la plus menacée.
InsUllation dans les easeinementf.
389. Pour le cantonnement des troupes à l'intérieur on se servira naturellement des casernements existants. Cependant il serait à désirer de voir supprimer les nombreux petits détachements. Ils sont nuisibles à la discipline et à l'instruction, et n'ont aucune utilité. Us ont presque toujours été établis pour répondre à
des intérêts électoraux, et Tannée ne doit point être mêlée à ces sortes d'affaires.
Malgré la suppression des détachements, les locaux seront encore suffisants si on veut les utiliser complètement et en faire sortir tous les parasites qui les occupent; cantinières, blanchisseuses, ménages de gardes ou de musiciens, etc. On y trouvera encore de nombreuses places par la suppression des dépôts des corps, enfants de troupe, magasins, ouvriers, etc.... Sans doute, tout ne sera pas profit pour le casernement> puisqu'il faudra installer les dépôts territo^ riaux; mais comme ils seront moins nombreux, ils absorberont beaucoup moins d'espace qu'à présent (Voirchap. 29).
On a pu loger jusqu'à présent en France 350,000 hommes, déduction faite des troupes d'Algérie. Il sera donc facile, avec la suppression du parasitisme, de loger 320,000 hommes, déduction faite d'un corps en Algérie et des troupes auxiliaires indigènes. Gomme nous le dirons ailleurs (chap. 49), on pourra disposer d'une quantité de locaux aujourd'hui occupés par des services inutiles ou peu nécessaires qui doivent disparaître.
Moyeofl de transport.
390. Les troupes auront avec elles une quantité suffisante de moyens de transport pour que les mouvements puissent s'exécuter dès la réception d'un ordre, soit qù^il s'agisse d'un changement de garnison, soit qu'il faille s'établir dans les camps. Les ressources du train sur le pied de paix sont calculées de manière à y pourvoir sans réquisition (Voir chop. 19).
Terrains de campement.
391 . La suppression d'une quantité de places fortes inutiles dont on vendra les terrains (chap. 49) permet-
tra d'acquérir ou de louer, près des gîtes d'étape, des terrains de peu de valeur où bivouaqueront les troupes de passage et où manœuvreront les troupes en garnison. Il n'y aura plus de logement militaire chez l'habitant, et dans les mouvements de paix, les troupes s'exerceront à la marche, absolument comme en temps de guerre.
Immobilité da mitâiel.
392. Tous les corps et services accessoires de la division ou du corps d'armée suivront les troupes dans leurs mouvements à l'intérieur de la France, comme ils les accompagnent en guerre. Ils géreront les établissements de toute nature compris dans le périmètre occupé par la division ou le corps d'armée.
Tout le matériel nécessaire pour passer sur le pied de guerre étant le même et en égale quantité pour chaque corps d'armée, il est inutile de le transporter lors des changements de résidence. Il restera sur place et sera transmis d'un corps à l'autre par un simple procès- verbal de livraison, afin de ne pas faire de dépenses inutiles.
Bemise do lenice.
393. Les généraux commandant Tartillerie des corps d'armée s'entendront entre eux, lors des changements, pour se faire réciproquement la remise du matériel, des renseignements, des places, ouvrages de fortifications, établissements, de manière qu'il n'y ait aucune interruption dans ces divers services.
394. La môme chose s'effectuera pour les différents services administratifs.
Leurs agents accompagneront les troupes dans leurs mouvements à l'intérieur et dans les camps, s'occu«» pant sans cesse de pourvoir à leurs besoins et se pré-
parant ainsi à accomplir leur mission en temps de guerre.
Sertice des ambulances.
395. Les ambulances marcheront avec les colonnes, recueilleront et soigneront les malades au camp ou en route, les évacueront sur les hôpitaux situés sur leur route ou à proximité d'elles, et s'habitueront de la sorte à leur service de guerre.
Les ambulances feront entre elles l'échange des locaux, du matériel et des malades qu'il est inutile de transporter.
Avantage des déplaeemenU pourries tnmpes.
396. On pourrait alléguer que ces changements de tous les services y apporteront une perturbation nuisible, ou au moins des retards, des temps d'arrêt dans leur exécution. Il paraît possible de les éviter en envoyant de part et d'autre, à Tavance, des officiers et fonctionnaires pour recevoir de leurs collègues toutes les communications nécessaires et prendre connaissance des lieux.
Quand bien même on n'éviterait pas tous les incon* vénients, la situation ne serait pas autre que celle d'aujourd'hui. On ne voit guère en effet de directeur des fortifications ou d'artillerie rester beaucoup plus de quatre ans dans la même résidence. Les officiers se renouvellent aussi fréquemment dans les places» et par conséquent le système proposé ne serait pas différent de l'ancien sous le rapport des mutations.
Par contre, il aurait Pavantage de forcer les officiers à travailler davantage et de les accoutumer à se mettre rapidement au courant des affaires ; à juger rapidement une situation nouvelle ; à tirer vite parti des ressources selon les localités ; à s'ingénier pour faire promptement et bien ; toutes conditions qui les place-
raient dans une position analogue à celle de guerre. En outre, on généraliserait davantage la manière de procéder ; on détruirait certaines coutumes de clochcri certaines traditions locales funestes au progrès. On uniformiserait davantage les procédés ; les vues s'élargiraient et Tensemble y gagnerait.
Installation da commandement et dee Miricei.
397. Ces changements de garnison s'appliquant à tout le monde, jusqu'aux plus hautes autorités, nécessiteront un autre mode d'installation du commandement et des chefs de service.
Il n'est pas convenable en effet que des généraux aillent courir une ville pour y trouver un logement garni. Il est vicieux pour le service que les autorités diverses soient séparées. Il est bon que le chef ait sous sa main ceux qui le secondent et que les militaires trouvent réunies au même endroit les diverses autorités auxquelles ils peuvent avoir à faire.
De là la nécessité d'organiser des hôtels de commandement bien aménagés. Ils auront autant que possible quatre façades, de manière à pouvoir contenir rassemblés et cependant isolés les divers services. Ils auraient des entrées extérieures distinctes, mais seraient & l'intérieur en communication entre eux et avec le général commandant.
On ne peut songer à en construire à nouveau, mais il serait possible d'utiliser un grand nombre de locaux déjà existants.
Ainsi, il y a dans bien des villes des installations pour les directeurs et bureaux de l'artillerie ou du génie ; des logements pour les directeurs et sous-direo* teurs d'arsenaux, qui disparaissent dans la nouvelle organisation proposée. On pourrait ou les aliéner, ou les échanger, ou les transformer*
Il est clair qu'on n'obtiendra pas partout la même disposition; cela dépend des ressources locales actuelles.ll est facile pourtant d'imaginer un type général dont on chercherait à se rapprocher et qui donnerait satisfaction à toutes les convenances.
Type d'hôtel de commaDdement pour un corps d'armée.
398. Prenons comme exemple, pour un corps d'armée, un édifice isolé avec cour intérieure.
La face principale renfermerait le général commandant le corps, ses aides de camp et leurs bureaux.
La face de droite serait occupée par le général commandant l'artillerie et ses bureaux.
La face de gauche contiendrait le général commandant la cavalerie, le commandant du train et le service télégraphique militaire- La face de derrière donnerait asile aux chefs des différents services administratifs et à leurs bureaux.
Type d'hâte! de division.
399. Pour une division, {1 suffirait d'un corps de logis principal, renfermant le général de division, ses aides de camp et leurs bureaux.
Une aile ou un étage, suivant le cas, serait donné aux bureaux et officiers d'artillerie détachés temporairement de leurs corps pour le service des fortifica* tions et des établissements.
L'autre aile ou étage contiendrait les services administratifs de la division, le capitaine du train, et le poste télégraphique militaire.
Type d'h6tel de brigade.
400. Pour une brigade, il faudrait un logement suffisant pour le général, ayant auprès de luisea aides de camp et leurs bureaux. A un autre étage devraient se trouver les officiers d'artillerie détachés, chargés
du service des places et élablissements, et les chefs des services administratifs de la brigade, s*il en existe.
ATintaies de ees tasunitiooi.
401. Ces installations seraient faciles et peu coû* teuses à établir. Elles offriraient au commandement comme aux chefs des différents services un logement convenable et assuré dans tous les postes qui leur incomberaient.
Les changements de garnison deviendraient alors très-simples pour les ofRciers généraux et pour tous ceux qui ont des bureaux. Il n'y aurait aucuns frais pour eux et aucune perte de temps pour leur fonctionnement» en cas de déplacement.
Logentot des cheb de eocpe.
402. 11 serait convenable et utile pour le service d'agir de même en ce qui concerne les chefs de corps ; on organiserait dans une caserne, ou àproximité, un pavillon indépendant dans lequel le chef de corps aurait son logement ainsi que le commissaire chef de l'administration du corps et ses bureaux.
DépeoM.
403. Il y a lieu de penser que les ameublements actuels des habitations des généraux de corps d'armée, de division ou de brigade, des chefs de corps» des directions ou autres établissements, seraient suffisants pour satisfaire aux besoins nouveaux.
D*un autre côté, l'indemnité de logement et d'ameublement, accordée à tous les officiers ou fonctionnaires ainsi installés, et qui ne la recevraient plus, couvrirait certainement les frais d'entretien des bâtiments et des mobiliers.
Logement d«s officiers et aspirants.
404. Tous les autres officiers continueraient à se loger à leurs frais. Les aspirants habiteraient dans ies quartiers où des chambres seraient organisées pour eux.
Casinos.
405. L'élévation croissante du prix de toute chose oblige à donner la vie à bon marché aux officiers» en leur laissant toute liberté.
L'adoption des casinos sur le modèle de ceux de l'Autriche, paraît répondre au but cherché.
Fournir la nourriture à bon marché aux officiers, leur offrir un lieu de réunion convenable, et leur permettre de travailler facilement, tels sont les avantages de cette institution.
Le casino se composerait d*un bâtiment militaire, organisé autant que possible de la manière suivante, par corps de troupes ou par lieu de garnison, si ce n'était pas une trop grande ville.
Au 1^ étage, une bibliothèque formant salle de lecture et de travail; deux ou plusieurs salles servant de café; deux ou plusieurs salles constituant un restaurant. Le l^"" étage appartiendrait exclusivement aux officiers, et aurait son entrée séparée. Le rez-de-chaussée comprendrait un restaurant pour les sous-officiers, une salle formant café, et une salle de lecture; puis pour les soldats, une cantine et une salle de lecture.
L'entreprise de cet établissement serait donnée à un industriel, sous certaines conditions de prix des consommations et sous la surveillance d'une commission d'officiers.
Un léger abonnement mensuel couvrirait les frais
des journaux I revues et entretien du mobilier. L'éclairage au gaz et le [chauffage devraient être aux frais des villes*
On dégrèverait Tentrepreneur des frais d^octroi et impôts sur les denrées et les liquides.
Cela étant, les officiers vivraient comme il leur conviendrait. Chaque portion et chaque consommation étant tarifée, il serait loisible à chacun de se traiter à son gré, de vivre seul ou de se réunir à d'autres.
Il y a là un précédent déjà appliqué en Autriche, et qui semble pouvoir donner de très-bons résultats.
Outillage de euspqiie to •(Scieri.
406. Les officiers de tout grade seront pourvus sans cesse de tout ce qui leur est nécessaire pour vivre en popotte au camp et en route, comme cela est indiqué chap. 85, de manière qu'une fraction ou la totalité des troupes puisse se mettre en mouvement, quelques heures au plus, après la réception d'un ordre,
Séjoun tui easpt.
407. L'obligation de tenir les troupes constamment prêtes à marcher, la nécessité de vastes espaces pour leur instruction, Tutilité de les accoutumer aux travaux de fortifications de campagne » Tavautage de les habituer à la vie sous la tente, et enfin le soin de leur santé, comme celui de leur moralité, conseillent im* périeusement de mettre les troupes au camp le plus qu'il se pourra. Dans les mauvais temps, elles rentreront en caserne ; mais, durant la belle saison, elles doivent être sous la tente (chap. 44).
J*ai déjà dit et j'expliquerai encore(chap. 49), que la transformation du système de défense de la France rendra disponibles des terrains que les villes achèteront un haut prix; cette ressoucc permettra
d*acquérir de vastes espaces pour construire des camps retranchés, de grandes circonscriptions pour y établir des camps d'instruction ou des polygones.
Nous entendons par camps d'instruction, non-seulement les lieux oh Ton réunit un corps d'armée, mais encore de grands terrains de manœuvres pour un régiment, une brigade ou une division.
11 en faut un, proportionné àchaque unité, puisque la totalité des troupes doit être au camp durant là belle saison.
Des chaDgemenU de camps.
408. Il est essentiel d'éviter les séjours prolongés, soit en caserne^ soit au camp. Ils sont tout à fait défavorables à la mobilité des troupes. Dès qu'elles sont en permanence en un lieu, elles s'y installenti s'y procurent un certain confortable, s'y fabriquent des gourbis, des tables rustiques, des fourneaux; puis viennent les petits jardins , les œuvres d'art et toutes les niaiseries qui consument le temps.
11 est indispensable d'être au camp comme au bivouac. Tous les deux ou trois jours, il faut lever le camp, marcher, manœuvrer et bivouaquer le soir, soit à un autre endroit, soit d'une autre manière. Ce sujet est traité chap. 44.
Nous nous bornons ici à indiquer les mouvements. Le général ou le chef de corps donnera l'ordre de partir le jour même ou le lendemain. Le départ s'effectuera comme s'il s'agissait d'entrer en campagne ; on s*en ira sans savoir combien de jours on restera dehors; cela dépendra du temps, des travaux, des exercices, de la volonté du commandant militaire. Tantôt un régiment campera sur son terrain de manœuvre, tantôt sur celui de la brigade, ou de la division ou du corps d'armée. Les généraux appelleront ainsi à leur
volonté les régiments près d'eux, les réuniront par groupes plus ou moins nombreux, les feront manœu-» vrer, suivront leur progrès, passeront leur inspection, et cela plusieurs fois dans Tannée.
Les ordres seront toujours inopinés, à des époques très-différentes, de manière que les troupes soient sans cesse sous le coup d*un mouvement subit et, par conséquent, constamment prêtes à l'exécuter.
tlHAPITRE XXIX.
DÉPOTS TEBRITORIAUX.
But des dép6U.
409. Le service du recrutement et de l'approvisionnement des troupes est un des plus importants, car c'est le pivot essentiel de la mobilisation en cas de guerre.
Il était des plus faiblement organisés en France, et nos malheurs ont montré combien c'était une faute grave.
Les fonctions des dépôts sont de fournir à l'armée tout ce qui lui est nécessaire en hommes et en effets de toute nature. En outre, ils doivent être chargés de toutes les questions locales se rattachant à la position des hommes ou aux objets divers. En un mot, les dépots territoriaux constituent pour l'armée des centres permanents d'approvisionnement de toute espèce.
Senkt des dépôU.
410. Le service des dépôts embrasse trois parties distinctes :
1* Le recrutement;
2? La livraison aux corps de tous les objets ;
3^ La mobilisation.
Recrutement.
411. Les dépôts territoriaux prennent une part active aux opérations du recrutement (Voir chap. 30 et 31) ; tiennent les contrôles de tous les hommes destinés à être appelés à l'activité; de ceux sortant du service actif et renvoyés dans leurs foyers par anticipation ; de ceux destinés à marcher en cas de mobilisation , et enfin des bataillons pour la garde du territoire.
lis envoient les ordres de route, s'assurent des départs, donnent les avis nécessaires aux corps de troupes et aux bataillons locaux, autorisent les mutations dans leur circonscription, provoquent les permissions du ministre pour passer d'une circonscription à Tautre, rayent des contrôles les hommes condamnés ou libérés définitivement du service.
Le détail de leurs fonctions sous ce rapport est indiqué au chap. 30, sur le recrutement, et au chap. 37, sur la mobilisation.
llsontrappel, la gestion etlalibération des hommes, mais ne sont en rien chargés de leur instruction, de leur surveillance, ni de leur discipline.
RéoDMB des effets diren.
412. Les corps de troupes n'ayant plus ni dépôts, ni compagnies, sections, ou pelotons hors rang, c'est dans les dépôts territoriaux qu'ils puisent tout ce dont ils ont besoin, et c'est là qu'ils reversent ce qui cesse de leur être utile.
Ces dépôts constituent sous ce rapport de véritables maisons de commissions auxquelles les corps font les demandes d'effets au fur et à mesure de leurs besoins. Les relations et la comptabilité seront extrêmement simples et pourront s'effectuer sans mouvement de fonds.
Les dépôts se procureront tous les objets nécessaires par divers procédés suivant les cas. En principe, et pour le plus grand nombre des effets, il est préférable de s'adresser à l'industrie privée, en entourant la fabrication et la réception de toutes les garanties possibles, comme cela a lieu« par exemple, pour la con-fection des projectiles.
Les dépôts fourniraient aux corps de troupes :
L'habillement,
Le grand et le petit équipement,
La coiffure,
Le linge et la chaussure.
Les tentes et ustensiles de campement.
Le harnachement,
La ferrure au besoin.
Les dépôts agiraient comme receveurs conservateurs et livranciers, sauf pour quelques cas particuliers, ou il serait nécessaire d*opérer directement par des confections au compte de TEtat.
Les dépôts territoriaux joindraient au recrutement les attributions du service de rhabillementet du campement, des dépôts centraux, etc.
Si Ton admet, comme nous le dirons ailleurs (chap. 32, 33 et 34), une grande simplification dans l'habillement et le harnachement, les opérations dm dépôts territoriaux ne seront pas très-compliquées, et un même dépôt pourra pourvoir aux besoins de plusieurs corps.
MMMifD.
413. Les dépôts territoriaux sont en outre chargés de tenir exactement prâts tous les hommes et tous les objets divers nécessaires pour passer immédiatement du pied de paix au pied de guerre.
Nous indiquerons plus loin (chap. 37) comment les hommes seront appelés et les objets réunis. L'ensemble comprend :
I* Les hommes nécessaires pour porter chaqae corps à l'effectif de guerre;
2* Les eheraux nécessaires pour porter chaque corps à l'effectif de guerre;
3* Les effets de tous genres pour vêtir les hommes et harnacher les
chevaux; 4^ L'armement destiné aux hommes appelés;
^ Les effets d'ambulance et médicaments pour compléter les ambulances;
6* Les voitures civiles de réquisition pour le transport des vivres.
Les dépôts territoriaux opèrent toujours pour les corps présents dans leur circonscription « sans s'inquiéter de leurs numéros ou changements de garnison
La composition des corps d'armée étant semblable, peu importe que ce soit Tun ou Tautro qui oc&upe une circonscription territoriale: les besoins sont les mêmes, les répartitions peuvent être préparées à l'avance, à la seule condition qu'on maintienne exactement la même répartition des troupes sur le territoire.
Le caractère distinctif de cette organisation est l'indépendance absolue des troupes. Elles deviennent très -mobiles, et n'ont à se préoccuper que de l'instruction, de la discipline ^ du service militaire.
Les dépôts sont au contraire attachés au territoire, et y tiennent sans cesse préparées toutes les ressources dont les troupes ont besoin.
Nombre des dépôts.
414. Les dépôts territoriaux ne peuvent être égaux. Leur importance dépend des localités oii ils se trouveront et du nombre des troupes qui y seront stationnées. Les opérations du recrutement s'effectuant par
canton et sous la direction de la préfecture, il serait naturel d'avoir un dépôt de recrutement par département. Mais il y a des départements dont la population est peu considérable et où il n'existe que fort peu de troupes : l'Ariége, les Basses-Alpes, etc. Il semble donc suffisant de leur donner une succursale d'un dépôt. D'antres départements, comme le Nord, laSeine, le Rhône, etc., joignent à une population énorme de grandes quantités de troupes. Là les dépôts seront très-considérables et obligeront à entretenir des suocursalesdans les chefs-lieux d'arrondissement.
Ces nécessités conduisent à l'établissement dedépôls territoriaux de 3 classes:
Ceux de l'® classe ayant 2 ou 3 succursales dans le même département ;
Ceux de V classe ayant un département seulement avec une succursale, ou deux départements dont l'un possédant une succursale seulement;
Ceux de 3* classe ayant un département sans succursale.
Quoique ce doive être le cas le plus ordinaire, les dépôts ne seront pas forcément placés au chef-lieu du département. Ils s'établiront dans la ville où se trouve la plus grande masse de troupes.
On pourrait admettre :
5 dépôts de I'* classe, à I département 5
iJ — 8* — 1 — H
76 dép6U. 86