AVANT'PROPOS
IL peut sembler étrange qu'un ingénieur dont la vie s'est passée à diriger de grandes entreprises ait son mot à dire sur V éducation. Le sentiment éprouvé à cet égard dépendra de l'idée que l'on s'est faite du but et delà perfection même de V Éducation. L'objectif final est-il d'aider un jeune homme à acquérir la connaissance, presque toujours passagère et superficielle, de toutes les matières comprises dans un programme déterminé ? Le but est-il la conquête de diplômes variés attestant qu'on a satisfait à des examens plus ou moins difficiles ?, Dam ce cas, et sans aucun dot$te, le domaine de . l'enseignement doit être réservé aux Universitaires, à ceux qui se sont vouô$ professionnellement à la fornuUion et à l'instruction delà jeunesse.
Mais si l'on admet que l'éducation n'a qu'un seul et véritable but : la préparation à la vie, non seulement dans un intérêt égoïste, mais pour le plus grand bien de la famille, de la société et du pays, le problème change d'aspèù.
L'éducation alors se distingué avec nettaé de l'instruc-
Hon proprement dite. Nous avons en effet une tendance malheureuse à confondre les deux choses, alors que Vinstruction — vérUé courante mais pratiquement négligée — ne représente qu'une partie de l'œuvre d'ensemble. Le terme de toute éducation n'est-il pas de réaliser le développement rationnel et simuUané de nos trois natures,: physique, morale, intellectuelle? EJj^' harmonie du résultat ne dépendra-t-elle pas^de l'équilibre et de la cohésion que l'éducation aura su maintenir dans l'essor de ces trois forces de vie ? ^
Dès lors, ceux que leur situation m/ei plus particulierrement à même de connaître le monde^ avec la complexité de ses ressorts et de ses besoins, ont le droit, je dirai plus, te devoir d intervenir. Ne sont-ils pas le mieux placés pour discerner les qualités que la^ vie moderne exige de nos contemporains, et par suite pour comparer les avantages et les inconvénients de telle ou telle méthode de préparation à la vie ?
Il est une idée première qui doit dominer toutes autres en matière de formation de la jeunesse : c'est qu'à chaque époque, à chaque pays, à chaque période de l'évolution scientifique et économique, convient une méthode d'éducation appropriée.
Les événements contemporains imposent à V attention un fait primordial que notre éducation ne peut persister à ignorer : les progrès de la science appliquée sont aujourd'hui tels que l' activité productrice subit, à tous les échelons, la loi de la lutte; d'où il s'ensuit que la vie des peuples est devenue un conflit permanent d'influence économique. Notre pays, fût-il demeuré le pays essen-
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tieUement agricole quHl Hait, ^^Jes nécessités de la concurrence se fussent d'ores et déjà imposées à lui. Mais,, on V oublie trop, la moitié de notre population active est désormais tournée vers l'industrie et le commerce, c'està-dire vers celles des professions qui exigent le plus de
nos facultés d'adaptation. Enfin l'effroyable tourmente
qu,e traverse l'Europe va imposer des efforts de reconstitution pour lesquels il nous faut être préparés.
Ce sera là notre point de départ, et nous nous permettrons d'insister pour le mettre en pleine lumière. Après la victoire des. armes et le rétablissement de la paix, nous aurons une autre victoire à gagner, et non moins rude, au milieu de la ruée de toutes les nations vers lei4if affranchissement économique et vers une plus grande expansion. Tous les pays engagés dans la kdte auront à reconstituer leurs richesses et leurs réserves, anéuniito ou gaspillées. Voilà la lourde'' tâche qu'un avenir prochain imposera aux jeunes générations. Elle ne pourra être accomplie que par des hommes bien trempés. Mais nos méthodes d'éducation actuelles sont-elles adaptées à ces fins immédiates ?
En ce qui concerne la préparation à la vie et à la lutte^ d'autres peuples ont éprouvé, comme nous, lé poitts des erreurs du passé. Ils ont souffert, ils souffrent de certaines lacunes aujourd'hui constatées. L'exemple de leurs efforts, la diversité des résultats obtenus, sont indispensables à fionnaitre pour éclairer notre propre voie. C'est cette courte enquête que nous tâcherons de faire en second lieu.
Reprenant ensuite l'idée que nous avons tenu à placer
au début de cette étude, qu'une éducation n'est bonne que si elle tend à équilibrer le développement de toutes nos forces vitales, nous tâcherons d^ examiner par le détail, avec la préoccupation d'aboutir à des conclusions précises et pratiques, comment il convient d'adapter l'éducation physique, puis la formation du caractère, enfin l'instruction proprement dite, au but immédiat qui s'impose à nous. Le problème de l'instruction nous amènera enfin à insister un peu longuement sur l'angoissant^ question de l'apprentissage et de l'enseignement technique industriel, commercial et agricole. •
Nous devons ajouter que cette étude a été conduite en dehors de toute préoccupation d'apologétique confessionnelle, politique ou de classe. Ce n'est certes pas qu'en cette matière nous croyions qu'on puisse^ sans dangers négliger le facteur moral et religieux. Nous pensons au contraire que l'idée de devoir, de dévouement et de sacrifice, ne peut être inculquée à la jeunesse en dehors d'un enseignement religieux. Mais en un temps où toute entreprise d'intérêt national exige, à pdnè de stérilité, la coopération de tous, il nous a setfiblé qu'il était opportun de faire abstraction de toute considération de philosophie sociale susceptible de nous diviser.
I. — L'EFFORT ÉCONOMIQUE DE DEMAIN. — SES CONSEQUENCES EN MATIÈRE D'ÉDU- CATION.
LA guerre actuelle est une leçon de choses d'iuie si vaste en/ergoie, eUe aura coûté tant de vies, de uéyQ;^t;ments et de misères, qu'elle ne peut et ne doit' à aucun prix denieufér stérile. Les générations présentes et futures se doiveiii à elles-mêmes d'en tlréi
un douloureux wa.}^. précieux enseignement. La victoire de dciiain, achetée aU prix de si généreux sacrifices,-tie doit ]pa$ otv.lcment survivre comme le souvenir d'unitd-s plus belles pages de notre histoiie, qui v»-» com.pte aèja'tant : elle doit Vx,vgi^ ait '^nderh^î . non moiiis glorieux.^! dépend de nous qu elle dôviftnne le point ' dte iiéparf d'une renaissance nationale, dans tous les domaines. Mais ceci n'ira pas sans une considérable dépense d'énergie, de travail et d'argent. Une
orp^jî'nîsation nouvelle, des méthodes de travail et
surtout d'éducation inspirées d'un esprit plus moderne s'imposeront y>ar la force même des choses.
Il pt>^t paraître excessif de parler d'^^ssoi au moment où le pays ploiera sous le poid^ de ses enga-^
gements. C'est cependant la nécessité de faire face aux plus lourdes charges qui doit nous mettre dans la voie de là prospérité à \enir. Ces charges auront V une double origine : réparation publique de certains maux occasionnés par la guerre, et paiement Ûies. créances exigibles.
Le premier souci de la France sera naturellement de régler le grave problème de la reconnaissance nationale envers les soldats mutilés et les familles de ceux qui se seront sacrifiés pour la, grandeur et 1 indépendance de. la patrie. La vie française devra aussi être rétablie dans les territoires envahis, les dommages indemnisés, les ruines relevées. Ce s-^^ra encore réparer que de rétablir la partie de notre outillage public détériorée ou même détruite par uii usage trop intense, de reconstituer ràpidèînent toutes les réserves et les approvisionnements normaux et indispensables, tant en céréales qu'en bétail, matières premières ou objets ouvrés de toute^ sortes. , , •
D'autre part, l'endettement de t'Etat sera tel que des budgets difficilement imaginables de\Tont élie n[iis sur pit d. L'obligation en nous sonimes actuellement d'importer pour des milliards de produits étrangers, aura eu comme conséquence forcée un véritable déséquiUbre dans la balance de nos comptes internationaux. Si ce déséquilibre persistait, il entraînerait un drainage continu de l'or et du capital français à l'étranger, en même temps qu'une dépréciation pragressive de notre momiaie fiduciaire. Les ressources nécessaires pour faire face ^ cette situation ne pourront
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être trouvées que dans deux directions : les économie^ — ^ et la surproduction.
Les économies à outrance , peuvent présenter Favantage immédiat d'une reconstitution relativement rapide /de Tépargne, et par suite permettre à chaque Français de supporter les impôts nouveaux, nécessairement très lourds^, qu'il ^aura à payer. Mais cet avantage ne serait que monientané : les économies , généralisées équivalent à une diminution générale dés revenus. L'économie aurait pour effet d' anémier progressivement toutes les branches de la production nationale : et Tanémie n'est pas un état de vie à vediercKer, De plus, si des économies pcuvenc arrêter dans une certaine mesure l'aggravation de changes défà- .vorables, puisqu'elles pefmettent d'importer moin*^-,.^.; elles restent inopérantes qua1^^v au rétablissemëttf:^ d'une balance 'économique déficitaire. . 1 j45^
Seules l'intensification de la production sous toutes ses formes, et l'expansion économique qu'elle entraîne presque çf^é/raniquemient, pourront fournir ' les ressource ^f^AieA L'expansion, mêçie au sem' de la paix la mieux assiirée, est une nécessité, biologique rotir les peuples, aussi bien que. pour, les individus. A vivre isplé et ramené sn^' soi-îtiênie tout ^re/ toute société,, tout p?Lys se reci^Oifti^€)/iii^, s>ngQtfrdlt et s'anémie. ,La Vie, l'intelliç'encè. la' force, la richesse*^ nous viennent toutes du dehors : elles procèdent soit de labsorptîon de sfubstances vitales extérieures, soit de l'échange des idées, des produits du sol ou de l'industrie. Tout pays, comme tout être humain, pour se
développer et prospérer, a donc besoin de s'extérioriser ; il lui faut respirer à pleins poumons et reciiei ' her toujours la plus grande expansion compatible avec ses ressources et ses moyens d'action. Au surplus» après la guerre, l'expansion française' n'apparaitia plus conune un objet de discussions académiques, comme un idéal à réalisation lointaine, mais comnie une inéluctable nécessité du moment. Ce n'est en effet nue
par elle que nous pourrons faire rentrer chez nous Yoà^ et les créances passés en d'autres mains.
''L'expansion n'est toutefois possible que grâce à un exc'édènt de production. Produire davantage, mieux et à plus bas prix, sera alors le devoir de chacun. Ce n'est, en effet, que par im accroissement du revenu national global que l'impôt restera supportable et productif.
Cet effort sera-t-il réalisable malgré les difficultés de toutes sortes qu'il rencontrera ? Sans hésitation, nous estimons qu'il est possible.
Le drame encore inachevé aura montré dans quelles proportions nos ressources agricoles, nos gisements de matières premières, nos richesses coloniales, nos aptitudes productrices se trouvaient insuffisanunent mis en valeur. Il existe dans nos réserves matérielles une marge immense, où peuvent se donner, fibre cours nos facultés de production. En gens insouciants ou trop riches, nous suppléions* autrefois à mie production incomplète par Tachât à l'étranger; Nous n'en souffrions pas trop, parce que répargne française avait su se ménager un important solde créditeur sur
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les pays étrangers. La guerre aura cependant prouvé qu'un grand pays entre dans un conflit armé avec une cause permanente d'infériorité, s'il n'a pas su s' as- ' treindie, dès le temps de paix, à produire plus largement que ne l'exigent ses besoins essentiels.
Pourquoi laissons-nous notre superbe terre de France rendre en moyenne moins à l'hectare que les médiocres champs de la, Prusse orientale ? Comment se fait-il que l'état approximatif des richesses de notre sous-sol n'ait pas été dressé, et que ce que Ton sait de lui n'?dt pas été mis, chaque fois que c'était commercialement possible, en exploitation ? " Personne ne saurait, en effet, affirmer que nous ne possédons pas d'inimenses gisements susceptibles à eux seuls de faire la fortune du pays. Mais il faudrait des prospections méthodiques, des initiatives toujours encouragées. Combien d'industries nouvelles pourraient s'organiser chez nous/ et nous libérei: du concours de l'étranger ! Il n'y a pas si longtemps que la grande industrie de la filature et du tissage, celle du sucre et, dans un autre ordre d'idées, certaines grandes institutions \ bancaires, ont été importées et développées chez nous. Il en est bien d'antres qu'aucune infériorité- naturelle prohibitive ne nous interdit.
La mise- en valeur de nos richesses virtuelles nesera toutefois possible que si nous savons satisfaire à un certain nombre de conditions indispensables.
En tout premier lieu, l'outillage national doit être perfectionné, multiplié, rendu plus pratique et surtout plus économique. La guerre nous a appris qu'on
ne se bal: pas seulement avec des hommes et des canons, mais presque autant avec des chemins de fer et des bateaux de commerce. L'expérience des vingt dernières années porte]; à penser que l'influence • économique d'un grand peuple est insufiisamment servie par le placement de ses épargnes à l'extérieur et l'exportation d'objets de luxe. L'exportation des grosses marchandises courantes et pondéreuses nous est tout aussi accessible : mais l'outillage national améliore en devient l'instrument principal. L'embouteillage -de nos grands ports a montré que nOs" prévisions et nos programmes sont généralement insuifisants, trop longs à se réaliser et, par suite, toujours en retard sur les besoins ; que l'installation et l'exploitation de nos ports sont faites trop administrativement, et non suivant des méthodes industrielles.
Qu'avons-nous fait du Rhône, cette merveilleuse voie naturelle qui, aménagée, nous assurerait si facilement une situation prépondérante en Suisse et nous permettrait de concurrencer l'effort que 4'autres ont tenté sur le Rhin ? L'importance de la Seine comme grande artère de. pénétrât ion pour les approvisionnements de Paris et même du Nord, dp TEst et du Centre de la France, saute aujourd'hui aux yeiix de tous. L'aménagement actuel du^Ajeuve, qui remonte, à l'exécution du plan Freycinet, œvivre très remarquable dans ses prévisions lorsqu'elle fut conçue, ne répond déjà plus aux exigences présentes. Aucune difficulté insurmontable n'exigte^ pourtant à ce que Paris soit prochainement en mesure de recevoir des chaland?
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aussi grands que ceux qui circulent sur le Rhin. Après l'outillage, il faut des capitaux, et nous en avons. L'épargne française ne se reconstitue-t-^elle pas i)ilassableinent ? Mais la politique financière de nos grands établissements de crédit devra changer et donner une atiectation nouvelle aux capitaux fran-
çais. Moins d'emprunts étrangers permettant à des pays, concurrents de 4^^niain, de s'outiliét et peut-être plus tard (Je nous évincer ; davantage de faveurs et de facilités aux placements industriels et conamerciaux dans le pays, ainsi qu'au commerce extérieur.
Des méthodes commerciales plus modernes s'imposent également : adaptation plus souple aux besoins de la clientèle, plus grande variété de qualités, facilités de paiement .à long terme, meilleure représentation sur pjace. L'utilisation de la main-d'œuvre devra aussi, se faire de façon plus scientifique. La maind'œuvre féminine et coloniale pourra, il est vrai, combler une partie des vides creusés par la guerre. Mais c'est surtout un accroissement de la productivité du travail, par un machinisme plus perfectionné et une technique plus étudiée, qui suppléera àù nombre*
Nous nous sommes permis d'indiquer à grands traits la tâche à venir, nous avons souligné son énormité, nous avons énuméré les principales conditions matérielles et techniques sans lesquelles soii accomplissement ne serait pas concevable, pour mieux mettre en évidence la part que prendra nécessairement, dans l'exécution de ce programme, ie facteur psychologique. Tant valent les hommes, tant vaut l'œuvre.
Programme et moyens seraient vains si nous n'avions pas les hommes à la hauteur. La formation d'un personnel adéquat aux circonstances apparaît ainsi comme la préoccupation première et fondamentale.
Une réforme générale, une orientation nouvelle de notre esprit public s'imposent tout d'abord. Le plus grand nombre d'entre nous en étaient arrivés à prendre comme idéal de vie une civilisation intellectuellement supérieure, pour ainsi dire éthérée, sans liènâ avec les contingences de la vie pratique et matérielle. La guerre nous aura appris qu'on ne vit pas impunément d'une vie d'idées trop exclusive, ces idées fussent-elles les plus sublimes et les plus généreuses. L'histoire se recommence toujours, et le passé était là pour nous rappeler que tout pays, comme tout individu, s'il veut être fort, même par la pensée, doit avoir sa vie et sa liberté matérielles durablement assurées. Sinon, il est à la merci de toutes les agressions. Un peu de matérialisme, ou si l'on veut de réalisme, n'est pas hors de propos dans un siècle où tout se règle sur les intérêts matériels. Dans l'illusion du •rêve et de la spéculation pure des idées, nous avions, en somme, trop négligé, pour ne pas dire oublie, l'importance réelle des grands problèmes économiques . Nous avions même une tendance à les considérer comme quantités négligeables, .tout au plus intéressantes pour des pays neufs ayant tout à réaliser. Les civilisations cependant évoluent sans cesse : tout se transforme, tout se perfectionne, et la stagnation équivaut à im recul.
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La France viy9.ît sur son passé, sur sa prospérité acquise, un peu comme un rentier ' indifférent aux efforts^ d' autrui. Parce que nous ne sortions pas assez de chez nous, parce que nous ne vivions pas assez à Tétrangerl de la vie extérieure,] nous avions perdu le contact avec la pensée, le développement, les progrès, les expériences et les ambitions des autres puissances. Si étrange que cela puisse paraître, au premier abord, on ne connaît vraiment bien son pays, on né l'apprécie à sa iuste valeur, on ne sait ce qu'il peut donner que lorsqu'on en est sorti. Pour avoir ignoré les autres, nous nous ignorions nous-mêmes : et nous nous sommes laissé surprendre. Il n'y a pas jusqu'à nos savants, nos lîttératv^urs, nos artistes, notre presse, notre théâtre, dont l'influence dans le monde n'eût été autrement puissante s'ils avaient mieux communié avec le monde. Tout ceci doit changer.
D'autre part, et sans être taxé de sévérité injuste, on peut bien dire que notre développement, très réel bien q^ie très insuffisant, n'était ni dirigé ni canalisé vers un objectif déterminé. Il lui manquait les directrices impérieuses, voii^e impératives, susceptibles de coordonner tous ses éléments et d'amplifier ses résultats. Notre politique économique allait un peu au jour le jour. Le but précis faisant défaut, nous nous arrêtions généralement à rai-chemin dans la solution des problèmes, ou bien nous ne voyions qu'un de leurs aspects ; et cela dans tous les domaines. Qu'il s agisse d'éducation, le diplôme devenait Tunique point de ^ mire. Qu'il s'agisse de questions ouvrières, on s'enî-
là
pressait d'augmenter les salaires ou de constituer, des retraites, sans s'occuper parallèlement d'accroître la productivité du travail. S'occup^it-on d'outillage national, de chemins de fer, de ports, de canaux, on négligeait d'établir la liaison entre ces divers instruments, et les programmes, insuffisants dans leur extension, trop chers et trop tardifs dans leur exécution, étaient démodés avant que d'être réalisés. Discutait-on de marine marchande, les subsides paraissaient* toujours trop élevés, et les innombrables entraves paraissaient naturelles : à tel point que nous payions annuellement à l'étranger, pour insuffisance de notre flotte, un tribut bénévole de 400 millions, qui, en 1916, aura atteint v.n milliard et demi.
An buiplus, nombre des grands courants d'idées qui animaient les masses n'étaient pas de nature à surexciter en elles la volonté de produire. Le pacifisme négligent, auquel beaucoup don :nt de .^Vurer anionrd'hui desjstres chers à jamais disparue, doit désormais faire place au sentiment de la vraie paix, assise sur l'énergie morale, la puissance des armes et la richesse économique de la nation. La propagande du moindre effort et du sabotage serait dorénavant une véritable trahison. La lutte ne peut plus exister entre l'ouvrier et le patron : tous deux ont envers le pays le devoir sacré de s'entr'aider dans une même pensée de reconstitution. Nos . tendances à llélatisnie, qui risquent aussi de prendre un coui> ( xcessif dans les années futures, devront dans bien . des cas faire place à des formules moins couieuses, mettant à profit lacolla-
Ri
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boration de toutes les initiatives, de toutes les bonnes volontés. Au lieu de recourir sans cesse aux subsides, à la providence du gouvernement, le pays devra enfin comprendre que le succès de ses entreprises dépend plutôt de la libre coopération de toutes ses forces actives.
C'est intentionnellement que les considérations précédentes ont été placées au début d'une étude sur les réformes à introduire dans notre système d'éducation. Nous nous réservons de revenir plus amplement, dans d'autres articles, swc les problèmes ici à peine esquissés. Mais nous temons à les poser jpôur qu'on se pénétré bien de cette idée que la question de l'éducation figure à la fois dans la préface et dans la conclusion de toute enquête sur nos difficultés économiques à venir. Que l'on v regarde d'un peu près,' et l'on constatera que rinsuffisance d'une éducation appropriée est à la base de toutes les lacunes dé notre organisation économique, je dirai plus, de toute notre organisation administrative. La lourdeur de la tâche ^prochaine sera cependant telle, et le nombre des ouvriers réduit à tel point, qu'il faut •dès à présent s'occuper de suppléer à la quantité par la qualité : question de formation. Le meilleur outillage, les plus belles ressources naturelles peuvent n'être utilisés qu'avec mollesse, s'ils ne trouvent pas de caractères pour leur faire rêûdre le maximum : question de forniation. Si nos méthodes, si l'esprit public ne sont pas orientés vers une infatigable volonté de produire, nous régresserons : question d'éducation encore.
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