‹ La réforme de l'éducation nationaleChapitre 2 sur 6 · NATIONALES D'ÉDUCATION · texte numérisé non relu

NATIONALES D'ÉDUCATION

LE rapide tableau que nous avons esquissé de Teffort national d'après guerre démontre qu'il n'est

Il certes pas hors de propos de s'occuper de l'éducation

future de la nation, pendant la plus formidable tourmente que l'histoire ait connue. Çest le moment d'agir, et non de discuter, dira-t-on ? Soit ! mais préparer l'avenir, réparer les oublis ou les erreurs de la veille, n'est-ce pas aussi de l'action ?

J ainais, en effet, constatatioîxs plus manifestement probantes et plus instructives, moins théoriques et moins préconçues, n'ont été offertes à l'observation. , Jamais le bénéfice inégal que des masses d'hommes en

conflit peuvent retirer de leurs systèmes d'éducation, aussi divers que leurs civilisations, n'a pu être mesuré ^ avec autant de certitude. Chaque pays engagé aujoiir-

d'hùi dans la lutte titanesque pour la défense de son indépendance nationale, de ses convictions morales et de son idéal social, y consacre tout ce qu'il possèdp de

IJI force, d'énergie et de dévouement, tout ce dont il dis-

pose de savoir et d'épargnes. Mais il y apporte encore ses méthodes de formation des hommes et d'organisation des forces. Toute son âme, tout son tempérament, tout le génie de sa race, teb que les ont faits l'hérédité, et aussi l'éducation reçue, sont ainsi placés dans la balance de la victoire.

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Sans vouloir passer en revue tous les systèmes d'éducation adoptés par les peuples actuellement aux prises, essayons toiii au moins, à la lumière des faits actuels, de comparer et de préciser les résultats essentiels obtenus, grâce à des méthodes différentes, tant er) Allemagne, qu'en Angleterre et en France.

En Allemagne, l'éducation s'imprègne du prestige de la force brutale instaurée en religion d!Etat, sous de fausses apparences idéalistes. « La force crée le droit » dit Hegel, et après lui l'Université allemande. « L'Allemand est resté féodal d'esprit au sein de la société moderne. De plus, il a gardé le respect mystique et superstitieux de la force. S'il peut être le plus fort, il érige son triomphe en droit ; s'il est le plus faible, il s incline «^ dit justement Fouillée dans sa remarquable Esquisse psychologique des peuples euro-

pèenà (i). L'indépendance individuelle est absorbée pair la communauté germanique, et celle-ci n a qy'un seul but : raccaparemerït sous toutes ses formes et, finalement, Tiiégémoiiie économique mondiale.

L'éducation se i^ vouk sur l'objectif pi» usnivi. On inculque de bpnnei,heui*e au peuple le g'o'uf de la spécialisation exclusive, de l'achèvement dé la tâche, de la soumission à la méthode, au point que toute initiative est généralement abolie chez les exécutants inférieurs. A la suite d'^ane intf^pse préparation technique très appropriée, on paiVieiit à imposer à l'Alleniand un labeur continu, souvent presque effrayant, auquel peu

(l) Alfred Fouillée, Esquisse. psychologique des peuples eutopéens (p. 2&2), — Alcan, éditeur.

de peuples accepteraient de se soumettre. En somme, l'Allemand patient, laborieux, obéissant, attaché à son devoir, le devient plus encore grâce à l'entraînement auquel on soumet sa jeunesse:

L'éducation allemande procède ainsi à la fois de l'analyse et de la logique appliquée. Mais l'analyse allemande ne se montrant capable de discerner que les éléments matériels du succès, l'application logique de ses résultats révèle fatalement une absence totale de •sens moral, qui entraine parfois à d'énormes erreurs pratiques.

Dans les pays anglo-saxons, au contraire, le respect de la liberté et de l'indépendance individuelles peut être considéré comime la base même du système d'éducation.

' Le premier soaci y est de mettre l'individu dans le plus parfait état de défense, par une très large culture physique. Au cours de la pratiqué des sports- en commun, l'Anglais reconnaît la nécessité de là discipline et acquiert l'habitude de l'initiative et de la responsabilité. Énergie et caractère, telles sont les qualités grâce auxquelles il sait toujours organiser sa vie ai! mieux de ses facultés. De plus, une fois son. choix bien arrêté, il concentre tous ses efforts vers la réalisation de la perfection professionnelle, sans b'écarter de la branche d'activité qu'il a choisie. /

Une telle méthode de formation a pour résultat de mettre chacun à la place qu'il est. vraiment à même d'occuper dans la société. The right man in the right

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place (fcnent pour TAnglo-Saxon un objectif constant.

D'aussi solides qualités ne pouvaient manquer de donner à ceux qui les possèdent la suprématie industrielle et commerciale pour ainsi dire dans le monde entier. Malheureusement l'insuffisance de cultxu^e intellectuelle dans la masse, jointe à un souci exagéré du bien-être et à Une diminution progressive, rhez l'ouvrier, de la capacité de travail, étaient en train de faire perdre à l'Angleterre cette supériorité.

A l'inverse de l'Allemand, le Français individualiste supporte mal une règle .trop rigoureuse et se prête peu à la coopération. Son esprit critique, inventif, le rend capable de grandes initiatives. Mais le manque de discipline et de continuité dans l'effort l'empêciient souvent de tirer parti de ses aptitudes intellectuelles. Les admirables ressources physiques de la racfe, auxquelles nous savons tairt appel momentanément, quand il le faut, ne sont ni disciplinées, ni amplifiées par un entraînement rationnel. Nos efforts procèdent plutôt d'une tension nerveuse. Et il semble que l'éducation , en France, au lien de réagir contre ces tendances ataviques, les ait étroitement épousées.

Notre enseignement, en effet, poursuit presque toujours un idéal d'ordre trop exclusivement intellectuel. Il vise à une culture élevée, reposant sur des sentiments de générosité, de droit ef de justice. Maïs la préparation à la vie pratique, l'adaptation aux difficultés de l'existence y son t/r^r> négligées et pour ainsi dire inexistantes. Telle quelle. L'éducation française est bien loin de tendre au développement complet de

rindividu. Elle a le tort d'être pour ainsi dire « double » : elle résulte de la superposition de deux enseignements. L'un, d'ordre purement cérébral et artificiel, exerçant surtout le tôtè mécanique de l'intelligence, la mémoire, à laquelle nous demandons d'enregistrer, de manière trop passive, des pensées et des jugements tout faits. L'autre, d'ordre empirique et pratique, que nous devons acquérir par nous-mêmes, et souvent à nos dépens, au contact même de la vie, sans que r^en i

ne nous y ait préparés. Ces deux formes d'éducation ^ successives ne devraient-elles pas cependant être dispensées simultanément et dès l'enfance, puisque F une et l'autre sont indispensables à la vie réelle ?

En somme, l'éducation qui nous est donnée, d'un caractère trop exclusivement théorique, devrait, parallèlement aux études abstraites, être orientée vers la ■ pratique de la vie et du monde modernes, au milieu desquels l'individu est appelé à évoluer et à agir dans son intérêt propre, ,en même temps que dans l'intérêt de la collectivité. 1 La France de demain réclamé impérieusement que cliaeun soit préparé à une vie mieux en rapport avec ses facultés personnelles et surtout avec sa destinée normale. Elle exige que l'éducation r e suive plus un plan purement idéal et uniforme, dont la poursuite ne mène à rien, tout en voulant mener à tout : mais qu'elle soit organisée en vue de faire des gens heureux dans leur situation, entraînés an tra vail et à la production intensive dont dépendra TessoFdu pays. ' ^

Ainsi l'éducation serait ramenée à sa véritable fin, c'est-à-dire le développement intégral de toutes les

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facultés de Tindividu, en vue de leur meilleur rendement, ainsi que de leur adaptation la plus parfaite au rôle que celui-ci devra jouer dans la vie.

Cette revue rapide et forcément succinctedes traits saillants des différents caractères nationaux, en même temps qu'elle explique pour une part les originalités des différentes méthodes d'éducation, rend compte des résultats ' variés et souvent opposés auxquels ces méthodes ont abouti. Le choc des nations actuellement en lutte a certainement rendu plus saisissants, surtout plus tangibles, les avantages et les lacunes des différentes traditions pédagogiques. Aussi, en AngletCTre et en Allemagne, se préoccupe-t-on déjà d'utiliser les enseignements reçus des faits actuels, pour remédier aux insuffisances constatées par des réformes qui s'imposent" d'elles-mêmes» Il serait naturel que le même problème fût posé chez nous, dans toute son ampleur*

Chez les Ang^s, comme on l'a vu, l'éducation physique et celle du caractère, auxquelles nos alliés doivent manifestement les belles qualités d'énergie ^ d'organisation que la présente crise a mises en valeur^ avaient pour ainsi dire seules retenu l'attention^ au détriment de l'instruction proprement dite. Cette lacune fut si viveiliênt r«sséiitie au cours des événements récents, tant dans la jeune armée que àaxis le pays tout entier; elle devint à ce point manifeste et indiscutable que tous les efforts des dirigeants tendirent inunédiatement à y remédier.

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Mais nous-mêmes, étions-nous préparés à supporter répreuve ? Les qualités d'endura^nce, de discipline, de continuité dans l'effort que la guerre réclame des masses militaires, ouvrières et agricoles, en avons-nous fait preuve ? Oui, sans aucun doute, puisque l'expérience de deux années et demie de lutte est là pour en justifier •

On n'insistera jamais trop sur l'héroïsme et l'abnégation avec lesquels notre race a consenti à tous les sacrifices et s'est ainsi sauvée elle-même : les hommes , au front, repartant sans cesse à l'attaque avec une foi jamais dénientîe, et conservant une sorte d'humilité dans l'anonArmat ; les fenames, les enfants, les vieux penchés sur le' sillon, attachés à la moisson prochaine comme à un devoir sacré, tous sont également beaux !

Mais .les événements ont-ils trouvé chez les dirigeants la méthode, la prévoyance, le sentiment de la responsabilité qu'ils exigeaient d'eux ?

L'éducation reçue préparait-elle le grand nombre à la forme scientifique, industrielle, économique et administrative qu'a prise la guerre moderne, ou ne sont-cè pas plutôt les événements qui firent notre éducation ? Les dirigeants aussi bien que la masse de la nation tenaient-ils de leur formation antérieure les qualités telles, qu'à l'appel de toutes les forces actives du pays, chacune jouât naturellement son rôle avec le maximum d'efl&cacité ? On peut en douter. Du fait qu'on s'est « débrouillé », pour employer un mot aujourd'hui usuel, aûn de faire face à la tourniente, il ne faudrait pas cependant conclure que nous étions prêts à la dure vie des tranchées, ou à la mobilisation

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industrielle et agricole, pas plus que nous ne sommes prêts à la formidable lutte économique de demain.

Il résulte de ces diverses constatations que les deux éducations, française et anglaise, auraient im égal intérêt à se compléter, à se fondre. Encore cela seul ne sufïirait-il pas : elles devraient viser à l'assimilation des qualités de labeur, de prévoyance et d'organisation pratique qui ont fait l'Allemagne moderne ou les États-Unis d'Amérique.

Plus précisément, et pour résumer, en ce qui nous concerne, sur quels points particuliers doit porter notre effort éducateur ?

En premier lieu, culture physique, avec entraînement progressif et continu : c'est là la meilleure école de l'endurance et de la discipline.

Secondement, développement de l'énergie morale par un dfessage ,de la volonté entraînant} avec lui ordre, initiative, sentiment, du devoir, responsabilité» continuité dans l'effort et confiance en soi.

Enfin, exercice simultané de l'intelligence, mais avec la préoccupation constante de former le jugement et d'inculquer surtout à l'enfant le goût de l'étude et du travail, le sentiment de la méthode, ainsi que le désir du perfectionnement.

Les mêmes principes nous paraissent devoir être appliqués aux divers degrés de la hiérarchie sociale, aussi bien aux garçons qu'aux filles : mais pour la masse de la nation, il faut en plus une instruction technique et pratique bien spécialisée suivant l'orientation professionnelle de chaque individu dans la vie.

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