VI. — L'ENSEIGNEMENT TECHNIQUE, INDUS- TRIEL, COMMERCIAL ET AGRICOLE
DANS un pays comme la France, où la population professionnelle et active — industriels, négociants, agriculteurs — représente 48 % de la population totale, 18 millions d'individus sur 38 millions d'habitants, où le capital industriel s'élève à 96 milliards 700 millions de francs, où le capital agricole atteirit 78 millards de francs, où les exportations se sont chïi- • frées en 1900 par plusr de 4 millards de francs, TUniver^té ne peut se contenter de préparer les [eunes gens' qui lui sont confiés/aux carrières libérales, aux grandes écoles et au professorat ; elle doit les préparer aussi à la vie économique, à l'action (i). » Ainsi s'exprimait, il y a quinze ans, à la tribune du Parlement, M. G. Leygues, alors Ministre de F Instruction publique. Il dénonçait ainsi le fait flagrant, qui est aussi une lourde erreur pratique, de l'énorme disproportion existant chez nous entre l'éducation économique de la race et son éducation esthétique, plus précisément entre son instruction technique et sa culture générale. Nous sémblons, en effet, avoir relégué beaucoup trop loin, dans l'ordre de nos préoccupations politiques, les pro-
(i) Rapport de M. Astier, sénateur, sur la proposition de loi relative à l'organisation de l'Enseignement technique industriel et commercial, 1913 (p. 27).
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blêmes d'économie pratique, alors qu'ils sont à la base de toute vie coDective, famille, association, patrie. Nous considérions volontiers, avant la guerre, qu'un
^ peuple grand par son intelligence ne doit en rie4 se laisser distraire des grandes questions artistiques, philosophiques, humanitaires ou sociales. Si justement
, soucieux^ que soit un pay$ de son élégante noblesse intellectuelle, il ne saurait oublier, sans risquer de subir le sort de la Grèce ancienne, que la puissance d'expansion morale de la nation repose, à la longue, sur des forces économiques d'une solidité à toute épreuve. D'autre part, la santé morale d'une race dépend, avec le temps, de l'équilibre qu^elle sait donner au développement de ses ressoiurces de tous prdr^, tant économiques que morales.
Quelques chiffres permettent de mesurer l'étendue de la lacune dont souffre la formation professionnelle du pays. Alors que, d'après le recaisement de 1906, notre population agricole active comprenait en chiffres ronds 8.770.000 agriculteurs, nos établissements d'enseignement agricole de tous degrés recevaient seulement 3.225 élèves. En admettant même que depuis lors le nombre des élèves ait progressé jusqu'à 5.000, le résultat n'en est pas moins dérisoire.
Alors que le recensement de 1906 estimait la population industrielle et commerciale active à 9.300.000 individus, les établissements d'enseignement industriel et commercial relevant du ministère du Commerce n'étaient fréquentés et ne sont encore fréquentés que par une trentaine de mille d'élèves.
Dans cette dernière statistique officielle ne figurent pas, il est vrai, les écoles techniques privées, dont plusieurs ont une ^importance et une valeur certaines. Il conviendrait également d'ajouter au chiffre indiqué^ le total des élèves inscrits aux très nombreux cours professionnels complémentaires d'adultes existant en France. Mais ici Ton manque de chiffres rigoureusement précis : l'administration ne saisit par la statistique queyceux d'entre ces cours qui reçoivent une subvention de l'Etat ; les cours due à la stricte initiative privée lui échappent. Il faut d'ailleurs tenir compte de ce fait que le nombre des inscrits représente facilement le double des élèves suivant assidûment les cours. De diverses estimations sérieuses qui ont été faites, et de nos propres calculs, il résulte que Cjette forme d'enseignement technique ne profite guère qu à 50.000 personnes environ. Inutile de dire que la valeur, la durée et la continuité de cet enseignement sont très inégales, et que plusieurs des matières enseignées ne constituent qu'une instruction primaire post-scolaire. Enfin nos écoles primaires supérieures comprennent des sections industrielles, conunerciales, vuire agricoles, dopt les élèves pourraient être comptés au nombre des personnes bénéficiant d'une instruction technique. Malheureusenient ces écoles préparent aujourd'hui beaucoup plus de candidats aux carrières administratives que de recrues pour les professions industrielles, comnierciales ou agricoles. Sur 55.000 jeunes gens et jeunes filles qui les fréquentent, c'est à peine û 7,350 figurent aux sections techniques. En mettant toutes choses
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au mieux, on peut adïnettre qu'en France, avant la guerre, 90.000 sujets au maximum recevaient; .à xm même moment, une certaine instruction prof essionnelle industrielle ou commerciale, ce qui représente par rapport à la population industrielle et commerciale active une proportion de i pour cent au plus. Il résulte des mêmes chiffres qu'il n'y aurait pas plus de 10 à 12 personnes sur 100, parmi les 9.300.000 individus ^adonnés au commerce et à l'industrie, qui aient préalablement reçu un enseignement technique plus ou moins consistant.
U y a là un résulta* qu'U ne faut pas m&nnaltre, et d'autant plus méritoire qu'il est Souvent dû à la seule initiative privée. Son insuffisance toutefois, qui se démontre d'elle-même, apparaît plus clairement encore si on compare notre effort à l'effort allemand sur le même terrain. Pour une population industrielle et commerciale active estimée à 14.600.000 individus, l'Allemagne formait dans ses établissements d'instruction technique commerciale ou industrielle 375.000 élèves, soit une proportion de 2,5 %. Et encore ces derniers chiffres ne correspondent-ils plus à la réalité actuelle, car ils remontent à 1902 J Le^ chiffre de 1913 approc^iait certainement de 500.000.
A moins de nier l'évidence, qui est qu'une -instruction technique intelligemment partagée entre la théorie et l'exécution accroît dans de fortes proportions la productivité de tout travailleur quelconque, il faut convenir que la France risque de se trouver en état d'infériorité manifeste, au point de vue du^ rendement
de son travail, précisément à l'heure où une aprèsguerre économiaue inévitable va contraindre la jdupart desconcurrents à suppléer au défaut de main-d'œuvre par l'utilisation scientifique des forces de travail. Il y a donc urgence à agir ; mais, jusqu'ici, rien ou presque rien n'a été fait pour améliorer l'état de choses existant. Il semble cependant que sous la poussée des faits on veuille entrer dans la vœe des réalisations. Le Parlement ne pouvait rester indifférent à une crise imanimement ressentie. Le 13 juillet 1905, M. Dubief, alors Ministre du Commerce, déposait un projet de loi assez étendu visant à réorganiser et amplifier l'ensemble de notre enseignement technique, M. Astier, alors député, rédigeait à son sujet, en 1909, un rapport considérable et très remarqué. Toute une série de propositions de loi ayant été entre temps déposées devant la Chambre, l'ensemble des textes soumis à cette assemblée ht l'objet d'un rapport très documenté de M. Cx)nstant Verlot, dépose le 20 décembre 1912 et repris le 5 juin 1914. Mais la Commission du couMnerce et de l'industrie ne retenait dans ses conclusions que le Titre V du projet gouvernemental d|e 1905, relatif à l'enseignement technique et à l'organisation de cours professionnels. Voilà où en était la question il y a très peu de temps encore t Depuis, M. Astier a repris au Sénat le projet d'ensemble de M. Dubief, en y apportant certaines modifications, et îl en a fait l'objet d'une nouvelle proposition, déposée le 4 mars 1913. Sur un rapport confié à l'auteur même de la proposition, le Sénat la vota^récernment. ,
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De son côté, renseignement agricole eut à subir (te nombreuses vicissitudes : après la nomination d'une commission interparlementaire en 1905, avec niission d'étudier sa réforme, et d une seconde conmiission en 1912, il faisait enfin l'objet, à la suite de plusieurs autres propositions, d'un projet de loi dû à l'initiative de M. Pams, alors Ministre de l'Agriculture. Siu* un rapport considérable de M- Plissonnier, le projet a été voté à la Chambre et se trouve actuellement à l'étude au Sénat. N'est-on pas frappé, par ce simple exposé, des lenteurs regrettables que nous apportons presque toujours à la sanction des lois économiques les plus urgentes ? . *
Il paraît donc certain qu'une réforme de notre enseignement professionnel entrera en vigueur dans un avenir assez t:iapproché. Mais en admettant même que les divers projets actuellement en cours aboutissent pleinement, on ne saurait considérer l'œuvre accomplie comme suffisante et définitive. Il est à remarquer que ces projets rie constituent à proprement parler un plan d'action qu'en ce qui concerne l'apprentissage : le principe de l'obligation y est inclus et apporte par lui-même ime garantie d'efiicacité dans l'application de la loi. Mais pour renseignement technique industriel et conunercial des degrés supérieurs à l'apprentissage, ainsi qjie pour l'enseignement agricole, les projets ne font ^uëre que codifier le^ dispositions législatives éparses et déjà (existantes: ils apportent un statut légal aux œuvres d'enseignement professionnel à venir, mais ils ne décident pas la création des institu-
tions nécessaires, et surtout ils n'organisent pas les moyens pratiques destinés à rendre ces institutions fécondes. Du reste, parmi les écoles existantes, combien en est-il dont les progranmies et le recrutement ^ doivent être réadaptés aux besoins nouveaux, révéîés par l'expérience ?
D'autre part, les projets actuellement pendants sont des projets spécialisés, alors qu'il nous faut une réforme d'ensemble, non seulement de tout l'enseignement professionnel industriel, commercial et agricole, mais encore de, tout notre système national d'éducation. On ne saurait trop insister sur cette idée que l'organisation de l'enseignement technique, et surtout le succès de son recrutement et de son reridement, est en étroite dépendance de l'organisation de l'instruction générale. L'instruction technique ne doit être qu'une suite logique de l'instniction générale ; il doit y avoir passage sans heurt et sans solution de continuité de l'une à l'autre. L'école doit être le vestibule de l'institut technique et de la profession. Nous ne pourrons pas compter sur un développement sérieux de l'instruction professionnelle, tant que l'instruction générale n'acheminera pas à la profession.
Aucun programme d'améliorations à apporter à l'enseignement technique ne reposera sur un fondement solide, s'il n'est établi sur une classification rationnelle des divers degrés d'enseignement qu'exige
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Torganisation économique d'un pays, à un moment iionné. Il doit, en effet, y avoir autant de natures et de degrés â'enseignement professionnel qu'il existe de fonctions dans la hiérarchie sociale du travail. L'instruction doit être adaptée au rôle que l'élève est appelé à jouer dans la hiérarchie des activités productrices. Or, ce rôle devant être radicalement différent 3<5lon qu'il participe de la direction ou- de l'exécution à leurs divers échelons, l'instruction, pour être efficace et pratique, doit être différente.
A ce point de vue, il nous semble conforme aux faits et aux nécessités pratiques de distinguer quatre grandes classes parmi les fonctions productricîes, classes ou degrés que l'on retrouve avec une symétrie approximative aussi bien dans l'agriculture que dans le conunerce ou l'industrie :
De grands chefs d'entreprises, « capitaines » d'industries ou de maisons de commerce, directeurs de grandes exploitations agricoles.
Des directeurs d'usines, d'entreprises secondaires ou de filialçs, chefs de services, ingénieurs spécialistes, fondés de pouvoirs dans les succursales, représentants, agents commerciaux, moyens propriétaires fonciers exploitants, gros fermiers.
Des contremaîtres, chefs de petites industries ou de petites exploitations, chefs d'équipes, chefs de rayons, voyageturs.
Des ouvriers ou employés de métier, des artisans habiles.
A chacun de ces groupes convient un enseignement
technique conçu selon des directrices originales. Voici, sous forme de tableau, quelle pourrait être, selon nous, la distribution de Tinstructiôn professionnelle conforme à la réalité économique et sociale :
Ecole Pol3^chmque (i).
Conservatoire des Arts et Métiers.
Ecole Centrale des Arts et Manutactores.
Ecole des Ponts et Chaussées.
Ecole des Mines.
Ecole des Hautes Etudes Commerciales.
Ecoles supérieures de Commerce.
Institut agronomique, etc.
Enseignehsnt technique supérieur
(Pour chefs de grandes entreprises, Directeurs de grandes exploitations agricoles).
Enseignement technique
MOYEN ou SECONDAIRE
(Pour Directeurs d'usines secondaires, Chef s de services. Ingé* nieurs spécialistes, Fondés de pouvoirs, Représentants, Agents commerciaux. Moyens propriétaires exploitants, Gros fermiers).
Ecoles d'Arts et Métiers (4 écoles).
Ecoles d'Hydrographie.
Ec<de de Travaux publics.
Ecoles Pratiques de Commerce.
Instituts Tecliniques spécialisés.
Instituts Universitaires (Lille,
Nancy, etc.).
Ecoles Nationales d'Agriculture
(Grignon, Montpellier, Rennes^.
Ecole d'Agriculture Coloniale, etc.
/ Ecoles Nationales Professionnelles.
Ecoles Professionnelles de la Ville de Paris.
Ecoles spécialisées : horlogerie, brasserie, tissage, etc. « Instituts de métiers ».
Ecoles Pratiques d'Agriculture.
Ecoles Agricoles techniques spéciales -.bergeries, laiteries, écoles d'aviculture, fermes-écoles, etc.
\ Cours d'adultes.
(i) Bien que l'Ecole Polytechnique soit surtout une école militaire et que l'Ecole des Ponts et Chaussées prépare aux fonctions de TÉtat. nous avons tenu à les faire figurer ici en raison du nombre d'ailleurs restreint de leurs élèves qui entrent dans les carrières civiles.
Ensek^ement technique
ÉLÉMENTÀlfiE OU PRIMAIRE
(Pour Contremaîtres, Chefs de petites industries ou de petites exploitations, Chefs d'équipes, Chefs de rayons, vo3^eurs).
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/ Apprentissage à Tusine, à Tatelier,
IV y ag bureau, à la fenpe ; 3 à 4 ans.
Apprentissage ) Cours Professionnels concomitants -
(Pour ouvriers et employés de ) P^^ l'enseignement théorique
métier). [ élémentaire, autant que possible
V sur le lieu même du travail.
Est-il besoin d'indiquer que si nous réclamons de l'enseignement technique qu'il s'inspire avant tout du genre* de tâche, du niveau de la fonction quef ses bénéficiaires sont destinés à accomplir, ce n'est pas le moins du monde que nous songions à changer l'instruction professionnelle en lUi moyen de créer conune des castes économiques fermé^ et inaccessibles aux membres des castes inférieures ? Bien au contraire, nous entendons que les certificats d'aptitude technique de chaque d^é ouvrent les portes des établissements du degré supérieur. Mais il est essentiel pôiu^ le succès de la formation professionnelle que chaque d^é de l'enseignement technique se cantonne strie- ^ tement dans la formation d'un certain type de travailleur.
Essayons, dans cet esprit, de déterminer les grandes lignes d'un enseignement professionnel rationnel dans Vindustrie, puis le commerce et enfin l'agriculture, sans perdre le contact avec les institutions déjà existantes.
L'enseignement technique industriel supérieur, précisément parce qu'il doit former, les chefs de grandes entreprises ou d'un ensemble d'entreprises,
doit faire stiite à une culttire générale sérieuse, et même à une culture classique étendue. Les idée$ générales sont d'autant plus nécessaires que le champ d'action est plus vaste : aussi l'instruction technique des chefs devra-t-elle conserver une tournure encyclopédique. Les Allemands, qui ont introduit tme spécialisation extrême dans cet / ordre d'enseignement, commencent à s'en repentir. Il est bon, en pftet, que le chef ait des notions assez approfondies de technologie générale, et qu'il possède bien les éléments de science pure ou appUquée d'une utilisation commune à la plupart des industries. L'abus de la science abstraite et en particulier des mathématiques pures, assez répandu chez nous, ne parait pas accroître, bien au contraire, le rendemfent pratique de l'ingénieur. La science pure doit donc être orientée sans cesse vers ses applications industrielles, et le laboratoire de l'école complété par Tàsinei Personne n'ignore parmi les gens compétents que nous avons beaucoup à faire dans ce sens. D'une façon générale, la part faite dans nos grandes écoles aux travaux, pratiques, aux manipulations, est beaucoup trop restreinte. Le contact avec l'usine n'existe pour ainsi dire pas : visites d'usines, voyages d'étude et principalement stages dans les ateliers, régulièrement organisés en Allemagne, en Belgique, aux États-Unis, sont presque ignorés chez nous. Un stage dans un atelier de mécanique par^t particulièrement recommandable pour tout élèveingénieur quelconque, quelle que doive être par la suite sa spécialisation. Dans le même ordre ji'idéès,
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ne pauirait-on songer à recruter une partie du corps enseignant des grandes Ecoles parmi les ingénieurs pratiquant la branche d'industrie qu'ils enseignent ? Un développement plus considérable doit être également donné aux travaux graphiques et aux recherches personnelles nécessitant la constitution de dossiers et la réunion de document-s, afin de permettre l'utilisation ultérieure d'une bonne bibliographie»
Un gros défaut de notre enseignement technique industriel supérieur, tel qu'il est organisé, est l'âge tardif auquel les ingénieurs qu'il forme peuvait eptrer dans la carrière industrielle. L'âge de nos jeunes ingénieurs, à la sortie des grandes Ecoles, varie de 25 à 28 ans : c'est de beaucoup l'âge le plus élevé parmi les grands pays producteurs. Ce fait est dû à la fois au mode de recrutement de nos grandes Ecoles, c'està-dire au concours, et au progranmie excessif de ces concours. Plusieurs années sont absorbées par des études mathématiques épuisantes, trop théoriques, trop orientées vers le concours et d'une utilité discutable. Si l'on craint de trop âargir le recrutement en subordonnant l'admission à un simple examen, comme cela se fait dans la plupart dès pays étrange, il faut alléger les concours d'entrée et conséquemment abaisser la limite d'âge d'admission, quitte à reporter aux premières années d'études à l'intérieur de l'école une partie des études mathématiques sacrifiées, et quîffe à organiser au sein même de l'école des examens rapidement éliminatoires.
Il est d'autant pliis utile que les futurs chefs d'in-
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dustrie sortent de l'école relativement jeunes, qu'il? ont encore besoin par la suite de faire un apprentissage spécialisé dans la branche d'industrie à laquelle ils se destinent. Cette spécialisation pouijait être facilitée par des cour^ post-scolaires organisés dans les grandes écoles, ou mieux, dans des instituts industriels très spécialisés faisant partie de la catégorie d'établissements du second degré, et situés à proximité des grands centres industriels. En tout cas il est essentiel que l'ingénieur prenne le plus rapidement coiitact avec son métier, avec les contremaîtres, avec les ouvriers, au prix d'une rémunération modeste aux débuts. Sans cet apprentissage, le jeune ingénieur ne saurait rester qu'un théoricien incapable d'utiliser pratiquement toutes ses connaissances.
A l'inverse de l'enseignement supérieur, l'enseignement technique industriel moyen doit pousser très loin la spécialisation : c'est là sa raison d'être. Il doit avoir pour but de fournir des spécialistes utilisables à brève échéance, après la sortie de l'école, dans la branche de production choisie. Conséquemment la part faite aux travaux pratiques, aux manipulations, et surtout aux stages d'usines, y doit être encore plus large que dans les grandes Ecoles. Les écoles d'arts et métiers correspondent approximativement à ces desiderata pour un certain nombre d'industries à techniques assez voisines. Mais il conviendrait de multiplier le nombre des grands instituts techniques spécialisés. Il existe déjà dans cet ordre d'idées plusieurs instituts privés qui pourraient servir d'exemples. Pour les
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industries chimiques, électriques, mécaniques notamment, ces instituts pourraient être utilement annexés à nos Facultés des sciences, réalisant ainsi l'union tant réclamée du laboratoire et de Tusine. Mais pour y arriver, un gros effort est nécessaire.
De son côté, la formation des a sous-of&ciers de Vindustrie » doit procéder d'une extrême spécialisation : spécialisation non seulement par métiers, mais peut-être même par catégories d'opérations dans un même métier. L'organisation complète d'un enseignement industriel primaire/ nécessite une classification préalable des travaux industriels. C'est là une tâche plus ardue qu'on ne le soupçonne au prendier abord : elle est cependant indispensable. A chaque forme particulière du travail industriel d'exécution devrait ainsi correspondre une école ou une section d'école. C'est là le vœu de toutes les personnes compétentes. On a proposé potir désigner ces établissements le terme assez heureux d' « Instituts de métiers » (i) .
On conçoit deux formes différentes pour l'organisation de tels instituts : soit des écoles proprement dites, absorbant la journée entière de l'élève, et qui s'adresseraient à des jeimes gens pouvant disposer d'une année ou plus après leur apprentissage, ou bénéficiant de 'bourses scolaires spéciales ; — soit des cours d'adultes, cours du soir, dominicaux du de demi-temps. Une partie théorique, complétée par de bonnes démonstrations pratiques et des exercices d'exécution^'scien-
(I) Rapport de M. Villemin, président de U Fédération des syndicats professionnels du bâtiment, à la commission d'apprentissage de la Ville de Paris.
tifiquement dirigés, pennettrait aux élèves de « dominer » leur travail à l'urne, d'en mieux vérifier le rendement et d'en surveiller le perfectionnement. Le personnel enseignant de ces cours devrait être choisi parmi les contremaîtres expérimentés ou les chefs d'ateUers en fonction.
L'initiative privée peut en cette matière devenir particulièrement intéressante. La Ville de Paris a déjà créé un certain nombre d'écoles professionndles très remarquables se rapprochant beaucoup du type que nous demandons. Plusieurs Chambres syndic^es se sont également lancées avec succès dans cette voie (bijouterie, industries du,, bronze et du papier, industries électriques, ferblanterie, etc., ainsi que de grandes sociétés métallurgiques et minières). De tefe cours ou écoles auraient non seulement l'avantage de constituer des cadres de contremaîtres solides, mais aussi de fournir des instructeurs tout désignés pour les apprentis. Rappelons que le certificat ou diplôme délivré à la sortie de ces cours devrait donner accès aujf établissements d'enseignement moyen : c'est en suivant cette filière qu'ont émergé im très grand nombre d'hommes d'afiaires remarquables, tant en Angleterre qu'aux États-Unis.
La nécessité de l'apprentissage et sa généralisation sont encore chez nous, et à l'étranger aussi d'ailleurs, l'objet de discussions nombreuses. La crise de l'apprentissage a eu partiellement pour origine chez nous l'application de la loi du 30 mars 1900 qui impose un maximum de travail de 10 heures aux ouvriers tra-
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vaillant dans des locaux où travaillent également des jeunes gens de moins de i8 ans. Cette mesure de protection trop radicale et sans souplesse a eu pour effet d'empêcher certaines industries de former des apprentis. A vrai dire, les doutes sur 1-utDité de l'apprentissage ne peuvent naître sérieusement qu'en ce qui concerne les tâches que la fabrication en grand réussit à morceler à l'extrême. Chaque fois que la profession .exige une habileté ne s'acquérant que par l'entrainement, l'avants^e d'un enseignement qui abrège la durée des tâtoimeiiiei^s et des essais iuinxotûettx se démontre de lui-même. Or les professions répondant à cette définition constituent encore la grande majorité : non setileitient les métiers d'art,. les industries de luxe, si importantes chez nous,' mais les innombrables activités où lutte victorieusement la petite entreprise. Il en est de même jusque dans les industries où la r»*' ^ sion du travail est très prononcée, mais où tme fouie de travaux spécialisés exigent encore ime habileté acquise. L'opportunité de l'apprentissage n'apparaît pas moins certaine, même pour l'exécution des tâches les plus simplifiées, les plus uniformes, que le premier manœuvre venu peut accomplir au bout^ âe peu de temps.Tout établissement quelconque^ en réalité intérêt à posséder le plus grand nombre possible d'ouvriers qualifiés : le mécanisme de son fonctionnement en acquerra une plus grande souplesse, et le personnel deviendra dans une certaine mesure interchangeable. L'ouvrier intelligent et comprenant à la fois sa machine et la raison d'être de la division du travail, sera sou-
vent un guide précieux pour le perfectionnement du matériel et pour l'intensification de la diviâon du travail. Nul doute que le passage de Tapprenti au travers des principales opérations en lesquelles se décompose toute production dans une grande entreprise, et que certaines notions de technologie élémentaire* à lui inculquées, ne soient de nature à vaincre les résistances que rencontre chez nous la généralisation du taylorisme. Une première culture technique peut précisément faire contrepoids à l'assoupissement intellectuel que risviue d'entraîner la monotonie des meities î^estes indéfiniment répétés: Enfin un bon apprentissage permet à l'ouvrier de faire autre chose qu'une tâche unique ; en même temps qu'il l'assure contre le chômage, il lève un des obstacles que rencoi^re souvent l'employeur quand il veut substituer, dans l'organisation ancienne du travail, le calcul à ren5>irisme, l'observation à l'imprévision, et lorsqu'il veut récupérer toutes les forces perdues. Sans aucun doute, notre production se débarrasserait ainsi d'une de ses plus certaines causes d'infériorité.
Il faut donc entrer résolument dans la voie de l'apprentissage obligatoire pour toutes les professions où cela est possible. En principe l'apprentissage doit se faire à l'usine, à l'atelier, sur le lieu même du travail, et non dans des écoles. On est ainsi conduit à revenir au contrat d'apprentissage qu'avait prévu la loi du 22 février 185 1, à fixer les obligations respectives du patron, de l'apprenti, de sa famille, et à organiser des sanctions efficaces. Peut-être même conviendrait-il
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d'imposer aux chefs d'entreprises rpbligation de former un nombre d'apprentis proportionnel à l'importance de leurs établissements. La durée de l'apprentissage, ses modalités, l'importance des connaissances à inculquer seraient, toutefois, variables et à déterminer selon les professions et localités par des autorités spéciales, sortes de commissions mixtes, où patrons et ouvriers seraient représentés en majorité.
L'initiation matérielle au métier doit être complétée par des cours de « demi-temps », c'est-à-dire par quelques heures prises chaque semaine, et sans réduction de salaire, sur les heures de travail, pour être consacrées à l'enseignement de la technologie élémentaire, de notions de mécanique, de chimie, etc. Il faudrait d'ailleurs se garder, lorsqu'on légiférera sur ce point, de fixer d'une façon uniforme et arbitraire le nombre des heures à prendre, par semaine, sur la journée de travail et à consacrer aux cours techniques. On risquerait, par trop de rigidité, de rendre non viable une réforme vitale, et même de porter une atteinte sérieuse à certaines de nos industries. En fait, ces cours de demi-temps pourraient constituçr le^ sections les plus élémentaires des instituts de métiers, dont nous avons précédemment parlé. Il serait à désirer qu'ils fussent organisés par le patron, dans l'atelier même, toutes les fois que ce serait possible.
Les diplômes de capacité ou certificats d'assiduité délivrés à la fin du temps d'apprentissage deviendraient très vite une prime d'embauchage à l'avantage des ouvriers les plus habiles. Ajoutons que l'octroi de
bourses aux plus méritants permettrait à ceux-ci de parvenir aux d^rés inmiédiatement supérieurs de l'enseignement technique.
Indiquons enfin que les représentants des groupements professionnels doivent légitimement entrer au moins pour ilioitié'dans tous les Conseils et Commissions de renseignement technique : Comités départementaux, cantonaux et communaux.
On discerne logiquement dans renseignement conunercial les mêmes quatre degrés que nous avons distingués dans l'enseignement technique industriel : avec un peu moins de netteté parfois, erf raison de la plus grande élasticité des professions commerciales.
L'enseignement conunercial supérieur dispensé par les écoles supérieures de commerce doit conserver avec raison, lui aussi, un certain caractère encyclopédique : géographie conMnerciale. courants cpnunerciaux, économie politique, droit, transports, assurances, banque, comptabilité, *" technologie, des marchandises, langues vivantes, etc. Malheureusement les programmes de nos écoles sont trop immuablèb, pas assez tenus à jour. Le programme de nos écoles commerciales de tous degrés ne devrait-il pas être une chose vivante, conune un progranmie d'action/ouvert à toutes les suggestions de la pratique, en harmonie constante avec là situation commerciale nationale et internationale, avec tous les progrès de la technique
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comm^dale ?/ L'école devrait être transformée, en certaines de ses parties, soit en un véritable bureau, soit en une banque, soit même en une maison de vente. Visites d'installations commerciales et stages à Tétranger ' mériteraient aussi une extension considérable, autant pour le plus grand profit des élèves que pour celui des maîtres eux-mêmes.
Ces dernières observations s'appliquent également aux '70 écoles pratiques de commerce existantes, qui représentent le degré moyert de l'enseignement -commercial. On pouigrait^^mettre sur le même échelon les écoles primaires supérieures, si on modifiait leur programme dans le sens que nous avons indiqué en parlant de l'instruction générale. A signalei^ le type fort intéressant des écoles primaires supérieures de la Ville de Paris, qui se ^approche sensiblement de l'organisation par nous réclamée. — La spécialisation fait peutêtre défaut à ces diverses formes d'écoles commerciales, mais ce ne saurait être un mal, si des écoles conmtiercialés très spécialisées fonctionnent à côté d'elles.
C'est par la spécialisation en effet que doit se caractériser l'enseignement commercial du degré inférieur ou primaire : écoles ou cours de transports, de banque, d'exportation, de voyageurs de commerce, de vendeurs, etc. Cette spécialisation ne ferait pas obstacle, bien entendu, à l'enseignement des diverses matières connexes à l'enseignement professionnel pratique principal : tenue des livres, correspondance commerciale, sténo-dactylographie, géographie conmaerciale, droit usuel, langues étrangères même, le tout élémen-
taire, naturellement, mais avec le souci constant des réalités. Le principe directeur de l'enseignement donné dans ces écoles devrait être de mettre les jetmes gens en état de connaître pratiquement toutes les opérations qu'un conunerçant d'une certaine profession peut avoir à faire. Par exemple, pour un exportateur : réchantilîonna^e, remballage, Texpéditipri. les calculs de tarifs de transports terrestres ou maritimes, le déchargement, le transbordement, les formalités de Toctrof ou de la douane, les modes de vente et de paiement, la publicité, etc. Toutes les opérations aâérent^ au contrat de vente devraient ainsi passer sous les yeux des élèves jusqu'au moment précis de la Bvraïsoà dans n'importe quel pays du monde. '
Ces écoles conunerciales primaires pourraient être conçues, soit comme absorbant la journée entière de leurs élèves pendant une année environ, soit sous la forme de quelques heures de cours par semaine, accessibles aux jeunes gens en apprentissage dans les maisons de commerce, ainsi qu'aux adultes.
/^ Il pourra se faire que le contrat d'apprentissage, tel qu'il est appelé à fonctionner dans l'industrie, soit d'une application très délicate dans certaines professions conmierciales. La difficulté sera ici souvent de déterminer d'une façon satisfaisante ce que l'on est en droit d'exiger que le patron enseigne ou fasse enseigner au débutant. L'apprentissage prendra alors plutôt la forme des cours professionnels obligatoires dont nous venons de parler plus haut. Il serait à sotihaitér que ces cours proviennent pour ime large part de l'initiative
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patronale ou syndicale, et que rien dans la loi ne contrarie rinitiative en cette matière. Ce serait d'ailleurs le meilleur moyen pour adapter l'enseignement aux besoins changeants de telle ou telle branche de commerce.
Enfin, si des ententes entre chefs de maisons pou- :^aient s'établir en vue de permettre à leurs apprentis de faire des stages chez les uns bu chez les autres, et surtout dans des maisons similaires à l'étranger, il ne semble pas douteux que des jeunes gens pris au sortir de Técole primaire ou de Técole primaire supérieture, et soumis à un pareil entraînement pratique, seraient à très brève échéance aussi recherchés, sinon plus, que d'anciens élèves des écoles pratiques de commerce ou même des écoles supérieures de commerce.
Dans le domaine de l'enseignement professionnel agricole, les piètres réstiltats numériques rapportés plus haut le démontrent, tout ou presque tout est à faire ou à refaire. L'agriculture est encore pratiquée dans la généralité de nos campagnes suivant des traditions anciennes transmises de père en fils, et impliquant trop souvent tme perte d'efforts et de temps con^dérable. La machinerie agricole, la motoculture, les méthodes modernes d'aséainîsseinent, d'engraissement et d'ameiidementf de la terre, l'alternance des cultures ou si Ton veut la culture industrielle sont encore très loin d'avoir reçu l'application et donné les
résultats désirables. La coopération et le syndicalisme agricoles, si intéressant qu'ait été leur développement depuis trente ans en matière de crédit et d'assurance mutuels, d'achat et de vente en commun, ont encore un champ d'action immense devant eux. Tous ces éléments de prospérité rurale ne parviendront à un plein épanouissenient que par une instruction professionnelle largement répandue.
D'où vient que nos établissements d'enseignement agricole supérieur (Institut agronomique) et secondaire (Grignon, Montpellier, Rennes) soient d'un recrutement si médiocre et d'im si faible rendement ? Cela tient sans doute à ce que nous sommes dans un pays de petite propriété pa3^sanne, où les grands domaines eux-mêmes sont divisés en petites exploitations, et où il y a peu de place pour de grands chefs d'exploitations. Cela tient encore à l'incompréhensible discrédit qui a été jeté chez nous stir les professions agricoles. Le grand propriétaire faisant valoir directement îemplit cependant une fonction sociale éminemment honorable: il est tout natureUement désigné pour servir de pionnier, dans sa contrée, à tous les progrès techniques. Peut-être enfin nos grandes écoles d'agriculture sont-elles, elles aussi, trop encombrées de théorie, trop exclusivement destinées à la formation d'ingénieurs agronomes ou de professeurs d'agriculture.
Pour accroître notre production agricole jusqu'au niveau qui nous permettra d'exporter, notamment d'exporter en grandes quantités du blé, car nous le
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pouvons et le devons, c'est à la masse paysanne qu'il faut s'adresser.
Les écoles pratiques d'agriculture de l'Etat, des départements, des villes, au nombre d'une quarantaine aujourd'hui, nous paraissent convenir très bien à la nombreuse clientèle des propriétaires moyens. Leur recrutement est malheureusement beaucoup trop restreint. Des préjugés vivaces subsistent encore quant 'à une soi-disant inutilité des écoles d'agriculture. C'est surtout du côté d'une transformation de l'opinion > publique que doit porter ici le gros effort. Les écoles pratiques ga|ueraient à être complétées par de très nombreuses écoles de technique agricole spéciale : bergeries, laiteries, fromageries, fruiteries, écoles d'aviculture, d'osiériculture, de viticulture, fermés-écoles, etc. Ce sont les grands sjnidicats agricoles qui, en cette matière, devraient doimer l'impulsion : les exemples d'écoles techniques créées par des unions de coopératives ou de syndicats agricoles sont, quant âiux résultats, fort encourageants.
Le grand obstacle au plein succès des écoles agricoles sédentaires, c'est que leur fréquentation entraîne des irai6 et surtout absorbe des mois ou deis années pendant l'adolescence. Or le paysan se défera difl5cilement de ses enfants pour un temps aussi prolongé. Il en a besoin, car les jeunes bras représentent une force de travail fort appréciable dès la fin des études primaires. L'enseignement agricole élémentaire devra donc être mis à la disposition du paysan chez lui, dans sa commune, sous une forme des plus simples et des
plus compréhensibles. La forme la plus indiquée, comme étant d'ime réalisation facile, paraît être ceUe de séries de leçons ou conférences faites à dates fixes, dont l'ensemble constituerait une suite logique, et qui seraient confiées, soit à des professeurs d'agriculture plus nombreux qu'aujourd'hui, soit à des personnes compétentes désignées par l'administration ou par les groupements locaux d'initiative. La mauvaise saison se prête particulièrement à ce genre de propagande, grâce aux loisirs relatifs qu'elle laisse à l'agriculteur (écoles d'hiver, fixes ou ambulantes, écoles ménagères ambulantes). Ces, cours seraient utilement complétés par des démonstrations pratiques* par des visites, peu coûteuses d'installations modèles, par la création dans chaque commune de bibliothèques agricoles bien fournies de publications appropriées à la culture régionale, enfin par la création de nombreux laboratoires agricoles moins éloignés que celui du professeur départemental d'agriculture.
Le contrat d'apprentissage parait être à la campagne d'une réalisation fort délicate, car il s'y confond avec le contrat de louagfe de travail ordinaire. Raison de plus pour intensifier les cours professionnels agricoles et les rendre obligatoires pour toute la jeunesse paysanne : au besoin, des cours spéciaux pour la jeunesse pourraient être organisés et donner lieu à la délivrance d'un certificat d'assiduité pour ceux qui sauraient faire preuve, à la fin de ces cours, d'une bonne compréhension de l'enseignement.
L'ENSEIGNEMENT TECHNIQUE
Un réseau d'institutions d'enseignement technique conçu et réalisé selon les grandes lignes que nous venons d'esquisser, préparé par un système d'instruction publique nettement orienté vers la vie prof essionnelle, nous donnerait, au cours des heures solennelles que le pays traverse, le gage d^une plus grande productivité du travail national, et partant d'un essor économique certain.
Nous y verrions également une promesse de paix sociale, et cela, parce qu'en matière d'enseignement technique on ne saturait trop demander aux initiatives privées. Les écoles professionnelles les plus intéressantes ont toujours été, par tout pays, l'œuyre dl^p particuliers. Le rôle de l'Etat devrait se borner à contrôler l'application de la loi et à suppléer éventuellement aux initiatives défaillantes, Rien^ dans les lois à venir, ne doit en conséquence porter une atteinte jalouse aux institutions extra-administratives : toutes facilités doivent au contraire leur être données, Les premiers intéressés au bon rendement professionnel, ne sont-ce pas les membres de la profession ? Ce sont eux qui réalisent les progrès techniques, qui devinent les besoins de la profession, qui ont le sens le mieux averti du côté pratique et utile de l'enseignement : c'est panhi eux que se rencontre le meilleur personnel enseignant. Syndicats, groupements professionnels, grandes liguée" d'intérêt nationaliseront les premiers appelés à coopérer à une œuvre qui ne serait pas viable sans
evix. Ainsi, autour de l'école technique, créée dans la profession et pour la profession, syndicats ouvriers et patronaux trouveront un terrain de collaboration et d'entente. Au lieu de se préoccuper uniquement de leurs intérêts unilatéraux, le' commun souci patriotique d'un meilleur rendement au profit de la collectivité tout entière leur rappellera leurs obligations et devoirs réciproques.
Et puis une élévation du niveau général de la culture professionnelle, depuis le chef jusqu'au contremaître et à l'ouvrier, entraîne nécessairement une plus exacte appréciation du travail, de nature à exalter la dignité du travail manuel à tous ses degrés. Or le goût du travail bien fait entraîne de lui-même un attachement à l'œuvre accomplie, et avec lui un légitime 6fguèîï professionnel. Ces sentiments ne pouvaient, croyons-nous, que susciter la renaissance d'une certaine vie corporative, précieux facteur de stabilité dans tous nos rapports sociaux.
VIL — CONCLUSIONS -
LES considérations groupées dans les pages qui précèdent sont nécessairement incomplètes, puisqu'on ne saurait avoir la prétention, en une matière aussi vaste que l'examen d'un système d'éducation, de donner autre chose, dans les limites restreintes d'une étude préliminaire, que des indications et des points de tèpefér Nous voulons cependant espérer qu'elles auront suffi à convaincre la majorité des Français — comme nous sommes convaincus nous-mêmes — de cette vérité que la réforme de l'éducation française constitue un des points vitaux et essentiels de notre progranune d'action d'après-guerre. Qu'on nous permette, en manière de conclusion, de reprendre et de grouper en un enchaînement qui nous semble d'une rigoureuse logique, les principales idées pratiques qui mènent droit à une pareille conviction.
Si l'Allemagne a imposé la guerre au monde, elle lui aura également imposé l'obligation à un travail intense et soutenu.
La victoire militaire en efîet serait sans lendemain si elle n'était suivie de notre affranchissement économique. La France, sans songer à un puéril isolement commercial, doit se rendre économiquement libre.
Le traité de paix, à lui setil, ne fera pas cela : sans le travail de la nation, il resterait stéril.
La victoire n'empêchera pas d'ailleurs que le payp ait à supporter directement une large part des dettes occasionnées par la guerre et par la réparation de ses maux. Il ne pourra, en conséquence, supporter le fardeau de ces charges, que s'il répond à l'accroissement de ses obligations par l'accroissement de son revenu, c'est-à-dire de sa production.
La surproduction ne dépend pas seulement de l'existence de richesses naturelles et d'épargnes suffisantes, mais plus encore de la volonté de produire et de la science de la production. La qualité d.u travailleur devra suppléer à la pénurie de la main-d'œuvre.
L'ardeur au travail, le rendement du travail, l'intelligence dans le travail maintiendront seuls la France à son rang. Mais ces qualités ne s'improvisent pas : elles dépendent de la formation des individus.
Les nouveaux principes d'éducation doivent donc se proposer avant tout la ôûsé en valeur dek facultés productives de l'individu. Or, économiquement, l'homme n'est pleinement productif que s'il réalise l'équilibre de ses facultés naturelles : corps, caractère, intelligence. Nous ne devons pas avoir pour but de faire des machines, mais des hommes dans la plus large et la plus noble acception du mot.
Or, actuellement, notre système d'éducation est déséquilibré par excès de culture intellectueBe. Il faut réduire celle-ci à ses justes proportions et remettre le corps et la volonté en honneur. Notre sj^tème d'édu-
CONCLUSIONS
cation est aussi trop désintéressé, et sans lien avec les professions productives, alors qu'il doit acheminer à la carrière, au métier, et être complété par un enseignement technique professionnel.
On nous rendra cette justice que, dans rexamén des moyens propres à réaliser ces corrections et compléments, nous nous sommes efforcés d'éviter les procès de tendance et les développements systématiques, et que nous avons toujours qb le souci de proposer des institutions pratiques et positives. Le sommaire n'en sera pas superflu en cette fin d'étude:
Culture physique : Principe de l'obligation stricte mais graduée, à tous les degrés de l'école. — Entraînement individuel, sports en conunun. — Le jeu par équipes, récompense du travail scolaire. — Formation de rinstituteur aux méthodes modernes de culture physique. — Les collèges d'athlètes : écoles de moniteurs. — Les terrains de jeux conmiunaux, ruraux et urbains. — Hygiène et propreté. — L'entraînement sportif post-scolaire.
Formation du caractère : Principe : éveiller le goût du vouloir, donner l'habitude de vouloir. — Mettre l'enfant en face de l'effort : le contact direct avec la vie. — L'éducation à la campagne, chaque fois que cda est possible. — L'expérience visuelle des travaux de la production. — Enseignement d'un métier éducateur. — Première initiation professionnelle aussi ptécoife que possible. — Lutté contre certaines formes
de Tesprit de famiUe destructrices de l'initiative. — Concession progressive de la liberté. — Lutte contre rinteirnat. — Utilité des séjourâ à l'étranger.
Instruction : Principe : l'instruction doit être adaptée à la destination sociale probable de l'élève ; elle doit préparer directement à l'enseigneinent professionnel qui suit l'école. — Ne pas surcharger la mémoire ; ne pas abuser des idées générales. — Rechercher avant tout la formation du jugement; but principal : apprendre à apprendre. — • Contact plus étroit de l'école avec le milieu économique. — L'enseignement doit remonter de la réalité à l'abstraction, à l'inverse de ce qui a été fait jusqu'à présent. ^L'enseignement supérieur est trop académique.
— Fusion des Facultés avec certains Instituts techniques ; union et collaboration plus complète de la science et des arts avec l'industrie.
La culture générale secondaire ne doit avoir pour but que de préparer à la culture générale supérieure et à l'enseignement technique supérieur. — Lutté contre le baccalauréat considéré conune une fin en sok
— Élimination sérieuse des réfractaires à ce genre d'instruction, au profit de l'instruction primaire supérieure et de l'instruction technique. — L'État et le personnel enseignant doivent se préoccuper de susciter les vocations professionnelles dont la vie économique du pays a besoin. Les professions conunerdales et industrielles, ainsi que le travail manuel, doivent être remis en honneur.
Réaction contre l'intellectualisme superficiel de
CONCLUSIONS
Técole primaire. — Apprendre avant tout les bases fondamentales de toute instruction. — L'enseignement primaire doit être adapté aux divers nwlieux économiques : régionalisme scolaire. — Durée de la scolarité portée à 14 ans, mais avec les deux dernières années nettement consacrées à une sorte de préapprentissage, théorique et pratique. Dans les campagnes, les deux dernières années seraient remplacées par des cours périodiques ou saisonniers. — Avantages de la fréquentation obligatoire de Técole primaire, publique ou privée, par les enfants de toutes classes sociales.
Développement de l'enseignement primaire supérieur, mais avec une certaine extension donnée à l'enseignement des matières susceptibles d'être inomédiatement utilisées' dans les professions industrielles, conunerdales ou agricoles.
Éducation physiologique et éléments de médecine usuelle à l'école, entre 15 et 17 ans.
Enseignement professionnel : Principe : nature et forme de l'enseignement réglées d'après le géhife de fonction que l'élève est appelé à remplir dans les diverses entreprises de production. — Accessibilité des écoles des degrés supérieurs aux diplômés des degrés inférieurs.
Enseignement supérieur, pour chefs de grandes entreprises : il doit être encyclopédique, tout en maintenant le contact avec les travaux de la production. — Mais un enseignement spécialisé post-scolaire ou apprentissage doit le compléter. — Élargissement de
son recrutement et terminaison des études à un âge moins avancé.
Enseignement moyen, pour chefs de services ou directeurs de moyennes entreprises : spécialisé, avec large part faite aux travaux pratiques.
Enseignement élémentaire, pour contremaîtres, petits patrons ou ouvriers d'art et de précision, très spécialisé. — Création d'Instituts de métiers. — Cours périodiques ou saisonniers à la campagne.
Apprentissage : Contrat obligatoire dans les industries de transformation. — Cours professionnels de demi-temps ou écoles professionnelles obligatoires pour toutes les catégories d'apprentis.
Mais, il faut lavouer, un pareil plan de réformes ne saurait aboutir, malgîo les lois et les encouragements de toutes natures accordée aux initiatives privées, sans que simultanément une évolution radicale s'accomplisse dans la formation de tout le personnel enseignant. Nos écoles normales supérieures et primaires devraient voir modifier leurs programmes en conséquence. Toutefois, pour qu'une semblable mesure soit véritablement efficace, pour que nos méthodes d'enseignement soient toujours à la hauteur des derniers progrès pédagogiques ainsi que des transformations économiques mondiales, il serait nécessaire qu'un contact intime et permanent fût maintenu avec les établissements les plus réputés de l'étranger, où un contingent important de nos futurs professeurs
CONCLUSIONS
serait tenu de faire des stages répétés et de longue durée.
La même idée que les milieux universitaires doivent se pénétrer des besoins réels de notre économie nationale, nous amène à réclamer que les conseils imiversitaires à tous degrés, ainsi que les commissions de l'Instruction publique et de l'Enseignement technique, soient dorénavant très largement ouverts aux représentants des professions actives du pays, qui devraient logiqueniènt y représenter la moitié des membres.
Bien loin d'avoir la présomption de penser que le sujet par nous abbrdé dans ses grandes lignes ait trouvé dans les suggestions qui précèdent une solution définitive et suffisante quant aux détails, notre plus cher désir serait que d'autres, et de plus compétents que nous, s'ils nous suivent dans l'ordre général de nos déductions, reprennent les diverses questions posées pour les mettre définitivement au point. L'çssentiel est que l'accord se fasse sur l'esprit dans lequel doit être opérée une réforme générale de l'éducation française : c'est-à-dire le souci d'équilibrer nos méthodes pédagogiques en vue de former les hommes d'action et les techniciens consommés, sans lesquds la France ne sera pas en mesure de profiter de sa victoire.
Notre but principal a été de donner au problème de la formation de la jeunesse, parmi nos discussions actuelles, la place de premier plan qui lui re\âent, car elle est à la base de tout programme de réorganisation
lOI
économique et sociale. Il importe à cet égard de créer mi puissant mouvement d'opinion publique et d'exercer une action énergique sur les pouvoîts]publics, afin d'aboiitir sans délai. Dans quelques années, il serait déjà trop tard, car avant dix ans le sort économique de la France sera réglé. Quant à préconiser des mestires d6^détail, on peut dire par avance qu'elles ne sauraient suffire : ce qu'il faut aujourd'hui au pays, c'est une œuvre d'ensemble.