‹ La reforme de l'enseignement populaire en Belgique. --Chapitre 12 sur 56 · S LA RÉFORME DE L'ENSEIGNEMENT · texte numérisé non relu

S LA RÉFORME DE L'ENSEIGNEMENT

les plus élevées que Fhomme puisse trouver au cours de sa vie... »

L'élève qui, pendant les trois premiers degrés, aura été conduit d'après les vues que nous avons exposées, possédera déjà une certaine habileté à exprimer sa pensée, grâce surtout à la pratique journalière de la rédaction. La lecture et les exercices spéciaux auront enrichi son vocabulaire, tout en l'habituant à l'emploi du terme propre.

Le 4^ degré continuera dans la même voie; seulement la rédaction sera désormais enseignée dans un but plus directement utilitaire. Les sujets seront empruntés à la sphère de la future activité professionnelle des enfants : ce seront des lettres d'affaires, des contrats de travail, des comptes rendus de promenades scolaires ou de visites de chantiers ou d'industries; des projets de baux et des descriptions de fermes modèles vues en commun; des relations de quelque accident de travail fictif ou réel, et jusqu'à des procès-verbaux de réunions de la mutuelle scolaire ou de la « Société des petits protecteurs ». Ici le champ est des plus vastes, et le maître, qui voit clairement le but du ¥ degré et connaît les besoins ultérieurs des élèves de sa classe, saura choisir avec le discernement voulu.

A Milan, à l'école professionnelle de VUmanitarki, nous avons vu que chaque élève possédait un cahier où, il inscrivait tous les soirs le compte rendu personnel du travail manuel exécuté par lui au cours de la journée. Ces cahiers, agrémentés de nombreux croquis, étaient parfaitement tenus à jour; les inscriptions, bien que substantielles, excellaient par la concision et la clarté. Les élèves, dressés à ce genre d'exercices, ne leur consacraient qu'un temps fort limité; ils s'entraînaient ainsi à l'emploi des termes techniques exacts, à la description claire du travail ouvrier, et se constituaient en même temps des documents technologiques de tout premier ordre. C'est là un exemple à imiter.

Les rédactions doivent, comme au 5*^ degré, s'accompagner d'exercices linguistiques spéciaux, ayant pour but

(Fenrichir systématiquement le vocabulaire et d'enseigner l'emploi du terme propre. Que le lecteur nous excuse de revenir encore sur ce thème. Au risque de passer pour ennuyeux, nous tenons à insister à nouveau sur la nécessité pour nous autres Belges, Wallons aussi bien que Flamands, d'introduire plus de précision et de couleur dans notre langage et dans nos écrits.

Le livre de lecture et de petites analyses littéraires nous y aideront au 4^ degré. Mais, comme le langage et le style constituent des synthèses continuelles, les analyses manqueraient leur but, si les matériaux qu'elles nous auront aidés à recueillir n'étaient pas immédiatement mis à profit, utilisés, travaillés dans des exercices de rédaction.

Ceci nous amène à parler du livre de lecture destiné au ï" degré. En ferons-nous encore une minuscule encyclopédie embrassant tous les domaines du savoir? Nous ne le pensons pas. Pour les enfants de douze à quatorze ans, nous préférons une collection de petits traités consacrés aux branches différentes et présentant les matières en des exposés succincts, clairs et parfaitement enchaînés, pour que les petits lecteurs acquièrent sur chacune d'elles une vue d'ensemble. A cet âge, ils doivent s'habituer à lire et à étudier des brochures qui ne sont pas purement récréatives.

Nous voudrions que les livres de lecture proprement dits à mettre entre les mains des élèves du 4^ degré revêtissent la forme de chrestomathies composées des meilleurs morceaux empruntés aux bons auteurs, sans oublier les contemporains et les écrivains belges. Chaque série de morceaux serait précédée d'une notice donnant en termes simples la biographie de l'auteur et la caractéristique de son œuvre : car il faut que les noms des grands écrivains qui ont illustré nos deux langues nationales pénètrent dans la masse. Que nos filles et nos fils apprennent par cœur les beaux passages de leurs écrits ; il en est qui glorifient les divers métiers en paroles imagées, parfois émues ! Qu'on les enseigne à nos enfants! Ceux-ci y verront exprimée en un langage élevé la

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poésie qui se dégage de leur modeste labeur, poésie qu'ils ne ressentiront pas tous les jours pendant leurs longues heures de travail : mais il arrivera des moments où leur cœur, plus particulièrement à l'aise, sera plus réceptif; alors les vers appris à l'école leur remonteront à la mémoire, ils verront toute la beauté de leur profession courageusement exercée; leur âme s'épanouira, et, passagèrement du moins, ils jouiront du vrai bonheur.

Afin de dresser les élèves à la lecture douvrages de longue haleine, il serait intéressant de lire avec eux, en classe, surtout à la fin de la scolarité, un livre ou des livres entiers en texte continu. Ce pourraient être des descriptions de voyages, des récits d'explorateurs, un roman historique, quelque nouvelle populaire honnête. Car nous commettrions une erreur grave, en omettant de nourrir l'imagination des élèves, de donner parfois cours à leur libre fantaisie. Cette préoccupation a son importance, au moment où l'on imprime aux études primaires un caractère aussi positif, aussi nettement utilitaire. L'imagination a été appelée la folle du logis; mais, n'en déplaise à ses détracteurs, elle est souvent une source de jouissances intérieures inappréciables. Qu'il est bon parfois de se lancer à corps perdu dans le monde de l'illusion, de se sentir des ailes et de ne plus connaître d'obstacles! Evidemment, ce serait dangereux de faire des rêveurs de nos enfants; mais il ne faut pas non plus qu'ils se transforment en hommes trop froids, trop compassés, ne sachant pas vibrer en présence d'un beau spectacle, d'une belle action. D'ailleurs, les atterrissages après ces fugues à travers l'espace sont suffisamment rudes pour les ramener sans retard à la réalité. Afin de ne pas diminuer ou même de tuer l'intérêt, il faut se garder d'exiger des enfants du 4*^ degré qu'ils lisent « le crayon à la main », notant les expressions typiques ou les passages intéressants : ce serait détourner leur attention du beau vers l'utile, de l'agréable vers le pénible. Le maître se / contentera de demander le résumé oral des chapitres lus, dans le double but de vérifier jusqu'à quel point les élèves se

rendent un compte exact de ce qu'ils lisent et de les exercer à une synthèse verbale d'une suite de pensées.

Les enfants ainsi formés se montreront friands de lectures. La bibliothèque scolaire, bien pourvue d'un choix de livres appropriés, alimentera leur soif ; elle sera composée avec un sage éclectisme, par des hommes connaissant à fond la psychologie de l'enfant sur le point de se muer en adolescent. Voilà un problème intéressant, digne de retenir l'attention d'un conseil de perfectionnement.

Le cours de géographie du ¥ degré sera surtout consacré à la géographie économique. Il montrera la Belgique au travail, exploitantson sol et son sous-sol, important des matières, les transformant, consommant une partie des produits manufacturés, exportant les autres, assurant le transit des marchandises destinées aux voisins, échangeant des articles avec les autres nations. Il étudiera les divers pays de l'Europe d'abord, les autres parties du monde ensuite, dans leurs rapports avec notre patyne. Il s'arrêtera assez longuement à notre Colonie du Congo, à ses nombreuses ressources et aux moyens de les faire valoir. Il montrera les grandes lignes commerciales par où passe le traflc mondial et mettra en évidence l'importance nationale du port d'Anvers. Il finira par une étude élémentaire du système solaire, laquelle sera d'ailleurs facilitée par l'observation journalière du soleil et de la lune pratiquée depuis le degré inférieur ; quelques lectures relatives aux grands voyages géographiques et aux explorations célèbres des divers continents agrémenteront la (in du cours.

Dans l'étude de la géographie économique, l'industrie et le commerce locaux retiendront en tout premier lieu l'attenlion du maître et des élèves ; ensuite ce sera le tour du « petit pays », de la grande région naturelle et du pays considéré dans son ensemble.

L'indication des productions de nos régions (ît des diverses contrées du globe se déduira de la composition et de la con-

figuration du sol, de la latitude et de l'altitude, du régime des eaux, des conditions climatériques. Les sièges des grandes industries seront déterminés par Texamen préalable des conditions les plus favorables à leur développement, suivi de la recherche des endroits où ces conditions sont lo mieux remplies. On recherchera de môme les zones de culture de telle ou telle plante commerciale, en se basant sur la connaissance des facteurs indispensables à sa croissance prospère.

Entendue de cette manière, la géographie ne sera plus une sèche nomenclature de caps, de golfes, de villes, de fleuves, de montagnes et de produits, qui ne parlent pas à l'imagination et disparaissent de la mémoire sans y laisser la moindre trace, et l'on ne verra plus des jeunes gens, ayant fait des humanités complètes et n'étant pas des cancres cependant, venir déclarer à un examen que le macaroni est cultivé en Italie, ainsi que cela est arrivé récemment devant un jury que nous présidions.

A l'occasion de l'étude du commerce local et régional, Finstituteur s'arrêtera longuement sur les débouchés des produits fabriqués dans la commune ou la contrée. La guerre en aura fermé un certain nombre ; il s'agira de les remplacer. Aussi sera-t-il éminemment utile que le bon maître envisage en classe la solution du problème, après en avoir conféré sérieusement avec des compétences reconnues. Le pays de Waes, par exemple, qui avant la guerre expédiait quantité de sabots en Allemagne, se verra obligé de rechercher de nouveaux débouchés.

Dans le même ordre, on enseignera au 4^ degré des écoles de Roulers d'où provient le coton, quelles sont les régions du globe où on le cultive, comment on le récolte, comment on l'expédie, où se tiennent les grands marchés de coton, comment il arrive en Belgique, etc. La connaissance de ces détails ne rendra pas le tisserand professionnellement plus habile, mais elle l'intéressera davantage à son métier; elle élargira le cercle de ses idées et nourrira sa vie intérieure;

elle lui montrera enfin comment, en dernière analyse, sous quelque ciel qu'ils vivent, tous les hommes sont solidaires.

On pourrait multiplier les exemples à l'infini; ils se pres-

raient tellement nombreux sous la plume qu'à eux seuls - rempliraient un volume. Cependant qu'il nous soit permis de nous arrêter encore un instant à l'enseignement de la 2-éographie dans les écoles rurales.

Nous posons en principe que ce qui intéresse surtout les futurs agriculteurs dans la géographie des divers pays, et ce qui contribuera le plus à leur formation professionnelle, c'est la description du régime agricole de ces contrées et les |)roductions végétales de leur sol, avec les industries spéciales qui s'y rattachent.

Dès lors, le maître enseignera la caractéristique des cultures belges dans nos grandes régions agricoles, mettant en évidence en quoi celles de la Campine, notamment, diffèrent de celles de la Hesbaye, de la Flandre, de l'Ardenne... Il s'arrêtera longuement à l'essor de l'agriculture et de l'élevage en Hollande, à l'industrie fromagère si développée dans ce pays, à la récupération des fagnes, à l'assèchement des polders et des bras de mer, nécessitant l'action continue de pompes d'épuisement mues par des moulins à vent.

Il montrera l'importance qu'on attache en Allemagne à l'enseignement agricole, comment l'agriculture y est basée de plus en plus sur des applications scientifiques et y a reçu une impulsion féconde par l'emploi judicieux des engrais chimiques, par l'alimentation rationnelle du bétail, par la sélection des graines, par la multiplication des machines agricoles, par la coopération et par le crédit rural, et par V audace des conceptions.

Il décrira l'agriculture et l'élevage danois, qui ont atteint un si haut degré de perfection, grâce à l'instruction générale et professionnelle répandue à flots parmi la classe paysanne, et par l'association, sagement dirigée vers l'exportation en p^rand des produits agricoles, et il citera ce cas typique des

iltivateurs danois envoyant leur beurre de première qua-

lité en Angleterre et se contentant pour leur propre usage du beurre de Sibérie. Il expliquera les procédés agricoles des pays du Nord, de la Norvège, de la Suède, de la Sibérie.

Il parlera de la production du blé par les terres noires de Russie et les pays danubiens. Il fera ressortir les richesses agricoles de la France, qui, bien exploitées, permettraient à ce merveilleux pays de vivre sur son propre fonds sans rien demander à l'étranger. Il montrera comment l'élevage s'étend en Angleterre aux dépens de l'agriculture, par suite de l'exode rural vers les centres industriels, et comment l'accroissement des troupeaux de moutons dans un pays est un signe manifeste de la décadence de l'agriculture ; et il appliquera cette théorie à l'Espagne, au Midi de l'Italie, à la Grèce, qui sont des pays de pasteurs. Il brossera un large tableau de l'agriculture et de l'élevage dans les deux Amériques, ces contrées lointaines et par conséquent quelque peu mystérieuses, auxquelles nos paysans ne songent qu'avec respect ; des immenses exploitations agricoles mettant en œuvre les machines aratoires les plus perfectionnées, et notamment ces tracteurs mécaniques et ces charrues à socs multiples qui viennent de faire leur apparition de ce côté de l'Atlantique et y sont appelés à un brillant avenir; des colossales industries dérivées de l'élevage, telles que celles des beefpackers de Chicago, des fabricants d'extrait de viande, des préparateurs de viande congelée. Il donnera un aperçu de l'agricullure dans le Nord de l'Afrique, au Maroc, en Algérie et en Egypte, où le génie pratique des Anglais retire un maximum d'avantages des crues périodiques du Nil aux eaux fertilisantes.

L'agriculture tropicale, avec ses plantations de café, de coton, de cannes à sucre, de tabac, d'essences à caoutchouc, avec ses bananeraies et ses rizeraies, suscitera certainement l'intérêt des élèves, de même que l'utilisation des éléphants comme bêtes de trait dans l'Inde anglaise, et les procédés de culture spéciaux des Chinois, ces premiers agriculteurs du monde.

Signalons, pour terminer, les « treks * des « Boeren » dans

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le « Veld » sud-africain et leur colonisation de toute la partie méridionale du Continent Noir, ainsi que les efforts des colons australiens qui, grâce au forage de nombreux puits, sont parvenus à transformer en pâturages des contrées désertiques où paissent maintenant d'innombrables troupeaux.

L'enseignement de la géographie ainsi comprise exigera de l'instituteur une préparation soignée et assez laborieuse. ( '.e sera notamment le cas des membres du personnel actuellement en fonctions, qui devront adapter leurs leçons aux exigences nouvelles. Quant aux futurs maîtres, qui seront préparés dans les écoles normales réorganisées, ils auront l'avantage de pouvoir utiliser les cours rajeunis de leurs propres professeurs.

La réforme préconisée entraînera fatalement la refonte complète des traités de géographie et leur spécialisation d'après les genres d'écoles auxquelles ils sont destinés. Espérons qu'elle provoquera en outre la disparition, du moins aux classes supérieures, de ces atlas-manuels omnibus qui ont la prétention de convenir à toutes les écoles des divers types et qui excellent tout au plus par leur insignifiance et leur manque de précision. Ces vade-mecum sont la négation d'un bon enseignement de la géographie. Leurs cartes sont une insulte constante à la saine méthodologie de cette branche capitale : sous prétexte de simplifier les données géographiques, elles inculquent aux enfants une conception absolument fausse de l'aspect des pays. Ces larges taches jaunes, rouges ou vertes, qui représentent les contrées, ne disent rien à l'imagination ! Il convient de mettre entre les mains des élèves du 5^ et du ¥ degré un atlas bien fait, contenant des cartes complètes, conçues et exécutées d'après les derniers vœux de la science géographique, et de leur apprendre à les lire et à les interpréter. L'atlas ira de pair avec un traité intéressant, dans lequel les données géographiques proprement dites alterneront avec des descriptions imagées que l'on se bornera à lire en classe, qui illustreront les notions enseignées et les fixeront à jamais dans les mémoires.

<m LA RÉFORME DE L'ENSEIGNEMENT.

Nous reviendrons sur ce point lorsque, dans la suite, nous traiterons de la rénovation indispensable des moyens matériels d'enseignement, et notamment des livres classiques employés dans les écoles belges.

Dans les établissements scolaires, dont les ressources budgétaires le permettent, l'emploi de projections lumineuses fixes ou animées est hautement recommandable. 11 existe actuellement des appareils qui permettent de projeter sur l'écran, sans l'aide de diapositives, l'image d'une carte-vue et même les gravures du premier livre venu. Seulement ces appareils ont besoin, pour fonctionner, d'une puissante source de lumière.

Quelle aubaine pour les élèves, que de pouvoir assister ainsi au défilé d'une série de vues, donnant les aspects principaux d'un pays, les phases d'une industrie, les monuments d'une ville, les installations d'un port! Et quel luxe, lorsque ces projections sont animées ; que, se prélassant dans un fauteuil, ils peuvent assister à des scènes typiques de la vie des peuples les plus lointains, de leurs mœurs, de leurs occupations! Semblables séances cinématographiques bien comprises constituent des leçons de choses d'une force éducative inappréciable.

Nous nous rappelons qu'avant la guerre nous conduisions régulièrement nos enfants, et nous engagions nos amis à conduire les leurs, dans un petit cinéma de la rue Neuve, à Bruxelles, portant pour enseigne « Le Tour du Monde ». Nous y avons vu dérouler des films pris sous toutes les latitudes et à toutes les altitudes : scènes de la steppe et de la jungle, de la plaine et de la montagne, de la mer et du désert, des régions arctiques et antarctiques, des zones tropicales et modérées, scènes de la vie pastorale et agricole, vues des industries extractives, alimentaires, textiles, métallurgiques, etc., etc. Nous nous souvenons que noire petit garçon, qui avait alors six ans, fut spécialement frappé par le lancement d'un navire anglais. Il nous en parlait encore dernièrement et nous expliqua avec force détails, d une

précision remarquable, toutes les péripéties de cette magistrale opération.

Le cinéma fait son apparition partout; il pénètre jusqu'aux moindres bourgs où existe le courant électrique. De toutes les inventions modernes, c'est peut-être celle qui a connu la vogue la plus rapide. On en médit beaucoup et souvent avec raison, car il a déjà maints ravages moraux à son passif. Cela ne tient pas à l'institution en elle-même, mais au déplorable usage que l'on en fait. Il en est du cinéma comme du couteau, qui peut assassiner, mais qui découpe nos aliments.

L'installation d'un cinéma, — établissement réputé dangereux, — dans une localité, est soumise à l'approbation préalable de l'autorité. Pourquoi celle-ci n'imposerait-elle pas aux directeurs des cinémas, comme clause essentielle de l'autorisation, l'obligation d'organiser une ou deux fois par mois, et même toutes les semaines dans les grandes villes, des représentations spéciales analogues à celles du « Tour du Monde » dont nous parlions plus haut, et auxquelles seraient admis gratuitement les élèves des classes supérieures de toutes les écoles primaires de la localité ou de la section, soumises à l'inspection de l'État? La réalisation de pareil projet ne semble pas devoir se heurter à des obstacles insurmontables. Quoi qu'il en soit, nous le soumettons à la sagacité et à l'esprit d'initiative des échevins de l'instruction publique de nos villes et de nos bourgs.

Feu M. Royer a demandé l'inscription de l'histoire générale au programme du ¥ degré, afin de « situer en quelque sorte l'histoire de Belgique dans l'histoire universelle ».

« Si l'on enseigne isolément l'histoire de Belgique aux enfants, dit-il, c'est, à mon sens, une absurdité, et une absurdité des plus ennuyeuses; quand on procède ainsi, on donne à l'élève une très fausse idée de ce que c'est que l'histoire, de ce qu'est la l^elgique et de ce qu'est l'histoire de la Belgique. Il faut que, sortis de l'école primaire, les enfants aient cette impression que l'histoire est une science pleine DE Paedw. — L'Enseignement en Belgique. 7

d'intérêt et d'agrément, et l'on n'obtiendra pas ce résultat en enseignant isolément l'histoire de Belgique.

« Il faut que les enfants sachent que la Belgique est un tout petit pays. Il faut que les enfants sachent que l'histoire de la Belgique participe de l'histoire de l'Allemagne, de l'histoire de la France, de l'histoire de l'Angleterre'... »

Les raisons du défunt député de Tournai sont des plus plausibles. Seulement nous estimons que ce serait inutilement et même fâcheusement charger le programme que d'y inscrire l'histoire universelle depuis les origines jusqu'à nos jours.

Le but visé peut être atteint, à notre avis, par l'étude de l'histoire contemporaine directement rattachée à la relation de la grande guerre, qui tiendra désormais, à n'en pas douter, une large place dans l'enseignement à tous les degrés des écoles du monde entier : car jamais cataclysme n'aura produit un bouleversement aussi profond dans les idées, dans les situations économiques, sociales et politiques des peuples comme dans la configuration des Élats.

xMais, pour comprendre les causes profondes du conflit, il est nécessaire de remonter le cours des temps et d'aller puiser dans l'histoire des peuples qui sont les principaux acteurs du drame, et spécialement dans les annales de ceux qui y jouent les « traîtres ».

11 faut que nos fils sachent que, depuis sa création, la Prusse a été un mauvais voisin et un allié félon, s'enriehissant des dépouilles des États limitrophes, enlevant la Silésie à l'Autriche, se faisant attribuer la rive gauche du Rhin, sous prétexte de monter la garde contre la France atteinte du virus de la liberté, mais avec l'arrière-pensée de la transformer en une immense tête de pont donnant vue sur les territoires qui dévalent vers la Meuse ou ondulent vers la côte flamande et le Pas-de-Calais.

Il faut qu'ils se rendent compte de la part prise par la

L Séance de la Chambre des Représentants du 12 décembre 1913. Annales parlementaires, p. 517.

Prusse au démembrement de la malheureuse Pologne, à la mutilation du Danemark, à l'expulsion de l'Autriche de la Confédération germanique. Il importe qu'ils connaissent son agression perOde de la France en 1870, la défaite de ce pays qui avait trop généreusement versé son sang dans les guerres d'affranchissement des peuples opprimés; enfin l'annexion de l'Alsace-Lorraine à l'Empire allemand proclamé à Versailles par les princes germaniques vainqueurs. Mais l'histoire de rAllemagne prussianisée ne s'arrêtera pas là.

Il faudra que nos enfants voient cette Allemagne, consacrant 44 années à forcer lentement, méthodiquement, de formidables engins de guerre pour réaliser son rêve orgueilleux de domination mondiale, inféodant à sa politique l'Aulriche- Hongrie, laquelle, léchant la main qui l'avait battue, s'est complètement asservie au roi de Prusse, jusqu'à en mourir. Les enfants comprendront le malaise qui régnait sur le monde enter, où, sous le moindre prétexte, le kaiser faisait sonner ses éperons et parlait à la cantonnade de glaives aiguisés et de poudre sèche.

Ils sauront aussi que le peuple allemand s'est rendu solidaire de ses dirigeants, qu'un enseignement sophisliqué et un militarisme outrancier l'ont complètement corrompu et ont détourné vers l'impérialisme et l'esprit de conquête ses qualités natives de labeur et de discipline.

Les maîtres rappelleront souvent le traitement ignoble que les Allemands, tons les Allemands, qu'ils fussent officiers ou soldats, militaires ou civils, ont fait subir à notre pays confiant : violation d'un traité sacré, invasion brusquée, massacres de populations inotTensives, exactions sans nombre, déporta lions en masse d'hommes et de femmes, mauvais traitements de nos prisonniers dans les géhennes germaniques, patriotes fusillés pour des crimes imaginaires, flots de sang belge versés sur les champs de bataille, destruction systématique de nos sources de richesses : usines, bois et forêts, chemins de fer. Que nos enfants n'oublient aucun de ces détails, ni les agissements allemands pour déchirer l'unité

du pays et même leurs intentions inavouées de le rayer de la liste des nations indépendantes.

Faut-il, à l'école primaire, entretenir la haine contre les Allemands, y enseigner systématiquement ce que d'aucuns appellent le Devoir de Haine? La revue belge, V École aux armées^ a ouvert une enquête sur ce point auprès d'un grand nombre de personnages éminents du monde de l'enseignement. Nous nous rallions entièrement à la réponse que fit M. A. Groiset, doyen de la Faculté des Lettres à V Université de Paris, réponse qui a été publiée au n*' 8, du 10 février 1918, de ladite revue, et que nous transcrivons in extenso : « I. La première qualité de l'histoire et son premier objet est d'être vraie.

« C'est pour elle une condition nécessaire de wSa moralité et de son utilité. Cette loi domine tout dans l'esprit du véritable historien.

« Si des crimes ont été commis, l'histoire se doit à ellemême et doit aux autres de les faire connaître et de les juger au nom des principes qui sont, pour les honnêtes gens, la base de toute considération.

« Il ne s'agit pas de déclamer, mais de raconter et de juger. Plus la condamnation sera grave et simple de ton, plus elle aura de force et d'autorité.

« II. L'entente internationale est sans doute un but excellent, mais une véritable entente ne peut être que sincère et réciproque : il ne s'agit pas d'être dupe. Il n'y a ni entente vraie, ni amitié solide, sans une confiance justifiée entre les contractants. Si la confiance n'est pas fondée en raison, elle est absurde et dangereuse.

« III. Le prétendu principe énoncé sous cette forme : « Périssent les atrocités commises et la guerre ;elle-même par l'oubli des atrocités commises! » n'est pas admissible.

« Le moyen de supprimer les guerres futures n'est pas de laisser à un ennemi dangereux, avant qu'il ait cessé d être dangereux, le bénéfice d'un oubli immérité.

L'oubli prématuré ne serait qu'imprévoyance.

« IV. La haine enseignée à l'École ne serait-elle pas un lément de plus dans le retour possible d'événements aussi elTrayants que ceux que nous traversons?

« Non, si la haine n'est pas aveugle, si elle s'applique au passé plus qu'à l'avenir, aux faits plus qu'aux hommes, si elle n'exclut pas la possibilité d'un rapprochement fondé sur la régénération du coupable.

ce Mais il faut que la régénération précède : car il est impossible à l'honnête homme de ne pas haïr ce qui est haïssable.

< V. 11 ne faut pas oublier. Il faut se souvenir et dire pourquoi. 11 faut le dire très haut, et à l'ennemi lui-même. S'il est capable de réflexion sur ses propres égarements le moyen le plus sûr de l'y amener^ c'est, après la victoire, de lai faire comprendre pourquoi il est au ban de l'humanité. »

Mais l'histoire de la Prusse et de l'Allemagne ne suffirail pas à faire saisir le sens profond de tous les événements que nous venons d'énumérer. L'histoire de l'Autriche et celle de la Prusse sont intimement liées comme celles d'une victime et de son bourreau, comme celles d'un sicaire et de son chef de bande.

Nos enfants auront déjà fait la connaissance de cet empire avec Charles-Quint, avec Marie Thérèse et Joseph II, de même qu'avec le congrès de Vi . ne, dont les tractations jetèrent incontestablement les bases du conflit actuel. Le long règne de François-Joseph, de sanguinaire mémoire, sera passé en revue, ce long règne qui fut illustré par tant de sombres drames et se signala par l'oppression des petits peuples soumis à la domination des Habsbourgs et par cette politique balkanique spoliatrice, le fameux « Drang nach Oslen », inventé par Bismarck avec l'arrière-pensée d'expulser définitivement des pays allemands sa rivale vaincue, politique criminelle qui a mis le feu aux poudres en été 1914, mais dont la victoire des Alliés vient d'annihiler les résultats à tout jamais.

L'histoire delà France depuis la fin du xviii^ siècle jusqu'à nos jours figurera également au programme. Le renversement de l'ancien régime, les origines de la grande Révolution française, les principaux événements de cette fermentation terrible d'où est sorti le monde moderne, les guerres des armées de la République et de TEmpire, la Restauration, l'établissement de la Monarchie constitutionnelle, la seconde République, le second Empire avec ses guerres et sa politique inspirées par le principe des nationalités, la campagne désastreuse de 1873-1871, l'instauration delà troisième République, les conquêtes coloniales de la France et ses alliances et ententes fourniront ample matière à leçons intéressantes.

Puis viendra l'histoire de la Grande- Ere lagne, depuis la proclamation de l'indépendance des États-Unis d'Amérique jusqu'aux temps présents, sa participation aux conflits continentaux, ses guerres coloniales, la question d'Irlande, et enfin son intervention, avec toute sa puissance et toutes ses ressources, dans la guerre aciuelle, à la suite de la violation de notre neutralité.

N'oublions pas non plus le drame de l'unité italienne, dont ie dernier acte vient de se terminer par une brillante apothéose, c'est-à-dire par la réunion désormais indissoluble de toutes les « terre irredente » à la mère-patrie. A cet égard, nous tenons à souligner que le sort injuste infligé à la Belgique par le plus barbare des ennemis a été la cause déterminante qui a définitivement rangé les classes populaires italiennes derrière le drapeau de la liberté.

Nos enfants sauront aussi comment l'Empire russe a été créé par le génie volontaire et brutal du tsar Pierre P"^; comment il a été consolidé par la sanguinaire « grande Catherine » ; comment, à travers le xix« siècle, les tsars, leurs successeurs, ont gouverné sur les millions de sujets, en s'appuyant sur une bureaucratie vénale et cruelle, maintenant le peuple dans une ignorance profonde et dans un état social indigne de notre temps, le dominant par un régime de terreur; comment cette puissance a été ébranlée par la guerre

contre le Japon, et comment elle vient de s'effondrer dans l'anarchie, la trahison, la boue et un démembrement honteux qui n'a pas l'air de devoir provoquer la moindre réaction patriotique.

Lhistoire de l'Empire turc mettra en relief les persécutions systématiques des chrétiens et les révoltes successives de ces malheureux, suivies de répressions sanglantes, les guerres d'indépendance des peuples asservis, la création des États balkaniques et les luttes dont les Balkans furent le théâtre, sans oublier les massacres périodiques des Arméniens et des Syriens.

Le récit de la grande guerre, dans laquelle la Belgique s est acquis la gloire la plus pure, que nos enfants auront à garder comme un patrimoine précieux, se terminera comme les contes de fées par la punition des méchants et la récompense des justes : l'effondrement des quatre États coalisés et la renaissance à la liberté et à l'indépendance de toute une série de peuples longuement opprimés, mais qui avaient gardé intacte la foi en leurs destinées.

De l'Orient, on tournera les regards vers l'Occident, vers le Nouveau Monde, d'où nous est venue l'aide puissante qui permettra à la Liberté et à la Justice de dicter définitivement leur loi au militarisme oppresseur et à la barbarie organisée, enfin subjugués. Nos enfants étudieront avec plaisir l'histoire des États-Unis d'Amérique, dont nos populations ont pu apprécier la générosité durant la longue occupation allemande, générosité qui a tissé entre eux et nous un lien indestructible.

Et, après avoir jeté un coup d'œil rapide sur l'histoire des autres républiques américaines dont plusieurs sont sorties de la période de l'enfance et qui, par leur sagesse, voient augmenter tous les jours leur prospérité ainsi que leur puissance internationale, les maîtres consacreront quelques leçons au développement des sciences, des lettres, des arts, de l'industrie, du commerce, depuis le début du xix® siècle jusqu'à nos jours. Car ces facteurs aussi ont exercé une influence

primordiale sur les événements mondiaux. L'invention de la machine à vapeur notamment a créé la grande industrie, et il est un fait avéré que ce sont les populations industrielles organisées qui ont contribué le plus efficacement à établir dans le monde le régime du gouvernement des peuples par eux-mêmes, d'après des aonstilutions qu'ils se sont librement données par leurs élus.

Nous entendons les objections de ceux qui, après avoir rapidement lu cette énumération de matières à enseigner, s'effrayent de leur étendue, jettent les bras au ciel et crient à la surcharge du programme. Évidemment, avec ces matières, un historien peut créer un cours d'université à faire pâlir les élèves les plus érudits d'une école des chartes. lis oublient qu'on peut et que pour l'enseignement au ¥ degré on doit en tirer la quintessence, réduire les événements aux faits saillants et les ramener au, niveau de l'entendement des enfants. C'est ainsi que nous le comprenons, d'ailleurs.

Les Anglais sont passés maîtres en cet art; ils ont le talent de synthétiser, et de se faire comprendre des petits et des simples. Leurs traités scolaires sont des modèles du genre, dont nous avons tout intérêt à beaucoup nous inspirer dans l'avenir. En ce qui concerne l'histoire, nous considérons comme un devoir de signaler à l'attention du lecteur The ChildrerCs Story of the War, par Sir Edward Parrott, édité par la firme Thomas Nelson and Sons, à Londres et Edimbourg.

Cette œuvre, qui paraît en livraisons hebdomadaires, a notamment donné un exposé clair et simple de l'histoire contemporaine de la Prusse et de l'Allemagne, de l'Autriche et de la France, et nous ajouterons même que la lecture répétée de ces passages nous a fortifié dans l'idée de demander l'inscription de l'histoire contemporaine, telle que nous l'avons esquissée plus haut, au programme du ¥ degré.

Nous ne nous faisons aucune illusion sur la difficulté du problème. Il y aura beaucoup à travailler. Il faudra créer de toutes pièces des traités d'histoire contemporaine à

l'usage du 4^ degré. Mais nous avons la confiance absolue que des hommes de talent se voueront sans retard à cette tâche. Et nous nous demandons pourquoi le gouvernement n'encouragerait et ne guiderait pas les initiatives par l'institution d'un prix destiné à récompenser l'auteur du meilleur ouvrage bâti sur un patron fourni par le conseil de perfectionnement de l'instruction primaire. Et voilà une seconde mission importante à confier à ce conseil.

Le traité se composerait de deux parties : du récit proprement dit des faits historiques et d'une partie documentaire composée de morceaux de lecture consacrés à des biographies de personnages de premier plan, à des tableautins vivants, à des narrations d'événements importants, dont les détails pittoresques agrémenteront le cours. Les élèves seront hautement intéressés par semblable enseignement, et nous sommes persuadé que toutes leurs préférences iront au cours d'histoire contemporaine, pourvu qu'il soit donné avec vivacité et couleur par un maître compétent.

Le cours de calcul aura, au ¥ degré, une importance primordiale. Il sera le couronnement de l'enseignement préparatoire donné aux trois degrés inférieurs et revêtira un caractère essentiellement pratique, parce qu'il sera avant tout consacré aux applications à la vie réelle professionnelle.

A la théorie des fractions ordinaires se rattacheront tout naturellement celle des fractions périodiques, dont les tourneurs et les fraiseurs se servent fréquemment, et celle des grandeurs proportionnelles (rapports et proportions, grandeurs directement et inversement proportionnelles) qui est d'un usage courant dans une infinité d'applications industrielles, et qui a le mérite de ne pas être compliquée. Nous avons toujours constaté que les élèves y mordaient facilement et se l'assimilaient avec plaisir. Elle est d'ailleurs nécessaire à l'étude élémentaire des triangles semblables, dont les propriétés sont constamment utilisées en mécanique élémentaire. Nous devons, en effet, prévoir l'avenir. Nous espérons

qu'un jour viendra où renseignement complémentaire obligatoire sera organisé, et nous voulons en jeter dès maintenant les bases à Técole primaire.

Nous ne pouvons pas oublier les carrés et les racines carrées, les cubes et les racines cubiques, ni V opération pratique de l'extraction de la racine carrée et de la racine cubique. Nous soulignons les mots opération pratique, pour bien montrer qu'il ne peut être question d'imposer l'étude de la théorie de ces opérations. Les élèves ne peuvent ignorer le mécanisme de ces extractions, parce que celles-ci se présentent souvent dans les calculs relatifs aux surfaces et aux volumes.

M. Troclet a demandé qu'au ¥ degré « les notions de mathématiques fussent approfondies, que le mesurage des surfaces et le cubage des volumes notamment fissent l'objet d'un enseignement spécial, parce que dans tous les métiers il est indispensable de savoir calculer les surfaces et les volumes ».

« Nous voudrions aussi, continue-t-il, voir enseigner des notions de géométrie élémentaire et de dessin industriel'. »

Nous sommes heureux de marquer notre accord avec l'honorable député de Liège, et nous proposons d'inscrire au programme l'étude d«s droites et des angles, des perpendiculaires, des cas d'égalité des triangles, des parallèles et des transversales; du cercle considéré dans ses rapports avec la droite, rayons, cordes, arcs, tangentes, sécantes, angles au centre et angles inscrits; des triangles semblables; de la surface des figures planes; de la surface et du volume des corps solides. Il n'entre pns dans nos vues de faire enseigner aux élèves les démonstrations classiques d'après Legendre et consorts. Des exposés suffiront dans bien des cas, et nous engageons beaucoup les instituteurs à recourir de plus en plus à la méthode des rabattements et superpositions, qui

4. Séance de la Chambre des Représentants du 12 décembre 4915, Annales parlementaires, p. 520.

a une grande force probante et dont nos collègues français se servent couramment dans leurs leçons.

L'étude du cercle est absolument nécessaire comme préliminaire au dessin industriel. Rien n'empêche de la placer déjà au 0^ degré. Quanta celle de la sphère et de ses sections par des plans, elle permettra d''établir les notions indispensables de géographie mathématique : équateur, méridiens, parallèles, longitudes et latitudes, fuseaux horaires, etc. Nous estimons que la place de ces notions est toute marquée ici : nous sommes, en effet, partisan convaincu de la compénétration des cours, et nous trouverions déplorable de perdre plusieurs leçons de géographie pour enseigner une matière qui se présente tout naturellement compe une application intéressante d'un élément du cours de géométrie pratique.

Quelques notions d'algèbre rendront de grands services. L'étude ultérieure de la mécanique et de l'électricité ne se conçoit pas sans l'usage de formules élémentaires et leurs transformations par des calculs simples.

On se bornera toutefois aux notions des nombres positifs et négatifs, à l'emploi des lettres, aux principes et au mécanisme de l'addition, de la soustraction, de la multiplication et de la division algébriques, mais sans parler du cas général de la multiplication et de la division des polynômes.

Ces éléments du calcul algébrique se limiteront à leur application à des exercices pratiques (emploi de lettres, simplifications, mise en facteur, solutions de problèmes simples) et conduiront à l'étude de la résolution des équations numériques du premier degré à une inconnue et à de nombreux problèmes usuels.

La connaissance des proportions et des propriétés des triangles semblables permettra enfin de familiariser l'élève avec certaines notions trigonométriques simples (celles du sinus, du cosinus et de la tangente d'un angle) qui sont couramment appliquées en mécanique et en électricité, et dont l'usage permet de simplifier considérablement l'énoncé de

certaines règles et lois et la résolution de nombreux problèmes.

Mais le centre de gravité du cours de calcul au 4« degré résidera dans ses applications nombreuses, variées, dont les données seront empruntées à la vie professionnelle de tous les jours. Les règles d'intérêt, d'escompte, de partage proportionnel, de mélange, d'alliage, de société, fourniront matière à exercices multiples, de même que le calcul des surfaces et le cubage des volumes, sans oublier les problèmes dont les éléments seront fournis par le cours de physique.

Faut-il continuer à enseigner au ¥ degré des notions de zoologiç et de botanique? Il suffira, croyons-nous, de faire une revision rapide des notions qui ont* été étudiées aux trois premiers degrés, et de les compléter éventuellement. La culture heureuse de l'esprit d'observation pendant les six premières années de la scolarité sera d'un puissant appoint dans cette revision. i

Les leçons d'hygiène, dans lesquelles il conviendra de ne pas oublier les recommandations relatives au travail ouvrier, fourniront l'occasion de ranimer et de compléter la connaissance des éléments de l'anatomie et de la physiologie humaines. Un certain nombre de ces leçons seront réservées aux premiers soins à donner en cas d'accidents.

Tel est, selon nous, le programme des connaissances générales profanes à inculquer aux élèves du ¥ degré. Le lecteur aura pu constater que nous leur réservons une large place et que nous répondons ainsi aux vœux formulés à cet égard au sein de notre Parlement.

Dans le chapitre suivant, nous examinons la partie du programme qui sera propre à chaque type particulier de classe du 4« degré, et dans laquelle les matières à tendances pratiques occuperont nécessairement une place prépondérante.

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