‹ La reforme de l'enseignement populaire en Belgique. --Chapitre 14 sur 56 · I. — Le type industriel technique · texte numérisé non relu

I. — Le type industriel technique

Le dessin industrieL — La technologie des métiers principaux. — Le travail manuel. — La physique industrielle el notamment l'électricité dynamique; notions de chimie et de géologie dans les écoles de certaines régions. — L'économie sociale. — Le jardinage. — Conclusion.

Dans les écoles des centres ouvriers, où une partie notable des jeunes gens se destinent aux carrières industrielles, il conviendra d'organiser à fond l'enseignement des travaux manuels.

Cet enseignement sera basé en tout premier lieu sur un cours élémentaire de dessin industriel bien conçu, sur un cours analogue de technologie des métiers principaux envisagés et sur un cours de physique expérimentale : car l'industrie, quelle qu'elle soit, n'est, en dernière analyse, qu'une application constante des principes de la physique.

L'ENSEIGNEMENT PRATrOUE AU 4» DEGRÉ. 111

Il se complétera par des travaux pratiques d'application.

Les éléments de dessin industriel se donneront d'après les cédés modernes, qui, dès l'abord, mettent l'élève en présence de la réalité. Nous proscrivons absolument toutes ces leçons théoriques préparatoires sur la projection d'un point, d'une droite, d'un plan, etc.

Ne vaut-il pas infiniment mieux montrer d'emblée à l'élève les procédés conventionnels par lesquels on représente sur une surface plane les trois dimensions d'un corps avec toute la clarté et toute la précision voulues?

Les premières leçons sont consacrées à la vue « de face » et « en plan » de solides géométriques: cubes, prismes droits, pyramides, troncs de pyramides, cylindres, cônes et troncs de cônes.

Après l'analyse géométrique d'un modèle, placé devant la classe, un élève trace au tableau les projections du solide; ses condisciples l'imitent et dessinent, dans leurs cahiers, le croquis d'un objet analogue qui varie autant que possible de l'un à l'autre, pour qu'ils acquièrent l'habitude de prendre des mesures. Toutes les conventions relatives, aux traits, axes, cotes, etc., sont appliquées dès les premiers dessins. Ces croquis de solides géométriques permettent d'établir, par analyse, les projections du point, des lignes et des surfaces.

Il est indispensable de faire suivre ces tracés de leur lecture, ce qui donne lieu à des exercices simultanés et individuels. Il ne sera pas consacré plus de cinq ou six leçons à ces notions fondamentales. Ce sera ensuite le moment d'initier les élèves aux coupes et demi-coupes. On leur fournira pour cela des solides creux : prismes, troncs de pyramides, cylindres et troncs de cônes.

Afin de développer l'esprit de création, on intercalera dans les exercices de croquis d'après nature la réalisation d'une idée imposée comme thème ou laissée au choix des élèves : cheminée d'usine, pilastre simple, latte de dessinateur, pied de table, etc.. Cinq ou six leçons suffiront à la réali-

sation de celte partie du programme et permettront d'entamer l'étude d'objets qui peuvent être ramenés, dans leurs éléments, aux solides géométriques étudiés.

Le professeur choisira ses modèles avec le plus- grand souci, afin d'établir une gradation constante dans les difficultés. Chaque école devra s'en constituer une collection empruntée aux industries locales et surtout à celles du bois et du fer.

Après les dix ou douze leçons élémentaires, le travail des élèves devient absolument individuel et le professeur n'intervient qu'exceptionnellement pour les guider ou les corriger. Ayant établi une série minimum d'objets, dont chacun d'eux fera le croquis et exécutera ensuite l'épure d'après toutes les règles de l'art, il tiendra en réserve de nombreux objets permettant aux plus habiles ou aux plus intelligents de se livrer à des travaux supplémentaires, qui les maintiennent, au point de vue des principes théoriques, au même niveau que leurs camarades, mais qui permettent aux meilleurs éléments de la classe de trouver dans les applications plus difficiles la nourriture de leur esprit. Cette façon de procéder permet de donner un enseignement sag^ement progressif à toute la classe, et elle évite le découragement des élèves les moins doués, tout en fournissant aux autres l'occasion d'exercer leurs facultés.

En vue du cours de travail manuel, il est indispensable que le maître attire l'attention des élèves sur les conditions de construction des objets dont ils tracent le croquis, car le cours de dessin aura à fournir les croquis ou les épures de tous les objets à fabriquer à l'atelier scolaire.

Voici, à titre d'indication générale, une liste minimum d'objets à dessiner au cours de la première année du A" degré : tenon droit et mortaise, équerre de menuisier ou d'ajusteur rivet, boulon et écrou, rabot, marteau, bague, anneau manchon, trusquin, poulie, leviers, vilebrequin.

En seconde année, la liste minimum devra comprendre la série complète des assemblages : châssis, porte, fenêtre.

corniche, engrenage, bielle, piston, bâti, corps de pompe, carcasse.

Le croquis pourra être complété par le calcul du poids de la matière, et le cours sera utilement couronné, pour les futurs artisans du fer, par l'analyse et la synthèse d'un plan d'ensemble, c'est-à-dire par l'extraction de semblable plan, de pièces détachées, et par sa reconstitution, au moyen des plans de ces pièces; et, pour les futurs ouvriers du bâtiment, par la lecture de plans de maisons simples.

Ces cours de dessin industriel sont particulièrement encourageants, parce que les progrès sont en quelque sorte palpables. Les élèves s'en rendent parfaitement compte et s'y appliquent avec une ardeur qui étonne de leur part. Nous avons pu le constater chez nos mutilés de Port-Villez, dont beaucoup n'avaient fait que des études primaires fort incomplètes, mais qui néanmoins, en peu de semaines, ont acquis une habileté remarquable.

Le cours de technologie donnera la description des outils essentiels employés dans les industries de la région et indiquera le mode de s'en servir.

Après l'étude des outils, ce sera le tour des matières premières mises en œuvre dans ces industries. Il importe que l'élève puisse les palper à son aise, éprouver leur résistance, distinguer les variétés, les « choix » d'un même produit, avec leurs dénominations particulières, leurs qualités spéciales et les usages auxquels ils sont destinés.

Mais, pour bien connaître une matière, il n'y a rien de plus utile que de la travailler. Comment en effet se rendre compte de son degré de dureté, si l'on n'y fait mordre l'outil approprié? L'organisation d'un atelier scolaire s'impose donc. — En ce qui concerne l'étude du débitage de la matière première, elle devra nécessairement rester dans le domaine de la théorie, encore la connaissance de cette théorie est-elle de la plus grande utilité.

Dans notre ouvrage sur « La rééducation professionnelle rfe.s DE Paeuw. — l'Enseigiieinent en Belgique. ^

soldats mutilés et estropiés^ > nous avons à cet égard rapporté l'opinion de notre ami M. Nierstrasz, directeur des puissantes usines Jules Mélotte, à Remicourt : « La théorie dans l'exercice d'un métier, me dit-il, est une garantie de rapides progrès, et on peut affirmer aussi que la théorie apprise seule, sans le concours de la pratique ou avec des éléments rudimentaires de pratique, aide puissamment l'élève lorsqu'il se trouve dans l'exercice d'un métier choisi : car, au fur et à mesure que des travaux plus difficiles lui sont confiés, la théorie lui revient à la mémoire pour aider à la compréhension du travail imposé et en faciliter l'exécution. »

A Port-Villez, les cours de technologie se poursuivent par l'étude des tours de main spéciaux et s'achèvent par le calcul des prix de revient. Seulement, l'étude de ces tours de main suppose un maître particulièrement capable et un atelier bien monté.

Le cours de travail manuel proprement dit n'est pas difficile à organiser dans les centres où règne la grande industrie constructive : les éléments du travail du bois et des métaux usuels y sont tout indiqués. Nous admettons comme un axiome que le maître doit être capable. S'il en était autrement, il vaudrait mieux renoncer à l'institution des cours pratiques, car un maître incapable constituerait un réel danger pour les élèves, qu'il dévoierait complètement.

Un maître compétent enseignera les opérations fondame taies d'après toutes les règles de l'art et s'efforcera d'obti nir, dès les premières leçons, la position et les gest ouvriers convenables. Ces opérations du début sont ass dures et ennuyeuses; l'élève ne voit pas très bien l'utilité son travail, et ses progrès, étant lents, ne l'encouragent pa

Il existe une grande analogie entre ces débuts et les préli minaires de l'algèbre et de la géométrie, dont le but pratiqué

\. Paris, Berger-Levrault, 1917.

ne se révèle pas dès l'abord et qui déconcertent les commençants.

De même qu'en ces deux branches des mathématiques les premiers problèmes pratiques sont les bienvenus et apparaissent aux élèves comme des rayons de soleil perçant le brouillard, de même la confection des premiers objets utiles encourage fortement les débutants, parce qu'ils sentent que leur travail n'est pas vain. L'écueil à éviter toutefois, c'est de sacrifier l'utile à l'agréable et de repousser à l'arrière-plan les opérations fondamentales qui, dans le travail du bois, sont le sciage, le forage, et surtout le rabotage. Ces genres de travaux, et principalement le dernier, exigent une pratique fréquente et assez longue, surtout si l'on met en œuvre diverses essences de bois, qui nécessitent un traitement spécial d'après leurs propriétés physiques et leur contexture.

Les premiers objets à confectionner seront choisis avec discernement, pour qu'ils n'exigent pas l'emploi d'assemblages non encore étudiés. Ici, le cours de dessin fournira son appoint au cours de travail pratique. Aucune pièce ne .sera exécutée à l'atelier scolaire sans avoir fait l'objet d'un croquis coté, si ce n'est d'un petit plan. Le traçage se fera avec minutie, d'après les procédés en usage dans les bons ateliers. Quant à l'exécution, le maître l'exigera, dès le début, ponctuelle et bien « finie ». Il combattra de toutes ses forces Và-peu-près, qui malheureusement triomphait trop souvent dans les cours de travaux manuels de l'ancien régime. Dans ces cours, les élèves apprenaient à « chipoter », et ainsi se gâchait leur apprentissage.

Aussitôt après l'étude d'un nouvel assemblage, avec ses qualités, ses inconvénients, son mode d'emploi et son exécution pratique, on s'en servira dans la fabrication de quelque objet usuel.

A cet égard, il ne pourra évidemment être question de construire des meubles qui absorbent une grande quantité de matières premières. D'un autre côté, nous n'appréc ons

pas beaucoup la confection de meubles-joujoux, de meubles de poupée. C'est fausser dans une certaine mesure les conceptions des élèves. Mieux vaut bâtir quelque petit meuble en grandeur naturelle : escabeau, étagère, bibliothèque suspendue, pharmacie de famille, coffret, marmite norvégienne, etc., dont l'exécution exige la mise en pratique de tous les assemblages, de toutes les opérations spéciales déjà étudiés. Mais nous insistons à nouveau sur l'importance du « fini > de ces petits travaux. Le maître ne permettra pas à un élève de passer à de nouveaux éléments tant qu'il ne possède pas à fond les précédents. Et constamment, assidûment, il veillera à ce que le maintien des sujets et leurs gestes ouvriers soient impeccables. L'affûtage des outils s'enseignera couramment, à mesure que la nécessité s'en manifestera.

De jeunes élèves, conduits par un maître peu expérimenté, seront enclins à « gâcher » beaucoup de bois. La plus stricte économie sera de rigueur; elle ne devra cependant pas être poussée tellement loin qu'elle nuise au préapprentissage. Dans ce dernier cas, il vaudrait mieux renoncer à la création d'un atelier scolaire.

Là où la chose est possible, les instituteurs tâcheront d'acheter un stock de bois provenant de caisses d'emballage; ce bois a généralement le grand avantage d'être sec et de se vendre à bas prix. D'autre part, ses dimensions sont suffisamment grandes pour se prêter à la fabrication des objets que nous avons énumérés plus haut.

Dans le travail des métaux, le limage, le burinage et le forage, de même que l'usage de la meule, exigent une assez longue pratique. Ces opérations sont assez fastidieuses au début; mais, comme pour le travail du bois, il est possible de procéder après quelque temps à la confection d'objets déterminés d'un usage courant. La fabrication en série, par toute la classe, d'objets simples, telle une clef à écrous de petit modèle, nous paraît réunir beaucoup d'avantages; Topération débute par un traçage d'après plan coté, puis

le biirinage intervient, enfin le limage achève le travail.

Dans certaines écoles, notamment à Saint-Gilles-lez- Bruxelles, se pratique le travail du fil de fer, qui est plus commode et donne presque immédiatement des résultats tangibles.

Le programme pourra aussi prévoir la confection de ligatures usitées par le poseur électricien, de même que les opérations fondamentales du travail du cuir et du caoutchouc.

Nous ne nous hasarderons pas à pousser plus loin l'exposé d'un programme possible de travail manuel, car la variété infinie des besoins locaux créera une diversité d'enseignement impossible à prévoir.

Nous avouons même franchement qu'en ce moment des lumières nous font défaut pour juger par exemple quel genre de travail manuel il conviendra d'instaurer dans les écoles de certaines localités qui se sont spécialisées dans quelque branche déterminée de l'industrie. Quel devra être cet enseignement pratique, à Roulers, où règne l'industrie textile ; à Iseghem, où triomphe l'industrie des chaussures ; à Florefie, où fleurit celle des glaceries et des produits céramiques; à Soignies, où domine l'industrie du petit granit; à Pâturages, où s'exerce surtout l'industrie houillère?

C'est ici que revient sur le tapis la circulaire de M. le député permanent Pastur et que se révèle la nécessité impérieuse de consulter les principaux intéressés, c'est-à-dire les organisations patronales locales, et surtout les organisations ouvrières, dont les membres savent par expérience personnelle ce qui hâte la formation de l'ouvrier qualifié.

Nous présumons que, dans les centres houillers, il faudra remplacer une partie du travail manuel par des notions de géologie et peut-être approfondir davantage la physique, notamment l'électricité, depuis l'apparition dans les mines de foreuses à air comprimé ou de foreuses électriques. A Soignies, on consacrera plus ^*^ ^^mos «u dessin et à^la

technologie de la pierre, à Roulers à la technologie du tissage, et à Iseghem à celle du cuir.

Au littoral, le préapprentissage de la pêche, avec tout ce qui se rapporte à la confection et à la réparation des filets, au gréement des barques, à la manipulation et à la vente du poisson, occupera la place d'honneur dans la partie pratique du programme.

En matière de conservation du poisson, il y aurait chez nous de grands progrès à réaliser. Il nous a été assuré par des personnes compétentes que nos pêcheurs sont rebelles à l'introduction de certains procédés modernes, et que notamment rétablissement de saurisseries et de fabriques de conserves de poisson pourrait être envisagé avec chances certaines de succès. C'est l'école primaire du ¥ degré qui pourra le plus sûrement briser les résistances, vaincre la routine et instaurer un régime nouveau basé sur la science.

Le cours de travail manuel pratique prendra en règle générale trois après-midi par semaine; les deux après-midi restants, — car nous supposons le maintien du congé hebdomadaire d'une demi-journée le jeudi, — seront consacrés au dessin et à la physique industrielle, qui pourront aussi empiéter sur certaines matinées.

Nous attendons beaucoup de ce cours de physique industrielle, qui sera la continuation de celui que nous avons amorcé au 5^ degré. On y étudiera surtout, en prévision d'applications pratiques dans la vie industrielle, la statique des gaz, le restant de la théorie de la chaleur: vaporisation, liquéfaction des corps gazeux, force élastique de la vapeur avec notions élémentaires sur la machine à vapeur, sources de chaleur et divers modes de chauffage, principaux phénomènes de la vapeur d'eau contenue dans l'atmosphère ; des éléments d'optique et d'acoustique, des notions de mécanique; enfin, avec quelques détails, — en rapport avec l'âge et le degré d'avancement des élèves, — le magnétisme et l'électricité, surtout l'électricité dynamique. Par une vraie

^fe L'ENSEIGNEMENT PRATIQUE AU ¥ DEGRÉ. il9

^ aberration, on continue à consacrer dans nos écoles normales un temps 'précieux à l'étude de l'électricité statique, alors qu'on néglige presque complètement l'électricité dynamique, la seule qui soit vraiment importante par ses applications industrielles.

Le cours de physique sera surtout expérimental et aura dos attaches solides avec son voisin, le cours de travail manuel. Il sera uniquement basé sur l'expérience.

Que l'on ne se récrie pas et que l'on ne se retranche pas derrière l'impossibilité, où beaucoup d'écoles se trouveront, de s'acheter un laboratoire de physique convenable. Le maître, s'il est quelque peu entraîné à cette tâche et surtout s il est dévoué, pourra construire avec l'aide de ses élèves un grand nombre d'appareils amplement suffisants. Qui ne connaît la physique amusante de Tom Tit, avec son infinie variété d'instruments « de fortune »?

S'il existe dans la commune une canalisation électrique, il est à présumer que le courant y est employé comme force motrice. Dans ce cas, un cours plus sérieux d'électricité s'impose et il sera facile d'amener le courant à l'école et d'y installer un tableau de distribution. Le maître aura alors toute facilité pour enseigner aux élèves les propriétés du courant, la manière de le conduire et de l'utiliser, les dangers qu'il présente et la façon de s'en préserver. La matière est parfaitement au niveau de la compréhension. d'enfants de douze à quatorze ans. Nous en avons fait l'expérience chez nous: notre fils, âgé de treize ans, possède un jouet électrique assez compliqué, qu'il installe, manœuvre et répare avec aisance, parce que nous lui avons enseigné les propriétés essentielles de la « force mystérieuse ». Une « panne » surgit-elle, il parvient à en découvrir la cause et à y porter remède! Il construit des sonneries électriques avec les matériaux les plus hétéroclites qu'il découvre dans la maison. Le goût des enfants et des adolescents pour la mécanique et la physique est d'ailleurs manifeste. Dès l'âge de dix ans, les collégiens vous expliquent le mécanisme d'un moteur à explo-

sion, d'une motocyclette et d'une automobile avec la science d'un ingénieur en herbe. Qui n'a écouté, en souriant, ces conversations de gosses, revenant du collège, un gros portefeuille bourré de livres sous le bras, et décrivant une panne de moteur ou de différentiel, avec une clarté parfaite et en employant les termes techniques propres? Et ce sont pourtant des connaissances qu'ils ont glanées à droite et à gauche, poussés par leur curiosité naturelle. Le bon maître saura aiguiser et diriger cette qualité native et la mettre au service du préapprentissage.

Dans les contrées où règne l'industrie chimique, la métallurgie ou la verrerie, il sera parfois intéressant de remplacer une partie du travail manuel par l'étude élémentaire de certains corps chimiques. Ainsi, les grands élèves de ces régions ne peuvent ignorer les phénomènes qui se produisent dans les hauts fourneaux, dans les fours à coke, dans les fours à chaux, la différence qui existe entre la fonte et l'acier, les propriétés essentielles des corps qui entrent dans la composition des verres des diverses qualités, etc.

Le personnel enseignant désireux de s'instruire trouvera facilement des livres où un grand nombre d'expériences à réaliser avec un matériel rudimentaire sont clairement décrites. Nous nous permettons de leur signaler un manuel dû à la collaboration de M™« Chanticlaire et G. Ghanticlaire, et édité par la maison F.Nathan, de Paris; il s'intitule : Comment réaliser Ê50 expériences de phijsique et de chimie à peu de frais ^ et ne coûte que 2 francs.

Quelques leçon^ d'économie sociale s'intercaleront régulièrement dans jle programme. Au Congrès scolaire de Milan d'octobre-novembre 1916, consacré à la discussion du programme du ¥ degré, nous eûmes l'occasion de prononcer les paroles suivantes qui recueillirent l'adhésion unanime : « Nous voudrions également voir donner à nos enfants quelques notions élémentaires d'économie sociale. Peu de temps après leur sortie de l'école, les enfants sont mêlés pratique-

ment aux grands problèmes économiques qui passionnent le monde. N'est-il pas naturel dès lors qu'on les éclaire quelque peu à leur sujet? Qu'on ne nous objecte pas la difficulté de la matière. Il est parfaitement possible de la présenter sous une forme toute concrète. La littérature scolaire française est riche de petits traités à la portée des enfants, et nous connaissons un admirable petit manuel anglais en trois fascicules, dont le nom nous échappe et qui aborde avec une rlarté lumineuse tous ces sujets d'apparence aride. »

Dans son discours du 12 décembre 1915, M. Troclet énonça la même idée, mais avec plus d'ampleur : « Je voudrais aussi, dit-il, que l'économie sociale élémentaire fût apprise aux élèves. Voilà des garçons de douze à quatorze ans qui vont quitter l'école; demain ils entreront dans la vie; il est incontestable qu'ils doivent avoir des notions de droit constitutionnel et surtout de droit ouvrier, quelques notions relatives à la loi sur la réparation des accidents de travail: par exemple, ils doivent savoir que cette loi, en cas d'accident survenu au cours et par le fait du travail, accorde à l'ouvrier la moitié du salaire journaUer; ils doivent savoir qu'ils peuvent s'adresser au Conseil des prud'hommes pour régler à Tamiable un conflit surgissant entre eux et leur patron; ils doivent posséder quelques notions sur le fonctionnement de toute cette série d'organismes que sont les mutualités, les coopératives, les unions professionnelles. De cette façon, on les prépare à la vie pratique, tandis qu'autrement, tenus dans l'ignorance de ces choses j usqu'à l'âge de quatorze ans et tout à coup plongés dans la vie ouvrière, ils ignorent toutes ces questions qui les intéressent si hautement.

« .Je crois également que si les éléments du droit usuel, du droit ouvrier, du droit social, étaient appris aux enfants de dix à quatorze ans, on en ferait des citoyens plus complots et qu'on développerait dans les futures générations le civisme, qui fait si souvent défaut à notre époque'. »

1. Séance de la Chambre du 12 décembre 1913, Annales parlementaires, p. 521.

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