‹ La reforme de l'enseignement populaire en Belgique. --Chapitre 15 sur 56 · Î2 LA RÉFORME DE L'ENSEIGNEMENT · texte numérisé non relu

Î2 LA RÉFORME DE L'ENSEIGNEMENT

Nous nous rallions enlièrement à ces considérations, qui sont marquées au coin du bon sens même.

Il nous semble peu expédient d'enseigner le jardinage dans les écoles urbaines, fréquentées exclusivement par les enfants des quartiers centraux des villes, dont les parents n'ont pas l'occasion d'exploiter un petit jardin potager. Il n'en est pas de même des écoles de la périphérie de ces villes, recevant les enfants de la banlieue immédiate où abondent les jardins ouvriers qu'encouragent les « Œuvres du Coin de terre ». L'utilité de ces jardins n'est plus à démontrer : ils constituent un moyen de moralisation de tout premier ordre ; ils luttent victorieusement contre l'alcoolisme et la dissipation en général, et permetteni à la ménagère d'améliorer notablement les repas de la maisonnée.

Nous demandons donc que le jardinage soit enseigné d'une manière tout à fait pratique dans les écoles de la périphérie des villes, mais cet enseignement se bornera au strict nécessaire et n'envisagera que le jardin ouvrier.

Les partisans du moindre effort et les tardigrades trouveront ce programme trop vaste et trop chargé; ils le traiteront d'utopique, d'irréalisable. Comme nous l'avons dit à propos du cours d'histoire contemporaine, nous n'avons en somme formulé que des en-têtes de chapitre. Le maître écrira dessous ce que le degré d'avancement de ses élèves et sa propre compétence, mais surtout son dévouement, lui permettront de réaliser. N'oublions pas que l'instruction obligatoire existe désormais et que la préparation des élèves par les trois degrés inférieurs, qu'ils auront dû fréquenter assidûment, sera bien plus efficace et bien plus avancée que par le passé. A douze ans, un élève peut entrer normalement en première année d'études d'une école moyenne : le 4« degré est donc parallèle aux deux premières années de ces excellentes institutions.

Nous ne voulons pas imposer de formules rigides. Un sage éclectisme devra présider à la composition du programme des matières à tendances pratiques. Les coups d'essai seront rarement des coups de maître. On n'arrivera à des résultats pleinement satisfaisants qu'après des tâtonnements inhérents à tout début; mais, par la formation sérieuse de maîtres capables et par le mode expérimental appliqué à l'administration, nous nous efforcerons de les réduire au strict minimum.

Dans des chapitres spéciaux, nous traiterons de l'éducation physique et de l'enseignement d'une seconde langue à l'école primaire.

Le type commercial.

La correspondance commerciale; la tenue des livres. — Petit cours de produits commerçables. — L'économie sociale. — La sténo-dactylographie : il faut autant que possible laisser cette spécialité aux femmes. — Les carrières exotiques pour les garçons.

Ainsi que son nom l'indique, les classes de ce type ont pour mission de préparer les enfants à des emplois dans le commerce, les bureaux des établissements industriels et l'administration. Toutefois, en présence de la tendance déplorable qui pousse les fils de la petite bourgeoisie, et même ceux du peuple, vers quelque « bonne petite place » dans les administrations publiques, il convient de borner au strict nécessaire les classes de ce type, afin d'éviter l'encombrement dans les carrières plus que modestes où végète le prolétariat en redingote.

Dans le peuple, le port « du faux-col » semble être l'indication d'un état social plus élevé, où l'homme manie la plume plutôt que l'outil. Le bourgeron, par contre, apparaît comme le signe distinctif de ceux qui sont par le destin « condamnés » au travail manuel. Echanger ce bourgeron

m A RÉFORME DE L'ENSEIGNEMENT.

contre le faux-col et le veston, c'est, aux yeux de beaucoup, monter d'un échelon sur l'échelle sociale.

Nous devrons réagir contre cette tendance, en montrant les avantages précieux d'un métier qualifié exercé avec compétence et amour, avantages parmi lesquels nous citerons une indépendance plus grande et un meilleur salaire.

Cela posé, qu'enseignera-t-on dans ce type commercial? En premier lieu, la correspondance commerciale : un employé qui n'a ni orthographe ni style n'est pas capable d'arriver à une situation convenable; tout au plus pourra-t-il croupir dans un poste d'expéditionnaire, d'aide-magasinier ou de magasinier. Nous y ajouterons l'étude de la seconde langue nationale et d'une langue étrangère, de préférence l'anglais. En second lieu, la comptabilité, en commençant par la rédaction des documents commerciaux relatifs à l'expédition et la réception de marchandises, à l'envoi ou à l'encaissement de fonds, et en continuant par la tenue des livres, des livres auxiliaires d'abord, du journal ensuite, en attaquant immédiatement la partie double.

Ces classes du ¥ degré devront s'efforcer de répandre dans le pays l'usage des fiches commerciales, telles que nous los avons vu employer aux usines Jules Mélotte à Remicourt.

Un petit cours de produits commerçables, mis en rapport avec la géographie commerciale, nous paraît tout indiqué.

Là où existent une industrie ou un commerce dominants, il sera consacré une attention particulière aux produits mis en œuvre dans la localité ou y faisant l'objet de transactions importantes. Le maître conduira ses élèves sur les chantiers, dans les usines et les principales maisons de commerce, après avoir préparé ces visites par quelques leçons appropriées. Si le maître est débrouillard et entretient de bonnes relations avec les chefs des firmes locales, il lui sera aisé de constituer un petit musée parlant, où les échantillons des produits commerciaux voisineront avec les matières premières des industries de l'endroit, dans les diverses phases de leur transformation.

Le cours d'économie sociale, dont nous avons parlé au chapitre précédent, sera adapté aux situations et aux besoins spéciaux des élèves.

L'enseignement commercial moderne ne se conçoit plus sans un cours de sténo-dactylographie. Nous demandons donc l'inscription de semblable cours au programme du type commercial. Mais, ici encore, nous croyons de notre devoir de mettre les dirigeants des écoles, surtout dans les grandes villes, en garde contre la formation d'un trop grand nombre de sténo-dactylographes masculins. Cette branche tend en effet à devenir de plus en plus l'apanage des femmes. On a beau déplorer ce fait et proclamer que la place de celles-ci est dans la famille. Les femmes, en général,, ne demandent pas mieux que de jouer le rôle « d'ange du foyer ». Mais pour fonder un foyer il faut être à deux. Déjà avant la guerre les éléments féminins dépassaient de plusieurs centaines de mille les éléments masculins. La guerre, qui a fauché tant d'hommes jeunes et vigoureux, n'a fait qu'accentuer la disproportion. Beaucoup de jeunes veuves ne trouveront pas à se remarier, et de nombreuses jeunes filles sont condamnées au célibat, faute d'épouseurs. Elles resteront donc isolées dans la vie et se trouveront dans la dure nécessité de pourvoir à leurs propres besoins. La sténo-dactylographie leur offre un moyen de gagner honorablement leur vie. Que l'homme ne les concurrence donc pas dans cette voie, mais qu'il dirige plutôt son activité vers les carrières exotiques. L'invasion, qui a chassé beaucoup de Belges de leurs foyers, les aura rendus moins casaniers; elle les a affranchis, en leur montrant que l'expatriation n'est pas la privation dure qu'ils appréhendaient, que les voyages, même d'ordre commercial, ont leur charme, et que la recherche des débouchés nouveaux pour l'industrie nationale est en général aussi fructueuse pour celui qui s'y livre que pour la Patrie. Les instituteurs auront l'occasion de stimuler les dispositions qui dans cet ordre pourront se révéler parmi les élèves de leur classe, en leur montrant l'exemple des cadets de famille anglais qui

ont fait la prospérité des colonies britanniques, et des jeunes gens allemands qui étaient parvenus à se faire des situations enviables dans toutes les parties du monde. Ils n'oublieront pas nos compatriotes qui, pendant Texil, ont fait preuve d'initiative et qui ont réussi à fonder des établissements florissants en terre d'asile. Mais ils 'appuieront puissamment sur le patriotisme déployé tant par les Britanniques que par les Germains, dont la plupart gardent un contact étroit avec la mère-patrie et la servent, comme de vrais soldats, sous tous les ciels et dans toutes les conditions.

Ce patriotisme doit être désormais celui des Belges vivant à l'étranger : l'école primaire en jettera les bases.

Dans leurs .causeries sur les carrières coloniales, les maîtres feront ressortir quel vaste champ d'activité le Congo offre aux jeunes gens fortement trempés qui n'ont pas peur de s'expatrier. Ils ne cèleront néanmoins aucune des difficultés qui assaillent l'Européen pendant son séjour dans l'Afrique équatoriale, afin de ne pas laisser subsister des illusions funestes, mères des déceptions qui tuent; mais ils auront soin d'indiquer en même temps comment on en triomphe par la prudence et l'hygiène.

Il importe que le Congo ne soit plus, comme dans les débuts, le réceptacle des paniers percés, des cerveaux brûlés et des fils de famille décavés, mais qu'il attire de plus en plus des jeunes gens laborieux, probes et énergiques, capables de mettre en valeur ses innombrables richesses.

Mais revenons à la sténo-dactylographie, pour constater que l'homme, en voulant concurrencer la femme dans cette branche, court au-devant d'un échec, par suite de cette conception injuste, et fortement enracinée, qu'à travail égal une femme ne mérite pas un salaire égal à celui de l'homme, conception qui pousse beaucoup de chefs de maison à donner la préférence aux femmes sténo-dactylos.

L'exposé des motifs du projet de loi scolaire recommande l'enseignement d'éléments du travail manuel aux futurs em-

ployés et il en développe fort bien les raisons. Ici, le cartonnage, que nous avons combattu ailleurs, paraît s'imposer : car, tout en développant la dextérité des élèves, il pourra leur être directement utile dans l'exercice de leur profession. Il leur arrivera de devoir « brocher » des états, des factures, des feuilles de journal, des documents quelconques se rapportant à un exercice ou à une partie d'exercice qu'il serait peu prudent de confier à un atelier de reliure. Ils s'acquitteront de la besogne avec honneur et éviteront ainsi à la maison, qui leur en saura gré, de se séparer, même temporairement, (le pièces comptables importantes. Quelques notions de travail du bois ou du fer pourront s'y adjoindre. En l'occurrence, les maîtres pourront se dispenser de cette formation soignée que nous exigeons de ceux qui auront à enseigner de futurs ouvriers manuels.

Quant au cours de dessin, le programme en sera plus ou moins corsé, suivant les branches du commerce ou de l'industrie auxquelles on destine les élèves. Dans certaines écoles, le dessin de constructions civiles pourra offrir de l'intérêt. C'est une question que seule la connaissance parfaite des situations locales permettra de trancher.

Le type rural pour garçons.

L'avenir de la culture maraîchère. — Les sciences naturelles ; la physique; la motoculture. — L'agriculture, l'horticulture et 1 arboriculture. — Le jardin scolaire et le champ de démonstration. — L'aviculture et l'élevage du lapin. — L'apiculture. — Les promenades scolaires. — Les travaux manuels : vannerie, filochage, tressage de la paille, travail du bois, boissellerie. — La description des machines agricoles. — Le dessin. — L'économie sociale et rurale. — La comptabihté agricole. — L'enseignement au 4* degré rural doit être nettement agricole. — L'enseignement des éléments du dessin de constructions civiles aux fils d'artisans.

La classe de ce type offrira un intérêt des plus palpitants. C'est elle que nous parviendrons à créer avec le plus d'ai-

sance, parce qu'elle n'exige pas d'installations spéciales onéreuses. Nous en attendons les résultats les plus heureux pour notre agriculture nationale.

Le feu roi Léopold II émit naguère l'espoir de voir la partie sablonneuse du pays : la Flandre et la Campine, transformée en un vaste potager fournissant à l'Angleterre et à son immense métropole les légumes dont elle a besoin. Cet espoir n'est pas chimérique et met une fois de plus en évidence le sens pratique et l'esprit d'entreprise avisé du défunt Souverain. Grâce à l'enseignement primaire du 4® degré, cette transformation peut se réaliser rapidement. M. Vandevyvere, notre ministre des Finances, qui débuta dans la carrière avec le portefeuille de l'Agriculture, et qui eut l'occasion d'étudier le problème en détail, nous confirma dernièrement dans cette opinion. L'instituteur, nous dit-il, par son action sur toute la jeunesse rurale, bien plus que l'agronome qui ne s'adresse qu'à quelques rares adultes dont, pour le surplus, « le parti est pris », est capable de lancer l'agriculture belge dans la voie du progrès, en extirpant les routines et en enseignant les procédés culturaux modernes. L'expérience a déjà confirmé cette manière devoir. En maint endroit de la Flandre et du Brabant, la cueillette et le séchage du houblon s'effectuaient en dépit du bon sens et par des pratiques qui en idiminuaient considérablement la valeur marchande. Par l'enseignement intuitif et persévérant du maître d'école, ces mauvaises pratiques, qui avaient résisté aux conférences agricoles les plus persuasives et les plus éloquentes, ont été déracinées dans plusieurs localités et remplacées par des procédés rationnels, lesquels font monter considérablement les prix de vente, parce qu'ils conservent au produit ses qualités essentielles.

La multiplication des cultures maraîchères dans nos provinces du Nord suppose l'existence d'une eau d'arrosage abondante et la création de moyens de transports rapides et adéquats. Nous savons que le ministre compétent a étudié la création d'un service régulier de ferri-boats partant de Zee-

briigge et transportant en Angleterre nos produits périssables, tels que légumes, fruits, lait, beurre, œufs, volailles ou lapins abattus, etc. Car nous espérons bien que notre puissante voisine de FOuest, en considération des souffrances endurées par la Belgique pour la cause de la civilisation, favorisera ces importations, et à qualités et à prix égaux accordera la préférence à nos productions. Cette préférence ne pourrait toutefois se justifier sans l'excellence de la qualité des marchandises, car en affaires on ne fait du sentiment que pour autant que celui-ci se concilie avec l'intérêt. Or, la bonne qualité des produits est fonction du perfectionnement constant de nos méthodes culturales, lequel suppose un enseignement primaire agricole florissant, averti et toujours à l'affût du progrès.

Le programme pratique du ¥ degré rural sera basé sur des notions étendues de sciences naturelles, notamment de botanique et de zoologie, dont les éléments auront été enseignés aux trois cours inférieurs par l'observation constante de la végétation, des insectes, des oiseaux et des quadrupèdes de la région, par les leçons de choses et les leçons spéciales de botanique et de zoologie, qui auront fait connaître les amis et les ennemis des cultures, avec leur action favorable ou néfaste, et éventuellement avec leurs mœurs. Tous nos instituteurs devraient connaître les ?)uvrages sur la vie des insectes et des plantes de leur illustre ancien collègue, feu J.-H. Fabre.

L'observation journalière du soleil, de la lune, de la température, de la pression atmosphérique, de l'état météorologique, pratiquée depuis la première année de la scolarité, aura accumulé dans les cerveaux des élèves tout un arsenal de matériaux utiles, dans lequel le maître pourra puiser à pleines mains, pour les appliquer aux travaux des champs.

La physique, surtout les chapitres de l'hydrostatique, de la pneumatique, de la chaleur, devront faire l'objet d'une étude sérieuse en rapport étroit avec les besoins de l'agriculture. Citons comme objets à étudier plus spécialement les DE Paedw. — L'Enseignement en Belgique. 9

pompes, les canalisations d'eau et les thermo-siphons, doni l'usage devrait se répandre dans les fermes, non seulement pour le forçage des légumes, mais encore pour la distribution économique d'eau chaude; enfin les aéromoteurs. L'apparition des tracteurs mécaniques et le remplacement progressif, par le machinisme, de la main-d'œuvre agricole, qui se raréfie de plus en plus, nécessitera la connaissance du moteur à vapeur et du moteur à explosion. Car la disparition des chevaux, s'ajoutant à la diminution du nombre des ouvriers agricoles, entraînera une transformation profonde des modes de culture.

Dans un des nombreux articles que Jean Richepin, de l'Académie française, consacra dans V Intransigeant à La Terre, dont il parle souvent avec éloquence et toujours avec amour, nous avons lu à ce sujet, sous la date du 15 juin 1917, les lignes suivantes traitant de la dépopulation des campagnes et des moyens d'en conjurer les conséquences désastreuses : « N'y cherchons pas, écrit-il, de fausses raisons, les unes pour accuser, les autres pour excuser cet exode lamentable. Ceux qui ont ainsi déserté la terre, et c'est encore le mieux que l'on en puisse dire, ne l'ont pas fait, certes, de gaîté de cœur.

a Des lois il'ordre économique, dures et inflexibles comme toutes les lois que dictent des chiffres, ont présidé à ce mouvement. Les infortunés qui devaient y obéir n'en étaient pas les auteurs ; ils en étaient les victimes.

« La promulgation de ces lois, d'autant plus impérieuses qu'elles étaient imposées par la seule force des choses, a son origine, son autorité, ses sanctions implacables, dans l'industrialisme du monde moderne.

« Ainsi est entrée en agonie, puis apparue vouée à une mort certaine et prochaine, la main-d'œuvre agricole.

« Mais, par bonheur, cette agonie et cette mort en perspective ne sont qu'une apparence.

« Elle a, en effet, la vie dure, notre vieille maman adorée.

« Aussi n'a-t-elle pas accepté le noir pronostic qui la con-

flamnait à mourir et à les laisser mourir, ses braves petits, s poilus.

« Et elle leur a dit, sans parler, rien qu'en les regardant, rien qu'en leur soufflant au visage son haleine qui sent le pain et le soleil :

« Non, l'industrialisme n'arrivera pas à nous tuer, ni vous, « ni moi. Vous êtes les débrouillards et je suis l'immortelle. * Au lieu d'en avoir peur, nous qui n'avons jamais eu peur « de rien, sachons l'employer, l'asservir, cet ennemi. Il fera « comme tant d'autres ennemis qui, finalement, ont engraissé « nos sillons. »

« Et voilà comment la terre de France renaîtra demain, par l'industrialisme lui-même. La main-d'œuvre dont elle manque, c'est à lui qu'elle va la demander.

« Et il s'empressera, esclave soumis, de la lui fournir. Les déserteurs des champs y seront remplacés par les machines de la moto-culture et de l'électro-culture, par les miracles de ce qu'un paysan a si lyriquement appelé « Vartillerie pacifiai ne » .

a Mais le morcellement des campagnes, la difficulté des remembrements, les antiques traditions individualistes, que d'obstacles à" une aussi profonde révolution! On n'a pas manqué de les dresser. Moi aussi, à l'occasion, par instinctif atavisme de routine paysanne, j'ai chanté ma partie dans ce chœur d'objections.

« Baste! autant en emporte le vent! Le vent des perpétuelles reviviscences qui a déjà changé l'araire de notre aïeul Triptolème maintes et maintes fois, au point qu'il ne le reconnaîtrait plus, ce premier disciple de Gérés!

« La force des choses le veut ainsi. Et la terre, la vieille maman, toujours et immortellement jeune, crie qu'il faut ainsi le vouloir, pour qu'elle continue encore à recommencer sans fin sa verte et à jamais renaissante jeunesse.

« Et ses enfants l'écouteront. Et les paysans nouveaux sont en formation déjà. Moins nombreux que les anciens certes, mais combien plus à l'aise, sur leurs machines exécu

tant en un jour, et avec un seul conducteur, ce que dix hommes s'exténuaient à faire en une semaine !

« A la fois agriculteur et mécanicien, tel il sera, le paysan nouveau. »

Ces réflexions s'appliquent surtout aux pays de grande culture, à la Mesbaye par exemple, et, d'une manière générale, à notre région limoneuse et sablo-limoneuse, mais non aux contrées où la terre se cultive jardinièreraent en vue des récoltes maraîchères. Elles mettent une fois de plus en évidence l'élasticité que devra présenter le programme général qu'un arrêté royal tracera, au vœu de la loi.

Considérons aussi que l'électricité se répand de plus en plus à la campagne. Il est des villages où le courant est fourni par la petite centrale de la laiterie coopérative. L'exploitation intensive du nouveau bassin houiller de la Campine et l'électrification d'une partie des chemins de fer de l'Etat finiront par couvrir le pays d'un réseau de canalisations électriques, qui distribueront à des prix abordables la umière et la force motrice. Alors les paysans installeront de petits moteurs dans leurs fermes, et ils devront en connaître la manœuvre, pour ne pas se trouver dans l'obligation de recourir à tout instant aux offices onéreux de quelque mécanicien. Qu'un plomb saute, qu'un court-circuit s'établisse, qu'une vis calante se desserre, et c'est la panne, la malencontreuse panne qui arrête le travail en pleine fièvre.

Les fils de nos cultivateurs doivent donc être initiés, là où le besoin s'en fait sentir, aux propriétés essentielles du courant électrique, pour les utiliser à bon escient ; à ses dangers, pour s'en garer; et aux farces qu'il joue parfois, pour les prévenir.

Cette partie n'exige pas un grand nombre de leçons, pour peu que le maître s'entende à les rendre instructives et vivantes.

La partie essentielle du programme du ¥ degré rural sera fourni, dans les régions de grande culture, par l'agro-

nomie proprement dite, et, dans les environs des villes et certaines contrées du pays flamand, par la culture maraîchère et la floriculture.

Dans beaucoup d'endroits, les deux spécialités devront être enseignées parallèlement. Toutes les autres branches pratiques leur serviront d'infrastructure ; la physique, la botanique, le calcul, la géographie, le dessin se mettront à leur

n'vice, de même que la chimie agricole, qui ne sera pas t-nseignée dans un cours distinct, mais qui fera partie intégrante du cours théorique de culture. Plus que partout ailleurs, la pratique et la théorie se soutiendront mutuellement, mais l'instituteur ne s attardera pas à vouloir enseigner les raille et une choses usuelles que les enfants apprennent en

aiant à la ferme paternelle.

Le jardin d'école agrandi et mesurant au moins les dix ares réglementaires, auquel se joindra quelque terrain voisin de l'école, acheté ferme ou pris à bail pour un long terme, permettra d'organiser un enseignement pratique sérieux Nous avons confiance que les communes et les directions des -écoles privées entendront l'appel que leur adresse indirectement le Ministre des Sciences et des Arts par la voie de l'exposé des motifs déjà cité, et que la simple persuasion suffira à obtenir d'elles ces moyens d'enseignement aussi indispensables que féconds.

Le jardin servira en ordre principal aux cultures potagères ; le maître spécialement préparé à cette fin enseignera surtout les finesses du métier : l'organisation du potager, le choix de son emplacement combiné avec celui du terrain, sa disposition et son tracé, la nécessité d'avoir constamment à sa disposition de grandes quantités d'eau d'arrosage convenable et autant que possible de l'eau de pluie; l'établissement de tuyaux d'amenée des eaux, et éventuellement l'usage des pompes actionnées par un aéromoteur ; les règles générales de culture, l'utifisation de bâches et couches, de paillassons, de thermo-siphons, de cloches ; les rotations, les semis en

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