CHAPITRE XI
De l'état stationnaire de la population des lycées et des collèges.
La population des lycées et des collèges ne s'accroît plus. Elle n'a guère fait de progrès depuis vingt ans, et, dans les dernières années, elle a marqué une tendance à s'abaisser*. Cela n'a rien, en soi-même, d'inquiétant. Il y a eu, depuis le commencement et particulièrement vers le milieu du siècle, une poussée si vigoureuse dans l'enseignement secondaire, qu'on devait bien s'attendre à un temps d'arrêt. D'autant plus que l'affaiblissement de la natalité commence à produire ses effets et que les contingents annuels, où se recrutent les lycées aussi bien
1. Il y a eu, en 1898, une diminution sensible (environ un millier (1 élèves dans les lycées et collèges réunis). L'augmentation de 379 élèves qui a été constatée au 5 novembre de cette année (1899) est due à l'accroissement du nombre des bornées. Si on défalque, en effet, les bourses de l'État, des départements et des communes, on trouve que les lycées (non compris ceux de l'Algérie) ont perdu par rapport à l'an dernier 466 pensionnaires et 42 demi-pensionnaires, soit 528 internes, et que le nombre des externes n'a guère varié. Les lycées de l'Algérie ont gagné une centaine d'élèves.
que les écoles primaires, ont déjà subi une assez 1 forte diminution.
;; De 1809 à 1820, lensemble des élèves de l'ensei-
|; gnement secondaire a oscillé autour du chiffre de
i; 50000. On a compté dans ce chirt're tous ceux qui,
ij dans les lycées, les collèges ou les institutions,
faisaient des études classiques ou de simples éludes " primaires. En dix ans, de 1820 à 1830, malgré les
conséquences des désastres de 1814 et de 1815, l'enseignement secondaire a conquis plus de 15 000 î élèves et cet accroissement a surtout profité aux
collèges de l'État et des communes. Survient la Révolution de juillet et le progrès s'arrête pendant quelques années. De 1830 à 1840, la population scolaire ne s'augmente que de 2 000 élèves et même les ' collèges publics subissent une légère diminution.
j La loi de 1850 donne, tout à coup, un grand élan
à l'enseignement privé. Durant la période de 1840 à 1854, il a gagné plus de 32 000 élèves, tandis que l'enseignement des lycées et des collèges s'accroît, assez péniblement, de moins de 5000 élèves. Les années qui suivent, de 1854 à 1865, marquent, au contraire, une progression très rapide de l'enseignement public. Il y a une augmentation de 19 228 élèves dans les lycées et collèges. L'enseignement privé reste en arrière, avec un accroissement de 14249 élèves. Les établissements ecclésiastiques profitent
presque seuls de celte augmentation. Les maisons laïques ne font guère que maintenir leurs positions.
A partir de 1865, commence la décadence des maisons laïques. Elles perdent en onze ans, de 1865 à 1876, plus de 8000 élèves. Les lycées et les collèges tiennent toujours la tête : ils gagnent 13563 élèves, Leurs rivaux, les établissements ecclésiastiques, n'en gagnent que 11 919. Dans l'ensemble, le progrès se ralentit. Il s'arrête à peu près de 1876 à 1887. Les lycées et les collèges voient leur population s'augmenser encore de 10 671 élèves et les maisons ecclésiastiques gagnent, elles aussi, 3269 élèves. Mais ces accroissements se font aux dépens des maisons libres laïques, qui perdent, en onze ans, plus de 10000 élèves (11 075).
Enfin, de 1887 à 1898, la population des établissements d'enseignement secondaire a plutôt diminué. Elle est en augmentation apparente de 5644 élèves. Mais beaucoup d'établissements primaires ont passé au cours de cette période dans la catégorie de l'enseignement secondaire. La ruine des maisons laïques s'achève rapidement. Elles ont encore perdu 10449 élèves. Il ne leur en reste que 9725. Les lycées et collèges ont vu leurs effectifs baisser légèrement, tandis que les maisons ecclésiastiques ont continué leur mouvement ascendant.
Elles ont gagné, dans ces onze années, plus de
17 000 élèves. Mais ce sont les établissements tenus par des prêtres et surtout par les Frères des écoles chrétiennes qui ont usé le plus de la faculté de se transformer en maisons d'instruction secondaire. Plus de 10 000 élèves ont été ainsi transportés en bloc de la statistique de renseignement primaire ; dans celle de l'enseignement secondaire. Ajoutez
I que le collège Stanislas n'avait pas élé compris dans
; les recensements antérieurs à 1898. L'augmentation
I réelle de la population des maisons ecclésiastiques Ij est donc loin de correspondre aux apparences.
1^ Cependant l'enseignement catholique n'a subi,
jl sur aucun point, de pertes sérieuses. Il consolide
II presque partout ses positions. Il les étend à Lille, h Ij Paris, à Dijon, à Bordeaux, à Lyon, à Poitiers. Au Il contraire, renseignement public est en décroissance jl marquée, depuis vingt ans, dans certaines régions, :: Ainsi Tacadémie de Caen a perdu près de 2000
élèves. La population est en baisse et la fortune ;l publique a beaucoup souffert de la crise agricole.
L'enseignement ecclésiastique s'y maintient néauî; moins, et fait môme quelques progrès.
La région de Toulouse n'a pas été moins éprouvée.
I Elle a perdu, depuis 1881, presque la population
d'un département. La crise économique s'y est fait
sentir cruellement. Aussi les lycées et collèges ont
perdu 115G élèves, tandis que l'enseignement ecclé-
siastiquc est demeuré stationnaire. Les lycées et collèges de racadémie de Lille ont 1058 élèves de moins qu'en 1879. La perte est ici d'autant plus sensible que la population s'est beaucoup accrue et que la richesse est en progrès. Les maisons ecclésiastiques ont gagné plus que les lycées et collèges n'ont perdu (3253 élèves).
Dans d'autres régions, la population des lycées et des collèges n'a pas cessé heureusement de se développer. Paris est en tête avec une augmentation de 5580 élèves, deux fois plus considérable que celle des maisons ecclésiastiques ou congréganistes (2788 élèves)*.
En somme, l'enseignement public garde une avance de 20 000 élèves'; mais cet écart tend, depuis quelques années, à diminuer.
Quand on observe de plus près le mouvement de la population des lycées et des collèges, on voit qu'ils ont moins d'élèves dans les classes primaires'. Cela s'explique par la création de nombreuses écoles publiques. Il y avait des collèges et même quelques lycées qui tenaient lieu de ces écoles.
Un autre fait que nous avons déjà constaté dans
i. L'académie d'Aix a gagné aussi H90 élèves, tandis que renseignement ecclésiastique ne s'est accru que de 259 élèves.
2. Nous avons pris la population des maisons ecclésiastiques en laissant de côté les petits séminaires.