AVANT-PROPOS
L'cnqiiele que nous avons faite n'est pas une œuvre de parti. Nous avons recherché avec une entière sincérité, en appelant à nous tous les hommes qui pouvaient nous aider de leur expérience, les causes du malaise de l'enseignement secondaire. Que ce malaise existe, qu'il y ait de l'incertitude dans les esprits, cela saute aux yeux. Les réformes opérées depuis vingt-cinq ans dans l'enseignement secondaire n'ont pas eu la même fortune que celles (jui ont renouvelé nos Universités et donné une si vive impulsion à nos écoles primaires. La création de l'enseignement moderne a soulevé une forte opposition, qui n'a pas encore désarmé. L'affaiblissement des études classiques, menacées dans leurs anciens privilèges, est devenue une source d'inquiétudes. On n'a pu entreprendre la réforme du régime des lycées sans que de vieilles habitudes aient été troublées et sans qu'il en soit résulté un certain ébranlement.
Nous ne sommes rgab-^stîuls, d'ailleurs, à souffrir de ce malaise. Payfejil, il se fait dans les idées sur l'éducation secondaire une évolution qui n'est que la suite dcf^d^olution économique et sociale de l'ancien ipondc! Le nombre des familles qui cherchent à.*>'jél(vver par l'instruction au-dessus du niveau •"ectomun s'accroît de plus en plus. La culture traditionnelle ne peut suffire à tous ces nouveaux venus. Il faut diversifier et assouplir de plus en plus les types d'instruction. En môme temps que renseignement secondaire s'est étendu, les sciences ont pris un essor prodigieux. Les découvertes faites depuis un siècle ont changé la vie des peuples et ouvert des perspectives tout à fait inconnues. Des mondes nou* veaux ont été explorés et conquis. Le développement rapide de pays éloignés est pour l'Europe un sujet de préoccupations.
La concurrence qui surgit de toutes paris n'exiget-elle pas une éducation plus appropriée à la lutte? N'est-il pas nécessaire de développer les facultés de volonté et d'action, plus encore que d'affiner l'intelligence? L'assimilation plus complète des connaissances positives et l'entrée plus rapide dans la vie ne sont-elles pas, de plus en plus, une des conditions du succès *?
Dans les pays où le Gouvernement tient les clefs
\. Enquête. Ch. de commerce de Bordeaux, t. V, p. 39.
AYANT-PaOPOS. 5
des professions libérales et des emplois publics, le régime auquel les examens et les concours soumettent la jeunesse u'a-t-il pas une influence déprimante? La tendance à modeler les esprits d'après un type uniforme ne contribue-t-elle pas à leur enlever quelque chose de leur originalité et de leur initiative?
Voilà les questions qui sont agitées partout.
La crise n'est donc pas limitée à notre pays. Mais (»lle se complique, en France, de la lutte toujours ouverte entre renseignement public et renseignement privé. Cette lutte a pris chez nous un caractère qu'elle n'a dans aucun pays, sauf en Belgique. La liberté d'enseignement aboutit en France à un partage du monopole entre FÉtat et l'Église catholique. Les initiatives individuelles sont étouffées. Nous n'avons pas tous les bienfaits de la liberté et nous en avons tous les inconvénients, pour ne pas dire tous les périls. La question de l'internat est devenue pour l'État une source d'embarras qui n'existent pas ailleurs, tout au moins au même degré. La question du baccalauréat, des grades universitaires, des concours d'admission aux écoles est d'autant plus vivement discutée chez nous que notre organisation sociale, notre amour des fonctions publiques et les dispenses que la loi militaire attache 5 certains diplômes font plus vivement sentir les
inconvénients et le caractère artificiel de tous ces modes de sélection.
Faut-il ajouter que nous ne pouvons aborder les problèmes qui touchent à l'éducation sans une certaine inquiétude qui tient à des causes plus générales? Ce n'est pas seulement l'éducation qui traverse, en France, une crise. Nous souffrons des contradictions qui existent entre notre état social el notre état politique, entre les habitudes d'esprit qui nous rattachent au passé el le besoin pressant que nous éprouvons de nous adapter à une existence nouvelle, entre nos aspirations nationales et les conditions de l'équilibre qui s'établit dans le monde, par suite des changements opérés dans la répartition des forces et du développement de la population. Ces incertitudes et ces contradictions ont obscurci, dans l'âme de la jeunesse, l'idéal qui a servi de flambeau aux anciennes générations. Nous avons le sentiment qu'un grand effort est nécessaire pour nous metire d'accord avec nousmômes, pour garder notre rang et pour maintenir notre supériorité économique.
Nous accusons volontiers de nos propres déraillances l'éducation que nous avons reçue, comme si l'éducation était le seul facteur du développement national, comme si elle n'était pas ellemême la résultante d'un ensemble de traditions et