‹ La réforme de l'enseignement secondaire (volume 2)Chapitre 54 sur 84 · Enquête. — Rapport au Conseil général du Finistère · texte numérisé non relu

Enquête. — Rapport au Conseil général du Finistère

les devants en abaissant, autant que possible, le prix de la pension dans ses établissements. C'était à ses yeux un sacrifice qu'il fallait faire sans hésiter et dont rÉlat ne manquerait pas de recueillir les avantages. « Que l'État, disaîl-il, ne croie pas, en donnant la liberté aux établissements privés, se décharger d'un fardeau. Il accepte, au contraire, un fardeau immense, car il accepte la nécessité, le devoir de soutenir avec succès, avec éclat, une concurrence infatigable.... La prééminence des études publiques doit remplacer le monopole. »

Les familles sont peu portées, en France, à dépenser dans une vue haute et lointaine, d'autant plus que les fortunes sont, en général, médiocres. L'enseignement privé exploitera avec ardeur ce penchant des familles. « Il faut que l'État assure à ses frais et complètement, dans les collèges royaux , le sort des administrateurs et des professeurs, au point que le prix de la pension puisse être notablement abaissé. » A cette condition la pleine liberté des établissements privés sera sans inconvénient. « Quels que soient les sacrifices nécessaires pour atteindre le but, ce sera là une dépense sage, prudente, une de ces dépenses qui rapportent en ordre public, en vraies lumières, en bon état des esprits, infiniment plus qu'elles ne coûtent en argent. »

11 semble qu'on ait cherché, au contraire, pen-

dant longtemps, à réduire le plus possible la pari de l'État dans les dépenses de renseignement secondaire. Dans les dernières années de l'Empire, la subvention de l'État ne s'élevait guère qu'à trois millions; les familles payaient presque tout le surplus des dépenses. Peu à peu le déficit a grossi, par suite de l'augmentation du traitement et du nombre des professeurs.

On a cru faire un acle de bonne politique financière en élevant tout à coup le prix de la pension. Mais cette élévation a coïncidé avec la crise qui sévissait dans les campagnes. Le résultat a été, en beaucoup d'endroits, désastreux. Au lieu de mettre en équilibre les budgets des lycées, on n'a fait qu'augmenter le déficit.

Il importe de mettre ces faits en lumière.

A Marseille, le lycée a perdu 138 internes sur 316. Cependant le nombre des internes s'est accru dans les pensionnats libres. Les familles ne sont donc pas opposées, en principe, à l'internat. Mais le proviseur signale les prix trop élevés de la pension. Ils varient de 800 à 1000 francs. Beaucoup de familles sont allées chercher ailleurs un enseignement qui, d'après l'inspecteur d'académie, ne répond pas à leurs préférences. De même à Aix, le lycée a perdu, en quelques années, 104 pensionnaires.

Dans l'académie de Montpellier, la crise viticole a

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leO RÉFORME DE L'ENSEIGNEMENT SECONDAIRE.

les rapports des recteurs et que confirment les statistiques, c'est la diminution du nombre des élèves qui Tenaient passer au lycée ou au collège deux ou trois années. Il y a douze ans, en 1887, renseignement spécial recevait en première année, dans les collèges, un contingent de 4156 élèves. Au bout de deux ans, 41 0/0 de ces élèves avaient déjà abandonné le collège. Ceux qui poussaient les études au delà de la quatrième année étaient en très petit nombre, à peine 8 0/0. Aujourd'hui, le nombre des élèves qui entrent en sixième moderne n'est que de 5 049. La différence est assez considérable. Ces jeunes gens s'égrènent encore le long de la route, mais beaucoup moins qu'autrefois. Près de la moitié vont jusqu'en seconde, c'est-à-dire au delà de la quatrième année. Il en est de même dans les lycées*.

Mais rien n'est plus remarquable que la décroissance continue de l'internat, dans les lycées et aussi, quoique à un degré beaucoup moindre, dans les collèges. En vingt ans, le nombre des pensionnaires des lycées a diminué de près d'un quart (25 0/0). Il n'y avait plus, au 31 décembre 1898, dans les lycées que 13601 pensionnaires, sur une population de

1. L'enseignement spécial comptait en première année 5 21 7 élèves. Il n'y a aujourd'hui que 2893 élèves en sixième moderne. Mais celle clientèle est plus stable que celle de l'ancien enseignement spécial.

DE LA CRISE DES LYCÉES. i2l

52 372 et 10266 dans les collèges sur une population de 33 949 élèves.

Les établissements libres ne subissent pas, en ce qui concerne l'internat, la môme transformation. Il y a bien dans certaines régions une tendance des familles à préférer l'externat. C'est pour répondre à ce besoin que des externats tenus par des prêtres ou des congrégations ont été récemment créés*. Mais ce changement n'a rien de précipité dans son allure. La statistique montre que les maisons congréganistos sont, après les petits séminaires, obligés en principe à ne recevoir que des internes, les établissements qui comptent le plus de pensionnaires (55 0/0). Puis viennent les établissements diocésains (50 0/0), les maisons appartenant à des prêtres séculiers (47 0/0) et les maisons libres laïques (43 0/0). Dans les collèges, la proportion n'est que de 50 0/0 et elle ne dépasse pas 26 0/0 dans les lycées. Le contraste est tout à fait frappant.

Si la diminution du nombre des pensionnaires dans les lycées n'était que le résultai d'un changement graduel dans les habitudes des familles, elle n'aurait rien d'inquiétant. Peut-être faudrait-il, au contraire, s'en réjouir. Elle a malheureusement d'autres causes.

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