Enquête, Déposition de M. Daliraier, t. I, p
RKGIME DES LYCÉES. 15
Le lycée n a pas de budget, ou, du moins, ce qu'on appelle de ce nom n'est qu'un compte adminislralil* de recettes et de dépenses sur lesquelles le proviseur n'a aucune action, non plus que le bureau d'administration. L'autonomie financière des lycées n'est qu'une illusion. Toutes les dépenses sont réglées par le ministre ou par les bureaux. Un proviseur ne peut pas de lui-môme décider qu'on achètera un livre ou un instrument de physique. Il ne peut pas donner une gratification, si minime qu'elle soit, à un serviteur. Le prix de la pension, les frais d'études sont fixés en dehors de lui. On les élève, sans prendre son avis, quand le budget est en déficit. Le lycée perd des élèves; on revient sur la mesure prise, mais tout se fait et se défait à Paris. Le proviseur n'est qu'un fonctionnaire — qui doit obéir. On lui a enlevé le droit, auquel il tenait beaucoup, d'accorder quelques remises ou quelques réductions de pension ou de frais d'études*. C'était pour lui un moyen de retenir des élèves, de tenir compte de certaines situations que seul il peut connaître; cela n'était pas inutile à son autorité morale.
En ce qui concerne l'enseignement, la liberté du proviseur et des professeurs est à peu près nulle. Ils n'ont pas à s'inquiéter de savoir si les plans généraux d'études ne devraient pas, dans une certaine mesure,
1. Ce droit vient de lui ôtre rendu par une décision du ministre.
s'assouplir aux nécessités locales. Non seulement les programmes sont arrêtes, dans tous leurs détails, par le Conseil supérieur de l'Instruction publique, mais le nombre des chaires est fixé par le ministre, sans que les établissements aient voix au chapitre. 11 y a tel grand lycée* qui voudrait instituer des cours spéciaux de préparation aux écoles de commerce. Il n'en a ni la liberté ni les moyens. Dans d'autres lycées, on pourrait faire des économies importantes, si l'enseignement était mieux distribué. II faudrait n'être pas enchaîné à une règle uniforme, et pouvoir tirer le meilleur parti des ressources dont on dispose. La centralisation, quand elle devient excessive, est de tous les régimes le plus coûteux.
Ce n'est pas seulement l'enseignement qui est réglé d'une manière uniforme. La discipline, l'emploi du temps, la vie intérieure des établissements sont aussi les mêmes partout.
Comment veut-on que, dans ces conditions, les assemblées des professeurs soient réellement vi vantes? Jules Simon s'était flatté de Tespoir qu'il sortirait de ces réunions des idées de réformes. Elles se meurent partout, faute d'aliment.
L'évolution qu'il s'agit d'accomplir a été fort bien
1. Enquête. Déposition du proviseur du lycée Gharleraagne, t. I, p. 571.