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CHAPITRE II De Tautorité des proviseurs

Le proviseur est le chef de la maison. C'est la loi de Tan X qui le dit. En fait, son autorité a été diminuée de plus en plus par l'habitude qu'a prise l'Administration de régler elle-même les plus petits détails*.

Tout le monde reconnaît pourtant que la prospérité d'un lycée dépend surtout du proviseur. Il personnifie le lycée et c'est lui surtout que connaissent les familles. Un bon proviseur est chose^issez rare. 11 faut que, par la science, les grades mômes, il soit l'égal des meilleur^ professeurs du lycée. C'est à cette condition que ses conseils et sa direction sont facilement acceptés. Il doit avoir le caractère ferme, être de manières aimables et de tenue parfaite.

Beaucoup de professeurs qui pourraient remplir ces conditions refusent d'être proviseurs, parce qu'ils ne

1. Enquête. Voir notamment la déposition de M. l'abbé Follioley» t. I, p. 475 et suivantes.

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veulent pas échanger leur indépendance- contre les ennuis d'une situation pleine de responsabilités et dépourvue d'initiative. Il faut donc relever les fonctions du proviseur par des avantages pécuniaires* et en ne lui mén^^ant pas la considération dont il a besoin. N'est-il pas singulier qu'on n'ait pas songé à lui donner un rang dans les cérémonies publiques, partout où il n'existe pas une Faculté? Pourquoi estil si rarement décoré? Ce ne sont là que des signes extérieurs de la dignité de la fonction. Ils ont leur importance dans un pays comme le nôtre. Mais ce qui est encore plus essentiel, c'est de restituer au proviseur tous les attributs de l'autorité d'un chef d'établissement. Il doit nommer directement à tous les emplois subalternes. Il doit avoir un mot 5 dire, un avis à donner sur toutes les nominations qui se font dans l'établissement.

Quand on a trouvé un bon proviseur, il faut lui laisser le temps de gagner la confiance des familles, d'asseoir fortement son autorité morale. Malheùreu sèment on déplace les proviseurs plus souvent que les directeurs des contributions ou les receveurs des postes. En vingt ans, à Auch, il y a eu six proviseurs. Il en est de même dans la plupart des lycées.

1. Dans le système que recommande la Commission, le traite- ^ jnent du proviseur sera augmenté d'une indemnité inscrite au

budget du pensionnat. Cette indemnité pourra être proportionnée au ! temps qu'ii aura passé dans un mêmei^cée.

22 RÉFORME DE L'ENSEIGNEME?îT SECONDAIRE.

« En quinze ans, dit le recteur de Caen, j'ai vu passer vingt-huit proviseurs dans huit lycées et au moins un nombre double de principaux dans dixhuit collèges. » M. l'abbé FoUioley aous a appris qu'il y avait eu, avant lui, au lycée de Nantes, vingtcinq proviseurs en quatre-vingts ans. Un proviseur ne reste, en moyenne, que trois, ans dans un lycée. Comment veut-on que ces hôtes passagers se créent des relations dans le pays, obtiennent la considération et attirent des recrues à l'Université ? Dans les établissements libres, quand on a un bon directeur, on le garde pendant quinze ou vingt ans.

Le mal est plus grand aujourd'hui qu'il n'était il y a vingt-cinq ans. Il tient à des causes générale?. Tous les services publics en sont atteints. Celte instabilité est la ruine de l'Administration :'non seulement elle désorganise les services, tnais encore elle développe chez les fonctionnaires l'inquiétude, le besoin continu de changement, l'habitude de mettre en jeu les influences politiques. Personne ne demande qu'un proviseur soit inamovible, mais est-il nécessaire de le déplacer si souvent? Ne peut-on lui tenir compte du temps qu'il passe dans un lycée, plutôt que des voyages qu'il fait de lycée en lycée? C'est l'esprit du règlement qui a supprimé les catégories des lycées et créé les traitements personn^' 'obstine dans les anciennes pratiques.

Le proviseur a besoin qu'on Tencourage à prendre certaines initiatives, à n'ôlre pas trop effrayé de sa responsabilité. Nous avons entendu le proviseur d'ua lycée, établi aux environs de Paris ; c'est un administrateur distingué. Mais il a peur de sa responsabilité à ce point qu'il ne laisse pas les élèves sans une surveillance de tous les instants. Il craint que s'il arrive un accident les tribunaux correctionnels ne lui infligent une condamnation. La loi vient d'être réformée. Mais les habitudes sont prises : le proviseur avoue qu'il agira de même dans l'avenir.

A quoi sert-il d'avoir un parc de dix ou quinze hectares, si les élèves n'en ont pas la jouissance? C4ela ne sert qu'à donner aux enfants une vue agréable. Dans ces conditions, un internat à la campagne ressemble trop à l'internat dans les villes. Croiraiton qu'on impose à ces enfants des promenades sur les chemins, en rangs, le dimanche et le jeudi? Ces promenades sont une corvée pour les élèves et pour les répétiteurs- On demande au proviseur si les enfants, au moins les plus jeunes, n'ont pas la facilité de se livrer au jardinage. C'est un agrément pour des enfants et un moyen d'éducation. Personne n'y a songé. «Cela pourrait avoir des avantages, dit le proviseur ; mais j'ai fait ce qu'ont fait mes prédécesseurs.» Voilà le mot qui explique tout. L'initiative

personnelle est étouffée sous les règlements, sous les habitudes prises.

Dans les grands lycées, le proviseur est le cheC d'une administration, beaucoup plus que le directeur d'une maison d'éducation. La Commission des réformes de 1888 avait demandé que ces lycées fussent dédoublés. On n'a pas tenu compte de son vœu. Le lycée Janson de Sailly, par exemple, devait avoir 1200 élèves; il en a plus de 1900. Comment le proviseur, malgré l'assistance du directeur du petit collège, peut-il connaître ses élèves ? Il a beaucoup de peine déjà à connaître son personnel de professeurs et de répétiteurs. « Je le vois le plus souvent que je peux, dit-il ; mais s'il me fallait seulement consacrer tous les jours une minutera chacun, il me faudrait trois heures consécutives.» Ces trois heures, il ne les a pas. Tout son temps se passe, comme celui d'un ministre, à recevoir des visites. « Je reçois les familles, c'est une des exigences du lycée. Il y a environ 30000 visites par an. Je reçois de 8 h. 1/2 à midi et de 2 à 6 heures.» Quel temps lui reste-t-il pour connaître les élèves ?

II explique que, tous les matins, il rassemble « a ce qu'on peut appeler le rapport », le censeur et les survcUlanls généraux. Tous les incidents de la veille

ssent sous ses yeux; on l'entretient des élèves ont mérité une attention particulière. C'est ainsi

que parle un colonel de son régiment. Il connaît, lui aussi, par le rapport quotidien, les hommes qui ont clé frappés la veille de punitions. Mais un proviseur doit avoir d'autres moyens d'étudier le caractère, de suivre le développement de ses élèves.

Les plus belles réformes ne seront qu'une apparence tant qu'on n'aura pas réussi à mettre des proviseurs, ayant une grande autorité morale, à la tête de lycées ne comptant pas, en moyenne, plus de trois à quatre cents élèves. On veut que nos lycées ne gardent plus trace du régime de la caserne. Mais, pour traiter des enfants comme de petits hommes, il faut être sûr de sa propre autorité et ne pas craindre les responsabilités. Un inspecteur général* a dit, dans l'enquête, que bien des choses qui paraissent hardies, comme de laisser à eux-mêmes les grands élèves, pour les habituer à la liberté, exigent, pour être tentées avec succès, beaucoup d'autorité de la part des proviseurs. C'est la vérité. Tout le monde demande qu'on prépare mieux la transition entre le collège et la vie libre, que le lycée soit une école de liberté et de responsabilité. Comment veuton que les proviseurs enseignent aux jeunes gens l'initiative, si on ne commence par les obliger euxmêmes à faire preuve d'initialive, à ne pas fuir les responsabilités?

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