‹ La réforme de l'enseignement secondaireChapitre 12 sur 67 · Enquête. M. Ernest Dupuy, t. I, p · texte numérisé non relu

Enquête. M. Ernest Dupuy, t. I, p

C'est sur le proviseur, bien plus que sur les règlements et les instructions générales, qu'il faut compter pour donner à l'éducation physique toute fa place. D'immenses progrès ont été faits. Il y a vingt-cinq ans, les élèves des lycées avaient deux heures de récréation et ne faisaient d'exercice le dimanche et le jeudi qu'en se promenant, en rangs, dans les rues et sur les chemins. L'usage de l'eau leur était presque interdit : ni bains, ni douches froides. Il ne s'agit pas de faire de nos jeunes Français des Anglais. Les jeux trop violents ne conviennent pas à notre race, plus fine, dans sa vigueur élégante, que la race anglo-saxonne. C'est à faire des Français qu'il faut s'appliquer. L'éducation a été, pendant des siècles, une violence à leur nature pleine de gaieté, de bonne humeur primcsaulière. Elle se ressent encore trop de ses origines. Cependant nos lycées se transforment peu à peu. Les recteurs constatent qu'ils ont, sous le rapport de l'éducation physique, une supériorité déjà marquée sur la plupart des établissements libres. C'est une supériorité qu il convient d'assurer et de développer encore. L'enquête contient des témoignages intéressants à cet égard. Les jeunes gens ont pris goût aux exercices corporels. Ils u cilm^eni pas île la libeiLc qu'on eoiii menée à leur laisser de s'organiser, de sedisciplincreux-jnêmes. Un aU£pout beaucouppour tirer parlide ces asso-

dations et les faire tourner en moyens d'éducation.

Qu'on réduise la durée des heures de travail à six heures pour les enfants les moins âgés et à huit heures pour les autres. Ce sera une mesure excellente. Mais il faut que l'enfant apprenne à se servir de ses heures de loisir, à agir davantage par luimême, à se conduire comme une personne responsable. C'est encore le proviseur qui peut seul diriger cette partie si délicate de l'éducation, en intervenant discrètement par ses conseils et par son exempU», en donnant à la maison tout entière le ton qui convient, en développant autour de lui les influences morales.

Comment n'a-t-onpas songé encore à établir, dans chaque lycée, de grandes salles où les élèves pourraient se réunir le soir, après leur travail, pour se livrer à des lectures ou à des conversations familières? Ils se sentiraient là chez eux. Rien n'est plus Iroid, plus banal que los études de nos lycées. On devrait mettre un peu d'amour-propre, môme de coquetterie^ orner ces salles de gravures, démoulages et de livres. Le proviseur viendrait souvent à ces léunions du soir. Son autorité s'y montrerait plus familière et plus souriante. Les professeurs prendraient aussi peu à peu l'habitude de s'y mêler à leurs élèves.

Il y a sur ce point, comme sur tant d'autres, de

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vieux préjugés à dissiper, d'anciennes défiances à faire tomber. En présentant la loi du 11 floréal an X, Fourcroy disait que les professeurs ne s'occuperaient que de leurs travaux et de leurs leçons. « Ils n'en seront point détournés par des détails administratifs ; ils n'auront la discipline des élèves que dans leurs classes et par rapport aux devoirs qu'ils leur donnent à faire. Aucun soin étranger aux études et aux progrès des élèves ne les empêchera de se livrer à leurs louables et pénibles fonctions; les muses veulent posséder tout entiers et sans partage les hommes qui s'attachent à elles. » Sous ce langagv3 prétentieux, on voit surtout la crainte que les professeurs, en s'occupant de l'éducation des élèves en dehors de la classe, ne portent ombrage au proviseur. C'est une vue étroite qu'on retrouve dans les rapports de quelques recteurs. « Les proviseurs, dit l'un d'eux, verraient d'un œil jaloux cette intrusion des professeurs dans la vie tout à fait intime de la maison. Où est le proviseur qui sollicitera les proïesseurs de joindre leur action à la sienne, qui leur proposera de venir en étude, aux récréations, aux promenades? A la tête de chacune de nos maisons, il faudrait un apôtre, il n'y a la plupart du temps qu'un fonctionnaire. »

On n'a pas besoin d'être un apôtre pour comprendre que l'intervention pllis fréqi^cnte et fanii-

lière des professeurs dans la vie des élèves aurait des avantages pour tout le raonde. Beaucoup de professeurs se montrent déjà disposés à sacrifier un peu le culte des muses pour remplir plus complètement leurs fonctions d'éducateurs ; ils donnent un bon exemple*.

Que fait-on pour les encourager? On s'étonne que les professeurs ne consacrent au lycée que le temps prescrit par les règlements. Mais a-t-on songé seulement à leur réserver un cabinet de travail dans le lycée? Y a-t-il même partout des bibliothèques ^ où ils puissent se livrer à des recherches person- • nelles ?

Dans les lycées les plus considérables, où le proviseur ne peut pas s'occuper de tous les élèves, on a songé à lui adjoindre, sous le nom de dire^t^urs d'études, des professeurs qui continueraient d'enseigner, mais qui suivraient de plus près un groupe d'élèves pendant un certain nombre d'années. L'idée peut être bonne. Elle a besoin d'être mûrie par l'expérience. Aussi avons-nous demandé qu'on en fît ' l'essai dans quelques lycées. Ce ne sont pas des n fonctionnaires nouveaux, mais une fonction nouvelle qu'il s'agit, dans noire pensée, d'instituer.

1. Dans les collèges plus encore que dans les lycées, cette tendance se fait jour. « Je vois, dit le recteur de Nancy, des collèges où les professeurs quittent à peine leurs élèves. »

Mais tout ce qu'on pourra tenter, dans celte direction, ne sera vraiment efficace que si le proviseur trouve en lui-même et. dans l'autorité relevée de ses fonctions la force de faire converger au même but tous les efforts, de donner au lycée l'unité dont il a besoin et, pour tout dire, d'en faire une véritable personne morale.

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