CHAPITRE V
De la suppression de renseignement spécial et du tort qu'elle a fait aux lycées et aux collèges.
L'opinion qui se dégage, sur ce point, de l'enquête est unanime. On ne discute pas, en général, sur le mérite de l'enseignement moderne en tsmt, que conception d'un enseignement de haute culture pouvant rivaliser avec l'enseignement classique. C'est à un autre point de vue que(^se placent^ les directeurs et les inspecteurs d'académi^Ils ont constaté que l'enseignement moderne ne répond pas aux besoins de la plupart des collèges et des lycées. Us regrettent qu'on ait supprimé l'enseignement spécial. C'est à leurs yeux une des causes qui rendent difficile le recrutement de la population des collèges. La nécessité a été plus forte d'ailleurs que tous les raisonnements. L'enseignement spécial se rétablit de lui-imême dans un certain nombre de collèges et de lycées.'L'Administration ferme les yeux ou encourage
ces tentatives; mais, dans beaucoup d'établissements, renseignement moderne fonctionne seul à côté de renseignement classique. Les élèves ne le suivent que pendant quelques années. Ils en sortent avec des connaissances incomplètes et dont ils ne peuvent se servir. Que feront-ils des rudiments de la langue anglaise et de la langue allemande, de Thistoire des Mèdes et des Assyriens? Ils ignorent l'histoire de France ; ils ne savent rien de la comptabilité, *^ L'enseignement moderne n'était pas fait pour eux. On le leur a imposé. Les familles s'aperçoivent des lacunes de cette instruction si mal adaptée à leurs besoins. Aussi se tournent-elles vers les établissements libres, dont l'enseignement, plus souple, se plie mieux à leurs exigences.
Il faudrait citer toutes les pages de l'enquête. « La plupart des collèges, dit l'inspecteur du Jura, ne peuvent conduire leurs élèves qui, d'ailleurs, ne le désirent pas, jusqu'au baccalauréat moderne. En général, on ne dépasse pas la quatrième moderne. Or, si l'enseignement moderne a sa valeur, si ses programmes sont combinés de manière à donner une culture complète, c'est à la condition qu'on les suivra jusqu'au bout. Tronqués, ils ne remplissent pas l'objet qu'on se propose.... Dès lors, l'enseignement des collèges devient quelque chose de superficiel et d'indéterminé dont les effets utiles
ne sont pas très visibles pour nous, a fortiori pour les familles. »/^
Le principal du collège de Dôle fait entendre la môme plainte : « Les familles, dit-il, n'ont pas saisi l'utilité qu'il y avait pour les enfants à suivre des cours d'allemand et d'anglais pendant dix ou douze heures par semaine*. » Dans la Haute-Saône, l'inspecteur constate que la création de l'enseignement moderne n'a pas rencontré [auprès des petits commerçants, des petits propriétaires des campagnes, les suffrages qu'on espérait. « Nous nous sommes trop enfermés dans la conception de deux enseignements parallèles, l'un classique, l'autre moderne, sans nous soucier des conditions de la vie matérielle qu'avaient à envisager nos élèves.... Nous avons fait des pertes qui ont profité aux établissements congréganistes. »
Le recteur de Bordeaux n'est pas moins affirmatif . a La substitution à l'enseignement spécial de l'enseignement secondaire moderne a dépeuplé nos collèges communaux et a permis à des écoles primaires congréganistes de se transformer du soir au lendemain en établissements secondaires. » De 1887 à 1898, 40 écoles primaires ont ainsi changé leur état civil. 11 suffit, pour ouvrir un établissement secondaire, d'avoir un diplôme de bachelier, Le pavillon