Enquête. — Déposition de M. Emile Bourgeois
2. V. Duruy. — Rapport de 1865 sur la statistique de Renseigne" ment secondaire.
Voici une région où il n*y a pas un seul collège communal ; les villes se refusent à faire aucun sacrilice, ou bien elles ne veulent pas d'autre enseignement que l'enseignement ecclésiastique. C'est à ce dernier qu'elles réservent leurs subventions. Que peut faire l'État? Créer un lycée, cela coûte trop cher. Forcer la résistance des communes, cela n'est pas possible dans l'état de la législation. Serait-ce, d'ailleurs, bien désirable? Il faut respecter l'indépendance des communes. Mais ce n'est pas toucher à cetle indépendance que de chercher les moyens de faire sans leur concours ce qu'elles ont refusé de faire. Qu'on s'adresse, à défaut de la commune, au département. S'il refuse, à son tour, pour des motifs tirés de l'état de ses finances ou pour toute autre raison, l'État doit-il s'arrêter et avouer son impuissance?
Si on savait que l'État est disposé à lui faciliter sa tache, une société pourrait se former pour créer l'élablissement universitaire dont le besoin se fait sentir. Pourquoi l'État lui refuserait-il la subvention que la commune a repoussée ou dédaignée? A défaut d'une société locale, un professeur de l'Université se présente; il demande pour lui-même cette subvention. Avec le patronage et l'assistance effective de l'État, il offre de créer et de diriger un collège. Il se soumet aux inspections et il accepte les
LNSUFFISANCe/dES collèges. Uô
programmes des établissements publics. 11 demande au ministère d*auloris(/r quelques professeurs de collège à se joindre à liii sans rompre les liens qui les attachent à l'Université. Ce collège, d'un nouveau type, sera une heureuse combinaison de Teffort d'un particulier et de celui de l'Élat. 11 aura peutêtre plus de vie propre qu'un collège ordinaire, il se pliera mieux aux nécessités locales. Qui sait si nous ne trouverons pas dans celte forme nouvelle d'association un moyen de remédier, en certaines régions, 5 la ruine des institutions laïques?
Ce que nous demandons se fait déjà pour les cours secondaires des jeunes filles. Là où il trouve une municipalité négligente ou hostile, le ministre n'hésite pas à accorder la subvention de l'État à une institutrice qui offre les garanties nécessaires. 11 n'a eu qu'à se féliciter des résultats. Ce ne serait donc pas tout à fait une nouveaulé. Qu'on essaye dans un certain nombre d'arrondissements. Nous sommes heureux d'avoir pu nous mettre d'accord avec M. le ministre de l'Instruction publique sur celte question dont nous sentons toute l'importance et que nous recommandons de toutes nos forces à l'attention de la Chambre des députés.
Quoiqu'on ait beaucoup fait, depuis quelques années, pour améliorer les établissements universitaires, au point de vue de leur installation matérielle,
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il y a encore, sur bien des points, des dépenses à faille et qu'on ne peut ajourner plus longtemps. Le lycée d'Avignon, par exemple, est établi dans des bâtiments vieux et incommodes, tandis que l'institution rivale offre à sa clientèle une installation presque luxueuse*. A Nice, le lycée est en décroissance. « L'aspect de cette vieille maison, dit l'inspecteur d'académie, n'est pas de nature à séduire une clientèle difficile. » Au contraire, les établissements ecclésiastiques de la région doivent, en partie, leux prospérité à la supériorité de leur installation matérielle.
^Le recteur de Bordeaux explique que les congrégations son; riches et qu'elles consacrent leurs recettes au luxe et au confort de leurs maisons. La lutte devient de plus en plus difficile pour les établissements publics; car les familles ne se contentent plus de ce qui leur suffisait, il y a cinquante ans. C'est ce que dit aussi le proviseur du lycée de Rouen où l'internat subit, depuis quelques années, une baisse continue. « Dans un temps, dit-il, où on élève si mollement les enfants, la plupart de nos lycées, et €eluide Rouen en particulier, ne peuvent pas encore, sous le rapport du confort, soutenir la comparaison avec les établissements rivaux. »
Le lycée de Nevers est en déclin. « Son avenir,
Ik Rapport de l'inspecteur d*académie.
écrit rinspecteur d'académie., paraît fort compromis si on ne lui porte un prompt remède, d'abord en le reconstruisant, car il menace ruine. » On a construit, dans la même ville, un établissement libre. Le contraste, ajoute l'inspecteur, éclate à tous les yeux, entre ces bâtiments neufs et l'état de délabrement qu'on a signalé tant de fois au lycée.
A Paris même où des millions ont été si mal employés à la construction du lycée Lakanal, qui devait avoir six cents pensionnaires et qui n'en a que deux cents, le lycée Charlemagne manque d'air et de lumière. Il n'a même pas un parloir, ni une entrée qui soit digne d'un grand établissement*.
Si nous voulions parler des collèges, que n'aurions-nous pas à dire encore ' !
Nous avons voulu montrer que si l'enseignement public est aujourd'hui menacé, cela ne tient pas seulement à des causes d'ordre moral, mais aussi à des raisons matérielles et financières qui n'échappent pas à l'action du législateur.