Enquête. — Déposition de M. deLapparent, t. II, p
contact, aireclcnl de s'ignorer plus qu'autrefois, de constituer, au sein de la nation, deux sociétés différentes.
r^oui cela est vrai. Pourtant tous les hommes d'État qui l'eslent maîtres d'eux-mêmes et qui voient les choses d'un peu haut pensent que la liberté d'enseignement doit demeurer en dehors de nos quei^elles de parti, que ce serait une suprême imprudence d'y toucher*. 11 faut vivre avec elle, d'abord parce qu'elle a de grands avantages, à coté de ses inconvénients, et notamment celui d'obliger l'Université à faire des efforts, à ne pas s'endormir dans la routine; ensuite, parce qu'un régime de liberté, comme la République, ne peut pas mettre dans ses fondements aulrc chose que la liberté, sous peine de les rendre ruineux et enfin parce que, le vouhU-on, aucun parti n'aurait la force de la supprimer.
Quand Thiers, dans son rapport de 1844, s'appliquait à organiser la liberté de l'enseignement, il ne cachait pas les tendances de son esprit qui l'eussent porté vers une solution toute différente. « Nous reconnaissons, disait-il, que l'autorité de l'État,
1. Voir les déclarations de M. Léon Bourgeois {Appendice, p. 26i); de M. R. Poincaré (Appendice, p. 258); de M. Jaurès [Enquête, t. II, p. 42). M. Jaurès s'est prononcé plus nettement encore en faveur de la liberté dnns son discours du 21 juin 4894 à la Chambi*c des Députés.
poussée jusqu'à jeter la nation tout entière dans un seul moule, ne convient ni aux temps modernes, ni à. la France. Toutefois, gardons-nous de calomnier cette prétention de l'État d'imposer l'unité de caractère à la nation et de la regarder comme une inspiration de la tyrannie. Il faut nous tenir dans la vérité du temps et de notre pays. »
Ce qui apparaissait à Thiers, en 1844, comme la vérité du temps où il vivait, a-t-il cessé d'être la vérité de notre temps? Les divisions sont-elles moins profondes? Sommes-nous plus près de voir s'établir dans les esprits l'unité morale qui doit servir de support nécessaire à l'unité de l'éducation? Qui pourrait le penser? Le plus sage est de ne pas remettre en question la liberté, mais de s'efforcer d'en corriger les défauts et d'en tirer le meilleur parti.