M. MispouLET. Iii-8«, Paris
ici un débat théorique et désirant simplement répondre aux questions qui intéresseraient particulièrement la commission.
M, le président. — J'en viens tout de suite aux objections possibles.
On prétend que cet enseignement moderne risquera toujours, dans la pratique, de se confondre avec l'enseignement primaire supérieur, quoique nous fassions.
Les Frères des écoles chrétiennes commencent à préparer des candidats au baccalauréat moderne, et nous allons, nous dit-on, voir ainsi des professions où il fallait une culture élevée et désintéressée envahis par une couche nouvelUî.
M. Léon Bourgeois. — Vous touchez là à la question du baccalauréat.
M. le président. — Bien entendu, parce qu'il va de soi que si cet enseignement est ce que vous dites, il doit mener partout.
M. Léon Bourgeois. — Je suis tout à fait partisan de l'égaUté des sanctions.
M. le président. — On ajoute que cet enseignement étant de durée plus courte et, par là, plus facile, constituera une prime pour la désertion des études classiques, 11 comporte une année de moins.
M. Léon Bourgeois. — Cela suppose la question du baccalauréat résolue. Je suis partisan de la suppression de cet examen. L'argument ne me touche donc pas véritablemenl. Cette question du baccalauréat pèse, en effet, bien malheureusement sur tout le problème de l'enseignement secondaire. C'est, à tout moment, là que nous rencontrons les obstacles à toutes les réformes intérieures de cet enseignement. Il faudrait qu'il y eût simplement à la fin de chaque série d'études un certificat constatant
qu'elles ont été faites et *bîen faites. On pourrait alors, sans autre souci, constituer renseignement secondaire en vue de lui-même, l'organiser dans ses divers types, de la manière qui paraîtrait la meilleure en soi. Quant à rentrée des différentes carrières, on y devrait placer, en considérant aussi uniquement l'intérêt de ces carrières, les épreuves d'admission ou d'élimination qui seraient jugées nécessaires pour en assurer le bon recrutement. Un des vices fondamentaux de la situation actuelle est de considérer le baccalauréat comme la clef des carrières ; cette idée dénature complètement le caractère de l'épreuve finale de l'enseignement et par suile le caractère de l'enseignement lui-même.
Il devrait être une constatation des études faites, alors qu'il semble actuellement avoir pour but de constater l'aptitude aux études futures.
Tant que l'épreuve de fin d'études secondaires continuera à être regardée comme la clef des carrières, le but véritable de l'enseignement secondaire, qui est, la formation générale de l'esprit, sera perdu de vue et mille préoccupations étrangères au bien de cet enseignement influeront sur son organisation, fausseront son caractère.
Quand on dit : « Les écoles de frères prépareront trop facilement au baccalauréat », on comprend que je réponde : Si le baccalauréat n'est plus qu'un certificat de fin d'études', l'inquiétude tombe d'elle-même. Il y a, bien entendu, à examiner ce que seront les certificats d'études secondaires pour l'enseignement libre. Mais je traiterai plus tard cette question.
M. le président. — Quels résultats l'enseignement moderne donne-t-il jusqu'à présent? Ils sont très Inégaux à ce qu'on dit.
M. Léon Bourgeois. — Il y a, en effet, des résultats divers; mais il faut analyser ces résultats et rechercher les causes de cette inégalité....
M. Raymond Poincaré. — Dans le Nord, l'enseignement moderne est très bon ; à Paris, également ; mais il est mau* vais dans le Midi.
M. Léon Bourgeois. — Quelqu'un a dit — M. Seignobos, je crois — en parlant de l'enseignement moderne : « Cet enseignement rend ce qu'on y a mis ».
C'est très vrai; dans certaines régions, dans le Midi, par exemple, on se destine davantage aux fonctions pu-» bliques et on délaisse par là même l'enseignement moderne. Le contraire a lieu pour le Nord.
M. Jacques Piou. — C'est exact.
M. Léon Bourgeois. — En d'autres termes, dans les régions où la richesse économique est moins développée, où l'industrie est moins répandue, où les familles se tournent de préférence vers les fonctions publiques, l'enseignement classique a gardé presque toute sa clientèle; dans le Nord, au contraire, où l'on se dirige plutôt vers les carrières commerciales, industrielles et agricoles, l'enseignement moderne est prospère.
D'autre part, il existe beaucoup de lycées où tous les élèves intelligents, dont l'esprit paraît supérieur, sont encore dirigés de préférence par les proviseurs vers l'enseignement classique; certains chefs d'établissement tiennent encore à honneur de ne laisser aller à l'enseignement moderne que les élèves qu'ils considèrent comme de second ordre : c'est là une cause très regrettable d'infériorité pour le moderne.
Seconde cause : Ce sont le plus souvent encore des professeurs de l'enseignement classique qui sont chargés
204 REFOUME DE LENSEIGNEMENT SECONDAIHE.
des classes modernes, et il n'est guère possible de les empêcher d*avoir un certain préjugé contre cet enseignement. Je ne me plains en aucune façon de leur zèle ni de leur dévouement; mais leur préparation antérieure explique que, malgré eux, ils ne tirent pas de cet enseignement tous les résultats qu'ils obtiendraient avec un autre enseignement répondant davantage à leurs habitudes d'esprit.
ïl y a donc contre le plein développement de renseignement moderne beaucoup d'obstacles, passagers, j'en suis convaincu, mais encore très puissants. Il faut se souvenir qu'il remonte à peine à huit années. Qu'est-ce qu'un temps aussi court pour une expérience aussi considérable?
L'enseignement classique, au contraire, a pour lui des traditions très fortes et un personnel admirablement préparé de tout temps. Depuis un siècle, l'École normale, avec des maîtres tout à fait éminenls, lui a servi de foyer. Il y a donc bien des raisons pour que la lutte soit très inégale entre l'enseignement classique, fort de son prestige, de ses traditions, et donné par des maîtres passionnés pour lui, et le moderne, encore en voie d'expérience et de formation et dont le personnel contient encore des éléments divers étrangers à son esprit et parfois prévenus contre lui.
Et cependant les résultats de cet enseignement sont tels que les professeurs qui corrigent les copies du baccalauréat — et qui sont cependant des maîtres d'origine classique — reconnaissent qu'il y a diversité, mais équivalence entre les élèves des deux enseignements; leur valeur peut être considérée comme égale, bien que les caractères en soient différents.
APPENDICE. ti95
Rappelez-vous le témoignage de M. Langloîs, président d'un des jurys du baccalauréat de 1897 :
« Il m'a semblé, dit-il, que les candidats au baccalauréat moderne, souvent plus frustes que les autres, avaient travaillé davantage; qu'ils avaient moins de désinvolture et plus de fond.... J'ai eu l'impression que les meilleurs élèves des deux enseignements se valent. »
I/élève de l'enseignement moderne est sans doute moins brillant, mais il a plus de fond; il improvise moins facilement que ses camarades de l'enseignement classique; il a la faculté de développement beaucoup moins rapide ; il est plus court lorsqu'il compose une dissertation ou un récit. En revanche, il semble avoir plus de réflexion. C'est, vous vous le rappelez, le souhait de M. Boutmy, qui demandait a que la part faite à la réflexion dans l'éducation fût plus grande que celle qui est réservée à l'exécution ».
Ainsi, chez l'élève de renseignement moderne, si l'aptitude littéraire, je dirai presque l'aptitude verbale, est moindre, le travail de la réflexion, le travail personnel, paraît être plus considérable. La valeur de l'homme en sera-t-elle diminuée?
M. le président. — Vous ne craignez pas que, le jour où le dernier pas aura été franchi, où toutes les portes seront ouvertes à l'enseignement moderne, il n'y ait abandon de l'enseignement classique, sinon par les futurs professeurs, par les prêtres, par tous ceux qui exercent un sacerdoce, et qu'il n'y ait rupture avec la vieille tradition de ce pays et diminution de son patrimoine? Cette crainte a été exprimée par un certain nombre de déposants.
M. Léon Bourgeois. — Je ne crois pas à la désertion de l'enseignement classique * le prestige des langues
anciennes est loin de disparaître; la culture littéraire qu'elles donnent au plus haut point sera toujours prisée dans notre pays amoureux des belles-lettres et de beau langage. 11 y aura toujours de ce chef une supériorité particulière, un affmement, une élégance de Tesprit que les familles aisées souhaiteront pour leurs enfants.
J'ajoute que la crainte d'une diminution du patrimoine intellectuel de la France par la diminution du nombre des élèves classiques m*a toujours semblé tout à fait chimérique.
A mon avis, le patrimoine de la France est assez riche pour que notre race puise en elle-même des raisons de persévérer dans les voies glorieuses de son génie. Les chefs-d'œuvre de notre langue ne sont point inégaux aux chefs-d'œuvre antiques.
Et j'imagine qu'on peut, dans l'étude des grands orateurs, des grands auteurs tragiques ou comiques, des épistoliers et des philosophes de nos xvn*' et xviii^ siècles — je ne parle même pas du xix^^ — trouver les éléments d'une culture générale qui sera purement nationale et ne laissera rien perdre des fortes et charmantes qualités de Tesprit français.
La littérature de la France n'est point, d'ailleurs, la seule où il s'agisse de puiser. Dans tout enseignement secondaire, nous estimons qu'une place doit être faite aux littératures étrangères, et je ne puis comprendre pourquoi l'on semble méconnaître la vertu éducatrice des grands génies de l'étranger.
Pourquoi refuser d'étendre nos horizons en ouvrant des fenêtres sur l'étranger?....
Je ne méconnais pas le profit qu'on peut tirer
de la connaissance de l'antiquité, ce serait foHe; je crois
bien au contraire que la manière dont on communique aux élèves les trésors de cette antiquité est loin de leur en faire goûter le charme et connaître tout le prix.
On ne peut dire en eiïet que nos enfants possèdent dans son ensemble un seul des auteurs anciens ; ils étudient très longuement les éléments de grammaire et de syntaxe des langues grecque et latine et ne prennent conctact avec les grands écrivains que par la traduction difficile, pénible, de quelques lignes de chacun des textes, sans arriver jamais à lire couramment un seul de leurs chefs-d'œuvre. Est-ce là vraiment les mettre en communication avec le génie antique?
Messieurs, interrogeons-nous franchement nous-mêmes. Qui de nous, à moins d'avoir par goût personnel approfondi depuis la fin de ses études classiques l'étude de la langue classique, peut dire qu'il a goûté dans l'original les beautés des tragédies de Sophocle ou des dialogues de Platon? 11 existe d'excellentes traductions auxquelles nous avons eu recours pour bien connaître l'esprit et pénétrer le charme des grandes œuvres antiques, et c'est de leur lecture que s'est formée vraiment notre opinion d'hommes faits sur l'antiquité. Pour moi, j'avoue sincèrement que c'est à la Comédie-Française que j'ai entièrement compris la tragique grandeur d^Œdipe-Roi. Et cependant nous avons les uns et les autres fait ce qu'on appelle de bonnes études classiques.
La vérité, c'est que ces éludes sont indispensables à un certain nombre seulement. 11 faut qu'il y ait dans notre pays des hommes qui continuent à posséder une connaissance profonde, vraiment directe, de ces génies de la Grèce et de Rome auxquels notre génie à nous a tant emprunté. La très haute culture littéraire d'une élite
ost indispensable et, pour la maintenir, un enseignement classique non seulement pur et fort, mais plus fort et plus pur encore que celui de notre temps, doit être conservé. Mais à vouloir le donner à toutes les classes moyennes, on risque à la fois de l'offrir en vain à ceux qui n'en ont ni le besoin ni le goût, et de le donner incomplet, médiocre, à ceux qui sont faits pour lui.
Réduisez le nombre des élèves de l'enseignement classique, créez des lycées exclusivement classiques à très forte organisation, et vous aurez rendu à la cause des lettres anciennes un plus grand service qu'en essayant d'arrêter dans son développement l'enseignement moderne, qui répond aux nécessités de l'immense majorité de notre jeunesse
11 n'y a, à mon sens, qu'une objection sérieuse
à la suppression du baccalauréat, — on l'a formulée ici bien souvent, — c'est la question du sort de l'enseignement libre. Pour l'enseignement public, l'objection n'existe pas.
M. le président. — Qu'entendez-vous par cette suppression? Pensez-vous qu'on pourra entrer aux universités, -comme en Belgique, sans examen d'État?
M. Léon Bourgeois. — J'ai dit, au commencement de ma déposition, que je croyais possible de concilier le principe de la liberté de l'enseignement avec le droit nécessaire de contrôle de l'État sur tout enseignement.
Ce droit peut s'exercer de deux façons : par la collation des grades et par l'inspection dans les établissements libres. La collation des grades est chose d'État; l'État organise des jurys pour diriger les examens qu'il juge à propos de faire passer. Je voudrais que ces examens, comme je l'ai dit tout à l'heure, aboutissent à des
certificats d'études et non pas à des certificats d'aptitude à un enseignement ou à une carrière supérieure ; je désirerais, en un mot, qu'ils fussent la constatation des résultats acquis dans l'enseignement reçu.
M. Je président. — Ils n'auraient aucune valeur légale?
M. Léon Bourgeois. — On pourrait décider qu'à l'entrée de telle ou telle carrière tel certificat d'études fût pris en valeur pour une cote de tant de points ; mais je voudrais que le diplôme secondaire n'ouvrît par luimôme en aucun cas une carrière ; ce qui fausse l'enseignement secondaire, c'est ce lien factice entre les études qui doivent être générales et l'entrée dans une carrière qui est la spécialisation.
C'est un jury d'État qui délivrerait les certificats d'études.
Le certificat d'études aurait un objet très déterminé : la constatation de la valeur des notes obtenues par l'enfant pendant la durée de ses études.
Dans les établissements de l'État, la chose est facile à organiser : on instituerait des examens de passage rigoureux, sans lesquels il ne serait pas possible de passer dans une classe supérieure, et le certificat d'études serait simplement le dernier des examens de passage. Ces examens, même dans les établissements publics, auraient lieu sous le contrôle, à mon sens nécessaire, d'une autorité extérieure à l'établissement.
Comment serait constitué le jury d'État? Je vous aiparlé du rapport que je voudrais voir s'établir entre les universités et les établissements secondaires ; je souhaiterais, par conséquent, que le jury fût composé de professeurs de l'enseignement secondaire et présidé par un professeur de l'Université. Les professeurs de l'enseigne-
ment secondaire devraient, bien entendu, ne pas appartenir à rétablissement.
J'attacherais de l'importance à ce que ce jury comprît des membres égaux en grade aux professeurs de la maison inspectée, mais désintéressés de l'examen.
Au moment de sa session, ce jury aurait le droit de vérifier l'ensemble des examens de passage de l'établissement, d'en contrôler la valeur et la sincérité.
Pour la délivrance du certificat de fin d'études, il aurait le droit de se faire mettre sous les yeux les travaux des élèves, leurs copies, leurs compositions, en un mot tous les renseignements propres à l'éclairer
J'établirais le livret scolaire obligatoire pour les
établissements libres comme pour ceux de l'État. Je suis d'avis que le droit de l'État va jusqu'à s'assurer que dans tous les établissements d'enseignement — même les établissements libres — on se conforme à un certain nombre de règles générales que je considère comme nécessaires au bien du pays.
Si les établissements libres veulent présenter des élèves pour l'obtention d'un certificat d'études, il faut qu'ils se soient mis, vis-à-vis de l'État, dans une situation telle que l'État puisse contrôler la valeur de leur enseignement.
Il faut qu'ils tiennent régulièrement le livret scolaire de chaque élève, et il faut que l'État puisse constater la sincérité des mentions portées sur ce livret, puisqu'elles serviront de base à la décision attribuant plus tard ou refusant le certificat de fin d'études à l'enfant.
Il ne s'agit pas, à ce point de vue, de contrôler la nature de l'enseignement, mais de vérifier seulement les constatations du travail fait, la sincérité des déclarations des maîtres.
J'ajoute que l'État a, suivant moi, le droit d'exiger certaines conditions de capacité des maîtres de l'enseignement libre. Un projet de loi en ce sens, déjà voté par la Chambre, est, vous le savez, actuellement en discussion au Sénat.
Du moment où l'enseignement n'est pas donné individuellement aux enfants par une personne choisie directement par la famille, du moment qu'il s'agit d'une maison ouverte à tous, ayant une direction, un personnel de maîtres nommés par l'établissement, un enseignement en commun, il y a de la part de l'État non seulement droit, mais obligation de contrôle.
Je crois que c'est vous-même, monsieur le président, qui avez éclairé ce point pour une comparaison frappante : en montrant que l'État, qui n'intervient pas dans les rapports d'un médecin avec une famille, est au contraire obligé d'exercer une surveillance lorsqu'il s'agit de l'organisation des soins en commun dans un hôpital. Même situation, même devoir de l'État pour l'enseignement en commun.
Du moment où vous ouvrez un établissement d'éducation au public, vous ouvrez la porte au contrôle de l'État.
Il ne s'agit pas, par l'obligation du livret scolaire et par les conditions de capacité exigées du personnel de l'enseignement libre, d'essayer, d'une façon détournée, de tuer renseignement privé
Je retiens simplement l'obligation du livret scolaire
et le droit, pour l'État, de faire une inspection et de constater la conformité des renseignements donnés par le livret scolaire avec les faits qui se sont passés dans l'établissement.
Grâce à ce contrôle, la délivrance du certificat de fin ^'études pour les élèves des établissements libres peut être
faite par les jurys d'État dans des conditions de connaissance parfaite, puisqu'ils auront sous les yeux non seulement les notes finales présentées par l'établissement pour établir la valeur actuelle de l'élève, mais l'ensemble des renseignements que l'inspection annuelle aura donnés sur la valeur des noies portées chaque année au livret scolaire de l'enfant.
On a fait cette objection que certaines maisons, considérées comme donnant des notes peu sincères et présentant leurs élèves avec une sorte de certificat de complaisance que le jury devrait en principe rejeter, pourraient cependant contenir des élèves qui, individuellement, mériteraient d'être admis au certificat. Je réserverai volontiers, pour ces cas qui seront bien rares, une sorte de recours pour l'élève, un droit à se faire interroger directement par le jury.
M. le président. — Les certificats d'études seraient-ils délivrés par les établissements eux-mêmes, sous le contrôle d'un jury d'État ?
M. Léon Bourgeois. — C'est le jury d'État qui délivrerait les certificats sur les notes présentées par rétablissement. Ce jury, d'ailleurs, serait le même pour tous les établissements publics ou privés de la région ; il serait toujours présidé par un professeur de l'Université, appartenant à l'enseignement supérieur et placé, par le fait, au-dessus de la concurrence des établissements.
Le jury ne contiendrait jamais, d'ailleurs, un seul professeur de l'établissement même qu'il devrait juger; mais il se composerait de collègues, au moins égaux et n'ayant aucun intérêt direct dans la maison.
M. le président. — Vous instituez l'équivalence de ces certificats, quelle que soit la maison?
API»ENDICE. 305
M. Léon Bourgeois. — Oui, une fois qu'elle est constatée.
M. le président. — Si, par exemple, une aduiinistralion de l'Étal exigeait un certificat d'études, on pourrait présenter indifféremment celui d'une maison libre ou celui d'un établissement de l'État ?
M. Léon Bourgeois. — Je ne me préoccupe pas ici des conditions politiques ou autres que l'État peut mettre à l'entrée des carrières publiques. Je me borne à dire ceci : là où, parmi les conditions exigées, on trouvera celle du certificat de fin d'études secondaires, il n'y aura pas à distinguer entre les provenances de ces certificats, puisque dans tous les cas — comme aujourd'hui pour le baccalauréat — c'est l'État qui conférera ce certificat.
M. le président. — Vous ne donneriez pas un certificat unique d'études secondaires ; vous voudriez autant de certificats qu'il y aurait de genres d'enseignements?
M. Léon Bourgeois. — Je voudrais que les certificats d'études secondaires fussent aussi variés que possible et voici comment je concevrais cette variété : j'admettrais que ces certificats ne fussent pas, comme le diplôme du baccalauréat, un simple papier portant la mention : « A été admis ». Je serais d'avis qu'ils comprissent l'énumération réelle des différentes études faites et qu'ils portassent l'indication de la note obtenue par l'élève.
C'est un peu la méthode anglaise. Le « colonial service » en Angleterre procède, on vous l'a signalé, d'une manière très intéressante ; il a, dans son programme, trente-sept matières différentes, pour lesquelles le principe de l'option est appliqué. Les candidats ont à choisir entre sept de ces matières et ils sont admis s'ils ont obtenu dans l'une d'entre elles une note assez élevée.
r,04 REFORME DE L ENSEIGNEMENT SECONDAIHE.
Sans aller jusque-là, — j'indique cet exemple comme direction d'esprit, — j'admettrais que le certificat d'études secondaires fût extrêmement varié en ce sens qu'un certain nombre de matières élant facultatives, il suffit à l'enfant de justifier d'une note de... dans les cinq ou six matières qui constituent l'enseignement déterminé, pour être reconnu apte à obtenir le certificat.
Vous voyez la vérité et l'utilité qu'elle présenterait pour les établissements dont je souhaite l'autonomie.
Dans certaines régions, les élablissements peuvent avoir besoin de développer l'enseignement dans tel ou tel sens ; cela n'empêchera pas les élèves d'obtenir le certificat d'enseignement secondaire avec des notes excellentes sur des points particuliers, bien qu'ils aient été moins fortement préparés sur d'autres points.
M. le président. — Vous n'attacheriez à aucun de ces certificats des conséquences légales, pour l'entrée dans les facultés?
M. Léon Bourgeois. — Je ne leur attacherais aucune conséquence obligatoire.
M. le président. — En fait, comment entrerait-on à la Faculté de droit?
M. Léon Bourgeois. — C'est à l'État de déterminer les conditions dans lesquelles on doit entrer dans l'enseignement supérieur comme dans les carrières publiques. Je suis d'avis qu'en principe les divers certificats d'études secondaires, correspondant aux deux enseignements qui existent actuellement, correspondront à une instruction suffisante pour suivre avec fruit l'enseignement du droit et de la médecine.
Toutefois, si les facultés de droit exigent une faible connaissance du latin des élèves qui auront le certificat
d'études secondaires, sans la mention « grec et latin » — ce qui correspondrait à notre baccalauréat moderne actuel, il suffira d'instituer certaines épreuves à cet effet pour l'admission à l'école. Il sera loisible — et j'ajoute facile — i ces jeunes gens de préparer pendant un an le peu de latin qui serait exigé pour ces épreuves.
Qui empêcherait encore d'organiser dans les lycées de villes, de facultés, des enseignements d'un an, complémentaires de l'enseignement moderne et permettant d'obtenir une « mention pour le latin » en marge du certificat de fin d'études? C'est même là un exemple de la souplesse infinie que peut prendre ce système débarrassé du cadre rigoureux où le baccalauréat enferme tout aujourd'hui...
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