‹ La réforme de l'enseignement secondaire dans le canton de VaudChapitre 5 sur 30 · F. Guex, directeur des Ecoles normales : Education ci · texte numérisé non relu

F. Guex, directeur des Ecoles normales : Education ci

On ne saurait mieux dire. Mais notre mécanisme scolaire est compliqué. Pourrons-nous y introduire ce nouveau rouage sans toucher à ceux que nous avons déjà? On sait de quel œil les classiques, en divers pays, ont vu l'extension de l'enseignement moderne; il sera intéressant d'attendre les modernes à la même éprouve.

La loi fort souple qui nous régit, celle du 19 février 1892, assimile le programme des écoles dites secondaires à celui de l'Ecole industrielle cantonale, en accordant aux communes la faculté de l'enrichir ou de le restreindre. Elle ajoute, à l'art. 10, que le Département de l'instruction publique établit « l'équivalence entre les études faites dans ces écoles et celles faites à l'Ecole industrielle cantonale ». Cet article sans doute ne préjuge rien, et même il est à sa place dans une loi qui définit l'Ecole industrielle cantonale en disant qu'elle a pour but de compléter l'école primaire et de préparer les élèves aux carrières industrielles et scientifique. Mais cette définition fait bien comprendre la situation ambiguë de notre enseignement moderne, soumis à l'action de deux forces opposées. Qu'on rapproche les conclusions de M. Guex de celles de la commission fédérale de maturité et l'on verra la différence des points de vue et la difficulté de concilier des intérêts si légitimes et si divers.

La transformation du rôle social des sections classiques, celle des écoles moyennes, le mode d'inter-

Instruction. Rapport au Conseil fédéral sur le groupe I de l'Exposition universelle à Paris, en 1900. Lausanne 1903, pp. 85

et 87.

vention du gouvernement cantonal et de la Confédération, les difficultés croissantes causées par la confusion que Ton fait encore entre la préparation aux études supérieures et l'extension du cours d'études primaire, telles sont les circonstances déterminantes de notre histoire scolaire ; bien comprises, elles nous éclairent sur notre situation présente ; les questions se démêlent, se classent d'elles-mêmes selon leur juste proportion ; l'important se dégage de l'accessoire ; non seulement on discerne les vrais problèmes et l'on peut les poser dans les termes exacts, mais encore on entrevoit la solution.

Examinons de ce point de vue la situation de notre enseignement classique, puis celle de l'enseignement moderne et de l'enseignement primaire supérieur. Nous avons, Avenches non compris, 14 sections classiques, pour une population de 280,000 âmes. Gela fait une section pour 20,000 habitants dans un pays essentiellement agricole. C'est beaucoup trop. C'est une survivance du temps où l'on n'avait rien autre. Conséquence naturelle : ces établissements déclinent. Il n ? y a pas à s'y tromper, c'est la chute graduelle. Le Gymnase classique déverse bon an mal an dans les parvis universitaires une trentaine de jeunes bacheliers. Pour préparer ces trente jeunes gens, nous avons treize sections latines communales, plus le Collège cantonal! Aussi, quelle est la scolarité ? Le Collège cantonal se maintient et même gagne du terrain. Il a eu son maximum en 1889 avec 278 élèves et 7 classes ; en 1891, réduit à 6 classes, il tombe à 215, puis se repeuple d'année en année, et remonte en 1901 à 244. Les col-

lèges classiques communaux, par contre, suivent une curieuse périodicité. Entre 1869 et 1877, ils progressent rapidement. Ils augmentent de 204 à 380. Puis ils subissent une dégression continue pendant vingt ans et tombent, en 1897, à 168. Depuis lors, ils sont en- légère croissance et nous les retrouvons, en 1901, au chiffre de 208, à peu près celui de 1869. Que Ton songe à l'accroissement de la population du canton pendant ces trente ans, et l'on comprendra la signification de cette statistique. Un seul collège classique est en croissance à peu près régulière, celui de Montreux, ce qui s'explique par le développement exceptionnel de cette région et peut-être par l'affluence des étrangers.

A part le Collège cantonal, nous avons en ce moment six divisions classiques, pas davantage, où le nombre des élèves passe la douzaine. Vevey en a 46. Il en a eu jusqu'à 120 en 1881. Morges vient ensuite : 32 élèves; maximum 87, en 1877. En troisième lieu Montreux : 31 ; ce chiffre n'y a été dépassé que d'une unité, c'était en 1884. Nyon occupe le quatrième rang, 28 élèves; maximum 44, en 1874. Mais c'était un maximum par accident, car l'année d'avant et Tannée d'après ce collège a compté 31 élèves classiques. Nyon a fréquemment des sautes brusques, qui doivent tenir à quelque circonstance spéciale. Ajoutons à cette liste les 16 élèves d'Yverdon, maximum 38, en 1882, et les 13 élèves de Payerne, qui en a eu 23 en 1884, et nous aurons énuméré nos plus fortes sections. Les autres n'atteignent pas la dizaine : Aigle 5; Aubonne 7; Chàteau-d'Œx 8; Moudon 6; Orbe 5;

Rolle 5; Ste-Croix 6. Et Tannée 1901, où s'arrête ma statistique, n'est pas la plus faible. Certaines sections ont compté pendant ces dernières années trois et même deux élèves !

Gomment se fait-il que les communes ne se soient pas entendues depuis longtemps pour grouper ensemble quelques-unes de ces sections et en faire un collège classique pourvu du matériel et du personnel nécessaire? Qu'on n'allègue pas les considérations d'humanité. S'il était question de priver de leur gagne-pain d'honnêtes et utiles serviteurs de l'Etat, je ne serais pas le dernier à protester. Mais au taux où sont les traitements, il s'écoulera beaucoup de temps avant que la carrière de l'enseignement soit encombrée. On voit des concours sans candidat du pays. Et les maîtres de langues anciennes sont capables d'enseigner d'autres branches d'études; ils le font souvent. Qu'est-ce qui empêche de leur offrir un changement de chaire à l'occasion d'une vacance?

Au surplus, le groupement ou si l'on veut la réduction du nombre des sections classiques n'entraînerait pas une forte réduction du personnel. Car nous avons plus d'un collège incomplet dont les élèves sont forcés d'émigrer avant le temps. Un maître y suffit pour l'enseignement des langues anciennes. 11 en faudra au moins un pour le latin et un pour le grec dans chaque établissement de plein exercice.

La question de personnes, on le voit, n'est pas insoluble. Il suffirait de compter avec le temps et de s'armer de bonne volonté pour aboutir de façon heureuse, sans porter atteinte aux situations acquises ni

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léser des intérêts légitimes et hautement respectables. •

Où est l'avantage, dira-t-on, s'il faut autant de maîtres et autant d'argent? Je réponds qu'il faudra, pour faire bien, presque autant de maîtres et môme un peu plus d'argent qu'il n'en faut aujourd'hui pour faire si médiocrement. L'avantage sera de concentrer les ressources et les efforts. Ce qui me frappe, ce n'est pas tant de voir combien le nombre de nos collèges communaux est hors de proportion avec les besoins réels du pays, c'est encore et bien plus de voir les graves inconvénients de cette dispersion, de cet éparpillement des forces. On a des sections classiques un peu partout, mais partout elles manquent du nécessaire, elles végètent. Les élèves en pâtissent. Quelle émulation peut-on espérer dans des classes numériquement si faibles, quelle influence réciproque, quel entraînement général? Heureux encore quand les rares élèves que l'on se propose de pousser ne sont pas retardés, dissuadés d'une curiosité naissante et d'un commencement de goût par les autres, qui ne continueront pas, et qui entretiennent avec les Romains et les Grecs des relations de courtoise indifférence, comme avec des visiteurs d'un joui", que l'on ignorait hier, que l'on oubliera demain.

Que peut le maître à tout cela? Réveiller l'imagination, faire revivre l'antiquité, la ranimer dans la poésie de son héroïsme, comme aux jours de Salamine; active, orageuse, brillante, comme au siècle de Périclès, ou triomphatrice et rongée des lèpres impériales ; révéler à l'enfant cet univers enseveli qui porte les

assises du nôtre, dont les pierres sont dans nos champs, les traditions dans nos cultes, les fictions dans nos arts, les habitudes dans notre esprit, tellement que nous ne nous connaissons nous-même qu'autant que nous Pavons pénétré? Mais par quel moyen rendre visible ce que les mots n'évoqueront pas? En répondant à mon questionnaire avec une sincérité et un empressement dont je leur exprime ici toute ma gratitude, nos collègues ont avoué presque tous qu'ils n'ont à leur disposition ni vues, ni photographies, ni collections, ni atlas propres à illustrer leur enseignement. Ce n'est pas faute d'en désirer. Mais ce qui est bon coûte gros, ce qui n'est pas cher ne vaut rien ; il faut se contenter d'apprendre les mots sans les choses ; les communes ne se mettront pas en frais pour des classes dépauplées. En matière scolaire comme en toute autre, on donne à ceux qui ont; à ceux qui n'ont pas, on est tenté de leur ôter le peu qu'ils possèdent et nos sections classiques ne sauraient, hélas, s'accorder le luxe de l'ambition quanti tous les jours elles doivent s'étonner de vivre.

Le maître lui-même, le croit-on bien en possession de se développer ou de s'entretenir seulement avec m si prodigieux défaut de ressources intellectuelles ? Ou compterait-on sur son maigre traitement pour y suppléer? Gardons-nous des méprises. Je ne le veux ni archéologue, ni regratteur de textes, ni même érudit. Je ne lui demande pas de disserter doctement sur l'emplacement de la fontaine de Juturne, ni sur l'au- °jté du trésor de Bosco Reale. Mais qu'il se de plain-pied avec le monde ancien, qu'il y

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vive une partie de sa vie morale ; que, de là, quelque chose passe en lui, qui se traduira n'importe comment aux jeunes esprits et le rendra d'un fructueux commerce. Gela ne se fait point sans matériaux, sans documents, livres, revues, œuvres des maîtres et des chercheurs.

Encore s'il n'était qu'éloigné. Mais il est seul. 11 ne peut frayer avec ses entours qu'en se détournant de sa matière propre et en l'abandonnant. S'il résiste «l'instinct, il s'isole, et, comme dit le poëte, tout châtie son souhait. J'exagère? Rappelez-vous la joie des débuts, la monotonie des années, les lassitudes, et pour quelques-uns, l'enlisement final.

Voulez-vous faire de nos sections classiques des centres d'activité intellectuelle? Faites l'union pour avoir la force. Avec le collège régional et un plus grand nombre d'élèves, nos maîtres trouveront plus «le ressources matérielles dans leur spécialité ; ils se disperseront moins ; vous pourrez, qui sait, leur attribuer une certaine compétence financière pour réunir et améliorer les moyens d'enseignement et les instruments de leur propre culture, de quoi les élèves ne manqueront pas de profiter. Vous aurez créé les conditions delà vie, de l'élan, de l'activité spontanée, et du même coup peut-être, un goût plus vif de renseignement ; car ce qui effraie souvent nos jeunes gens, ce n'est pas. seulement la médiocrité du gain, c'est le manque de tout le reste, dont l'homme vit aussi.

Il importe de ne pas dissimuler le cahier des charges. Constituer les collèges régionaux serait rendre iu pays un précieux service à la condition expresse

que ces collèges fussent de plein exercice, pourvus du personnel nécessaire et du matériel suffisant, textes, illustrations, collections, et que l'on pût, autrement qu'en fugitives paroles, rendre l'âme de l'enfant contemporaine de Phidias ou de Virgile.

Le jour où l'état actuel des choses sera vraiment et généralement connu, la réduction du nombre des sections classiques s'imposera. Ce jour-là il sera trop tard pour nous. On supprimera sans remplacer. Il faudrait que le travail d'organisation fût fait, que les plans d'établissement d'un collège régional bien constitué fassent arrêtés à l'avance. Nos maîtres des sections classiques devraient s'entendre pour mener à chef cette entreprise.

Ils mûriraient au moins la question. Les membres de notre corps enseignant ne paraissent pas en avoir saisi l'importance et les conséquences. La conférence d'Yverdon demande avec insistance l'institution de colloques où les maîtres d'une branche se réuniraient pour traiter des programmes et des questions de leur spécialité. Si l'on adopte la proposition d'Yverdon, la question de l'organisation des études dans un collège classique régional devrait être à l'ordre du jour de ces séances dès le début..

Nos sections industrielles paraissent en meilleure situation que nos sections classiques. Elles sont abondamment peuplées et leur recrutement augmente, depuis vingt ans, de façon continue. L'Ecole industrielle cantonale avait, en 1869, 217 élèves avec 5 classes; elle s'élève jusqu'à 395 en 1877. Je me demande avec stupeur comment on les logeait. A ce moment, on

l'enrichit d'une classe ; elle baisse néanmoins pendant six ans et descend jusqu'à la cote 267. On l'ampute dune classe, puis d'une autre et d'une autre encore. Réduite à 3 classes, elle tombe à 193 en 1897 et se relève progressivement jusqu'à 231 en 1900. En 1901, rentrée en possession de sa quatrième classe, elle remonte à 293. Les sections communales, y compris les écoles dites secondaires, s'élèvent, dans le même laps de temps, de 423 à 806. Elles passent, il est vrai, par •les péripéties curieuses. 11 y a une période de croissance rapide de 1869 à 1876 (423-727 élèves); une période de déclin commence alors. Elles perdent en un an plus de cent élèves (1876-1877.) Elles tombent à 524 en 1882. Dès lors se produit un relèvement à peu près ininterrompu, qui dure encore. Leur population totale, canton et communes, est de 1100 élèves. Mais il faut y regarder de plus près. Comparons. L'enseignement classique compte 450 élèves avec une scolarité de 6 ans, ce qui nous donne 75 élèves par classe, en moyenne. De ceux-là, 32 seulement arrivent, bon an mal an, au Gymnase classique, qui compte 65 élèves avec un cours d'études de deux années. Donc 43 °/o seulement des élèves classiques parviennent au Gymnase. La canalisation est-elle défectueuse? Y a-t-il des fuites, quelque vice de constiuction ? Non pas. 11 ressort des réponses faites si obligeamment par la plupart des conférences de collèges au questionnaire du 15 décembre 1902 que les 'Hsparus, soit 57 % se répartissent en trois groupes : «. ceux qui n'ont suivi les classes latines que de 10 à 1*2 ans, en attendant l'âge d'être admis dans la section

industrielle ; b. ceux qui s'arrêtent à l'âge de la libération scolaire, avant ou après la seconde, et s'engagent dans les carrières pratiques ; c. ceux qui en cours d'études passent dans la section industrielle ou qui échouent. Je n'ai pas les éléments suffisants pour évaluer numériquement la proportion de ces trois groupes. Mais les deux premiers paraissent assez nombreux, au moins dans les établissements communaux, et l'on ne saurait affirmer avec certitude que, dans l'organisation actuelle, le déchet soit excessif 1 . Ce qui apparaît plutôt, c'est que, même parmi les élèves qui ne sont pas destinés à continuer leurs études, un certain nombre suivent les classes latines faute de recevoir une culture suffisante dans la section moderne.

Appliquons le même calcul à noire enseignement industriel et vous verrez l'énorme différence. En additionnant les classes, j'en trouve 80 pour 18 établissements, soit 4,5 en moyenne. Dans ces 4,5 classes nous avons un total de 1100 élèves, soit, en moyenne, !244 élèves par classe. Or le Gymnase mathématique en compte 122 dans ses trois classes, 41 par classe. Le Gymnase fait donc un prélèvement de 41 âmes sur 244. C'est, en chiffres ronds, 17 °/o. Je trouve la confirmation de ce résultat dans les indications qui me viennent des collèges communaux. Bex, par exemple répond : 10 °/o vont aux études supérieures ; 80°/o s'arrêtent à la fin du cours d'études secondaires. Ve-

1 Au Collège cantonal, dont les élèves, presque sans exception, se destinent aux études supérieures, une statistique raisonnée des « éliminés » serait fort instructive.

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voy m'envoie un relevé statistique des années 1893 à 1903. Pendant ce laps de temps, la section classique a compté, dans ses 6 classes, 390 élèves présents à l'examen, c'est-à-dire 65 par classe. Elle a envoyé 26 élèves au Gymnase classique, soit exactement 40 %. La section industrielle en aligne 615 dans ses 5 classes; 123 par classe; 28 élèves l'ont représentée au Gymnase mathématique, c'est-à-dire en compte rond 23%- Le chiffre de 17 °/o auquel j'arrive en opérant sur les chiffres de l'ensemble du canton est à peu près la juste moyenne de ceux que j'obtiens pour Bex, région agricole, et Veyey, cité commerçante et industrielle. Nous pouvons donc raisonner sur ce chiffre.

De 100 élèves industriels 17 vont au Gymnase. Que deviennent les autres? Une intéressante statistique d'Aigle nous permet de nous en rendre compte. Elle indique les professions. Des 506 élèves portés sur les registres, 116 ont disparu sans laisser de traces ; 7 sont morts pendant leurs études ; 76 font encore leurs classes. Reste 307 dont 55, soit 18 % sont allés aux carrières libérales ou techniques. Voilà qui confirme l'exactitude de la proportion moyenne ci-dessus mentionnée. Les 252 autres, 82 %> se décomposent comme suit :

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