‹ La réforme de l'enseignement secondaireChapitre 29 sur 135 · novembre · texte numérisé non relu

novembre

4. L'ancien programme contenait 400 numéros^ qui furent réduits à 146 en 1852 et à 69 en 1857.

aux examinateurs leur liberté, et, du même coup, on la rend aux études. Ce qui n'était, en 1808, qu'un examen superficiel et à peu près nul, devient un examen très-approfondi, grâce aux épreuves écrites ; mais, comme en 1808, le jury est chargé de discerner les capables des incapables, et non plus de donner des diplômes à ce que Montaigne appelle si justement des « asnes chargez de livres. » M. Duruy s'exprimait ainsi dans son Rapport à l'empereur, du 27 novembre 1864 : « Est-il nécessaire d'obliger l'élève à reprendre au dernier moment, par un effort de mémoire désespéré, tout l'ensemble de ses études? Ce qui importe dans la vie du lycée, c'est moins la matière de l'enseignement que les qualités qui peuvent être développées dans l'esprit par l'étude, et ce sont ces qualités qu'il faut demander au candidat de montrer, bien plus que le faix, moles indigesta renmi, sous lequel son intelligence reste parfois ensevelie. » M. de Salvandy, M. Cousin, M. Fortoul, M. Rouland avaient parlé dans le même sens, tant il est vrai que le baccalauréat sous son ancienne forme constatait plutôt l'effort de la mémoire qu'un développement sérieux de l'intelligence ; mais M. Duruy a eu le mérite, qui est considérable à mes yeux, de bien constituer l'épreuve écrite, et de supprimer les programmes de l'examen oral. Cette réforme a rendu le baccalauréat plus sérieux et l'enseignement plus libre.

De mon temps, on avait coutume de joindre à sa copie son billet de concours général ou les certificats attestant qu'on avait eu des prix ou des accessits dans son collège. Je ne saurais dire s'il en est encore ainsi, mais je le pense. Cette coutume a cela d'excellent, qu'elle rassure un bon élève contre ce qu'il y a tou-

jours d'un peu aléatoire dans un examen, môme bien fait. Mais elle ne concerne qu'un nombre restreint de candidats. Si les examens de passage, dont je parlerai plus tard, étaient établis d'une manière définitive, on y trouverait, entre autres avantages, un moyen presque infaillible de ne plus repousser un bon sujet. Je voudrais que les examens fussent désormais une partie importante de la vie de collège*. L'élève y payerait de sa personne ; il serait obligé de montrer de la présence d'esprit, de faire preuve de connaissances acquises. S'il a de l'esprit et de la facilité, il le montrerait infailliblement dans ces occasions. Il s'habituerait peu à peu, non-seulement aux examens multipliés qu'il lui faudra subir quand il sera entré dans les écoles supérieures, mais à la vie publique, pour laquelle il est quelquefois plus important de savoir disposer librement de sa pensée et de sa parole, que d'être en état d'écrire un rapport à tête reposée. Pour les examens de fin d'année, si malheureusement négligés à présent, c'est le nerf des études. Nos collèges ne donneront de bons résultats que quand ces examens seront faits avec équité et sévérité. Tous les intérêts gagneraient à ce rétablissement d'une institution excellente. Aux élèves qu'on renverrait et qui, certainement, jetteraient les hauts cris, on rendrait un vrai service, en même temps qu'on en rendrait un, en les écartant, à leurs condisciples et à la société : car c'est un malheur pour un jeune homme de rester au collège quand il n'y peut

1. Les jésuites multipliaient les actes publics^ les thèses^ les argumentations. Les artiens soutenaient une thèse tous les dimanches. L'argumentation était dirigée par un président. Voyez Crétineau-Joly, W.,t. IV, p. 151.

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rien apprendre, un malheur pour une classe d'être encombrée de mauvais élèves, et un malheur pour la société d'être sollicitée et attaquée par une légion de déclassés. On rendrait aussi service aux élèves qu'on retiendrait six mois ou un an dans la classe inférieure. Quant aux autres, ils arriveraient avec sécurité à la fin de leurs études. L'examen de bachelier ne serait plus, pour ainsi dire, que le dernier et le plus solennel des examens de passage; ce serait l'examen de passage du collège aux facultés, et c'est, en effet, ce qu'il doit être.

J'avais étudié, dans les derniers temps de mon administration, un système qui consistait à diviser en deux l'examen de bachelier, en mettant entre les deux parties de l'examen un an d'intervalle. On voit comment cette pensée se rattache à celle des examens annuels ou semestriels. Les proviseurs des lycées de Paris avaient émis un avis favorable. Les amis qui se réunissaient dans mon cabinet tous les samedis, et qui, sans aucun titre officiel, par amitié pour le ministre et surtout par amitié pour les fortes, études, travaillaient avec moi à toutes les réformes que j'essayais ou que je projetais*, avaient étudié, approuvé et modifié le plan de MM. les proviseurs. Le dossier fut soumis par moi au Comité consultatif institué par le décret du 25 mars 1873, et ce comité, qui est certainement l'autorité la plus compétente en matière d'enseignement, avait complètement adopté nos vues.

1. M. Jourdain^ de Tacadémie des inscriptions, inspecteur général des études; M. Bersot, de Tacadémie des sciences morales et politiques^ directeur de l'École normale; M. Janet, de Tacadémie des sciences morales et politiques^ et M. Mézières, l'un et l'autre professeurs à la Sorbonne;lll. Michel Bréal^ professeur au Collège de France.

78 ÉTAT ACTUEL DE l'eXAMEN DU BACCALAURÉAT.

Le projet a été soumis, conformément à la loi, au Conseil supérieur, et vient d'être Tobjet d'un rapport très-favorable de Tévêque d'Orléans, membre de ce conseil. Je ne doute pas qu'il ne soit adopté. En voici les dispositions :

Le projet partage l'examen du baccalauréat en deux épreuves distinctes : l'une qui sera subie après la rhétorique, mais ne pourra l'être avant seize ans ; l'autre après la philosophie : les deux épreuves séparées l'une de l'autre par une année d'intervalle et d'études.

La première épreuve comprend les lettres, l'histoire et la géographie ;

La seconde, la philosophie, les sciences et les langues vivantes.

Les candidats ne peuvent être admis à cette seconde épreuve qu'après avoir subi convenablement la première. Ceux qui n'auraient pas été reçus pour l'examen des lettres après la rhétorique au mois d'août, seraient admis, s'ils étaient âgés de plus de dix-neuf ans, à se représenter une seconde fois à cet examen au mois de novembre*.

L'évêque d'Orléans, qui a beaucoup d'expérience, car il a été longtemps professeur et directeur de petit séminaire, on peut même dire qu'il l'est encore, nonseulement approuve et loue le projet, mais s'appuie pour cela sur les raisons qui nous avaient déterminés. 11 s'élève contre les programmes détaillés et surchargés qui transforment les examens en exercices de mémoire, forcent les professeurs à faire métier de réparateurs, et obligent ceux des écoliers qui ne

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