‹ La réforme de l'enseignement secondaireChapitre 30 sur 135 · ÉTAT ACTUEL DE L'EXAMEN DU BACCALAURÉAT · texte numérisé non relu

ÉTAT ACTUEL DE L'EXAMEN DU BACCALAURÉAT

sont pas doués d'une facilité supérieure, à quitter les livres pour le manuel, et les études pour le bourrage. Il dit à cette occasion ce que nous répétons tous depuis si longtemps, qu'on demande trop aux enfants, qu'on leur fait effleurer tant de choses qu'ils ne prennent goût à aucune, et ne retiennent rien de ce qu'ils ont appris si imparfaitement. Il signale en particulier cet inconvénient fort grave, que les candidats désertent le collège avant la fin de leurs études, pour apprendre par cœur les matières de l'examen ; de sorte que les cours de rhétorique, et surtout ceux de philosophie, sont déserts. Même les élèves qui restent au collège jusqu'au bout partagent très-inégalement leur temps entre les leçons du professeur de philosophie, et le soin de confier à leur mémoire une infinité de détails qu'ils oublieront nécessairement au bout de quelques mois, et dont un homme instruit peut se passer. L'histoire surtout, dit le rapporteur, est très-envahissante ^ Les jeunes gens se croient obligés de l'étudier jusque dans les détails les plus insignifiants, et il en résulte qu'ils ne peuvent plus ni embrasser l'ensemble et la conséquence des événements, ni s'intéresser aux grandes scènes. Les examinateurs eux-mêmes seront soulagés par ce dédoublement; car si leur fatigue niatérielle s'en augmente, ce qui

1. Le rapporteur se plaint sans doute des détails minutieux, inuti* les, qu'on a pris Thabitude d'enseigner aux élèves, et qui les empêchent de saisir l'enchaînement des faits, le sens moral et philosophique de rhistoire. En revanche, il faudrait dire qu'on n'interroge que sur les deux derniers siècles de l'histoire de France, comme s'il était possible de comprendre un peuple dont on ne connaît pas les origines, et de commencer l'histoire par le milieu ou même par la fin. Cette restriction et ce luxe de détails sont deux défauts opposés et également regrettables.

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d'ailleurs peut être évité fort aisément, ils y gagnent de pouvoir étudier à loisir la capacité des candidats, et juger avec plus de sûreté. Je suis surtout trèsheureux de lire à la fin du rapport des considérations d'une grande vérité sur les examens de passage. Je n'ai jamais cessé de dire et on ne dira jamais assez que ces examens sont le remède le plus efficace à Talanguissement général des études. C'est une question d'honneur pour l'Université, qui ne peut ni ne doit descendre au rôle de concurrente, de maintenir le niveau de chaque classe, dût-elle, par cette mesure sévère, diminuer le nombre de ses écoliers. Il faut qu'elle le fasse pour qu'on le fasse; et son véritable rôle en toutes choses, à elle qui doit dédaigner la question de gain, est de donner le branle aux réformes coûteuses. L'honorable rapporteur se demande si les facultés suffiront à la besogne ainsi dédoublée. Il n'y a nul doute pour les départements. L'État en sera quitte pour payer deux fois les droits d'examen, ce qui ne sera pas une lourde charge, et ce qui donnera enfin aux professeurs un traitement à peu près équitable. Quant aux professeurs de Paris, s'ils ont besoin d'aide, ils en trouveront dans les docteurs, et nous nous acheminerons ainsi vers l'institution des privat^docentes, qui donne en Allemagne de si excellents résultats, et que j'ai introduite dans le règlement de la faculté de médecine de Nancy.

J'applaudis enfin à la confiance pour le jury actuel dont les termes du rapport sont un témoignage éclatant. Puisqu'on lui rend enfin cette confiance qui lui est due, et qu'il mérite à tous égards, pourquoi ne pas le laisser absolument libre? Toutes les précautions dans lesquelles on l'enfermait l'empêchaient de

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prévarîquer, mais robligeaient, bien fréquemment, à se tromper. On ne le rendra pas infaillible par ces suppressions, mais on diminuera les chances d'erreur, et on rendra la liberté aux études.

Il est impossible de ne pas remarquer que les études sont libres depuis le décret de 1864, et qu'elles en ont très-peu profité. Mgr Tévêque d'Orléans parle encore « des tyranniques exigences du programme. » Je me rappelle un curieux passage des Mémoires de Charles Nodier où il raconte qu'après avoir été longtemps en prison, se trouvant rendu à la liberté inopinément, il trouve que quelque chose lui manque dans les premiers jours, et surtout dans les premières heures; et ce quelque chose, c'est son gardien. Sortir de sa chambre sans attendre l'heure réglementaire, ouvrir la porte soi-même, marcher tout seul dans un corridor, se trouver dans la rue, au milieu d'une foule qui ne le regarde môme pas, tout cela lui paraît charmant, mais étonnant. N'y aurait-il pas quelque chose de ce sentiment dans nos professeurs de collège, dans nos écoliers, et môme dans nos examinateurs? L'enseignement est aujourd'hui ce qu'il était sous le règne du programme en 69 articles, et même du programme en 400 articles. On continue à traiter toutes les questions et à effleurer tous les auteurs, comme si nous étions encore sous l'empire de cette loi barbare. C'est qu'en effet nous sommes encore sous l'empire de cette loi barbare dans la pratique. Et cela pour deux raisons, l'une psychologique, l'autre matérielle. Le voisinage du programme toujours subsistant des écoles de l'État, le souvenir de l'ancien progranmie, la difficulté de renoncer à d'anciens préjugés, à d'anciennes habitudes et de se "préparer à un

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rôle nouveau, obligent beaucoup de professeurs à soutenir Texcellence de l'ancien système, et à se contenter du rôle humiliant de préparateurs, en invoquant, chose étrange, les intérêts de la littérature classique, la nécessité d'élever les esprits, en un mot tout ce qui les condamne. Peut-être les facultés ellesmêmes, qui ont si longtemps appliqué le précédent programme, ont-elles de la peine à Toublier. Les 400 numéros hantent la mémoire des examinateurs. Ils interrogent sur les détails, au lieu de fournir aux candidats l'occasion de montrer du sens et de la capacité. Un professeur de faculté, qui voit pour la première fois rélève qui est devant lui, et ne sait rien de son travail antérieur, de ses succès, de ses qualités et des imperfections de son esprit, ne peut guère que multiplier les questions, c'est-à-dire interroger la mémoire. Il en est autrement dans les examens faits par les professeurs decoUége; et c'est encore une raison pour souhaiter le rétablissement des examens de passage. Ceux-là sont un vrai dialogue, où le maître sait comment s'y prendre pour mettre en évidence les qualités et les défauts, où l'élève parle avec confiance, et comprend qu'il sera jugé, en bien ou en mal, avec compétence et discernement, tandis que le hasard a bien plus d'influence sur les résultats de l'épreuve quand les examinateurs et les récipiendaires se rencontrent pour la première fois autour de la table du jury*. Je

1. Nous avons vu qu'en Allemagne, les examens de sortie ou de maturité^ qui remplacent notre baccalauréat^ ont lieu devant les professeurs du gymnase^ ce qui marque bien le caractère de cet eza. men^ véritable examen de passage. Sans méconnaître les avantages de ce système, il paraît difficile de le transporter en France, où les collèges, et surtout les collèges libres, ont une valeur trop inégale.-

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