LE VÊTEMENT
change à chaque gouvernement, ce qui ne laisse pas que d'être assez bizarre.
Je ne tiens pas essentiellement à ce que Thabit soit gris de fer, avec collet et parement ponceau, comme sous le premier Empire, ou bleu, comme il Test depuis la Restauration. Les hommes d'État qui gouvernent nos lycées ont substitué la tunique militaire au frac, le pantalon à la culotte, le chapeau rond au chapeau français ; à présent, ils nous ont donné le képi. A l'exception de ce dernier changement, tous les autres sont dus à quelque cause mystérieuse, car ils n'ont pas pour but l'utilité. J'avoue, un peu timidement, qu'à mes yeux on aurait tort de se préoccuper exclusivement- de l'utilité en fait de costume. Le proverbe dit que l'habit ne fait pas le moine. Je le veux bien ; mais, s'il ne le fait pas, il contribue peut-être à le faire. Nous avons beau être les héritiers directs du dix-huitième siècle ; un Français tout de noir habillé, avec son paletot et son chapeau rond, ne peut pas voir les choses de la même façon qu'un marquis en perruque et en habit pailleté, qui a un chapeau sous le bras et une épée en verrouil. Les deux Napoléon l'ont pensé, et ils ont donné l'un et l'autre une attention sérieuse au costume. Ce n'est pas la plus grande des idées napoléoniennes, mais ce n'est pas la moins juste. Est-ce que nous ne jouons pas tous un rôle dans la vie? Épictète est admirable sur ce point : « Nous ne choisissons pas notre rôle. Toi, tu as celui de roi ; toi, celui de mendiant. Jouons bien nos personnages. » Et quel est l'acteur, grand ou médiocre, qui se dégage absolument des accessoires ? Même en descendant de ces hauteurs philosophiques, il n'est pas indifférent