‹ La réforme de l'enseignement secondaireChapitre 45 sur 135 · FonssagriTes, II., p. 16Î iqq · texte numérisé non relu

FonssagriTes, II., p. 16Î iqq

que Tété est venu*. De Teau, de Teau et encore de Feau. De Teau froide, de l'eau froide et encore de Teau froide. 11 n'y a pas de comparaison, pour la santé du corps et de l'esprit, et pour la bonne humeur, entre un enfant sale et frileux, ou un enfant que le contact journalier de l'eau froide habitue à la propreté, aguerrit contre les chances d'une averse, et contre les appréhensions du chaud, du froid et du mouvement, qu'on pardonne à peine à une femme ou à un vieillard. Un philosophe prétendait que la propreté est une vertu. Je suis de son avis ; c'est une vertu et la source de plusieurs vertus, telles que le sentiment de la dignité personnelle, la franchise, la fermeté. L'âme s'étiole et s'abaisse dans une enveloppe malsaine et frileuse. Les Grecs commencèrent à dégénérer quand ils commencèrent à s'habiller. J'ai lu avec étonnement, il y a quelques années, dans un. journal religieux, que les peuples mal propres sont plus intelligents et plus vaillants que les autres. Ce ne sera jamais l'avis ni d'un médecin, ni d'un bon maître d'école. L'écrivain dont je parle pensait peut-être aux cosmétiques et aux sottes recherches que de jeunes débauchés ont empruntées aux courtisanes. On peut voir dans un livre de M. Legouvé • la vive peinture de ces mœurs efféminées. Je ne parle que de l'eau, de l'eau vive et pure, véritable fontaine de Jouvence, qui donne à la jeunesse toute sa force et toute sa grâce, et qui recule les li-

1. Un arrêté en quatre articles du 30 prairial an xii (18 juin 1804), signé Chaptalet contre-signe Fourcroy, porte que « l'art de la natation fera partie de l'éducation de la jeunesse dans les lycées et les écoles secondaires. >

2. E. Legouyé^ les Pères et les enfants au dix-neuvième sièckf p. 6.

mites de la vie. Mon élève, grâce à ces immersions salutaires, ne craindra ni le vent, ni la pluie, ni le froid ; il ne marchera pas enseveli sous un double et triple vêtement, il ne connaîtra pas le honteux et ridicule usage du cache-nez, il ne tiendra pas sa fenêtre close et sa chambre calfeutrée, en y conservant le mauvais air, comme s'il était important de ne pas le perdre, et ne passera pas des heures accroupi sur un poêle ou les pieds sur des chenets. J'ai toujours admiré l'histoire de ce charlatan qui faisait fortune en vendant de l'eau claire sous le nom d'eau merveilleuse. Ce voleur avait peut-être découvert, en cher- . chant autre chose, le grand secret de la médecine. Boire de bonne eau et s'en inonder tous les jours, c'est la meilleure recette contre les maladies. Les mères vivent dans des appréhensions continuelles. Il aura froid ; il n'est pas assez couvert ; il va se mouiller les pieds ; il va prendre un rhume, un refroidissement, une fluxion de poitrine. Qu'il prenne seulement chaque matin une bonne douche, avec un massage, ou qu'il se fasse frictionner à l'eau froide, et voilà tous ces malheurs écartés, avec la gaucherie, la timidité et la pusillanimité que ces précautions éternelles traînent à leur suite. Les maladies sont comme les chiens hargneux : si on court au-devant d'elles, elles reculent; si on s'enfuit, elles vous happent. Faites-moi un garçon fort, avec une bonne hygiène et des habitudes viriles, et moquez-vous des accidents et des variations de la température.

Puisque je parle des précautions assujettissantes et avilissantes, dont il est si aisé et si rare, en France du moins, de s'affranchir, autant vaut y ajouter surle-champ les manies, qui sont un autre genre de ser-

DE l'abus des précautions. 107

vitude. C'est toujours une tendresse excessive qui est la cause des manies ; celle d'une mère très-souvent, et trèSHSOUvent aussi celle qu'on éprouve pour son propre individu. On ne veut que la même nourriture, la même place, le même fauteuil, le même habit, le même serviteur * ; c'est un règlement, un emprison- Dément dans lequel on s'enferme, dont on s'accable, dont on tire vanité, conune de la plupart des vices, avec lequel on se rend malheureux soi et les autres, qui quelquefois double les diffîcultés de la vie, hébété l'esprit et le caractère, et donne accès aux maladies réelles ou aux maladies imaginaires, qui unissent par être réelles. On dit qu'il faut avoir des repas réglés, des heures réglées pour le travail et pour le sommeil. C'est une fantaisie française, la même exactement qui, autrefois, nous empêchait de voyager et d'apprendre les langues étrangères. Je veux bien qu'on ait une règle, et même je le souhaite, pourvu que cette règle ne soit qu'une méthode, et qu'on puisse au besoin s'en affranchir. Un homme, pour être un homme, doit être prêt à tout événement et à tout accident. Il faut qu'il puisse attendre son dîner deux ou trois heures, et s'accommoder de la cuisine espagnole après avoir vécu vingt ans à la française : a Magna pars libertatis est bene moratus venter, et contumelisB patiens * ; » qu'il ne se lamente pas pour un coup d'épingle, lui qui rougirait de se plaindre d'un coup d'épée ; qu'il ait, en un mot, du courage dans les petites choses. « Endurcissez-le à la sueur et au froid, au vent, au soleil et aux hasards qu'il lui

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