CHAPITRE II
Qu'on mange du ragoût ou du rôti, qu'on porte un plastron ou une blouse, qu'on vive dans une sorte de halle avec vingt ou trente camarades, ou dans une chambre particulière, cela fait beaucoup pour la santé, mais n'entraîne aucune perte de temps. Il n'en est pas de môme du bain, de l'immersion ou de la natation : cela nous prendra cha- , que jour quelques minutes. J'en demanderai bien davantage tout à l'heure, quand je parlerai des exercices spécialement consacrés au développement et à l'atmélioration du corps. Il faut donc aborder le côté le plus grave du problème, et se demander comment on dépensera les vingt-quatre heures dont se compose la journée, combien on donnera au sommeil et au travail, et ce que le corps réclamera pour la nourriture, la toilette, la gymnastique et le repos. Nous sonunes ici sur le terrain même de M. de Laprade et de son Èdiication homicide. Démocrite disait que « si le corps mettait l'âme en procès et l'appe-
lait en justice en matière de réparation de dommage, jamais elle ne se sauverait qu'elle ne fust condamnée à l'amende ^» J'ai montré que le corps est surtout en droit de se plaindre du programme des écoles et de celui du baccalauréat*. Ce sont les programmes qui empêchent le corps de se développer et de se bien porter, qui surchargent la mémoire aux dépens du jugement, et qui entassent dans les jeunes esprits toutes sortes de notions mal digérées, ne laissant après elles, quand l'examen est subi, que de l'orgueil, beaucoup d'épuisement, et peu d'attrait pour le travail, si ce n'est dans les esprits d'élite qui ont pu entrevoir, dans ce chaos et dans cette immensité, le genre spécial de travail pour lequel ils ont été créés et mis au monde. Plutarque est de l'avis de Démocrite. Toutes les mères de famille, malgré leurs visées ambitieuses, et tous les pères, s'ils veulent bien y réfléchir, pensent comme Démocrite et comme Plutarque : « Ne plus ne moins que les herbes et les plantes se nourrissent mieux quand on les arrouse modérément, mais quand on leur donne trop d'eau, on les noyé et suffoque; aussi fault-il donner aux enfants moien de reprendre haleine en leurs continuels travaux, faisans compte que toute la vie de l'homme est divisée en labeur et repos : à raison de quoi la nature nous a donné non-seulement le veiller, mais aussi le dormir : et non-seulement la guerre, mais aussi la paix : et non-seulement la tourmente, mais aussi le beau temps : et ont été institués non -seule-
1. Plutarque^ Œuvres morales, hk. Les règles et préceptes de la santé, 1. 11^ p. 817.