AVANT-PROPOS. III
avance la culture générale en forçant le peuple d'apprendre à lire et en le mettant , par un livre, en rapport direct avec Dieu. Partout où elle combat, fût-elle piétinée et dépassée comme en France, elle remue la conscience et agite la réflexion : c'est elle qui a créé Calvin, commencé Eabelais, irrité Ronsard, dérangé Montaigne, animé d'une si belle fièvre Agrippa d'Aubigné. Partout même où elle est étouffée, elle laisse un devoir et un exemple : elle contraint l'Église à se réformer elle-même, à s'armer de science, à se défendre contre l'imprimerie : d'où résultent ces trois boucliers formidables : le concile de Trente, l'ordre des jésuites et l'Index. La folie da Tasse, la prison de Campanella et de Galilée, le bûcher de Giordano Bruno sont des coups de la réaction provoquée par la Réforme. En Espagne, la répression, plus rigoureuse encore, frappe jusqu'aux saints qui ont osé traduire des livres sacrés : c'est pourquoi les hommes de talent, exclus des sujets qui font penser, errent dans les aventures ou dans les fantaisies romanesques; le Portugais Camoens, doublant le cap des Tempêtes, emporte les dieux de la Renaissance jusque dans l'extrême Orient; Lope et Calderon s'agitent et s'oublient dans la comédie de cape et d'épée, tandis que Cervantes, abrité derrière la folie de don Quichotte, montre seul le franc parler de la sagesse, le cou-