‹ La réforme du calendrierChapitre 6 sur 37 · L'ANNÉE FINANCIÈRE ET CIVILE OTTOMANE, APPELÉE L'ANNÉE MALIÉ · texte numérisé non relu

L'ANNÉE FINANCIÈRE ET CIVILE OTTOMANE, APPELÉE L'ANNÉE MALIÉ

Elle commence comme l'année des anciens Romains, le lier Mars et ses mois sont les mois solaires conventionnels. Quant aux noms de ces mois, trois d'eux, savoir le lier: ;)Mart" (Mars), le 3ième: „Maïs" (Mai), et le 6ième: wAghostos" (Août), sont pris de l'ancien Calendrier Romain; quant aux

neuf autres, ce sont les noms syriens de ces mois d'après le Calendrier des Séleucides, qui avaient été adoptés. Ainsi le 2e mois (Avril) s'appelle „Nîsân", le 4ième (Juin) „Hazîrân," le 5e (Juillet) „Temmoûz," le 7e (Septembre) „Eîloûl," le 8e (Octobre) „Techrîn-i-evvel," le 9e (Novembre) „Techrîni-sânî," le 10e (Décembre) „Kianoûn-i-evvel," le lie (Janvier) „Kianoûn-i-sânî" et le 12e (Février) „Choubat." Le nombre des jours de chacun de ces mois ainsi que le système de bissextiles de ce Calendrier est celui de l'ère chrétienne, vieux style, identique au Calendrier Julien. Ainsi le mois de Mart a-t-il 31, Nîsân 30, Maïs 31, Hazîrân 30, Temmoûz 31, Aghostos 31, Eîloûl 30, Techrin-ievvel 31 , Techrîn-i-sânî 30 , Kianoûn-i-evvel 31 , Kianoûn-isani 31 et Choubat 3 ans de suite 28 et chaque 4ième année 29 jours. Le millésime de l'année Malié était jusqu' à une époque tout-à-fait récente toujours celui de l'année lunaire de l'Hégire, dans le cours de laquelle tombait le 1er Mars avec lequel l'année Malié respective commençait. Mais à cause de l'écart entre l'année solaire et lunaire — cette dernière a presque 11 jours de moins — il arriva que chaque fois au bout de 33 ans, une année lunaire entière passait, sans avoir rencontré un lier Mars pendant toute sa durée. Le millésime d'une telle année lunaire, n'ayant pas de correspondant dans le style solaire, ne se trouvait pas parmi les années Malié, dont un millésime fut ainsi sauté et omis une fois en 33 ans. Ces millésimes omis étaient appelés années 7,civich" qui veut dire années ^disparues, effacées." Elles sont indiquées dans la Table II de l'annexe à partir de l'année 1087 (lun. H.) jusqu' à leur abandon en 1255 (lun. H.) *),

l) Voyez cette Table ainsi que Table III,

Les bissextiles des années „Malié" dans cette période (Table II), ainsi que dans la période suivante, où, le système de l'entrée de Mars étant aboli, il n'y a plus d'années „civich" (Table III), suivent les bissextiles juliennes, dans ce sens que l'on donne 29 jours à chaque „Choubat" (Février) qui tombe dans une année julienne bissextile; de cette manière les bissextiles „ Malié" se suivent aussi régulièrement chaque quatrième année, sans que ses millésimes bissextiles soient nécessairement divisibles par quatre. Ce système restait en vigueur jusqu' en 1288 (lun. H.) et jusqu'à cette époque une certaine partie de l'année Malié, plus ou moins grande, coïncidait toujours avec l'année lunaire de l'hégire respective, dont elle portait le millésime ; ce ne fut qu' à partir de cette année, que, par l'abandon du système de l'entrée de Mars, le millésime de l'année Malié commençait à s'écarter du millésime lunaire, et par cela même l'année Malié prit le caractère d'une ère à part et d'un nouveau calendrier indépendant. La première „entrée de Mars", (jour de l'an „Malié") sous le règne du Sultan Abdoul Medjid eut lieu le ll13 Mars 1840 qui tombait Vendredi le 9 Mouharrem 1256 et donnait ainsi à l'année Malié, commençant ce premier Mars, le millésime 1256, après avoir laissé „civich" le millésime de l'année lunaire précédente 1255 qui n'avait rencontré aucun lier Mars pendant toute sa durée. C'était en même temps la dernière année „civich," la dernière fois que par l'application de la règle de l'entrée de Mars, pour maintenir l'accord entre les millésimes lunaires et Malié, un millésime fut omis. Les autres informations historiques sur l'établissement, l'application et dernièrement sur l'abolition de ce système de l'entrée de Mars se trouvent dans le „Takwîm ul edwâr" de Djevdet Pacha, déjà mentionné et en partie aussi dans mon „Riâz ul Moukhtâr." Cependant les

lignes suivantes, tirées d'une lettre que le savant historien Djevdet Pacha m'a adressée à ce sujet, donnent une exposition si claire et complète de la question, que je les donne ici in extenso:

Cette année solaire économique et civile, l'année Malié, fut instituée pour la Itère fois par le Calife Abbasside Tayî 'lillâh (monté au trône en 363 lun. H.) pour établir l'équilibre entre les recettes et les dépenses de l'Etat; elle est basée sur le fait que 33 des années lunaires musulmanes correspondent à peu près à 32 années solaires. Comme dans la première période de l'empire Ottoman les revenus destinés à l'entretien des troupes féodales dans les provinces, ainsi que les émoluments assignés aux Vézirs et dignitaires de l'Etat, étaient fournis par des fiefs appelés „Timar" et „Zeâme," qui étaient administrés indépendamment et n'entraient pas dans le Budget central de l'empire, et que la perception des autres revenus, destinés à l'entretien des troupes dans la capitale, se faisait d'après les mois lunaires, la nécessité d'une année financière, solaire ne se faisait d'abord guère sentir. Mais outre cela, il y avait bon nombre de fermages féodaux (Moukâta'ât) qui étaient conférés aux titulaires et dont les redevances annuelles étaient perçues d'après l'année solaire. Pour maintenir l'égalité avec les autres contribuables, ces redevances étaient majorées annuellement d'une certaine somme additionnelle, appelée „dilïerence légale." Cette année solaire financière qui était purement conventionnelle, suivait la règle de „l'entrée de Mars," que voici : L'année Malié prend le millésime de l'année lunaire pendant laquelle elle commence, i. e. dans laquelle tombe son lier Mars; chaque 33 ans la correction se fait par l'omission d'un millésime. Nous apprenons des archives du Trésor, que l'on avait oublié d'omettre le millésime 1087

qui devait être année „civich" (effacée) et que l'on ne s'en était aperçu que quelques mois après, lorsque ceux des bénéfices et charges publiques, qui étaient réglés d'après les mois solaires, avaient été déjà conférés et imposés à l'intention de cette année 1087. Pour corriger cette erreur un Firman adhoc fut émis par le Sultan Ghazi Mehmed Khan IV sur la demande de la Sublime Porte que j'ai publiée dans la 2ième édition de mon „Takwim ul Edwâr" (Constantinople chez Abuzzia), et dont voici le texte:

L'année solaire commence par le mois solaire (romain) de Mars qui est fixe et immobile; elle se compose en raison du passage du soleil par les signes du Zodiaque de 365V21 jours. L'année lunaire qui commence par le mois lunaire de Mouharrem et dont les mois ont presque toujours alternativement 30 et 29 jours, se compose de 354 jours. La différence entre les années solaires et lunaires qui est de 11% jours par an, s'élève donc au bout de 33 ans et 4 mois à une année entière, et les mois lunaires passent en conséquence dans cette espace de temps par toutes les saisons , de manière que le temps de jeûne ou de pèlerinage tombe tantôt en hiver et tantôt en été. Comme le mois de Mars reste fixe et immobile au commencement du printemps, et que l'année lunaire, au contraire, est mobile et tournante, il en résulte que le 1er Mars qui en 1086 était tombé le 25 Zilhidjdje, tout-à-fait à la fin de Tannée lunaire, n'a pu tomber sur aucun jour de l'année courante lunaire 1087. Mais comme l'année passée les charges publiques avaient été accordées et acceptées pour le compte de l'année 1087, et figurent comme telles dans les comptes de l'Etat, il en résulte une erreur évidente qui sera certainement une source intarissable de nombreuses confusions et contestations. Mon Firman de corriger comme il est nécessaire, les années

à partir du mois de Mars 1087 à donc été donné et enregistré conformément.

Le 29 Mars 1088.

Comme on reconnut plus tard que cet écart entre les années lunaires et solaires, grossissant chaque année par accumulation, causait beaucoup de pertes au Trésor, cette mesure fut généralisée et étendue à toute la gestion financière de l'Etat qui fut adaptée entièrement à cette espèce d'année solaire. C'est ainsi qu'en 1205, les Bons de Douanes („Es-ham-i-Gheumruk") qui étaient délivrés jusque là en mois lunaires, furent changés en mois solaires et qu'en 1209 la manière de calculer la ^différence légale," dont certains fermages étaient majorés, fut aussi reconnue préjudiciable aux intérêts du Trésor et en conséquence également corrigée. Enfin le système féodal des „Timars" et „Zeâmets" fut aboli, les dîmes et autres revenus de l'Etat perçus directement par le Trésor, et tout le Budget organisé d'après les mois solaires. Voilà de quelle manière notre année Malié fut instituée, développée et corrigée chaque 33 ans par l'omission d'un millésime, ce qui eut lieu aussi dernièrement en 1254 1),

Plus tard , au temps de Fouâd Pacha , lors de la première émission des Titres de la Dette consolidée Ottomane, on ne s'était pas rappelé que le millésime 1288, étant la 33ième année du cycle, (civich) , aurait du être omis dans tous les comptes et naturellement aussi sur les coupons; par inadvertence on avait donné aux coupons de ces titres toute la série continuée des millésimes, en commençant par 1287 (année de l'émission) jusqu'à 1300 et tant, y compris aussi l'année „civich" 1288. Lorsqu'on s'en aperçut, la

l) C'est plutôt 1255 qu'il faut lire,

Sublime Porte fut saisie de l'affaire, et ce fut justement cet incident qui fut la cause de la publication de mon „Takwîm ul edwâr." Sur cela une Commission ad hoc fut formée sous ma présidence qui après de longues délibérations se prononça pour l'établissement d'une année régulaire du style solaire, ayant pour époque l'hégire du Prophète. Le rapport présenté par cette Commission au Grand- Vézirat fut publié dans la 2ième édition de mon „Takwîm ul Edwâr," voici son texte:

Par le fait que le mois de Février de l'année courante Malié 1287 finit seulement le 3 Mouharrem de l'année lunaire 1289, le millésime 1288 du style Malié devrait, par l'application de la règle de l'entrée de Mars, être supprimé et omis dans tous les comptes et dates. Il s'agit donc de fixer comment les dates des mois solaires en usage devront être mises non seulement dans les documents concernant la gestion financière, mais aussi dans tout le reste de la correspondance officielle, et cela non seulement pour cette année courante 1289, mais aussi à l'avenir, à condition que la marche régulière de l'administration publique et des affaires en général ne soit nullement troublée. La commission chargée de donner son avis sur les meilleurs moyens pour atteindre ce but a soumis la question dans plusieurs réunions à un examen minutieux et approfondi. Votre Altesse n'ignore pas que les 3 facteurs sur lesquels chaque ère est basée, sont d'abord le point de départ par où elle commence, ou son époque, puis son jour de l'an, et enfin la manière de calculer et mesurer l'espace de temps passé.

En examinant les époques des différentes ères, nous voyons que tous les peuples ont adooté comme telle un grand événement, d'une importance extraordinaire pour leur vie, et pour la plupart d'un caractère religieux. Ainsi l'ère

chrétienne a pour époque la naissance de Jésus-Christ, et l'ère musulmane l'hégire du Prophète qui marque le commencement de son triomphe.

Le jour de l'an est un jour choisi pour marquer le commencement de l'année ; c'est toujours un des jours de l'année , dans laquelle l'événement qui sert d'époque, a eu lieu, mais sans coïncider nécessairement avec le jour même de cet événement. Ainsi tandis que la naissance de Jésus-Christ tombe vers la fin du mois de Décembre, l'année chrétienne ne commence pas avec ce jour, mais le lier Janvier; de même, l'hégire du Prophète a eu lieu dans le mois de Rabî' I , tandis que l'année musulmane commence le lier Mouharrem, plus de deux mois en avant.

Quant à la manière de mesurer le temps, pas besoin de dire que tous les peuples anciens et modernes l'ont fait au moyen des deux grandes lumières du ciel: le soleil et la lune. Les uns ont compté 365 jours et environ un quart depuis le Nevroûz, jour de l'entrée du soleil dans le signe du Bélier, jusqu'au Nevroûz suivant, ou bien depuis l'équinoxe d'automne, jour de l'entrée du soleil dans le signe de la Balance, jusqu'à sa sortie de celui de la Vierge, et cet espace de temps a été appelé „ année solaire." Les autres ont appelé mois l'espace de temps dans lequel la lune accomplit une révolution complète autour de la Terre, et le temps, dans lequel douze de ces révolutions se faisaient, qui comprend 354 jours, avec une fraction d'heures, minutes, etc. et qui se rapproche donc assez de l'année salaire, a été nommé „ année lunaire." Toutes les deux sont des années vraies. Nous voyons que ni l'une ni l'autre de ces deux espèces d'années ne sont divisibles par un nombre entier de jours, et que chacune d'elles a une fraction de jours à sa charge. Cela n'a pas empêché presque tous les peuples anciens

de négliger ces fractions et de donner aux mois et aux années un nombre entier de jours, dans l'intention de simplifier et faciliter la chronologie. Par l'accumulation successive de ces fractions, qui a eu nécessairement lieu avec le temps, toutes ces années conventionnelles sont devenues inexactes et ne sont plus d'accord avec la nature. C'est vrai que pour corriger l'erreur du Calendrier Julien, le Calendrier Grégorien fut établi ; mais aussi celui-ci , ayant adopté également un nombre entier de jours pour son année, partagera le même sort et deviendra erroné lui aussi dans le cours des siècles. Du temps des anciens Tyriens, le Nevroûz, jour de l'entrée du Soleil dans le signe du Bélier et commencement de l'année Djélâléenne, tombait au lier Avril, et l'entrée du soleil dans le signe de la Balance, au lier Octobre; tandis qu' aujourd'hui le Nevroûz tombe déjà le 9 Mars (v. st.) changement qui est dû à des causes semblables. Les Arabes qui menaient une vie nomade dans le désert réglaient leurs mois d'après la vue effective de la nouvelle lune, et se trouvaient ainsi indépendants des calculs astronomiques qu'exige l'observation du Zodiaque; leur année qui comprenait l'espace de temps écoulé entre la vue effective de deux nouvelles lunes de Mouharrem, était donc une année tout-à-fait exacte et juste qui ne changeait pas même d'un jour, comme il a été déjà dit plus haut. Mais, comme la perception des revenus publiques, provenant des dîmes et autres impôts fonciers dépendait de la suite des 4 saisons , i. e. de l'année solaire , et que de l'autre côté les dépenses de l'Etat se faisaient aussi d'après les mois lunaires, il s'en suivit un grave inconvénient, et la nécessité de faire cesser cet état, qui causait de grandes pertes au Trésor, se faisait vivement sentir dans tous les Etats musulmans. Il fut donc décidé au temps des Abbassides de supprimer chaque 33 ans un millésime des mois

solaires pour rétablir ainsi l'équilibre entre les recettes et les

dépenses, puisque sans cette mesure 33 années de dépenses

se seraient trouvées vis-à-vis de seulement 32 années de recettes.

Plus tard, au temps de Djélaleddine Melek Chah, une nouvelle

ère fut fondée, dont les Calendriers furent en même temps

élaborés et publiés. Elle se compose de vraies années solaires,

commençant avec le Nevroûz, jour de l'entrée du soleil dans

le signe du Bélier. C'est la fameuse ère djélaléenne, connue

et appréciée encore aujourd'hui par les hémérologues comme

la plus correcte des ères solaires existantes.

Dans l'Empire Ottoman c'est également le Calendrier lunaire

de l'Hégire qui est en vigueur, à l'exception toutefois de la

gestion financière de l'Etat , pour laquelle par les mêmes raisons

que chez les Abbassides, l'usage des mois solaires avec la

suppression d'un millésime chaque 33 ans avait été adopté.

Cette année financière ottomane (Malié) commence le lier Mars,

et son millésime est réglé d'après le système de l'entrée de

Mars, en vertu duquel elle prend le millésime de l'année

lunaire au cours de laquelle son lier Mars est tombé. Ce

millésime est continué jusqu'au lier Mars suivant. En effet,

l'année solaire aussi bien que l'année lunaire, sont toutes les

deux des mesures également justes pour mesurer le temps

qui passe. Seulement, il faut bien tenir compte du fait, que

la première est plus longue que la dernière, et que 228

années solaires font à peu près 235 années lunaires, ou 300

années solaires à peu près 309 lunaires; comme il est aussi

parfaitement juste de dire d'une distance de 75 mètres, qu'elle

a 100 archynes (aunes turques), ou de dire d'un homme

âgé de 33 années solaires, qu'il est âgé de 34 années lunaires.

C'est donc une différence annuelle d'à-peu-près 11 jours qui

se produira nécessairement si on emploie les mois solaires

avec un millésime lunaire, et dans la 32ième année lunaire,

à partir de celle où le lier Mars était tombé dans les premiers jours de Mouharrem, il tombera dans la dernière décade du dernier mois de l'année lunaire, Zilhidjdje, et la 33ième fois de nouveau dans les premiers jours du Mouharrem de l'année lunaire suivante qui est la 34ième, de manière que la 33ième année lunaire se sera écoulée, sans qu'elle ait rencontré dans son cours aucun premier Mars; et comme les onze autres mois solaires suivent le millésime pris par le mois de Mars, il est évident que le millésime de cette 33ième année lunaire reste sans mois solaires correspondants et que son millésime est donc entièrement supprimé et omis dans le compte solaire; ce qui a eu lieu en 1255 et devrait avoir lieu de nouveau dans l'année courante 1288. — Cette relation entre les mois solaires et l'année lunaire est donc purement conventionelle, basée exclusivement sur la règle de l'entrée de Mars. Ainsi, en parlant du mois de Décembre 1287 (Malié) entend-on par cette désignation le mois de Décembre qui suit le mois de Mars, le commencement duquel était tombé dans le cours de l'année lunaire 1287. De cette manière les années se suivent bien distinctement les unes aux autres, et ce n'est que chaque 33 ans que la différence accumulée, invisible jusqu'alors, doit être corrigée par l'émission d'un millésime , en vertu de cette même règle de l'entrée de Mars. Si cette pratique n'avait pas été suivie depuis le temps des Abbassides, et si on avait au contraire compté aussi chaque 33ième année, l'écart s'élèverait déjà presque à 30 ans et nous aurions actuellement le Décembre 1258. Pour savoir à la première vue sans aucune difficulté et doute quelconque à quelle année un tel mois solaire de l'année financière se rapporte, on a introduit depuis une huitaine d'années la pratique de mettre dans tous les documents officiels et privés à coté de la date lunaire aussi le mois solaire respectif avec son quantième ; cette dernière date

ne signifie nullement une année solaire, mais indique seulement à quelle année lunaire un tel mois solaire se rapporte en vertu de la règle de l'entrée de Mars.

D'après ce système il aurait été donc nécessaire d'éliminer aussi le millésime et les mois solaires correspondants à l'année lunaire 1288 et d'appeler lier Mars qui tombe dans le Mouharrem 1289, conséquemment Mars 1289, lorsque la difficulté des coupons avec le millésime 1288 venait compliquer la question d'une manière tout à fait inattendue. C'est ce que l'on avait oublié lors de l'émission des titres de la dette consolidée dont le lier coupon porte le millésime 1287, le 2ième 1288 et ainsi de suite, que l'année 1288, étant „Civich" n'aurait pas dû figurer dans les comptes et que le coupon 1287 aurait dû être suivi immédiatement par celui de 1289. Comme il y avait toutefois sur les coupons à côté de la date Malié aussi la date correspondante continue du Calendrier Grégorien on aurait pu écarter cette difficulté simplement en déclarant nul et non avenu les millésimes de l'année lunaire ou Malié, et valables seulement ceux du Calendrier Grégorien , jusqu'à ce que l'on aurait pu corriger cette erreur par l'émission de nouvelles feuilles de coupon. En même temps on aurait pu avertir le public que pendant l'année prochaine tous les documents qui seraient datés seulement avec le millésime erroné 1288 à côté des mois solaires, sans porter en même temps aussi la date lunaire ou la date chrétienne, seraient considérés comme appartenant à l'année 1289, et ainsi on aurait pu maintenir l'application de la règle de l'entrée de Mars. Mais en considération que toutes ces difficultés se répéteraient ainsi chaque 33 ans et que toute la correspondance officielle et privée, tous les livres et registres commerciaux etc. sont tenus d'après les mois solaires et que la nécessité de passer du dernier Février 1287 an lier Mars 1289, avec la perte

apparente d'une année entière pourrait créer bien des complications et confusions, le besoin urgent d'établir une année solaire fixe et normale s'impose plus fortement que jamais. Ici se présente l'idée que la manière la plus simple pour avoir une année solaire serait, de continuer tout simplement le nombre des millésimes sans interruption, et d'appeler cette année-ci 1288, la prochaine 1289 etc. sans se soucier de marcher parallèlement avec millésimes lunaires. Mais il ne faut pas oublier que ce serait une année et un Calendrier dépourvus de toute base, qui n'aurait aucune raison d'être quelconque, une ère tout-à-fait fictive, n'ayant ni époque ni commencement. Puisque d'après la règle de l'entrée de Mars, l'année lunaire 1288 ne contient aucun lier Mars dans son cours et ne pourra donner son millésime à aucun mois solaire, la date „Mars 1288" pourrait donc seulement signifier que c'est pour la 1288iéme fois que le mois de Mars passe depuis l'Hégire du Prophète, ce qui est entièrement faux, puisque depuis l'Hégire le mois de Mars a passé seulement 1257 fois. L'expression „Mars 1288" n'aurait donc pas de sens commun et la continuation d'un tel Calendrier pour 10 à 15 ans tout au plus suffirait pour créer aux tribunaux et autres administrations de l'Etat les plus grandes difficultés dans la vérification ou la constation d'une date passée, ces difficultés ne feraient qu'augmenter encore avec le temps et . rendraient bientôt la constation d'une date historique extrêmement difficile, si non impossible ; parce que les années de ce Calendrier seraient alors de deux catégories: une qui contient les années jusqu'à 1254, respectivement jusqu'à 1287, d'une durée de 354 jours à peu près , et l'autre qui contient les années postérieures à l'abandon de la règle de l'entrée de Mars en 1288, respectivement en 1255, années qui auraient une durée de 365 jours. Pour le constater et convertir ces dates sans crainte d'erreur et de

confusion et pour pouvoir tonjours dûment rendre compte de cette différence entre les deux catégories d'années, on devrait avoir à sa disposition des tables chronologiques extrêmement compliquées, contenant jusqu'à 2000 différentes colonnes.

Bref, si on se décide pour la continuation de l'application de l'ancienne règle de l'entrée de Mars avec sa suppression d'un millésime une fois en 83 ans, on doit se résigner aussi à subir chaque 33 ans tous les invonvénients et embrouillements qui résultent nécessairement de la suppression d'un millésime ; et si on préfère abandonner cette pratique et continuer simplement l'ordre arithmétique des millésimes 4288, 1289 etc. il faut accepter tous les vices et anomalies de ce système. Pour sortir de ce dilemme, il est donc beaucoup plus préférable de n'accepter ni l'un ni l'autre, et d'établir une nouvelle année solaire, avec une base scientifique, avec l'Hégire du Prophète comme époque, à l'instar de l'ère lunaire musulmane. L'établissement d'un tel Calendrier strictement solaire, ayant une époque bien déterminée, facilitera beaucoup la conversion mutuelle entre les années chrétiennes et solaires musulmanes, qui se fera par la simple addition ou subtraction de 621 au millésime à convertir. Comme c'est toujours l'Hégire du Prophète qui ferait époque à cette nouvelle année solaire, de même qu'elle le fait déjà aux années lunaires et à l'année financière, en usage jusqu'ici, et que la relation entre les années lunaire et solaire est une valeur invariable parfaitement déterminée, la conversion mutuelle des dates de ces Calendriers se fera également de la manière la plus facile, sans aucune crainte d'embrouillement ou d'erreur. L'introduction de cette nouvelle année pourrait se faire de la manière la plus facile et simple, sans le moindre dérangement dans la marche des affaires, puisqu'il ne s'agit que de remplacer dans la date solaire qui est ajoutée déjà depuis une huitaine d'années à la date lunaire ,

un millésime arbitraire et fictif après tout, par un millésime vrai et exact; et les deux dates, une solaire et l'autre lunaire, exprimeront une mesure exacte du temps écoulé depuis l'Hégire du Prophète. Plus tard la date solaire seule peut être employée dans tous les actes en rapport à la vie civile, ce qui contribuera encore à simplifier et faciliter la marche des affaires publiques et privées.

Après avoir adopté en principe cette nouvelle année solaire de l'Hégire, il s'agit de fixer le mois et le jour, qui serait le mieux qualifié pour servir comme jour de nouvel an de cette année. Ici, ce sont 2 jours qui attirent principalement notre attention, l'un est le jour de l'Hégire du Prophète, le jour de son entrée glorieuse à Médine, coïncidant avec l'équinoxe d'automne et l'entrée du soleil dans le lier degré de la Balance, et l'autre est le Nevroûz, jour de l'an du Calendrier Djélaléen, l'équinoxe de printemps, qui précède le premier de six mois et tombe le 8 ou 9 Mars. Tous les deux se prêtent également bien pour le commencement d'une vraie année solaire avec une base scientifique, donnant une mesure juste du temps écoulé et possédant une relation fixe avee les autres années solaires des différentes ères. En considération que jusqu'à présent non seulement l'année financière de l'Etat avait commencé le lier Mars , mais qu'aussi toute la population a naturellement suivi ce système nous avous cru préférable de proposer le maintien du lier Mars *) comme jour de l'an. En faveur de celui-ci parle aussi le désir de ne pas compliquer l'introduction d'une nouvelle année inutilement encore par l'établissement simultané d'un nouvel jour de l'an, vu que les deux changements effectués à la fois pourraient causer des diffi-

J) Comme on verra plus bas j'ai préféré l'équinoxe d'automme et dressé les Tables conformément.

cultes à la population. Un des membres de notre commission et signataire du présent rapport, Tahir Effendi, hémérologue en chef, s'est chargé des travaux préparatoires pour l'établissement du nouveau Calendrier, il a notamment calculé la date lunaire du liei> Mars qui tombait dans le cours de la lière année de l'Hégire, et le nombre de jours et d'années solaires passées , depuis cette date ; il a aussi élaboré des Tables chronologiques, indiquant la date lunaire de chaque lier Mars depuis l'Hégire jusqu'en 1315 (H.) Tous ces travaux, après avoir été communiqués à la Commission, furent approuvés par celle-ci et il ne nous reste que de prier Votre Altesse, en cas que nos propositions seraient favorisées de Sa Haute approbation, de vouloir bien ordonner leur mise en exécution.

Tâhir

Hémérologue Vartan.

en chef Coumbary Chahbasian.

Observateur Traducteur.

Ahmed Djevdet

Widdinli Tewlik Bey Colonel

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