Hanotaux, Les Origines de l'instilulion des intendants
sans attributions fixes, qui se bornaient à venir faire leur rapport à la Cour sur ce qu’ils avaient vu et entendu. Du jour où il plaira au pouvoir central d’ajouter quelque chose à ce rôle de surveillant, peut-être ces hommes pacifiques deviendront-ils redoutables? Nous nous trouvons là, dit cet auteur, en présence d’une des origines les plus indéniables de Pinstitution.
Mais à quelle époque trouve-t-on à côté des maitres des requêtes chargés des chevauchées, des magistrats pouvant accomplir des actes d'autorité ? Leur existence coïncide avec l'apparition du titre d’intendant dans les commissions (1). Toutefois cette innovation n’eut pas pour effet d’entrainer la disparition des chevauchées des maîtres de requêtes de l'Hôtel. Ces deux genres de fonctions subsistent l'un et l’autre ; il ne faut donc pas confondre les intendants et les chevauchées.
Les Cours souveraines n’avaient pas vu avec satisfaction s'établir cette autorité rivale de la leur. Aussi des conflits ne tardèrent pas à se produire. Le Parlement prétendit avoir le droit d’enregistrer les commis-
sions des intendants qui se soumirent, mais lui refu-
1. Le premier intendant connu fut Pierre Panisse, président de la Cour des aides de Montpellier. chargé en 1553 de l'intendance de la justice dans l'ile de Corse. Assez nombreux dans les premières années du règne de Henri IV, les intendants disparurent quelque temps pour reparaître sous Louis XIII. En 1654, il y en avait dans toutes les
généralités; on en comptait 32 en 1759.
sèrent tout droit tendant à restreindre leurs pouvoirs. Les Parlements ne se tinrent pas pour battus ; ils annulèrent les ordonnances des intendants, firent défense à certaines d’instrumenter et décrétèrent contre d’autres la prise de corps. Le Parlement de Paris les cita à comparaître devant lui.
Le Gouvernement parut céder lors des troubles de la Fronde ; il supprima les intendants, mais l’année suivante, il les rétablit et augmenta leurs pouvoirs. L’on trouve toujours, il est vrai, à côté d’eux des gouverneurs, mais la puissance réelle est entre leurs mains. « Presque toute la justice, toute l’administra- « tion, toute la police, chaque détail de gouvernement « local ou général, toute initiative, collaboration ou « contrôle en matière d'impôts, d'élections, de routes, « de travaux et de charités, a passé à l’intendant sous « la direction suprême du Conseil du roi (4). »
Agent des volontés du souverain, il est à la fois administrateur et juge des pourvois formés contre ses actes. L’on comprend que les termes mêmes des commissions dont la formule courante pouvait être étendue au gré du roi, aient porté ombrage aux membres des Parlements ; elles étaient rédigées ainsi : « Voulons et enten- « dons que vous puissiez pourvoir à tout ce qui regarde « le bien de notre service, l’observation de nos ordon- « nances touchant la justice, police et finances et le
1. Taine, Histoire des Origines de la France contemporaine, t.1I, D A07: