‹ La réforme électoraleChapitre 3 sur 25 · Ch. Bcnoist, La Crise de VÈtat moderne, p · texte numérisé non relu

Ch. Bcnoist, La Crise de VÈtat moderne, p

C'est donc le fonctionnement, sinon le principe, de ce suffrage, qu'il faut réformer ; ce sont les rouages, les organes de l'appareil qu'il faut examiner avec soin, à ]a loupe, pour trouver le siège de la maladie et pour tâcher ensuite de la guérir.

C'est bien le peuple qui est souverain et c'est sur les doctrines du Contrat social qu'est fondé l'Etat moderne — qu'il soit monarchique ou républicain — , et ce qui commande à tous, la loi suprême de tous, c'est le suffrage de dix millions de citoyens qui parlent au moyen de leur bulletin de vote; c'est ce suffrage amorphe, brutal, anarchique, qui s'exerce dans des circonscriptions arbitrairement découpées, qui est notre maître à tous. Le peuple ne fait, du reste, acte de souverain que de temps en temps, pendant l'instant de raison où il choisit des représentants auxquels il donne carte blanche pour plusieurs années; c'est une souveraineté de surface, fuyante et passagère comme la buée légère que laisse la respiration sur un miroir. Pendant le reste du temps, elle n'existe plus et le peuple a abdiqué au profit de mandataires qu'il n'a pas le droit de révoquer. « Entre deux scrutins, « dit M. Charles Benoist, les grains de sable et les « grains de souveraineté demeureront inertes, dor- « mirent le lourd sommeil de la matière, les uns tout « près des autres, et les uns étrangers aux autres, « maintenus inexorablement chacun en son désert, « jusqu'à la prochaine tempête ou la prochaine élec- « tion, jusqu'à une nouvelle et toujours redoutable « mobilisation des atomes ^ »

Or, c'est notre utopie à tous, depuis la Révolution,

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