LA PREDICATION. — SAVONAROLE
ment de ces attaques, c'est qu'elle était faite de vieille date aux censures, ainsi qu'on l'a vu.
On ne saurait ranger Savonarole parmi les promoteurs de la Réforme; cependant il est indubitable que ses sermons y préparèrent les esprits, surtout en ce qui concernait la justification. « Nul ne peut se justifier devant Dieu, disait-il, car n'eussionsnous commis aucun péché, nous ne le pourrions qu'avec le concours de Dieu. » Il dit encore de façon plus explicite : « La grâce ne vient point de notre propre mérite, mais de l'Esprit-Saint car, si elle venait de nous, ce ne serait plus une grâce ; elle provient de la bonté, de la miséricorde de Dieu qui sont la source de toutes les bonnes œuvres. »
Et ailleurs : « La grâce est un don surnaturel qui est accordé à l'âme humaiue non pas comme Dieu accorde des facultés aux autres créatures... mais d'une manière plus élevée et plus excellente qui la fait participera la nature divine... De cette grâce viennent toutes les forces de l'âme, tous les sentiments élevés qui donnent à l'homme l'amour des choses célestes et remplissent son cœur de paix et d'espérance. — Le chrétien sait par les Saintes Écritures que, sans le don de la grâce, bien qu'il fasse toutes les bonnes œuvres possibles, il ne peut arriver au salut ; c'est pourquoi il s'efforce beaucoup plutôt de conserver et d'augmenter le don de la grâce et de l'amour que de faire les bonnes œuvres qui ne justifient aucun homme devant Dieu. )>
COMMENT SE RÉPANDIT LA RÉFORME
PALLAVICINO
Savonarole pense avec certains protestants quand il dit que le libre arbitre fut donné aux hommes avant le péché et retiré ensuite ^ Toutefois il insiste sur la repentance et les bonnes œuvres et semble ne pas attacher une extrême importance au <' bienfait de la mort du Christ » qui tint, surtout en Italie, une place capitale dans les conceptions protestantes ^.
D'autre part, loin de nier que l'homme ne puisse contribuer à son salut, il le proclame : « Il y a trois moyens, dit-il, dans le sermon sur le psaume Quant bonus, de se disposera recevoir lagrâce; s'efforcer de croire, prier et agir. » Et dans ce même sermon, il ajoute : « Si l'homme ne peut par sa propre force parvenir à sa fin, il peut néanmoins se préparer et se disposer aux moyens qui y conduisent, c'est-àdire à la foi et à la grûce, avec le secours divin, lequel ne lui fera jamais défaut -^ » Son influence dans la Réformation italienne est toutefois certaine ; Vermiglio s'inspira de lui ainsi que fra Benedetto dans ses sermons de Florence qui lui valurent d'être enfermé au château Saint- Ange où il expira