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Déposition de Carnesecchi dans son procès

2. En môme temps que Ochino, un de ses concitoyens, Giovanni Bazio, dit aussi Nollio ou Noglio, prêchait également à Naples dans l'église S. Lorenzo où il avait pour auditeurs beaucoup de moines et de prêtres. Le vice-roi le signala au Sainl-Onice. H mourut à Rome en 1553. '

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les cheveux « aussi blancs que la neige », et cet air vénérable qui ajoute à la valeur des arguments l'autorité de l'expérience, son action était inouïe; il enflamma la ville ; il lui fallait de l'argent, en moins de rien il obtint 5.000 ducats; le vice-roi Toledo s'inquiéta et consulta Tarchevêque Francesco Carafa qui se borna à imposer au fougueux prêcheur de ne pas laisser d'incertitude dans ses paroles afin que ses auditeurs ne fussent pas amenés à les interpréter dans un sens favorable aux idées nouvelles. Bernardo, qui était fort habile, prêcha dans l'église S. Giovaimi Maggiore de façon à dissiper tout soupçon d'hérésie, mais sans renoncer cependant à ses doctrines. D'ailleurs Ascanio Colonna, le frère ^e Vittoria, marquise de Pescara, prit vivement sa défense et écrivit en sa faveur, le 7 mai 1537, une lettre chaleureuse à Ambrogio Recalcati, le secrétaire favori de Paul III. Sa grande amitié pour Ochino lui valut même plus tard de devenir suspect aux yeux de l'Inquisition ^

A Sienne, l'enthousiasme de la foule fut tel que ceux à qui il était impossible de pénétrer dans l'église où il prêchait, montaient sur le toit et en arrachaient les tuiles pour pouvoir l'entendre. Quand il voulut s'éloigner, le conseil communal lui députa quatre de ses membres pour le conjurer de prolonger son séjour et de prêcher encore soit dans la cathédrale, soit dans le palais com-

1. Tacciii-Venturi, Storia délia Compagiiia di Gesù..., p. 501.

BERNARDINO OCHINO.

munal, « car il était bon et utile aux âmes que ledit frère Bernardino continuât encore quelque temps à enseigner (21 juin 1539) i. Mais Ochino était ambitieux de répandre partout ses idées et aussi de défendre Tordre des capucins ; il parcourut la Toscane, s'en fut à Pérouse et à Florence; partout il fut accueilli avec transport; Vittoria Colonna qu'il avait connue à Naples, était devenue la plus passionnée de ses disciples ; elle lui ménagea une rencontre avec le cardinal Bembo; ces deux hommes si différents d'humeur, d'éducation, de but et de vie, l'un érudit et puriste, soucieux

1. Actes (le la Balia pour amener à Sienne et y retenir Ochino (Piccolomini, Bull. Senese di Storia Patria, an. XVII, 1910).

Doc. 1. Le consistoire siennois prie le pape Paul III d'autoriser Ochino à séjourner à Sienne (27 juin 1539).

Doc. II. Résolutions de la Balia pour attirer Ochino (7 août

Doc. III. Rapport sur ce qui a été convenu avec Ochino

(21 août 1540).

Doc. IV. Autre rapport (6 septembre 15iO).

Doc. V. Nouvelles négociations (12 décembre 1540).

Doc. VI. Alfonso d' Avales s'excuse auprès de la Balia de rappeler Ochino (26 janvier 1541).

Doc. VII. Aifonso d'Avalos prie chaudement Ochino de venir prêcher, à Milan, le carême (26 janvier 1541).

Doc. VIII. Le cardinal (îervini communique aux Siennois la réponse du pape concernant Ochino (28 janvier 1541).

Doc. IX. Informations relatives aux négociations engagées ù Rome en vue d'obtenir Ochino pour le carême de 1542 (13 juin

Doc. X. La Balia invite Ochino à prêcher dans sa patrie l'Avent

de 15il (8 novembre 1541).

Doc. XI. Résolutions de la Balia pour attirer Ochino (26 avril

Doc. XII. La Balia charge Lattanzio Tolomei d'agir auprès de Paul III, afin qu'il permette à Ochino de prêcher à Sienne le carême de 1543 (18 mai 1542).

Doc. XIII. Réponse de Tolomei (20 juin 1542).

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de nuances et de belle latinité, humaniste dans l'âme et un peu païen, l'autre impétueux, n'ayant d'autre souci que celui de ses doctrines et tout occupé des intérêts de son ordre, se comprirent pourtant à merveille et Bembo tout au moins fa^ séduit; c'est à Venise qu'ils s'étaient vus et Bembo écrivit aussitôt à la marquise : « Notre frère Bernardo, que je veux désormais appeler mien comme votre Altesse l'appelle sien, est adoré ici ; hommes et femmes le portent aux nues. » Outre Vittoria Colonna, la comtesse de Camerino, Caterina Cibo à laquelle il dédia ses Dialogues, et d'autres femmes encore s'étaient éprises de sa parole convaincante et sincère; sa fascination était sans bornes. Il avait inauguré une nouvelle façon de prêcher ; tandis que les moines parlaient longuement, avec emphase et en se livrant à une mimique désordonnée et à des pratiques parfois ridicules, Ochino faisait des sermons concis, pleins d'un sentiment profond mais non exubérant, s'inspirant, comme il le dit, uniquement de l'amour de Dieu. Aussi, partout où il passait, c'était un réveil des esprits ; ses sermons provoquaient d'ardentes discussions sur les Écritures, sur la foi, des méditations sur l'Évangile.

Il allait souvent pieds nus, par les mauvais chemins, mendiant do porte en porte, s'exposant aux intempéries, couvert d'une tunique grossière. <( En vain, dit-il, je cherchais à mortifier mon corps par des jeûnes et des prières; enfin je lus l'Écriture et mes yeux s'ouvrirent; Christ me révéla trois

BERNARDINO OCHINO.

grandes vérités : que le Seigneur, en mourant sur la croix, satisfit pleinement à la justice du Père et acquit le Ciel à ses élus, que les vœux religieux sont une invention humaine, que l'Église de Rome est abominable aux yeux de Dieu. »

La transformation de ses idées ne s'était opérée que très lentement; il ne se détacha de l'Église romaine que tard. Comme tant d'autres il s'imagina jusqu'au dernier moment qu'il servait l'Église. Sa grande occupation fut longtemps la défense de Tordre des capucins dont à plusieurs reprises il avait été nommé général, et ceux-ci tenaient pour Rome. Vittoria Colonna Taida beaucoup dans cette alïaire. Cependant il s'éloignait de plus en plus des idées orthodoxes; il mettait en doute le purgatoire, l'efficacité des jeûnes, la vertu des indulgences ; sa dialectique était fine, spirituelle, quelquefois pleine d'imprévu. C'est ainsi qu'il tirait d'un passage de saint Augustin une signification opposée à celle qu'on lui avait toujours attribuée. En donnant le sens interrogatif aux paroles : Qui fecit ie sine te, non salvabit te sine te, il en faisait un argument en faveur de la prédestination. Celui qui t*a fait sans toi ne peut-il te sauver sans toi?

Ochino n'en restait pas moins très soumis au pape; ses lettres de l'année 1540 en témoignent; en \hki il fit imprimer quelques-uns de ses sermons ; on les lut à Venise et ce fut cause qu'il y fut rappelé. Le pape lui donna Tautorisation d'y aller prêcher, mais ses paroles parurent suspectes au nonce qui lui demanda de les expliquer; Ochino

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sut, cette fois encore, se tirer d'aliaire; l'aiinée précédente Giulio Terenziano, moins heureux que lui, avait été jeté en prison ; il fit allusion à son infortune dans un de ses sermons, disant : « 0 reine de la mer, si tu envoies aux galères ceux qui t'annoncent la vérité, comment éclatera-t-elle jamais? Que ne peut-elle se manifester librement, combien d'aveugles retrouveraient la vue ! » C'est pourquoi le nonce peu après le suspendit, mais les Vénitiens protestèrent si violemment qu'au bout de trois jours, il dut l'autoriser à reprendre le cours de ses prédications (15V2). Le carême fini, Ochino se rendit à Vérone où il réunit quantité de capucins de la province et leur enseigna à expliquer les épitres de saint Paul. Une femme de grande intelligence,* Angelica Negri di Gallarate, qui l'entendit prêcher alors, prédit son abjuration k brève échéance. De fait Ochino penchait de plus en plus vers les idées nouvelles ; il se détachait des pratiques de l'Église catholique ; un de ses moines lui dit : « En voulant vous priver de la prière, vous me rappelez un cavalier qui se risquerait à cheval sans étrier; prenez garde à la chute. » A quoi il répondit que celui-là ne cesse de prier qui ne

cesse de bien faire.

Sous prétexte que ses occupations l'absorbaient, il demanda au souverain pontife de le dispenser de la messe ; il fréquentait des hérétiques et lisait des livres défendus. Vittoria Golonna restait cependant en correspondance active avec lui à cause de l'affaire des capucins, et TuUia d'Aragona que

BERNARDINO OCmNO.

l'on disait fille d'un cardinal et qui, au repentir près, n'était pas sans ressemblance avec MarieiMadeleine, lui dédia un de ses nomlu'eux sonnets qui faisaient l'aduâration de l'Italie :

Bernardo, tu pouvais te contenter d'avoir Par les douces paroles dont la nature t'accorda la faveur, En ce pays où le roi des fleuves roule des ondes plus claires, Allumé dans les cœurs le désir des œuvres éternelles.

Serait-ce humilité ou bien arrogance

Que de nous priver du libre arbitre, le plus beau don

Que Dieu nous fit à la création ^

En efî*et, Ochino acceptait maintenant que l'une des conséquences de ses doctrines était de supprimer le libre arbitre, et cela montre à quel point ses doctrines différaient déjà de celles de Rome. Le pape le manda auprès de lui 2; on répandit le bruit que c'était pour le nommer cardinal ; cependant Ochino hésitait, il consulta Giberti, évêque de Vérone, qui le renvoya au cardinal Contarini àBologne, mais le cardinal était très malade et ne lui dit que ces paroles : « Priez Dieu pour moi et faites un bon voyage'^. » Ochino s'en fut donc trouver Pietro Martire Vermiglio à Florence ; celui-ci était alors complètement converti au protestantisme et très

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