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I.A RÉFORME EN ITALIE

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hostile par conséquent au Saint-Siège, et il conseilla vivement à Ochino de ne pas se mettre entre les mains du pape, lui rappelant ces paroles du Sauveur : « Si vous êtes persécute dans un pays, fuyez dans un autre'. » Ochino se rendit à Sienne pour y rencontrer une dernière fois ses amis et revint à Florence d'où il écrivit à Vittoria Colonna pour l'informer de sa résolution de quitter l'Italie. « Je suis venu ici, lui disait-il, avec l'intention de me rendre à l'appel du pape, mais beaucoup me le déconseillèrent car j'aurais dû, ou nier le Christ ou être crucifié, ,1e n'ai nulle intention d'aller volontairement à la mort. Le Christ m'a enseigné à fuir. Que ferais-je en Italie? Prêcher le Christ en patois, à mots couverts? Si l'apôtre Paul était à ma place, je suis persuadé qu'il ferait comme moi. Le Théatin- et bien d'autres disent sur moi de telles choses qu'ils n'y ajouteraient rien si j'avais crucifié le Christ. J'aurais voulu avoir votre avis et celui du cardinal Polo. Priez Dieu pour moi. » Cette lettre est du 22 août 15V2 \

La duchesse de Camerino, Caterina Cibo, lui fournit les moyens de traverser les Apennins en compagnie de trois autres moines qui, comme lui, avaient définitivement abandonné le froc. Ochino et sa petite troupe gagnèrent donc Ferrare où Renée de France les reçut; elle donna pour

1 i\ faisait allusion à saint Mathieu (x, 23) : « Cum autem nerseaueiilur vos in civilate ista, fugite in aliam. »

2 Carafa, évoque de Ciiieti (Theato), plus tard Paul IV.

3 Carteggio di V. Colonna, E. Feriœuo et G. Miller, Turin, 1889, p. 247.

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compagnon et pour guide à Ochino un moine, fra Mariano, auquel il persuada qu'il se rendait chez les hérétiques poussé par le désir de les convaincre ; du moins, c'est ce que fra Mariano raconta plus tard; comme le moine savait l'allemand et le français, ayant été soldat, il put sans encombre conduire Ochino à Genève » par Mantoue , la vallée du Pô et Aoste2. En septembre 1512, Calvin annonçait à Viret son arrivée : « Nous avons ici un Siennois d'aspect vénérable, qui pourra eti e très utile s' il parvient à apprendre la langue; son départ a beaucoup ému l'Italie •. » De fait, ce fut une grande

1. Les fuiçilifs italiens luthériens gagnaient Genève, encore que ce fût une ville calviniste, soit parce qu'ils y retrouvaient ces institutions démocratiques, auxquelles ils étaient accoutumés dans les républiques italiennes, soit qu'ils eussent plus confiance dans les habitants. Le cas d'Ochino est caractéristique, car à Ferrare il se trouvait bien plus près de la frontière allemande.

Il se fonda à Genève une petite communauté italienne formée de gens de qualité et intelligents, différente de tendances et d'esprit de lacommunauté française. Voir J.B.G. Galiffe, Le Refuge italien..., Genève, 1881. Pièces relatives à l'Eglise italienne de Genève Genève, Archives Nationales, cote 1477 bis. Alfred Covelle, Le Livre des bourgeois de l'ancienne Genève , 1897. Calvin expulsa un certain nombre d'italiens qui professaient des idées contraires aux siennes, entre autres Simone, Biandrala, Alciati.

2. E. SoLMi, La fuga di B. Ochino, dans Bull. Senese di Storia Pa^rta, vol. XV, Sienne, 1908. Paolo Nkghi, /î. Of/nno, Turin 1912

3. Opeha, vol. XI, col. 447. En décembre, il écrivit plus longuement à Bullinger : « Venit in Augusto ex Italia Capucini ordinis... Senensi ad auslerius vitfc gemis monac hus vasti corporis llieronymus cuculla et monstrifera veste adhuc tutus, cupiens dicebat se libros meos in Italia adeoque in ipsa Urbe Neapoli legisse nunc autem persequnlione pontiticis pulsum ad meconfugisse, conferendi de inultis causa... Deprehendo virum esse satis doctum et integerrimum alias. Quum vero itaque per mensem fere aluissem miserum, literis commendatum et viatico instructum misi Curiam si forte hominisitalicœ linguaî periti aliquis torct in ministerio evangelico usus... Interna dum ille abest venit primo Cœlius qui-

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stupeur dans toute la péninsule et pour beaucoup une profonde désolation, quand on apprit que le prédicateur tant écouté et dont la foi n'avait paru suspecte qu^auxplus clairvoyants, venait de passer dans le camp des réformés; le pape voulut tout d'abord supprimer les Capucins; nombre d'entre eux firent pénitence, quelques-uns subirent des

condamnations ^

De Genève, Ocbino adressa une lettre d'une extrême prolixité aux membres du conseil communal de la ville de Sienne où il avait laissé tant de disciples: il y expose le fond de sa doctrine et ses idées principalement sur la justification « dont dépend, dit-il, le salut de la véritable Église du Christ et la ruine du règne de fantéchrist ». Il définissait en ses termes sa foi :

« Je crois et je confesse avec Paul (Épltre aux Romains, viii) que les hommes étant, par le péché de leur premier père, fils de la colère et de la damnation, morts et impuissants à se relever et à se réconcilier avec Dieu, le Christ, notre Justice, envoyé par son Père éternel, en s'attribuant les crimes de ses élus et en s'offrant pour eux à la croix, a satisfait pleinement et tout à fait apaisé la colère divine; bien plus, adoptés comme fils de son père éternel et devenus ses héritiers, riches de tous les trésors divins, et tout cela par la grâce de Dieu et

dam Secundus, in latin» et gracœ lingu» doctissimus et in pietate ac omni litterarum génère peritissimus. » Calvini Opéra, vol. M,

'"''l'.^îfpoNDANUS (H. DE ^.vo^i*^), Annales Eccles., ^d an. 1547, n. 22.

BERNARDINO OCHINO.

sa miséricorde, sans qu'ils méritent et sans qu'ils fassent une œuvre quelconque , dignes de cette grâce. Donc, ce n'est pas parce que les élus ouvrent les yeux et connaissent Dieu qu'ils vont à lui et opèrent des œuvres saintes, mais parce que le Christ les a choisis par grâce gratuite... Je crois et je confesse qu'il n'y a et n'y aura au monde qu'une religion vraie, pieuse et sainte qui est celle du Christ et qui consiste à croire sincèrement et avec force que nous sommes complètement lavés et absous de tous péchés par le Christ. » Cette lettre eut un grand retentissement; elle fut traduite en français l'année suivante sous le titre : Epistre aux magnifiques seigneurs de Sienne... avec une épistre à Mutio justinopolitain par laquelle il rend aussi raison de son département d'Italie... translatée de la langue italienne. »

Un de ses compatriotes, le fameux polémiste Catarino Politi de Sienne, adressa de Rome, le 5 janvier 154.3, une lettre au conseil de Sienne, pour menacer la ville des pires calamités et de la damnation éternelle si on y prêtait l'oreille aux paroles de fra Rernardino et lui promettre la clémence de Dieu si on y résistait ; en décembre 154.4, il publia une véhémente réfutation des doctrines d'Ochino*.

1. On a donné plus haut l'analyse de ce factum. Girolaino Muzio de Capodistria raconte que, se trouvant à Bâle et cherchant chez les libraires quelque volume à acheter, il était tombé sur les Prédications d'Ochino en italien et y avait rencontré tant de falsifications de l'Ecriture et des Pères, tant de propositions fausses, qu'il s'était aussitôt imposé d'en faire une réfutation générale ; ce fut l'origine du pamphlet Le Mentite Ochinianej dédié au cardinal de Mantoue, Ercole Gouzagna et publié en 1551.

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Ochino fonda à (ienève la première Église italienne; en même temps il publiait force libelles contre l'Église romaine et contre le pape Paul 111 ; il lui reprochait de croire à l'astrologie et à la nécromancie, d'avoir été élu par simonie, d'avoir vendu des emplois et la justice et de ne pas s'être opposé à la décoration de la chapelle Sixtine par Michel-Ange.

Ochino ne put s'accommoder longtemps du joug que Calvin faisait peser sur Genève; maintenant qu'il avait revendiqué son indépendance, il la lui fallait tout entière; il quitta donc ce refuge, s'en allant à pied selon sa coutume, et emmenant avec lui sa femme, car il s'était marié. Dans le vingtième de ses Trente Dialogues, lequel est consacré à la polygamie, il soutient que si l'on demande à Dieu avec sincérité le don de continence et que Dieu ne l'ajTXorde pas, on a le droit de prendre même une concubine, car si l'on fait ce que Dieu pousse à faire, à la condition que Ton se soit bien rendu compte que c'est par un instinct divin, « on ne pèche pas; on ne saurait errer en obéissant à Dieu ».

Ochi no commença à parcourir l'Europe professant des idées de plus en plus hétérodoxes; il alla à Bâle puis A Strasbourg où il rencontra Pietro Martirequi avait fui l'Italie presque en même temps que lui; il professa à Augsbourg en 1545* ; il passa en Angleterre où il prêcha et fit un cours à Londres (15V7- 1553) ; obligé de quitter le pays quand la reine Marie

1. Massakei.li Diarum, dans St. Kiises, Concilii Iridentini, Fribourg, 1904, vol I, p. 302.

VERMIGLIO.

monta sur le trône, il revint à Bâle et se rendit delà à Zurich (1554-1563). Dans cette ville, il devint le chef de la petite église réformée qu'y avaient composée les réfugiés italiens de Locarno. Mais il fut accusé de partager les doctrines des anti-trinitaires et de répandre des idées contraires à celles de Zw^ingie; il dut se rétracter; peu après, il attaquait en chaire Zwingle et publiait son livre intitulé Labirinti, ce qui amena le sénat zurichois à l'exiler; au cœur de l'hiver et malgré ses soixante-seize ans, il dut quitter la ville; après bien des détours, il gagna Cracovie; ses Trente Dialogues sont de cette époque (1563); on l'accusa d'y avoir approuvé et défendu la polygamie par complaisance pour les souverains qui l'avaient secouru ou dont il espérait quelques bienfaits, en sorte qu'il dut fuir encore. Ses quatre fils l'avaient accompagné ainsi que deux filles; il perdit celles-ci et deux fds de la peste; lui-même en mourut à Schlakan, en Silésie, vers la fin de l'année 1564..

Venniglio [Pietro Martire^),

La carrière de Pietro Martire a bien des ressemblances avec celle d'Ochino, encore qu'elle soit moins éclatante; tous deux furent d'admirables prêcheurs dont l'action s'exerça dans les mêmes lieux.

1. Cantu, Erelici, vol. II, p. 69. Amante, Giulia Gonzaga, p. 276. Baylf:, Dict., éd. 1820, vol. X, p. 344. Charles Schmidt, lie de Pierre Martyr Vermigli, Strasbourg. 1835.

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Vermiglio, que son père avait voué à Pierre martyr* et qui, pour cette raison, fut surtout connu sous le nom de Pietro Martire, naquit à Florence en septembre 1500; son père Stefano et sa mère. Maria Fumantina, étaient de bonne naissance ; comme il montrait des dispositions pour les humanités, son père le fit entrer dans le couvent S. Agostino près de Fiesole qui possédait une belle bibliothèque classique, don des 3[édicis; de là il passa dans le couvent S. Giovanni di Verdara, à Padoue, où il demeura huit ans, se préparant à suivre les cours de l'université ; quand son instruction philosophique eut été achevée, il alla à Bologne apprendre l'hébreu afin de pouvoir mieux pénétrer le sens des Écritures. Son éloquence commençait à se révéler; l'ordre des frères prêcheurs l'admit dans son sein et il prêcha à Brescia, à Bologne, à Mantoue, à Venise et même à Rome; comme tant d'autres qu'un désir d'investigation et de ré formation avait envahi, il commentait de préférence les épitres de saint Paul ; sa parole était entraînante, on la considérait comme édifiante et celui-là était réputé mauvais chrétien qui n'assistait pas à ses sermons. Les honneurs et les responsabilités lui vinrent; devenu abbé d'un monastère de Spolète, il eut pour mission d'y rétablir la discipline ainsi que dans les couvents de la ville; trois ans lui suffirent pour mener cette œuvre à bien ; alors on le char-

1. Parce quft tous les enlanls mâles ([u'il avait eus précédeininenl étaient morts en bas A^e.

VERMIGLIO.

gea de la même mission à Naples, dans le grand couvent de S. Pietro ad Ara, dont il fut nommé prieur. Cependant le profond attachement qu'avait eu son père pour Savonarole l'avait amené à le prendre comme modèle; sa hardiesse lui plaisait; ses invectives contre la papauté lui avaient appris à en connaître les défaillances. Alors se produisit l'événement qui, de même que chez tant d'autres, décida de sa vocation; les Commentaires sur les Evangiles de Bucer [Enarrationmn in Evangelia.., libriduo), parus à Strasbourg en 1527 et traduits en italien sous le pseudonyme de Arezzo Felino, comme on l'a dit, lui tombèrent sous les yeux ainsi que l'ouvrage de Zwingle sur La Vraie et la fausse religion (mars 1525) et d'autres ouvrages conçus dans le même esprit. Cette lecture accrut ses hésitations et son trouble; ses entretiens avec le poète Flaminio hâtèrent sa conversion ; il voulut entendre Valdès et Valdès était un charmeur; le ton de ses prédications devint proprement hérétique; commentant dans l'église S. Pietro à Naples le passage de la première épitre de saint Paul aux Corinthiens où il est dit : « Si l'ouvrage de quelqu'un est brûlé, il en souffrira la perte; il ne laissera pas néanmoins d'être sauvé, mais comme en passant par le feu » (m, 15), passage qui servait aux théologiens de preuve à l'appui de l'existence du purgatoire, il n'eut garde d'en tirer pareille conclusion ; d'aucuns en furent scandalisés; les théatins le dénoncèrent au vice-roi qui lui interdit la prédication, mais il en appela

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à Rome et, grâce à rintercession des cardinaux Pôle et Bembo et de Giiilia Gonzaga, le Saint- Siège lui donna gain de cause. Bien plus, il eut la charge importante de visiter tous Jes couvents de son ordre en Italie; le cardinal Gonzaga, qui était protecteur de Tordre, lui prêta son appui en sorte qu'il put réformer les nombreux abus qui s'v étaient introduits; d'ailleurs les fièvres l'avaient obligé à quitter Naples. Cependant il cachait de moins en moins ses sentiments; à Lucques, où il était prieur de S. Frediano, il appela, pour instruire les jeunes gens qui se destinaient à la cléricature, des professeurs de latin, de grec et d'hébreu auxquels il recommandait d'expliquer bien clairement le texte des Écritures et surtout celui des psaumes; dix-huit moines furent ainsi acquis aux idées nouvelles qu'ils répandirent aux environs. Le pape se trouvait précisément alors à Lucques pour y conférer avec Charles-Quint ; le cardinal Contarini, qui revenait du colloque de Batisbonne, vint le saluer; il se rencontra avec Pietro Martire et il se plut à causer avec lui de tout ce qu'il avait entendu à cette occasion touchtmt la Béforme; le bruit de ces entrevues vint jusqu'à Boiiie et l'évêque de Lucques, le cardinal Guidiccioni, écrivit à la Seigneurie pour se plaindre de son indulgence envers les propagateurs des erreurs hérétiques, sans toutefois citer de nom. Mais Pietro iMartire se sentit visé d'autant qu'il venait d'être mandé devant un chapitre général de son ordre convoqué à Gênes;

VERMIGLÏO.

de concert avec quelques coreligionnaires compromis comme lui, Lacize, Trebellio, Terenziano, et avec l'aide d'un noble lucquois, Cristoforo Brenta, il s'éloigna de Lucques; à Florence il vit Ochino qui se trouvait dans une situation analogue et lui persuada de suivre son exemple ; le précédant de deux jours, il gagna Genève et Zurich par Bologne, Ferrare et Vérone (1542)^; on accueillit ce transfuge avec joie, mais il resta peu à Zurich et alla s'établir à Strasbourg où il passa cinq ans; c'est là qu'il composa, en 1546, son Catéchisme ou Exposition du Symbole apostolique-; son long commerce avec les classiques et principalement avec Aristote-^ lui donnait une clarté d'exposition et une concision de style qui valurent à ses ouvrages un grand succès. Cependant il continuait à demeurer fort attaché à ses disciples lucquois : « Que ne suis-je encore au milieu de vous, leur écrivait-il, pour me lamenter avec vous ! Que si votre péril augmente, il vous reste le recours des faibles, ainsi que d'aucuns

1. Bucor écrivait à Calvin en octobre 1542 ; « Advenitex Italia rir quidam graeco, hebiaice et latine admodiiiu doctus et in scripturis feJiciter versatus, aiinos natus quadraginta quatuor, gravis moribus et judicio acri, Pelro Martyre noraen est. >-

(Calvin, Opéra, vol. XI, col. 456.)

Bullinger écrivait en décembre : « En venit Petrus Martyr, quatuor advectus, quod dici solet, equis pulsus et ipse Italia... Habuit socium itineris Paculum quemdam virum doctissimum. »

{Ibid., col. 480.)

2. Encyclopédie des sciences religieuses, Paris, 1580, vol. VIII, p. 762.

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