Il composa un commentaire sur VEthiquej Zurich
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rappellent, recours qui me semble, à moi, une marque de prudence, la fuite. Voyez l'exemple de ceux d'entre vous qui ont fui ; ils sont toujours les fidèles champions du Christ, ils veulent avec leur sang aplanir la voie de l'Évangile en Italie. » Étrange affirmation assurément, car c'était précisément, à ce qu'il semble, pour le ménager qu'ils avaient quitté le pays. Autour de lui s'était formé une petite église composée de moines réfugiés. De même que ceux qui, comme lui, avaient passé les monts, il se maria; il se maria même deux fois, d'abord avec Catherine Dammartin de Metz, puis (1558) avec Caterina Merenda, peut-être parente de cet Appolonio Merenda dont Carnesecchi fait mention dans l'un de ses interrogatoires*. En ce qui concernait l'Italie, le rôle de Pietro xMartire était fini, mais ailleurs il joua un personnage important; appelé en Angleterre par l'archevêque de Canterbury, Granmer, en même temps qu'Ochino, il professa à Oxford et ailleurs, soutint devant des délégués du roi une controverse contre trois théologiens sur la présence réelle et la transsubstantiation, et le grand chancelier de l'Université le déclara vainqueur. Quand le roi Edouard VI mourut, en 15 VT, et qu'avec le règne de Marie Tudor commença une réaction catholique, Pietro Mar tire fut emprisonné ; il n'obtint la liberté qu'en prouvant que le roi l'avait appelé et regagna le continent non sans danger. Son humeur
1. Cf. Defenslo,.. Ubellos duos de Caiibatu Sacerdof.um...y Bàle, 1559.
VERGERIO.
un peu agressive le portait à attaquer ceux qui ne pensaient pas comme lui ; il disputa avec Luther sur la cène, avec Brenz sur l'ubiquité, avec Bibliander sur le libre arbitre; il combattit les unitaires de Pologne ; sans cesse il était en lutte ; ses compatriotes établis à Genève ne lui laissaient, écrivait-il à Luther, ni un jour ni une nuit de repos; jusqu'à son dernier jour, il s'occupa de réfuter des erreurs; dans son délire^ au moment de mourir, il argumentait contre Brenz. Il trépassa le 12 novembre 1562 à Zurich ^ Ses louanges furent abondamment célébrées en vers grecs et latins. D'aucuns mirent ses œuvres au-dessus de celles de Calvin.
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Pier Paolo Vergerio est, avec Ochino, un des exemples les plus intéressants de ces carrières
1. Une grande partie de ses livres fut acquise en 1565 par l'Etat genevois et se trouve aujourd'hui dans la Bibliothèque publique. Voir à l'appendice un résumé de la liste de ses livres.
'2. Cantu, Eretici, vol. II, p. 104, dise. XXVII. G. Buschbell, Re formation in Italien, p. 103, chap. vi. Adolphe-Charles Siegfried, La Vie et les Travaux de Vergerio, Thèse, Strasbourg, 1857. D. Berti, Di G. Valdes e di Elcuni suai discipoli, Rome 1878., Discours latin de Jean de La Casse contre P. Vergerio, dans Adrien Baillet. Jugements des savants sur les ouvrages des principaux auteurs, Paris, 1725, vol. VII. Ferrai, // Processo di P. P. Vergerio, dans Archiv. Stor. Ital.y vol. XVI, XVII, 1885. G. de Leva, Stor. Doc. di Carlo F, Venise, 1873-1874, vol. III, p. 408 et vol. IV, p. 117. Fr. Hubert, Vergerio publizist Thàtigheit, Gottingue, 1893.
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ecclésiastiques commençant dans un grand attachement au Saint-Siège et s'achevant en lutte acharnée contre lui. Ce ne fut ni par dépit qu'il agit ainsi, ni par ambition déçue, ni par désir de s'affranchir d'un joug importun, mais par un sentiment désintéressé de l'utiUté d'un changement dans les conceptions religieuses et les pratiques du clergé.
Les Vergerio ou Verzerio étaient une famille noble de Gapo d'Istria dont quelques membres s'étaient illustrés; si elle portait un chou dans ses armes, c'est que dans certaines régions d'Italie, ce légume s'appela Verza.
Pier Paolo avait étudié à Padoue et reçu le doctorat en 1518; il était devenu juge à Vérone, puis professeur à l'université de Padoue, quatre ans seulement après en être sorti; peu après il était avocat à Venise; en 1526, il avait épousé Diana Contarini qui ne tarda pas à mourir (1527) ^ ; alors il se décida à entrer dans la carrière ecclésiastique qu'il avait songé à embrasser à son entrée dans la vie, ainsi que l'avait fait son frère Gio. Battis ta.
Un moine, le baron Burchard von Schenk, qui joua un rôle important en Allemagne dans la Réformation, le pria de porter de sa part à l'électeur palatin, Frédéric le Sage, un certain nombre de reliques. Frédéric en était grand amateur, moins, ce semble, par piété que par goût de
1. Son lesfament est date du 23 avril 1527. Voir PEuhAi, Archiv. Stor. liai., ser. IV, vol. XV, p. 201 et vol. XVI, p. 25 et 153.
VERGERIO.
collectionneur ; il se plaisait à les enfermer dans des coffrets de nature variée, en bois, en verre, en ivoire, en pierre dure. Schenck pensait d'autre part que le jeune homme serait recherché dans les universités allemandes « car, en droit et en belleslettres, il était le meilleur parmi ses condisciples ». Malheureusement, à la suite des prédications de Luther, le produit des indulgences avait beaucoup baissé dans les États de l'électeur et la part qu'il en touchait se trouvait fort réduite, en sorte qu'il dut songer à retrancher quelque chose sur ses dépenses; il choisit de renoncer à ses reliques et chargea son représentant de les vendre sur place le mieux qu'il pourrait. Vergerio n'eut, par suite, plus de raison d'aller en Allemagne, mais il était entré en relations, en vue de son voyage, avec des savants et des écrivains allemands et ce premier contact devait avoir pour lui des suites redoutables. Il vint à Bome où il pensait utiliser ses talents qui étaient grands; en effet, le cardinal Contarini se l'attacha et le pape Clément VII, qui avait reconnu en lui d'éminentes qualités diplomatiques, le choisit pour remplacer l'évêque de Beggio comme représentant du Saint-Siège auprès de l'empereur ; il s'agissait de le déterminer à prendre ouvertement parti contre les protestants et à venir en aide aux partisans de l'Église romaine. L'ardeur de Vergerio était extrême; il déclarait dans une lettre datée du 18 mars 1534, qu'il avait abandonné ses occupations et sa carrière pour s'adonner au service du Saint-Siège et que, ne dût-il recevoir
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aucune récompense, le Christ le dédommagerait. Au sénat vénitien, il montrait l'Allemagne, jadis unie et prospère, maintenant dévastée par des guerres intestines depuis que Luther y avait répandu ses hérésies; il le mettait en garde contre la propagation des livres hérétiques et surtout contre un traité de cent pages environ intitulé Correzion del Stato Christiano, que venait de composer un moine vénitien réfugié à Augsbourg dont le nom était inconnu, (( ouvrage plein de gravelures et d'hérésies, dit-il, et digne de Luther et de sa bande de barbares, ennemis de l'Italie et du Christ ». A Carnesecchi, il écrivait que Trieste regorgeait de protestants et que si l'on n'y mettait bon ordre, l'Istrie et l'Italie elle-même seraient en grand danger.
Sur ces entrefaites Clément VII mourut, mais le nouveau pape, Paul ÏII, envoya Verge rio à Vienne afin d'y mener les négociations relatives à la réunion du concile et d'y offrir la couronne d'Angleterre à qui voudrait la prendre. Ce fut au cours de ce voyage qu'il eut avec Luther un colloque fameux que les contemporains se sont plus à raconter de façons diverses et dont il a donné lui-même une version où la violence l'emporte assurément sur la sincérité. Il se trouva en j)i*ésence de Luther, raconte-t-il, un peu par hasard, à Wittenberg, en novembre 1535; Vergerio était à table quand le représentant du duc électeur de Saxe lui amena Luther; Vergerio lui attribue cinquante ans; en fait, il en avait alors cinquante-deux ; mais il n'en
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paraissait, ajoute-t-il, que quarante: il était assez corpulent, parlait « sans trop de rudesse quoique Allemand » et en trop mauvais latin pour que, ditil, les livres qui circulaient sous son nom et dont la langue est châtiée et parfois même éloquente, fussent réellement de lui. Ses yeux étaient louches, ardents, mobiles, « pleins de la rage et de l'ardeur dont il était animé ». Il portait des bagues, un gros bijou en or suspendu au cou, un bonnet de prêtre, des vêtements de velours et de satin garnis de fourrures. A en croire Vergerio, leur conversation tourna bien vite à Taltercation, du moins de son côté ; il fut question de la réunion du concile que Luther affirma ne pas redouter; à son tour, il s'emporta à ce sujet et dit : « Hoc quod exit ah ore meo non est ira mei sed ira Dei. Ce qui sort de ma bouche ne vient pas de ma colère, mais de celle de Dieu. »
Si cette lettre ne reproduit guère, à ce qu'il semble, la véritable pysionomie de l'entrevue, elle montre du moins dans quel état d'esprit se trouvait alors Vergerio; il ne l'écrivit d'ailleurs que quelque temps après, à son arrivée à Dresde ; elle est adressée à Recalcati et datée du 1 2 novembre 1535. Vergerio fut toute sa vie un passionné; il tenait de ses ancêtres istriens.
Le 22 janvier 1536, le pape adressait à l'empereur un bref pour lui annoncer le retour de Vergerio et lui témoigner la joie qu'il avait eue à lui voir réussir la mission dont il l'avait chargé relativement au concile. Il lui vantait en même
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temps la vertu et la loyauté de son représentante En mai suivant (1536), Vergerio fut nommé évoque de Modrus, en Croatie; il n'avait encore aucun ordre; son frère, l'évêque Gio. Battista, le sacra prêtre et évêque le même jour; le 6 septembre, il devenait évêque de Capo d'istria, sa patrie. Dans son pamphlet intitulé Hetrattazioni et adressé à <c sa patrie », pamphlet qu'il publia en 1556, il fait avec son exagération coutumière un récit détaillé de toutes les cérémonies qu'il accomplit alors, le cœur plein d'onction.
« Quand je fus créé évêque par le pape Paul III, dit-il, j'étais tout à fait aveugle et je ne savais pas du tout ce qu'était le Christ; bien plus, j'avais en vive haine et je persécutais tous ceux en qui je remarquais cette sainte connaissance que Dieu m'a depuis accordée par sa miséricorde. Donc lors de mon entrée (ne parlons pas des autres vanités, pompes et dépenses inutiles qui furent faites), au moment où je sortis de la barque, on me présenta incontinent cette superstition de l'eau appelée sainte, l'encens et une croix d'argent ; quand j'eus été aspergé et enfumé, je m'agenouillai et adorai ces objets. Ce fut une idolâtrie... J'ai fait un beau commencement!... Loué soit Dieu quand vint le temps prescrit par sa Majesté; il m'a donné la connaissance de son fils Jésus-Christ et j'ai su que j'avais commis une mauvaise action, et je me suis repenti et je supplie ma patrie de considérer cette
t. Archiv. Vat., Arm. 41, vol. I, n. 95.
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action comme abominable. » Puis il raconte le baptême d'une cloche.
<( Je fus appelé à baptiser une cloche; après que je lui eus fait prendre de ma main un bain dans de l'eau enchantée et qu'on l'eût essuyée soigneusement avec un linge neuf, je traçais avec de l'huile exorcisée quatre croix à l'intérieur et avec d'autre huile sept croix à l'extérieur, puis je l'enfumai d'encens et d'autres odeurs, lui donnant ainsi le pouvoir de dissiper les tempêtes et d'allumer la dévotion dans les âmes! »
« Ainsi encore, dit-il, au cours de mes visites pastorales quand j'entrais dans un cimetière, en élevant la main et en faisant une grande bénédiction, j'absolvais tous ces morts, toute cette cendre, ces os desséchés, oh erreur, oh barbarie, oh assassinats qu'où fait au pauvre peuple! Et celui qui veut les corriger est tenu pour hérétique. Quelle horrible tyrannie !
« Quand vint la semaine dite sainte, l'un des principaux offices de l'évêque papistique est d'enchanter certaines huiles; je m'en approchai accompagné de douze prélats travestis comme s'ils devaient dire la messe et je fis à ces liqueurs trois salutations eu disant: (( Avesanctum Oleum » et trois adorations en m 'agenouillant jusqu'à terre; j'y ajoutai du parfum et je fis entrer l'esprit saint dans les trois flacons... » Le 21 octobre 1536, le pape l'avait remplacé auprès de l'empereur par Giovanni Morone, l'évêque de Modène^.