DE LA RÉFORME
KTAT GÉNÉRAL DU PAYS. - PEU d'aUTOR.TÉ ET DIVISION' DU CLKRGÉ.
La Réforme put se développer avec rapidité et évoluer librement grâce à un concours de circonstances singulièrement favorables.
Tout d'abord l'extrême division politique et morale du pays, les rivalités et les jalousies locales, empêchèrent longtemps toute repression concertée. Ainsi Lucques se gardait de sevir contre les prédicateurs protestants pour ne pas paraître subir la loi de Rome et pour faire pièce à Florence ; il en était de même à Sienne et à la Mirandole; le duc de Ferrare, soucieux de ménager le roi de France presque autant que de ne pas [«disposer le pape son suzerain, fermait volontiers les veux sur les menées des calvinistes qui venaient chercher refuge auprès de sa femme, Renée
de France*; la République de Venise, afin de ne pas s'aliéner rAllemagne et parce qu'elle était extrêmement jalouse de son indépendance, ne se prêta guère aux mesures de contrainte envers les luthériens; les ducs de Savoie, en raison de leurs rapports avec Genève, Lyon et le Languedoc, se refusaient à exercer les rigueurs que voulaient leur imposer les nonces et Tlnquisition.
D'une façon générale, l'action de l'Église, puis celle du Saint-Oifice furent constamment entravées par la grande crainte qu'avaient les principautés italiennes de laisser s'établir une juridiction étrangère sur leur territoire, joint qu'il n'en était pas une qui ne vit avec quelque satisfaction la cour de Rome diminuée et aux prises avec de nouvelles difficultés.
Un hérétique, chassé d'une ville du Nord*, vivait en paix à Rome; un autre, condamné à» NapleSj était appelé par un évéque à professer dans les écoks de son diocèse. Il suffisait souvent de franchir une frontière voisine pour être à l'abri de la justice ecclésiastique.
Le clergé, mal recruté, ne jouissait pas de l'autorité qu'il acquit par la suite; il était désuni^ sans influence et peu respecté. Ne résidant point dans leurs diocèses, les évoques n'y exerçaient aucune action; l'administration et la direction spirituelle se trouvaient aux mains des chapitres ou des vicaires; on pourrait citer des évèques qui,
1. Elle était fille de Louis XII et belle-sœur de François I"' qui avait épousé sa sœur Claude.