Archiv. Vat., Arm. 41, vol. XIV, n
VERGERIO.
Cependant sa mission avait mis Vergerio en relation à Worms avec nombre d'hérétiques ; il s'entretint avec Bucer, Mélanchton, Sturm et c'est pourquoi, sans partager encore leurs idées, il commençait à se demander si l'Église ne gagnerait pas à s'en approprier quelques-unes.
Néanmoins il continuait à manifester contre Luther cette aversion intempérante dont il avait donné la mesure dans sa lettre à Recalcati; le 2 juin 1539 il écrivait à l'Arétin : « Je suis toujours dans la même humeur; je voudrais que vous me fassiez un sonnet sur Luther dans le style de Pasquin;ce nom lui donnerait plus d'attrait. » Ce redoublement d'ardeur venait peut-être de ce que quelquesuns commençaient à discuter sans réserves son orthodoxie. Le 26 décembre i5/*0, ii protestait vivement de son attachement au Saint-Siège dans une lettre adressée au cardinal de Brindisi, Nicolao Caetani. N'était-il pas évêque, n avait-il pas un frère également évoque; les liens si nombreux qui l'attachaient à sa patrie ne suffisaient-ils pas à assurer sa loyauté? On en doutait de plus en plus. L'évèque d'Aquila, Bernardo de Santi, qui se trouvait à Spire dans le voisinage de W^orms, mandait au cardinal Farnèse, à la date du 25 janvier 1541, que Vergerio fréquentait plus qu'il ne convenait les principaux promoteurs de la réforme et que « sous l'ombre de la piété, il machinait bien des choses ». A ce moment de son existence, Vergerio dut traverser une violente crise de conscience; les entretiens qu'il avait eus avec les hommes éminents
COMMENT SE RÉPANDIT LA RÉFORME
VERGERIO.
qui dirigeaient le mouvement réformiste en Allemagne avaient ajouté à ses incertitudes; sa foi, déjà ébranlée, chancelait; il se sentait porté à attaquer les institutions catholiques avec la môme violence dont il les avait naguère défendues. Dans ce grand trouble, il ne vit d'autre recours que l'isolement et la méditation solitaire, béjà, en 154.0, il écrivait à Vittoria Colouna qui se prêtait volontiers à ses confidences^ : « Je vis dans une belle solitude et ne songe qu'à cultiver mon àme. » il se retira donc dans son évêché, loin des controverses. Pour s'y distraire, il entreprit de mettre la dernière main à un ouvrage qu'il avait depuis longtemps médité et qui était destiné à conibndre les apostats d'Allemagne, Adversus apostatas Gerïnanùe. Mais, pour asseoir plus solidement sa réfutation, il se trouva amené à étudier de nouveau et à approfondir les œuvres des luthériens et leur valeur le frappa de plus en plus. 11 continuait sans doute à poursuivre leur secte de sa haine ; il félicitait Vida d'avoir pris à parti un luthérien qui prêchait la réforme, il se lamentait des progrès qu'elle faisait en Italie « malgré la sévérité des feux destinés à la consumer ». Mais il encourageait Camilla Valenti de Mantoue à poursuivre l'étude du latin afin de lire les Écritures ; il entretenait une active correspondance avec la reine Marguerite de Navarre et les hérétiques allemands et il appliquait dans son diocèse quel-
1. Cartegio di Vittoria Colonna, publié par Eumanno Febreuo et N. MULLKB, p. 200.
ques-unes des réformes que préconisaient les protestants; ainsi il fit enlever les ex-voto des églises, obligea les nonnes et les moines à une vie régulière, supprima certaines images, condamna à être promenés sur des ânes trois personnes qui prétendaient avoir eu une apparition de la Vierge, et nia la vertu particulière de tels et tels saints pour guérir quelques maladies. Son frère, l'évêque de Pola, se laissa séduire et suivit en partie son exemple. La cour de Rome s'inquiéta.
Giovanni délia Casa arriva sur ces entrefaites à Venise en qualité de nonce (154.4); les prieurs des cinq principaux monastères de Capo d'Istria profitèrent de sa présence pour dénoncer leur évêque au Conseil des Dix (13 décembre 1544 et 10 mai 1545) et délia Casa prit aussitôt l'alFaire en main; il cita Vergerio à comparaître devant lui. A vrai dire, le passé du nonce ne le qualifiait guère pour ce rôle et justifiait sur certains points les critiques des luthériens; il venait d'être nommé archevêque de Bénévent sans avoir même reçu les ordres mineurs qui ne lui furent conférés que trois ans plus tard et il avait écrit une pièce de vers, un Capitolo, d'une licence eflPrénée, intitulée II Forno.
Vergerio se récusa disant qu'un évêque ne pouvait être soumis à la juridiction d'un de ses pairs et il en appela au futur concile. Au reste, le cardinal Farnèse lui avait accordé qu'il serait jugé soit par le légat de Bologne, soit par le patriarche d'Aqiiilée. Vergerio cependant continuait sa propagande; à cheval, entouré d'une troupe de parti-
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sans, il parcourait la région comprise entre le Pu et les Alpes et surtout les environs de Brescia. Alors commença entre le nonce délia Casa et lui une lutte de moyens de procédure qui semble montrer qu'au fond ni Vergerio ne voulait se présenter devant un tribunal, ni la Cour de Rome ne tenait sérieusement à pousser les choses jusqu'au bout. La première difficulté fut de présenter la citation; le nonce informait le cardinal Farnèse que le notaire ne pouvait joindre Vergerio, car il se déplaçait sans cesse et était tenu au courant de ses démarches par les amis nombreux qu'il avait à Venise; plusieurs cardinaux s'intéressaient à lui et l'un d'eux n'était rien moins que le cardinal de Mantone qui allait présider le Concile de Trente. Aussi délia Casa procédait-il avec circonspection; il supprima même plusieurs pièces du dossier qui auraient pu indisposer particulièrement le pape contre Vergerio, ainsi que « certaines médisances » que le duc de Castro avait recueillies au sujet d'un autre évêque, celui de Fano. Cependant les dénonciations continuaient; l'évéque de Milos dont on verra le rôle peu glorieux, le signalait comme hérétique déclaré M le Grechetto, délateur de profession, ne cessait de mettre Home en garde contre ses menées. Rien ne prouve que Tommaso Stella, qui allait recueillir l'héritage de Vergerio et qui avait espéré celui de Tévêque de Chioggia, ait travaillé avec eux. Cité de nouveau par le nonce au cours de