‹ La Réforme en Italie [microform]Chapitre 113 sur 470 · Taccih-Venturi, p. 522, doc · texte numérisé non relu

Taccih-Venturi, p. 522, doc

VERGERIO.

ses chevauchées, Vergerio alla chercher refuge à Mantoue auprès du cardinal et s'enferma dans le cloître de S. Benedetto. Le notaire l'y suivit, mais le cardinal s'opposa à l'exécution de son mandat ; il fallut une menace formelle pour qu'il changeât d'attitude; quand enfin le notaire eut accès auprès de Vergerio, celui-ci le reçut entouré de serviteurs le poignard à la main et peu s'en fallut qu'il ne fût massacré (15 janvier 1546).

Vergerio, qui se flattait de trouver un appui auprès du concile et même d'y faire des recrues, n'y eut qu'un médiocre accueil; le cardinal del Monte, l'un des présidents, ne lui ménagea pas les égards mais, sur l'intervention du cardinal Cervini, il fut décidé qu'on ne l'entendrait que dans sa défense et non comme membre du concile tant qu'il n'aurait pas fait sa soumission à Rome^ Toutefois, « afin de le ménager et de ne point le pousser dans le camp des luthériens », on lui laissait le choix du lieu où serait fait son procès (28 janvier 1546). A la même date, le nonce, saisi de nouvelles dénonciations, demanda au sénat vénitien l'autorisation de prendre connaissance de ses papiers; le sénat, après avoir résisté quelqi^e temps, le lui permit; on ne trouva rien. Vergerio avait fait passer à Mantoue les pièces compromettantes.

Le procès commença néanmoins à Venise le 5 juin 1546. Plusieurs juges s'étaient dérobés ; le patriarche d'Aquilée s'était joint à délia Casa; tout

1. Massauelli, Diarium, dans Ehses, Concilii Tiidentini...^ Fribourg, 1904, vol. 1, p. 355. Calvin, Opéra, vol. XIV, col. 34.

266 COMMENT SE RÉPANDIT LA REFORME

de suite Vergerio souleva des difficultés ; il demanda communication des noms des témoins, non seulement on la lui refusa maison ne lui fournit le texte de leurs dépositions, que modifié et traduit en latin, afin qu'il ne pût découvrir leur identité; on redoutait, paralt-il, des vengeances de la part de ses amis; on lui refusa naturellement les confrontations qu'il réclamait. Les témoins, au nombre de quatre-vingts, affirmèrent que Févêque était hérétique et luthérien, qu'il avait accusé le pape Paul III d'entretenir une concubine et d'avoir une fille, qu'il avait médit du chapelet et assuré que la messe de saint Grégoire était une invention de moines et que le sang répandu du Christ suffisait à assurer le salut éternel, finalement qu'il avait fait présent du Beneficio à plusieurs personnes de marque. Vergerio fut interrogé le 5 et le 12 juin (1546); il présenta une défense orale; un mois lui fut accordé pour la mettre par écrit. Contrairement aux précédents, il continua à jouir de sa liberté. Vergerio reconnaissait dans sa défense la vérité de certaines accusations; il avouait avoir nié les légendes de saint Georges et de saint Christofe, avoir fait enlever des églises quelques images, mais c'était, disait-il, parce qu'elles étaient trop laides et s'il les avait quaUliées d'idoles, c'était simplement une façon littéraire de s'exprimer; il avait possédé des livres hérétiques, le Beneficio, le Sommario, le Pasquino, parce que son devoir de pasteur était de connaître les arguments dont se servaient les ennemis de l'Église ; il avait protesté

VERGERIO.

contre l'invocation de plusieurs saints pour guérir certaioes maladies, mais non toutes les maladies en général; c'est ainsi qu'il avait réprimandé un moine qui montrait une dent de sainte ApoUonie en prétendant que c'était le seul remède contre les maux de dents. Au demeurant, il attestait qu'il était l'ennemi déclaré et convaincu des doctrines luthériennes. Trois défenseurs lui furent donnés et un grand nombre de témoins à décharge cités.

Cependant le nonce reconnaissait que l'instruction n'avait pas prouvé la culpabilité de Vergerio sur plusieurs points. L'avocat fiscal, Giovanni Maria Bucello, affirmait qu'il n'avait jamais vu « un meilleur pasteur catholique qui eût gouverné plus catholiquement son diocèse »; l'inquisiteur fra Marino parlait presque de même et se portait fort de la pureté de ses intentions dans une lettre adressée au cardinal Ercole Gonzaga, déjà plus d'à moitié convaincu ; il trouvait Vergerio irréprochable et aurait voulu proclamer en chaire qu'il était « absous et excellent prêtre ». Et il disait encore : <c Non seulement il n'a ni prêché ni enseigné l'hérésie, mais il a gouverné son diocèse avec tant d'esprit, de charité et de si bons résultats que jamais pasteur n'a pu mieux faire; sa vie ne saurait être critiquée, au dire même de ses adversaires. »

L'ambassadeur français intervint à deux reprises en sa faveur au nom du cardinal de Lorraine.

Vergerio fut appelé de nouveau à comparaître le 13 novembre de la même année (1546), mais il

268 COMMENT SE RÉPANDIT LA RÉFORME

refusa d'assister au jugement, alléguant que certains de ses témoins n'avaient pas été entendus et qu'on n'avait rien relevé contre lui. Ces atermoiements inquiétaient délia Casa, car il craignait que le procès « plairait plus à l'évêque qu'au pape », et il envoya tout le dossier à Kome dans un cofïre de Jinge adressé à la garde-robe du souverain pontife afin de le soustraire aux entreprises des amis de Vergerio. A Rome, on fut très eml)arrassé; Vergerio refusait de venir tantôt sous le prétexte qu'il manquait d'argent i, tantôt en alléguant qu'il était malade, et l'on ne voulait rien terminer hors de sa présence, soit qu'on eût encore l'espoir de le ramener, soit qu'on redoutât quelque manœuvre de sa part ou qu'on ait eu la pensée de se saisie de sa personne quand il serait à Rome. Néanmoins, le 11 décembre (1546), ordre était donné au légat de Romagne de le considérer comme hérétique jusqu'à nouvel ordre et de le tenir en surveillance, mais il ne s'agissait là, ce semble, que d'une formalité^.

Cependant l'hérésie se développait dans son diocèse. L'inquisiteur d'istrie, Pietro Celso, après avoir prêché trois jours à Trieste contre le luthéranisme, fut pour.>uivi dans les rues à coups de pierres et blessé grièvement le ï juillet 1547. Un représentant du Saint-Siège, Annibale Grisonio, fut envoyé à sa place avec des pouvoirs très éten-

Page 1