FoNTANA, Poe. Val., I
VERGERIO.
dus pour faire une enquête ; il profita d'une série de disettes pour donner à croire aux populations que, si les vignes ne mûrissaient pas, si les troupeaux étaient décimés, si les oliviers ne donnaient plus de fruits, la faute en était à Tévêque, et il conseillait de le lapider; en même temps, on opérait sur son ordre des perquisitions; ceux qui lisaient des livres hérétiques et ceux qui ne les livreraient pas étaient menacés du feu. Le conseil des Quatorze de Capo d'Istria protesta.
Le frère de Vergerio, évêque de Pola, venait de mourir en refusant les sacrements (1548) ^ ; sa correspondance fut saisie et fournit de nouveaux arguments aux accusateurs de Vergerio (19 janvier 1549); d'autre part, le doge et le sénat prenaient parti contre lui.
Un visionnaire, Francesco Spiera, occupait alors l'Italie 2; il avait mené jusqu'à quarante ans une vie de débauches et de prodigalités, puis soudain il se prit à étudier la Bible ; depuis ce moment il ne songea plus qu'à édifier les siens, exerça la médecine gratuitement en faveur des indigents, s'elforça d'amener sa femme et ses onze fils à ses idées; il ne parlait plus que de la miséricorde du Christ et de l'immortalité que Dieu accorde à tous par amour de son fils. A Padoue, dans la maison qu'il habitait, se réunissaient quantité de gens qui s'entretenaient avec lui sur les choses de la foi ;
t. MoRONE, Diz. ErucL, vol. XVI, p. 24. 2. CoELio sECONno cuRioNE, /Y. Sfieva Hist., s. 1., 1550. L. RoTH, Fr. Spiera's Lebensende, Nurenberg, 1829.
— Cf.
COMMENT SE RÉPANDIT LA REFORME
Finquisiteur délia Casa s'émut de ces conciliabules. Spiera eut à comparaître devant lui et fît abjuration de ses erreurs. Mais aussitôt il se crut frappé de la colère de Dieu ; il eut des hallucinations; des crises nerveuses lui faisaient perdre la raison ; il se démenait, criait qu'il se sentait damné, que c'était « une terrible chose que de tomber dans les mains de Dieu » ; parfois, au contraire, sa parole était pleine de force, de bon sens et d'onction ; il était obsédé d'une idée fixe bien connue : Desperado œternœ Saliitis.
L'Inquisition, inquiète de tout le bruit fait autour de cet énergumène et voulant arrêter le mouvement de mysticisme qu'il commençait à provoquer, le fit transporter à Gitadella* ; on perd ensuite s'a trace. Vergerio avait eu avec lui de longs entretiens, car il le considérait comme un exemple frappant de la rénovation opérée parla méditation des Écritures et il publia plus tard son apologie pour prouver qu'il était sincère et que ses propos étaient ceux d'un homme pieux et conformes à la vraie doctrine de l'église^.