Déposition de Carnesecchi
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à converser (1552). Cependant tant que dura le pontificat de Ju1(îs III, on ne songea pas à Finquiéter; il en fut autrement à l'avènement de Paul IV; en octobre 1557, le Saint-Office le cita à comparaître à Rome, ce qu'il refusa; comme le sénat vénitien, conformément à sa jurisprudence, s'opposa à son extradition, le Saint-Office dut se contenter de le déclarer coupable et de le condamner par contumace (mars 1558). Ce fut alors sans doute que fut confisquée l'abbaye qu'il avait dans le royaume de Naples et dont le cardinal de Trani bénéficia; il semble qu'une autre abbaye dont il était également titulaire et qui se trouvait à Ferrare, ne lui fut enlevée que plus tard, lors de sa condamnation; elle rapportait 1.800 écus ; le cardinal Comendone en obtint le bénéfice. Cependant Carnesecchi s'adonnait à l'étude; son ami Gelido écrivait à la date du 9 juin 1558 : « Il s'est retiré dans une maison dont il a fait une prison bonnête ; il s'entretient avec ses livres et avec ses pensées qui, le plus souvent, sont dirigées vers le Ciel; privé du commerce des hommes, il goûte celui des anges; son exil lui sera aussi salutaire qu'à Boèce sa prison. » Cette retraite était, à vrai dire, en partie dictée par la prudence; Garnesecchi voulait se faire oublier; il craignait que la fermeté du gouvernement vénitien ne vint à faiblir et se disposait même à gagner Genève quand le pape mourut.
Chaque nouveau pape faisait examiner l'affaire de Carnesecchi dans les vues qui lui convenaient ;
CARNESECCHT.
Pie IV était un Médicis, il manda Carnesecchi qui. cette fois, n'hésita pas à se rendre à Rome, lui permit de préparer sa défense en toute liberté et de plaider sa cause personnellement devant lui, le déclara absous de toutes les imputations portées contre lui, bon catholique et fidèle serviteur de l'Église (1561). Mais Pie V lui succéda qui entendait de tout autre manière la réprestion de l'hérésie. Il écrivit de sa propre main à Cosme insistant pour obtenir la livraison de son hôte : « Pour une raison qui importe au respect de la divine Majesté et de la religion catholique, nous mandons auprès de toi notre Maître du palais; nous aurions envoyé le cardinal Pacecco n'avaient été les chaleurs actuelles. Ayez en lui la même confiance qu'en nous... Nous vous envoyons notre bénédiction apostolique » (20 juin 1566). Le grand-duc se trouvait à table quand lui parvint cette missive et Carnesecchi était son hôte. Quand ils eurent fini, Cosme le livra disant que si le pape lui avait demandé son fils, il n'eût pas hésité davantage ^ Peut-être pensait-il que Carnesecchi sortirait de cette nouvelle épreuve comme des autres, sa conduite ultérieure tend à le faire croire. En tout cas, le pape lui montra une grande reconnaissance de cette soumission. « Si tous les princes de la chrétienté agissaient à votre exemple, lui disait-il, les choses de la religion prendraient un meilleur cours. »
1. L. Bruni, Cosimo I de Medici e il processo d'eresia del Carnesecchi, Turin, 1891.
Le procès de Carnesecchi commença dès son arrivée à Rome, le V juillet 1566 ^; les cardinaux Pacecco, Gambara, de Pise (Rebiba) et de Trani (Scotti) dirigèrent l'enquête et rendirent la sentence; ce fut long et minutieux; la procédure qui, par un heureux, hasard a été conservée, montre avec quel soin le Saint-Office menait les affaires de ce genre ; plus de quatre cents témoins furent cités; il s'agissait non seulement de prouver de façon irréfragable la culpabilité d'un personnage aussi universellement écouté que Tétait Carnesecchi, mais aussi de lui arracher le secret des opinions de ce grand nombre de personnes qu'il avait fréquentées et avec lesquelles il s'était intimement entretenu; ses interrogatoires forment un volume^ ; on voulut savoir de lui ce que pensaient de plus secret sur l'Église, sur la papauté et les papes, et Vittoria Colonna, et Giulia Gonzaga, et Caterina Cibo, et Spadafora, et le cardinal Pôle, et le cardinal Morone, et Merenda, et Priuli, à n'en citer que quelques-uns. Dès le commencement, son procès tourna mal ; l'envoyé florentin Balbi écrivait à son maître à la date du 20 juin 1567, qu'on avait saisi dans ses papiers des copie3 de nombreuses lettres dans lesquelles se trouvaient les paroles les plus malsonnantes à l'égard du pape. (c II est indiscutable, écrivait-il, que c'est un héré-
1. Le premier des interrogatoires conservé est du 8 juillet 1566.
'}.. GiBBiNGS, Reports of the trial and marlijdom of P. Carnesecchi, Dul)lin, 1856. M4NZ0NI, Miscellanea di Storia Italiana, Turin, 1870, vol. X, p. 189 à 573.
CARNESECCHI.
tique endu;:'ci et il court grand danger de mort. » Tout au plus pouvait-on espérer que sa peine serait réduite à la prison perpétuelle. On releva contre lui trente-quatre chefs d'accusation dont les principauxétaient qu'il avait prétendu :
Que la justification s'acquiert par la seule foi, que nous n'avons le libre arbitre que pour le mal et qu'il est impossible de suivre les préceptes du Décalogue surtout les deux premiers, qu'il n'y avait dans les Écritures rien qui justifiât les indulgences, qu'il n'y avait aucune obligation de se confesser, que le purgatoire était douteux et que le deuxième livre des Macchabées où il est question des prières pour les morts, était apocryphe, que la transsubstantiation est contestable et qu'on devrait communier sous les deux espèces, que le pape était le premier des évêques par une sorte d'excellence non par autorité, que certains ordres monastiques devaient être réprouvés comme paresseux, que les ordres mendiants devaient l'être aussi comme soustrayant le pain des pauvres, que les moines ne devraient pas être soumis au vœu de chasteté qui est un don de Dieu, que les pèlerinages ne servent à rien, qu'on pouvait manger ce qu'on voulait sans s'astreindre aux jeûnes ni aux privations, que Christ étant le seul intercesseur entre les créatures et le créateur, il est superflu d'invoquer les saints...
On lui reprochait encore d'avoir recommandé « à une princesse d'Italie » deux apostats en termes si affectueux et si chaleureux « qu'il n'au-
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rait pas fait plus s'il s'était agi de deux missionnaires allant prêcher la foi chez les Turcs » ; et ces apostats voulaient ouvrir des écoles dans le domaine de cette princesse pour y enseigner à leurs élèves un catéchisme hérétique î D'ailleurs le Saint-Office s'était emparé d'eux et leur culpabilité était avérée.
En outre, Carnesecchi avait été dépositaire d'une somme de 100 écus appartenant à Isabella Brisegna qui s'était enfuie chez les hérétiques.
Toutes les anciennes accusations relevées contre lui depuis l'année 154-0 et dont il avait été absous par Pie IV, furent reprises et considérées comme fondées. Il fut mis à la torture et se reconnut coupable de bien des choses dont, ensuite, il se déclara innocent. En vain le grand-duc continuait-il ses démarches; le pape lui répondait que, s'il s'agissait d'un meurtrier qui aurait tué dix personnes, il écouterait ses raisons, mais que Carnesecchi étant examiné par une commission de cardinaux, il ne pouvait intervenir ; comme il insistait, les cardinaux lui proposèrent d'examiner lui-même les pièces du procès. Catherine de Médicis, de son côté, en demanda copiée Le 30 mai (1567), il ne s'agissait plus que de savoir si Carnesecchi serait livré au bras séculier, c'est-à-dire exécuté, ou condamné à la prison perpétuelle. Cependant on hésitait encore à trancher le procès ; plusieurs moines s'évertuaient
1. C'est apparemment cette copie qui passa au xviu* siècle à Dublin et dont le texte a été publié.
CARNESECCHI.
à lui faire répudier ses erreurs ^; le plus acharné à cette œuvre était un prédicateur tort en vogue, le capucin Girolamo Pistoia^ (23 septembre 1567).
Le dimanche 21 septembre 1567, Carnesecchi fut conduit dans l'église de S. Maria délia Minerva avec plusieurs autres hérétiques et là, en présence de vingt-deux cardinaux, devant la tombe du pape Clément VII qui avait été son protecteur aux premiers temps de sa vie, Carnesecchi entendit le jugement qui le livrait au bras séculier en recommandant selon la formule prescrite qu'il ne lui fût point fait de mal « senza pericolo di morte et effusione di sangue ». La sentence portait qu'il serait dégradé auparavant par l'Église et privé de tous ses bénéfices et de toutes ses dignités; on lui retira dans la sacristie ses vêtements et on lui mit le sanbenito avec des flammes rouges peintes sur fond jaune ; alors il s'écria : « Voici le rochet que j'attendais 3. » Le 1" octobre au matin, il fut extrait de la prison Torre di Nona où on l'avait transféré et conduit sur la place qui précède le pont Saint-Ange et qui est toute voisine ; Carnesecchi avait voulu s'y rendre en habits de fête ; il avait mis du linge neuf et des gants ; jusqu'au bout on s'efforça de le faire abjurer ; ses réponses ambiguës permirent de diminuer la rigueur de sa peine; il eut la tête tranchée avant d'être brûlé ; le bourreau avait reçu